Claude Séraphin Moret-Blanc (1819-1886)

Un parcours atypique d’enseignant de mathématiques spéciales au dix-neuvième siècle

Piste verte Le 20 janvier 2015  - Ecrit par  Roland Brasseur Voir les commentaires

L’enseignement des mathématiques spéciales [1], au milieu du dix-neuvième siècle, a pour mission de préparer les élèves de deuxième année de philosophie des lycées aux concours d’entrée à deux écoles : l’École polytechnique et l’École normale supérieure (section des sciences).

Jusqu’en 1852, l’enseignement de ce qui avait été rebaptisé mathématiques supérieures en 1847 est assuré, au moins en principe (il arrive qu’il n’y ait pas d’inscrits) dans les 6 lycées de Paris et Versailles (plus quelques collèges à statuts particuliers : Chaptal, Rollin, Stanislas) et 44 lycées de province, ainsi que, de façon plus ou moins éphémère, dans plusieurs dizaines de collèges de province. Il est profondément réorganisé en 1852. Un arrêté du 8 septembre 1852 fixe la liste des lycées où l’enseignement des mathématiques spéciales est maintenu ; si les établissements parisiens ne sont pas touchés, 18 classes de province seulement sont conservées. Puis, au fil des années, des classes nouvelles seront créées, dans l’enseignement public comme dans l’enseignement privé (la loi Falloux, votée en 1850, l’autorise), d’autres seront peu à peu (mais jamais complètement) assimilées aux mathématiques spéciales : mathématiques élémentaires A (lesquelles connaîtront divers avatars jusqu’à la création des mathématiques supérieures en 1941), classes préparatoires à l’École centrale ou à l’École navale (lorsque les exigences du concours d’entrée se seront accrues).

De 1852 à 1900, environ 250 professeurs de mathématiques exercent dans ces classes. Les trois quarts sont normaliens, une vingtaine sont polytechniciens ; la plupart des autres ont été formés en faculté, souvent après avoir suivi un enseignement de mathématiques spéciales. Ils ont commencé jeunes à enseigner dans ce type de classes, généralement quelques années après leur succès à l’agrégation (dans l’enseignement public, les professeurs de classes de mathématiques spéciales proprement dites sont tous agrégés).

Moret-Blanc est la plus remarquable des exceptions : il a débuté comme instituteur, il n’a jamais été élève de mathématiques spéciales, il a été nommé pour la première fois professeur de mathématiques spéciales à l’âge de 58 ans.

L’enfance

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Acte de naissance de Prosper-Moret (© Archives nationales)

Claude Séraphin Moret-Blanc naît dans une famille de cultivateurs le 28 septembre 1819 dans le département du Jura, à la Chaux-du-Dombief.

En 1854, dans son monumental (3600 pages) Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la Franche-Comté, département du Jura, Alphonse Rousset consacre 11 pages à ce village de l’arrondissement de Saint-Claude :

« Les habitants émigraient sur tous les points de la France, pour se livrer au commerce, et surtout aux entreprises du roulage. La perturbation apportée à cette industrie par la création des chemins de fer les fixera probablement au sol natal. L’agriculture et la moralité de la population n’auront qu’à gagner à ce changement d’habitudes. »

Il faudra attendre 1907 pour que le chemin de fer, et plus précisément la « ligne de tramway à traction mécanique de Clairvaux à Foncine-le-Haut », exploi