Aidons les amis du Palais de la découverte !

16 avril 2010  - Ecrit par  Christine Huyghe Voir les commentaires (7)

L’avenir du Palais de la découverte est-il compromis ?

Le Palais de la découverte a été créé en 1937 pendant le Front Populaire par Jean Perrin,
prix Nobel de physique pour ses travaux sur l’atome, à l’époque où, ministre du Front Populaire,
il créa aussi le CNRS.

Son ambition était de :

… répandre dans le public le goût de la culture scientifique,
en même temps que les qualités de précision, de probité critique et de liberté de jugement
que développe cette culture et qui sont utiles et précieuses à tout homme…

Dans un bâtiment magnifique, en plein Paris, avec son grand hall
ouvert sur le monde, la Palais de la découverte
accueille et conquiert un public nombreux [1],
grâce à ses expositions,
et à ses enthousiastes médiateurs scientifiques, qui inlassablement présentent,
expliquent, démontrent au grand public, chacun dans leur style, combien la science est nécessaire,
à la culture, au monde, au citoyen d’aujourd’hui. Un vrai succès de science populaire,
un lieu qui a suscité moult vocations de scientifiques ou d’ingénieurs.

Le Palais de la découverte, palais républicain dédié à la science, serait-il en danger ?
Dans le flot des réformes hâtives décidées en 2009, la réforme
du statut du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l’industrie
de la Villette est passée inaperçue. Depuis janvier 2010 ces deux établissements sont regroupés sous une même
entité, un EPIC [2]. Cette
fusion a déjà des conséquences sociales regrettables
pour le personnel des deux établissements. Quant au Palais
de la découverte, plus petit que la « Cité des Sciences », il craint tout simplement d’y perdre son âme de passeur de
la science. Les prix Nobel, les nombreux scientifiques,
les sociétés savantes qui ont soutenu l’année dernière [3] les « amis du Palais de la
découverte »"
pour préserver la spécificité de ce lieu ne s’y sont pas trompés : il serait catastrophique que le Palais
de la découverte ne puisse continuer d’assurer ses missions du fait de cette fusion.

Ceux qui sont allés au Palais de la découverte en gardent toujours quelque chose,
la salle $\pi$

peut-être, les expositions de surfaces minimales, la manipulation
d’azote liquide, ou encore
la foudre dont on se protège dans une cage de Faraday
dans un décor à la Adèle Blanc-Sec de circonstance, et peut-être même cette histoire de l’hôtel de
Hilbert, qui nous fut racontée en mai 2009 par un
jeune médiateur scientifique, Guillaume Deslandes qui officiait alors, et que je résume ici.

Une pétition et un peu de mathématiques

De quoi s’agit-il ? Imaginez un hôtel avec un nombre infini de chambres, qui est complet.
Arrive un voyageur. L’hôtelier avisé saura trouver une chambre libre pour ce voyageur.
Comment ?

Le problème est abstrait, absolument pas visuel [4]. Le médiateur
scientifique qui raconte cela n’a
à sa disposition qu’un tableau, une craie et sa passion,
pour peu à peu guider le public sur le chemin de la solution.

Ensuite, l’affaire se corse : ce n’est plus un voyageur
qui arrive, mais une infinité de voyageurs qui se présentent à l’hôtel qui dispose
d’une infinité de chambres toutes occupées. Les échanges continuent entre le public et
le médiateur, lequel terminera par le procédé diagonal de Cantor pour montrer que
l’ensemble des nombres réels n’est pas dénombrable, autrement dit que l’ensemble des
nombres réels est vraiment plus grand que l’ensemble des entiers.

N’ayant pas le talent de Guillaume Deslandes, je ne me risquerai pas ici à vous expliquer tout cela, mais
soyez certains que ces mathématiques vraiment difficiles, vraiment abstraites, captivaient
l’auditoire. Vous pouvez encore assister à cet
exposé
dans la salle $\pi$ du Palais de
la découverte.

Le Palais de la découverte est un haut lieu de la communication scientifique et des
mathématiques en particulier. Si vous souhaitez qu’il le reste, vous pouvez signer la pétition demandant que
soit pérennisé l’avenir du palais, au travers d’une direction spécifique
au sein du nouvel ensemble.

Post-scriptum :

Je remercie Guillaume Deslandes pour son excellent exposé sur l’infini et
pour avoir gentiment accepté que l’on mette des photos de sa prestation sur « Images des maths ».

Notes

[1600000 visiteurs par an

[2Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial

[3la Société Mathématique de France (SMF), la Société
Française de Physique, la Société Française de Chimie

[4et je vous rassure tout de suite, ce problème n’a pas
de solution si l’hôtel ne comporte qu’un nombre fini de chambres

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Pour citer cet article :

Christine Huyghe — «Aidons les amis du Palais de la découverte !» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

  • Reflexe stupide ...

    le 17 avril 2010 à 02:18, par Arnaud Lionnet

    Sûrement une déformation professionnelle, mais quand j’ai lu que l’hôtel était complet j’ai pas pu m’empêcher d’imaginer que le client qui se présentait c’était Cauchy, et l’infinité de client qui est arrivée après c’était sa suite.

    Pour les lecteurs non-matheux, il faut savoir deux chose. La première c’est que ceci est un exemple type de blague de matheux. Il y a ce genre de blagues dans toutes les professions ou presque je pense, mais en tous cas les matheux en sont assez friands. La deuxième c’est que dans un espace complet, toute suite de Cauchy converge (peu importe ce que signifie « de Cauchy », c’est juste une propriété qu’ont certaines suites).

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    • Reflexe stupide ...

      le 18 avril 2010 à 15:04, par Christine Huyghe

      Peut-être la suite de Cauchy est-elle une des suites de cet hôtel complet ...

      Je n’ai pour ma part jamais rencontré
      d’hôtel complet dans ma vie mathématique, hormis ce problème de l’hôtel infini complet, au sens de la vie de tous les jours
      et donc compréhensible par tout à chacun. C’est ce qui assure le succès de cette présentation de l’« infini » au Palais de la découverte. En revanche il
      existe des immeubles complets, pour citer un objet fondamental introduit par Jacques Tits pour l’étude de certains groupes algébriques, de quoi provoquer d’autres
      réflexes chez les spécialistes de ce sujet.

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  • Aidons les amis du Palais de la découverte !

    le 19 avril 2010 à 02:19, par rotanivlek

    (anecdotique) Grâce aux photos illustrant l’article, chacun aura remarqué que, dans la suite finie des décimales qui sont affichées dans la salle pi, on peut voir une séquence rouge au dessus de « PASCAL POINCARE POISSON PONCELET » qui est 8602139494 : avant que la salle pi ne disparaisse, on a là un témoignage que ce ne sont plus les décimales de Shanks qui sont affichées, et qu’elles sont toutes justes. En 1937, les décimales transmises soigneusement par Emile Borel étaient celles que Shanks avait calculées, et il était donc inscrit au même endroit 8602139501. La rectification date de 1950.
    Mais que la 528ème décimale soit un 5 ou un 4, voilà qui a moins de conséquences que l’irréel hôtel infini de Hilbert. Un autre témoignage, qui concerne, celui-là, l’importance de la « médiation humaine » par rapport à un simple élément d’exposition.

    Répondre à ce message
    • Aidons les amis du Palais de la découverte !

      le 19 avril 2010 à 19:04, par Christine Huyghe

      Tout d’abord, merci pour l’anecdote à propos de la salle $\pi$, qui, je l’espère, a encore de beaux jours devant elle.

      “l’importance de la « médiation humaine » par rapport à un simple élément d’exposition.” J’en suis moi aussi convaincue.
      J’en profite pour signaler que le Palais de la découverte a reçu le prix Jean Perrin 2009, prix décerné par la Société Française de Physique.

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  • Qu’est ce qui menace le Palais de la découverte ?

    le 24 avril 2010 à 11:22, par Alexandre Moatti

    Je connaissais cette anecdote sous le nom de Hôtel de Hilbert (je l’avais évoquée dans mon premier ouvrage).

    A propos du Palais de la Découverte, il ne faut pas se tromper d’ennemi : ce n’est pas tellement la fusion en cours avec la Cité des sciences qui le menace (c’est pourquoi le souhait de maintien d’une direction autonome ne me paraît le point essentiel) - mais plutôt la menace que fait peser l’ Établissement public du Grand Palais, et le monde de la culture en général qui veut récupérer ces surfaces. C’est la marchandisation en cours du monde de la culture (qui existe mais à un degré infiniment moindre dans le monde de la culture scientifique), qui cherche à récupérer des surfaces aux Champs-Elysées pour les valoriser au profit de shows ou salons plus ou moins « culturels ». C’est cela la plus grande menace, et elle devrait à mon sens être plus clairement énoncée. Ne nous trompons pas de combat.

    Répondre à ce message
    • Qu’est ce qui menace le Palais de la découverte ?

      le 24 avril 2010 à 17:45, par Christine Huyghe

      la menace que fait peser l’ Établissement public du Grand Palais.

      C’est effectivement un point que j’aurais aussi pu aborder,
      et qui est encore entouré de beaucoup d’incertitudes j’ai l’impression, bien que l’on dispose d’un peu plus d’informations avec le rapport rendu public de Jean-Paul Cluzel pour l’établissement du Grand Palais. On peut tout de même penser que la défense des spécificités du Palais de la découverte est rendue plus difficile à l’intérieur de ce nouvel établissement le regroupant avec la Cité des Sciences et de la Villette, surtout s’il n’y jouit pas d’une direction spécifique.

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    • Qu’est ce qui menace le Palais de la découverte ?

      le 4 mai 2010 à 13:31, par eriadigirf

      Je ne suis pas d’accord avec vous.
      La fusion avec la Cité des Sciences est aussi dangereuse que les visées du Grand Palais.
      Et pour une raison très simple que vous énoncez vous-même : l’attaque vient de « la culture en général ».

      Or sachez que la Cité des Sciences et de l’Industrie est sous la tutelle quasi-exclusive, de fait, du Ministère de la Culture. Les liens sont plus qu’étroits entre ce ministère et les dirigeants qui se succèdent rapidement à la tête de la Cité. Un jour DG à la Cité le lendemain, administrateur RMN ou secrétaire général du MCC, etc.

      Il s’agit donc de deux bras (Le Cité, le Grand Palais)d’un même « assassin », envers un établissement complètement abandonné par sa tutelle d’hier, le Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche.

      Et pour anecdote, depuis 2004 la LOLF avait amorcé le processus en cours en inféodant le budget du Palais (pourtant toujours sous unique tutelle du MESR) au programme 186 LOLF géré... par le MCC et ne comprenant que la CSI et le Palais.

      Répondre à ce message

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