Circulez ... c’est obscur, alors qu’il y a tant à voir

22 septembre 2011  - Ecrit par  Pierre Gallais Voir les commentaires

Nous sommes plongés dans l’espace et parfois nous sommes submergés. Il faut adopter une ligne de conduite ou bien suivre le fil d’Ariane pour voir clair ou ne pas nous perdre.

Dans le billet génération tangentielle nous avions un plan qui découpait l’espace et laissait en son centre un trou noir qu’enveloppaient des lignes fluorescentes.

Dans ce billet je présenterai ce qui fit l’objet de la seconde installation [1] dans la salle la plus grande du CIRCA à Montréal où j’exposai en juin (2011).

Cette salle aurait pu être vide d’objets et les visiteurs eussent pu en faire office. Au risque de ne rien saisir du propos, lorsque le visiteur eût été seul. J’introduisis quelques éléments de volume simples, mais le temps fort de la proposition se déroula lors de l’improvisation chorégraphique réalisée un soir. Trois jeunes artistes de la danse contemporaine répondirent à l’invitation [2] que j’avais faite et s’approprièrent l’installation, pour mettre en scène la proposition spatiale.

Le concept mathématique qui soutient cette proposition a été développé dans le billet mathérialisation (auquel on pourra se reporter). Le volume délimité par cette salle de 18 x 13 x 3 m était découpé par deux plans laser rouges, deux cônes laser rouges et traversé par deux rayons lasers verts. Ceci aurait pu fonctionner avec de petites piles de 3 volts mais, pour ne pas avoir à renouveler celles-ci trop souvent, je mettais ceci sur de petits transformateurs … autant dire que l’énergie consommée était presque nulle. Cette remarque n’est pas tant faite pour mettre l’accent sur une revendication écologique peu gourmande en énergie, que pour signaler que présence et perception lumineuse ne sont pas en relation proportionnelle avec la puissance. Ce qui importe, c’est la rencontre de photons avec la rétine.

Bien évidemment, lorsque l’on entrait dans la salle, venant de la pleine clarté, il était nécessaire de s’accorder un temps d’adaptation car tout semblait totalement obscur, hormis la présence des segments lumineux. Passé trente secondes tout semblait assez clair et il devenait possible de circuler dans le lieu sans crainte de se heurter aux objets qui s’y trouvaient.

S’il n’y avait pas eu les murs et les objets (par exemple si l’installation avait été réalisée en plein air, la nuit) rien n’aurait été visible, alors que l’espace était tout de même traversé par ces lignes, plans, et cônes lumineux. Cela n’aurait été qu’en vous déplaçant, quand vous auriez coupé ces éléments lumineux, que vous auriez vu apparaître des éléments lumineux. Plus précisément encore, sur les autres, si vous étiez accompagnés. Ainsi, ce qui paraissait totalement vide se révèlerait empli d’une information difficile à décrypter dans votre déplacement. [3]

Lors de la performance chorégraphique, les danseuses mirent en valeur ces informations. La petite vidéo visible sur ce site en rend un peu compte [4]. Nous avions des moyens limités, mais grâce à la bonne volonté et le travail de Roby Provost Blanchard, nous avons pu garder une trace vidéo, partielle, du ressenti que l’on pouvait avoir sur le site.

Pour un propos sur l’espace, la réduction au 2D, même avec du mouvement, ne peut rendre ce que nous percevons in situ. Projection, orientation sélective du preneur d’images, réduction d’échelle, limites de sensibilité de la caméra … font obstacles. Par exemple, les rayons laser verts, qui étaient invisibles sous certains angles et apparaissaient sous d’autres, servirent aux danseuses pour s’éclairer ou pianoter comme sur les cordes d’un instrument créant des rythmes en donnant l’impression de saisir une boule de lumière entre les doigts : un jeu avec la lumière, donnant une matérialisation poétique à ce concept abstrait à l’origine, et ménageant des surprises auxquelles je n’aurai pas songé à priori ; bien que j’en imaginais les grandes lignes.

Pour comparaison je vous envoie vers cette vidéo. Nous voyons un danseur pris dans les rets d’un réseau rectangulaire de lignes. Personnellement j’avais songé à une telle structuration de l’espace mais non envisageable dans le cadre de mon exposition (pour diverses raisons techniques et de moyens). Toutefois, artistiquement, ce ne saurait être dans cette direction que je songe à poursuivre, puisqu’à l’issue de cette expérience les danseuses et moi même nous envisageons de ne pas en rester là !!! ???

Je poursuivrai dans un prochain billet cette relation de la lumière et de l’espace en présentant le travail d’artistes comme James Turrell JT, Anne Véronica Janssens AVJ ou, dans un autre style, Anish Kapoor AK1 et AK2 (cela fera suite au billet qui relate l’intervention de Richard Serra au Grand Palais à Paris).

Post-scriptum :

Les images avec les danseuses sont de Aydin Matlabi (Montréal). Certaines images ont été composées de manière à rendre lisibles les éléments du lieu alors que ce sont les plus obscures qui rendent mieux compte de la réalité visible. Mais à l’écran, elles n’auraient pas rendu compte de ce qui se percevait in situ … compromis !

Notes

[1Voir le billet mathérialisation qui précéda l’intervention.

[2Les trois artistes de la danse contemporaine sont Elise Bergeron, Rosine Contant, Audrey Rochette de Montréal.

[3Nous sommes quotidiennement confrontés à de telles situations avec ces cellules infrarouges et photoélectriques qui ouvrent automatiquement les portes ou veillent sur les lieux dans le cas des alarmes.

[4La réalisation de cette vidéo revient à Roby Provost Blanchard de Montréal.

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Pour citer cet article :

Pierre Gallais — «Circulez ... c’est obscur, alors qu’il y a tant à voir» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

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