Clairaut enfant (II)

3 avril 2013  - Ecrit par  Olivier Courcelle Voir les commentaires

Ce billet fait suite à Clairaut enfant (I).

Le 14 mai 2013, tout un chacun pourra exceptionnellement pénétrer dans la Grande salle de l’Académie des sciences pour assister à la séance du jour. Après une introduction de Jean-Pierre Kahane, le rédacteur en chef d’un site que le lecteur ne peut manquer de connaître y présentera un « petit bijou pédagogique » intitulé Éléments de géométrie (1741). Coïncidence de l’année des Mathématiques de la planète Terre oblige, le reste de la séance portera sur l’expédition de Laponie de 1736-1737 et l’aplatissement aux pôles. Elle est intitulée « Tricentenaire de Clairaut, mathématicien et géophysicien ». En voici d’ailleurs le programme précis…

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Voilà une occasion s’il en est qui engage à s’intéresser à la date de naissance de Clairaut. La règle qui veut qu’un tricentenaire se fête à 300 ans incite d’abord à la fixer au 14 mai 1713. Mais l’Académie ne se réunit que le mardi, d’où en réalité une certaine incertitude, du 11 au 17 mai 1713.

Peut-on aller plus loin ?

Le 13 mai 2013, tout un chacun pourra se rendre dans la Salle du conseil de l’Observatoire de Paris pour assister au début d’un colloque intitulé « Tricentenaire de Clairaut, savant des Lumières ». Il se finira le lendemain matin, à l’Académie, précisément, juste avant la séance de l’après-midi. En voici d’ailleurs le programme précis…

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En vertu de la règle qui veut que le 14 Juillet ne se fête pas le 25 décembre, c’est l’incertitude à droite du mardi qui disparaît, d’où une naissance de Clairaut le 11, le 12, le 13 ou le 14 mai 1713.

Peut-on aller plus loin ?

Quand le raisonnement se heurte à un mur, rien n’empêche de le transcender par les secours de la religion et de la prière. Car après tout, en un temps où les naissances ne se déclaraient pas en mairie, les registres de baptême nous éclaireraient peut-être. Par malheur, ceux qui nous intéressent ont brûlé durant la Commune… Une reconstitution partielle de ces archives existe, mais Clairaut n’y apparaît que par un extrait mortuaire… Autre piste, plus hasardeuse, celle des notaires, chez qui notre homme aurait jadis pu déposer un extrait baptistaire – pour la constitution d’une rente, par exemple. Des recherches en ce sens, menées par diverses personnes, n’ont encore rien donné à ce jour… Et il faudrait encore que l’extrait baptistaire de Clairaut signale précisément sa date de naissance...

Peut-on quand même aller plus loin ?

Bien sûr. Après tout, Clairaut est dans le dictionnaire et il suffit d’en ouvrir un pour savoir quand il est né. On peut même en ouvrir plusieurs. Une enquête montre que, coquilles et autres légèretés éditoriales mises à part, les sources oscillent entre deux dates de naissance : 7 et 13 mai 1713. Comme la date du 7 est incompatible avec le produit d’un habile raisonnement développé un peu plus haut, c’est que Clairaut est né le 13 mai 1713.

Peut-on aller encore plus loin ?

Absolument.

La date du 13 mai se trouve pour la première fois dans l’éloge prononcé à la mort de Clairaut par le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences de l’époque, Grandjean de Fouchy :

Alexis-Claude Clairaut […] naquit […] le 13 mai 1713 [1].

Cette date n’a pas vraiment lieu d’être remise en doute. Grandjean de Fouchy connaissait bien Clairaut, depuis l’enfance même, et il donne des détails très précis sur son éducation et sa jeunesse. En tout état de cause, les biographes qui traitent de l’enfance de Clairaut se réfèrent tous, implicitement ou explicitement, à l’éloge de Grandjean de Fouchy. Cet argument suffit, me semble-t-il, à préférer la date du 13 mai à toute autre.

La date du 7 mai a été donnée pour la première fois par l’auteur d’un autre éloge de Clairaut, celui-ci paru dans le premier numéro (1766) du Nécrologe [!] des hommes célèbres de France [2]. Cette pièce a été attribuée à Alexis Fontaine des Bertins, un collègue de Clairaut à l’Académie, mathématicien de surcroît, ce qui a peut-être conduit certains à préférer la date du 7 mai à celle du 13 donnée par l’astronome Grandjean de Fouchy [3]. Mais l’auteur de l’éloge est en réalité l’homme de lettres Pierre Le Tourneur, comme cela se décèle par trois sources différentes au moins. La plus frappante d’entre elles est peut-être une réédition de l’éloge dans une compilation des œuvres dudit Le Tourneur [4]. Et de toute façon, comme je l’indiquais plus haut, il n’y a pas lieu de préférer cet éloge qui se réfère visiblement et nommément (p. 242) à celui de Grandjean de Fouchy.

Peut-on aller encore plus loin ?

Bien sûr que oui, et je parie même que le plus vorace des esprits insatiables ne saura venir à bout de la succession des jours qui ont suivi cette date de naissance. Car ce tricentenaire marquera aussi l’achèvement (au moins symbolique) d’une patiente chronologie de la vie de Clairaut.

Notes

[1Fouchy (Jean-Paul Grandjean de), « Éloge de M. Clairaut », Histoire de l’Académie royale des sciences pour l’année 1765, pp. 144-159.

[2« Éloge historique de M. Clairaut », Le nécrologe des hommes célèbres de France, 1 (1766) 235- 251.

[3Bertrand (Joseph), L’Académie des sciences et les académiciens de 1666 à 1793, Paris, 1869, p. 268.

[4Le Tourneur (Pierre-Prime-Félicien), Le Jardin anglois, 2 vol., Paris, 1788, vol. 1, pp. 155-164.

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Pour citer cet article :

Olivier Courcelle — «Clairaut enfant (II)» — Images des Mathématiques, CNRS, 2013

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