13 décembre 2013

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Du côté des lettres (1) : une lettre d’Henri Poincaré à sa mère sur les débats parlementaires (1873)

Laurent Rollet

Enseignant-chercheur Université de Lorraine Laboratoire d'histoire des sciences et de philosophie - Archives Henri Poincaré (UMR 7117 CNRS) / Maison des sciences de l'homme Lorraine (USR CNRS 3261) (page web)

Depuis longtemps, les correspondances alimentent le travail des historiens. Aux noms de mathématiciens renommés s’associent des centaines de correspondants, illustres ou anonymes, tissant ainsi un vaste réseau de sociabilités. Dans cette série « Du côté des lettres » nous proposerons périodiquement la lecture commentée d’une lettre autour des mathématiques. S’appuyant sur les nombreux travaux d’édition de correspondances de mathématiciens en cours ou achevés, elle offrira aux lecteurs d’Images des Mathématiques une fenêtre ouverte sur les coulisses de la fabrication du savoir mathématique et de la vie mathématique, alternant lettres scientifiques et lettres plus intimes, correspondances anciennes et contemporaines.

Episode n° 1

Une lettre de jeunesse d’Henri Poincaré autour des débats parlementaires sur la presse en 1873

Présentation et commentaire : Laurent Rollet

Présentation de la lettre

Henri Poincaré entre à l’École polytechnique en novembre 1873. Il n’a que 19 ans au moment où il quitte Nancy. S’il a vécu jusqu’alors dans un cocon familial protecteur – ses relations distantes avec son père sont largement compensées par les liens fusionnels qu’il entretient avec sa mère et sa sœur – il n’est pas pour autant un jeune homme naïf. Les années de guerre et d’occupation l’ont profondément marqué et ont contribué à éveiller sa réflexion politique.
Poincaré affiche à cette époque des aspirations républicaines modérées. En mai 1873, il prend ainsi position en faveur d’Adolphe Thiers, premier président de la Troisième République, lorsque celui-ci se voit contraint de démissionner sous la pression des monarchistes. Il signe alors, avec l’ensemble des élèves de sa classe de mathématiques spéciales du lycée, une pétition qui circule largement dans la ville de Nancy :

Les étudiants de mathématiques spéciales de Nancy à Mr Thiers / Lettre des habitants de Nancy à Monsieur Thiers.

Vous avez fait appel au jugement de l’histoire ; vous avez pu avec une même fierté et une même confiance faire appel au jugement de vos concitoyens. Vous tombez sous les coups des partis coalisés, vous tombez contre la volonté du pays. Pour nous, habitants d’une ville encore occupée, ce n’est pas sans un sentiment profond de douleur et d’anxiété que nous appris la retraite du grand citoyen qui, depuis nos désastres, a travaillé sans relâche au relèvement de la France et à la libération du territoire. La France n’oubliera pas tout de ces si grands services rendus par vous à la patrie et la république que vous avez si justement proclamée la forme nécessaire de notre gouvernement. Elle ne peut sans crime les méconnaître et sans folie se passer de ceux que vous pourrez rendre encore. »

Propulsé au pouvoir par les monarchistes, Thiers avait progressivement basculé vers l’acceptation de la République, ce qui avait causé sa chute. Il avait aussi été l’organisateur du Siège de Paris qui s’était soldé par la répression sanglante de la Commune. Mais le crédit dont il bénéficiait au sein de la population nancéienne était largement dû au lancement, en juin 1871, d’un vaste emprunt public destiné à payer les indemnités de guerre dues à l’Allemagne. Son succès considérable avait eu pour conséquence le départ des dernières troupes d’occupation en septembre 1873 et la libération de Nancy.

Durant ses premières semaines à l’École polytechnique, Poincaré découvre un univers où les tensions politiques et sociales sont très nombreuses. En particulier, une des questions centrales qui divise les élèves de sa promotion est celle de l’institution dans laquelle ils ont préparé le concours d’admission à l’école : le clivage entre élèves sortis d’institutions privées (notamment de l’École Sainte-Geneviève) et élèves formés dans les classes préparatoires des lycées publiques constitue un réel facteur de différenciation politique et religieux. En tant que major de promotion, Poincaré est donc amené à se positionner dans ces conflits. Dans les nombreuses lettres qu’il écrit à sa mère à cette époque, il évoque à de nombreuses reprises ces tensions internes à l’école qui sont bien souvent des reflets de l’actualité sociale et politique, une actualité à laquelle il accorde parfois une place non négligeable.

Dans cette lettre, Poincaré se fait ainsi l’écho d’une séance de l’Assemblée nationale, à laquelle il a pu assister grâce à un ami proche de sa famille, le député républicain de la Meuse Jean-Eugène Billy. Bien qu’elle ne soit pas datée, tout indique que cette lettre a été rédigée vers le mois de décembre 1873. Vers la fin de l’année, après la démission de Thiers, les tensions entre républicains et légitimistes sont très vives. Le président de la République, Patrice de Mac Mahon et son chef de gouvernement Albert de Broglie espèrent rétablir la monarchie et la tendance est alors à l’ordre moral, c’est-à-dire à l’encouragement des valeurs religieuses ; c’est ainsi dans ce contexte qu’est votée en juillet 1873 la construction de la basilique du Sacré-Cœur en réparation des crimes de la Commune. Le gouvernement mène alors une politique farouchement antirépublicaine qui se traduit notamment par l’interdiction des célébrations du 14 juillet, le retrait des bustes de Marianne dans certaines mairies, l’interdiction des enterrements civils et une censure très forte de la presse républicaine (qui ne disparaîtra qu’avec la loi sur la presse de juillet 1881).

Poincaré propose ici un récit très amusant de cette séance de débats dédiés à la situation de la presse. Il dresse une galerie de portraits qui témoigne de son sens du récit et de la mise en scène.

Le texte de la lettre

[Décembre 1873]

Ma chère maman,

J’ai passé chez Alphen une colle l’autre jour ; j’ai eu 19 ; maintenant j’ai reçu avant hier une carte pour la Chambre et j’ai eu la chance de tomber sur une séance très chique. Je suis arrivé à 4 h et elle a duré jusqu’à 6 h. C’était l’interpellation sur la presse. J’ai entendu trois discours très chics ; deux de Ricard et un de Gambetta. Quant à Baragnon il n’a pas été trop nul dans son premier laïus et dans le second il a fait un four carabiné. En général ce sont tous de sacrés poseurs. Ricard se tape sur le ventre et se balade dans la tribune comme un ours dans sa cage ; Baragnon parle de l’influenfe [sic] dangereuse de la presse en étendant ses bras en l’air et leur faisant décrire une sorte d’oscillation dans un plan horizontal ; puis il ferme les yeux avec componction et parle de son zèle pour les libertés publiques. Ricard et Gambetta parlent d’une voix posée, insinuante qui donne à leur laïus quelque chose de précis et de tranchant. Enfin comme chambard, cela ne laissait rien à désirer ; d’abord il y avait des personnalités échangées entre Ricard et Baragnon et plus entre Gambetta et Haentjens. On dit que ces deux derniers se sont envoyés leurs témoins. Il y avait à droite des types très chics principalement un banc où il y avait cinq espèces de paysans richards et bigots ; j’étais en train de me demander lequel était Martin d’Auray. M. Billy m’a dit depuis que c’étaient Gavardie, du Temple et d’autres. Buffet a agité 2K+1 fois sa sonnette ; il arrêtait toujours les orateurs de gauche et laissait aller ceux de droite. Il voulait empêcher Gambetta de monter à la tribune. Maintenant voici les principaux incidents de la séance. Je suis arrivé au milieu du premier discours de Ricard qui, après avoir montré que les actes du gouvernement n’étaient que la répétition de ceux de l’Empire, autrefois attaqué par de Broglie, dit qu’il ne veut pas remonter si haut pour montrer ses palinodies et il lit deux discours de de Broglie et Baragnon ; entremêlés de tl à dr. [tout le monde à droite] Formant un effet splendide. Baragnon remonte et dit que s’il y a un moment cruel dans la vie c’est celui où il faut renoncer à ses illusions ; que ce sont les rép. qui l’y ont forcé ; puis il attaque Ricard qui avait arrêté un type des commissions mixtes. Retour de Ricard qui fait ressortir la différence des deux attaques, se défend et en même temps rappelle à B.[Baragnon] sa circ. répub. [circulaire républicaine]. Buffet l’arrête. Retour de B. qui cherche à défendre sa circ. ; il dit : je ne suis pas le seul ; M. untel l’a signée ; je ne l’ai pas signée, répond une voix glapissante ; four ; il bafouille et s’arrête. Puis Gambetta monte à la tribune et veut défendre un officier qui avait écrit dans le Journal de Lyon ; la droite fait un chahut infernal ; néanmoins il se fait entendre ; Haentjens l’interrompt, puis monte à la tribune ; le chambard continue et il retourne à sa place grosjean comme devant.

J’embrasse t le monde.

Henri

La lettre commentée

[Décembre 1873]

Ma chère maman,

J’ai passé chez Alphen [Note 1] une colle l’autre jour ; j’ai eu 19 ; maintenant j’ai reçu avant hier une carte pour la Chambre [Note 2] et j’ai eu la chance de tomber sur une séance très chique. Je suis arrivé à 4 h et elle a duré jusqu’à 6 h. C’était l’interpellation sur la presse. J’ai entendu trois discours très chics ; deux de Ricard [Note 3] et un de Gambetta [Note 4]. Quant à Baragnon [Note 5] il n’a pas été trop nul dans son premier laïus et dans le second il a fait un four carabiné. En général ce sont tous de sacrés poseurs. Ricard se tape sur le ventre et se balade dans la tribune comme un ours dans sa cage ; Baragnon parle de l’influenfe [sic] dangereuse de la presse en étendant ses bras en l’air et leur faisant décrire une sorte d’oscillation dans un plan horizontal ; puis il ferme les yeux avec componction et parle de son zèle pour les libertés publiques. Ricard et Gambetta parlent d’une voix posée, insinuante qui donne à leur laïus quelque chose de précis et de tranchant. Enfin comme chambard, cela ne laissait rien à désirer ; d’abord il y avait des personnalités échangées entre Ricard et Baragnon et plus entre Gambetta et Haentjens [Note 6]. On dit que ces deux derniers se sont envoyés leurs témoins. Il y avait à droite des types très chics principalement un banc où il y avait cinq espèces de paysans richards et bigots ; j’étais en train de me demander lequel était Martin d’Auray [Note 7]. M. Billy [Note 8] m’a dit depuis que c’étaient Gavardie [Note 9], du Temple [Note 10] et d’autres. Buffet [Note 11] a agité 2K+1 fois sa sonnette ; il arrêtait toujours les orateurs de gauche et laissait aller ceux de droite. Il voulait empêcher Gambetta de monter à la tribune. Maintenant voici les principaux incidents de la séance. Je suis arrivé au milieu du premier discours de Ricard qui, après avoir montré que les actes du gouvernement n’étaient que la répétition de ceux de l’Empire, autrefois attaqué par de Broglie [Note 12], dit qu’il ne veut pas remonter si haut pour montrer ses palinodies et il lit deux discours de de Broglie et Baragnon ; entremêlés de tl à dr. [tout le monde à droite] Formant un effet splendide. Baragnon remonte et dit que s’il y a un moment cruel dans la vie c’est celui où il faut renoncer à ses illusions ; que ce sont les rép. qui l’y ont forcé ; puis il attaque Ricard qui avait arrêté un type des commissions mixtes. Retour de Ricard qui fait ressortir la différence des deux attaques, se défend et en même temps rappelle à B.[Baragnon] sa circ. répub. [circulaire républicaine]. Buffet l’arrête. Retour de B. qui cherche à défendre sa circ ; il dit : je ne suis pas le seul ; M. untel l’a signée ; je ne l’ai pas signée, répond une voix glapissante ; four ; il bafouille et s’arrête. Puis Gambetta monte à la tribune et veut défendre un officier qui avait écrit dans le Journal de Lyon ; la droite fait un chahut infernal ; néanmoins il se fait entendre ; Haentjens l’interrompt, puis monte à la tribune ; le chambard continue et il retourne à sa place grosjean comme devant [Note 13].

J’embrasse t le monde.

Henri

Notes et commentaires

[Note 1]

Poincaré se trompe sur l’orthographe du nom. Il s’agit du mathématicien Georges Halphen (1844-1889). Celui-ci avait fait ses études à l’École polytechnique (promotion 1862) puis avait fait carrière dans l’artillerie. Il avait obtenu la Légion d’honneur pour sa bravoure durant la guerre de 1870 et avait été nommé répétiteur à l’École polytechnique en 1873. Auteur de travaux en géométrie infinitésimale et en théorie des nombres il fut élu à l’Académie des sciences en 1886, devançant Poincaré d’un an. Ce ne fut d’ailleurs pas la seule fois puisqu’il le coiffa également au poteau lors du Grand Prix des Sciences Mathématiques de l’Académie des sciences en 1881. Poincaré et Halphen échangèrent quelques lettres au début des années 1881. À sa mort, Poincaré devait lui rendre hommage dans le Journal de l’École polytechnique [H. Poincaré 1890]. Il publia également un court texte sur les papiers laissés à sa mort [H. Poincaré 1901].

[Note 2]

Rappelons qu’après la chute de Napoléon III, l’Assemblée nationale s’était installée d’abord à Bordeaux avant d’être déplacée à Versailles, où elle devait demeurer jusqu’en 1879.

[Note 3]

Amable Ricard (1828-1876) était avocat de formation et entamait en 1873 son premier mandat de député centre-gauche des Deux-Sèvres. Il était entré en politique à un niveau national après la Guerre de 1870. Soutien de Thiers, il s’était vivement opposé à sa démission de la présidence de la République et au vote par son successeur, Mac Mahon, de la loi sur le septennat. Ce dernier le nomma ministre de l’Intérieur en mars 1876, au sein du gouvernement Jules Dufaure. Il décéda trois mois plus tard, juste après avoir été élu sénateur. Comme ministre, il devait enjoindre les préfets à une attitude bienveillante vis-à-vis de la presse [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 4]

Léon Gambetta (1818-1882) était dans les années 1870 le chef de l’opposition républicaine au sein de l’Union républicaine. D’abord radical, ce groupe devait se rapprocher des républicains modérés et du centre-gauche de Thiers, provoquant une scission avec l’extrême gauche menée par Georges Clémenceau. Gambetta devait être l’artisan de l’acceptation par les républicains du compromis des lois constitutionnelles qui instituèrent définitivement la Troisième République (lois votées entre février et mars 1875) [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 5]

Pierre Baragnon (1835-1892) avait été élu député de l’Union des droites en 1871 à Nîmes. Il exerça les fonctions de sous-secrétaire d’État à la vice-présidence du Conseil et au ministère de l’Intérieur sous le second gouvernement d’Albert de Broglie (de novembre 1873 à mai 1874). C’est lui qui devait défendre, en janvier 1874, devant l’Assemblée nationale, la loi des maires qui donnait au chef de l’État et à ses préfets le droit de nommer les maires dans toutes les communes. Il fut en outre sénateur, sous-secrétaire d’État à la justice et membre du Comité des Neuf qui s’était donné pour mission de rendre la couronne au comte de Chambord [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 6]

Alphonse Alfred Haentjens (1824-1884) fut député à de nombreuses reprises à partir de 1863. Représentant de la Sarthe dans la majorité fidèle à l’Empire, il s’était prononcé contre la déclaration de guerre à la Prusse. Fidèle à la droite bonapartiste, il avait été à l’origine d’une demande d’enquête sur l’insurrection de la Commune [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 7]

Joseph Martin d’Auray (1832-1900) était un député de la droite légitimiste. Il avait signé la proposition relative au rétablissement de la monarchie, voté pour la démission de Thiers et pour le septennat [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 8]

Né à Metz, Jean-Eugène Billy (1820-1878) était avocat de formation et avait pris une part active à la Révolution de 1848 en tant que conseiller de préfecture nommé par le nouveau gouvernement. Révoqué en 1849, il reprit ses activités d’avocat et, après le coup d’État de décembre 1851, il fut déféré devant une commission judiciaire qui décida de son éloignement momentanée de Metz en raison de ses idées républicaines et de ses « passions anarchiques ». Il décida donc de s’installer à Spincourt dans la Meuse, où il épousa Virginie Mangin, fille de notaire dotée d’une fortune conséquente. Durant les années suivantes il se consacra à l’exploitation agricole héritée de son beau-père mais voyant le régime impérial s’adoucir il envisagea de retourner en politique et de jouer un rôle dans la vie publique locale. Il fut élu au conseil municipal de Spincourt en 1860 et parvint, après un échec en 1861, à se faire élire conseiller d’arrondissement en 1868. Après la Guerre de 1870 il fut désigné en février 1871 représentant de la Meuse à l’Assemblée nationale et il rallia le groupe de la gauche républicaine aux côtés de Léon Gambetta. Il fut réélu député de la Meuse en 1876 mais fut écarté de l’Assemblée par la dissolution du 16 mai 1877. Hostile au traité de Versailles, il proposa par un projet de loi de conserver le nom de Moselle à l’ancien arrondissement de Briey, demeuré français, et demanda qu’il soit accolé à celui de la Meurthe pour désigner le découpage des territoires annexés. Il fut également un grand défenseur de l’enseignement primaire obligatoire. La famille Billy était très proche de la famille de Poincaré, comme en témoignent les souvenirs d’Aline Boutroux [A. Boutroux 2012] (Spincourt, dont il devait devenir maire à la fin des années 1860, est situé quelques kilomètres au sud du village d’Arrancy où vivaient les grands-parents maternels de Poincaré, les Launois). Durant ses années d’études à Paris, Poincaré rencontrait souvent Jean-Eugène Billy et son épouse : ce dernier lui donnait souvent des cartons d’invitation pour assister aux séances de l’Assemblée nationale. Sur le parcours politique de Jean-Eugène Billy, cf. [M. Maigret 2006].

[Note 9]

Henri Dufaur de Gavardie (1823-1910) était un député monarchiste des Landes qui siégeait à l’extrême droite. Le fait que Poincaré le range dans la catégorie des ‘bigots’ n’est pas anodin. Dufaur de Gavardie s’était fait une réputation nationale pour ses manquements à la discipline parlementaire (ses interruptions de séances étaient souvent sanctionnées) et par l’hilarité que soulevaient ses interventions. Il devait ainsi s’en prendre un jour à l’indécence des nymphes républicaines « sans culottes » qui décoraient les jardins et les monuments publics et proposa de remédier à ce fléau en créant une chaire de théologie à l’École des beaux-arts. Il termina sa carrière parlementaire au Sénat [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 10]

Félix du Temple de la Croix (1823-1890) avait mené une longue carrière d’officier de marine avant de se lancer en politique. Pionnier de l’aéronautique, il avait été le premier à faire décoller, avec son frère Louis, un avion motorisée à échelle réduite en 1857. Élu d’Ille-et-Vilaine en 1871, royaliste convaincu et catholique, il siégea du côté de l’extrême-droite et vota pour les prières publiques, pour l’interdiction des mariages civils, pour la démission de Thiers et contre les lois constitutionnelles de 1875 [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 11]

Louis Buffet (1808-1898) était originaire de Mirecourt dans les Vosges. Avocat, il avait commencé sa carrière politique en 1848. Jusqu’à sa mort il cumula les mandats et les fonctions ministérielles : député, sénateur, ministre de l’Intérieur, vice-président du Conseil des ministres. Buffet était un monarchiste modéré et siégeait au centre-droit. En 1873, il était président de l’Assemblée nationale [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 12]

Monarchiste et orléaniste, Albert de Broglie (1821-1901) était alors chef du gouvernement présidé par Mac Mahon. On ne reviendra pas ici sur sa longue carrière politique [A. Robert & G. Cougny 1890-1891].

[Note 13]

Terme populaire : un Gros-Jean est une personne stupide. L’expression « être grosjean comme devant » signifie « ne pas être plus avancé » ou « avoir eu un espoir important et se retrouver au point de départ ».

Crédits

Source de la lettre

Lettre autographe signée, 2 p. Collection particulière, Paris / LHSP- AHP. Voir le site web de la correspondance d’Henri Poincaré.

Bibliographie

Boutroux, Aline, Vingt ans de ma vie, simple vérité... La jeunesse d’Henri Poincaré racontée par sa sœur (1854-1878) - Texte inédit édité par Laurent Rollet, Paris, Hermann, 2012.

Maigret, Michel, « Billy (Jean-Eugène) - 1820-1878 », in El Gammal Jean, Les parlementaires lorrains de la Troisième République, Metz, Editions Serpenoise, 2006, 200-201.

Poincaré, Henri, « Notice sur Halphen », Journal de l’École Polytechnique, 60, 1890, 137-161.

Poincaré, Henri, « Rapport sur les papiers laissés par Halphen », Comptes rendus de l’Académie des Sciences, 133, 1901, 722-724.

Robert, Adolphe & Cougny, Gaston, Dictionnaire des parlementaires français comprenant tous les membres des assemblées françaises et de tous les ministres français depuis le 1er mai 1789 jusqu’au 1er mai 1889, avec leurs noms, état civil, état de service, actes politiques, votes parlementaires, etc., Paris, Bourloton, 5 volumes, 1890-1891. Genève, Slatkine Reprints, 2000.

P.S. :

L’auteur ainsi que la rédaction d’Images des mathématiques remercient pour leur relecture attentive les relecteurs gammella
et Thierry Monteil.

Crédits images

Image à la une — LHSP-Archives Henri Poincaré site web

Affiliation de l'auteur

Laurent Rollet : Laboratoire d'histoire des sciences et de philosophie, Archives Henri Poincaré (UMR CNRS 7117) / Maison des sciences de l'homme Lorraine (USR CNRS 3261)

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Pour citer cet article : Laurent Rollet, « Du côté des lettres (1) : une lettre d’Henri Poincaré à sa mère sur les débats parlementaires (1873) »Images des Mathématiques, CNRS, 2013.

En ligne, URL : http://images.math.cnrs.fr/Du-cote-des-lettres-1-une-lettre-d.html

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