Les mathématiciens, c’est bien connu, n’ont besoin, pour travailler, que de papier et de crayons. D’un peu de craie et d’un tableau, aussi, pour communiquer. Ah, et puis, de la bibliothèque. Et d’un peu d’argent pour voyager, rencontrer des collègues, d’un peu d’argent aussi pour les inviter.
Nous sommes de purs esprits, nous ne coûtons pas cher, nous n’avons besoin de personne.
Sauf que... Eh bien, le papier et les crayons, bien sûr, mais aussi l’ordinateur.
L’ordinateur, parce qu’il faut bien écrire, taper (les mathématiciens tapent aujourd’hui tous leurs articles). Et puis, le tableau, pour communiquer avec ceux qui sont à côté, mais l’ordinateur aussi, pour communiquer avec ceux qui sont loin (les mathématiciens travaillent aujourd’hui beaucoup par courrier électronique). Le tableau, pour faire des exposés, mais aussi l’ordinateur, parce que, c’est quand même bien, de pouvoir montrer des images, des animations. Et puis, la bibliothèque, bien sûr, mais aussi l’ordinateur, pour lire le fichier de la bibliothèque, pour lire les articles publiés électroniquement.
Et je ne parle pas de ceux d’entre nous qui utilisent les ordinateurs aussi pour calculer, pour démontrer...
Derrière tout ça, ce presque rien, ajouté au papier et aux crayons, mais indispensable, il y a, oui, des machines, mais surtout des hommes et des femmes. Le “personnel d’accompagnement à la recherche”, ça s’appelle (dans la rhétorique qui appelle les hommes et les femmes qui travaillent des “ressources humaines”). Allez, j’essaie de faire une liste de ceux et celles que le grand public ne voit pas et sans lesquels, sans la proximité desquels nous ne serions pas grand chose :
Aujourd’hui, dans les laboratoires de mathématiques soutenus par le CNRS, cet indispensable service de proximité existe. Son apport est à la fois indispensable à la qualité de notre recherche et difficilement quantifiable en termes de “facteur d’impact” [1] ou d’autres indices numériques.
C’est pourquoi nous, mathématiciens, sommes attentifs au devenir de ce service, pendant les restructurations en cours...
[1] Voir un billet récent d’Etienne Ghys.