Éditer des Œuvres complètes avec Gauthier-Villars, au XIX ème siècle

Piste verte Le 12 septembre 2011  - Ecrit par  Norbert Verdier Voir les commentaires

Entrez dans une bibliothèque de mathématiques comme celle représentée sur notre logo : vous y verrez alors des centaines de journaux, des milliers d’ouvrages spécialisés classés par domaine (analyse, algèbre, géométrie, ... avec de très nombreuses sous-sections) et des œuvres complètes de nos grands savants d’hier. Le processus d’édition d’œuvres complètes, tout particulièrement de scientifiques, a été étudié en tant que tel par Michael Cahn [1]. En observant la production d’œuvres complètes entre le XVIIe et le XIXe siècle, il avance l’idée que le phénomène prend une ampleur inédite dans la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque, selon lui, ces publications façonnent des « monuments de fierté nationale ». Les éditeurs qui s’engagent dans ces entreprises y puisent les ressources pour manifester leur légitimité scientifique, leur autorité intellectuelle. De plus, eu égard à la nature prestigieuse de ces ouvrages et aux prouesses techniques qu’ils requièrent, les maisons d’édition affichent par ces publications leurs capacités techniques. Notre ambition, ici, est de nous focaliser sur la production des œuvres complètes par l’éditeur français Gauthier-Villars, dans la deuxième moitié du XIXe siècle afin de comprendre comment en pratique ces objets éditoriaux singuliers étaient conçus grâce à la collaboration de différents acteurs. Nous terminerons en dépassant le cadre des productions de Gauthier-Villars pour les contextualiser et pour nous interroger sur ce geste éditorial d’hier et d’aujourd’hui consistant à vouloir être exhaustif sur les écrits d’un auteur.

La première moitié du XIXe siècle a vu la consolidation des progrès techniques de la typographie mathématique grâce à la maison Bachelier. La seconde moitié du siècle se montrera davantage soucieuse d’améliorer les modalités de diffusion (par l’installation de réseaux de librairies et par une recherche active de souscriptions publiques) et de trouver des meilleurs matériaux comme le papier. Gauthier-Villars n’est pas seulement successeur de Mallet-Bachelier, il innove également sur le plan de la politique éditoriale en amorçant la réalisation d’un autre type d’ouvrages : les œuvres complètes.

De Gauthier à Gauthier-Villars

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Tombe de la famille Gauthier-Villars au cimetière Montparnasse.

Jean Albert Gauthier-Villars est né en 1828 à Lons Le Saunier. L’extrait de naissance, inséré dans son dossier de Légion d’honneur [2], précise que son père Frédéric Gauthier est imprimeur et que sa mère Agnès Pauline Villars est propriétaire. Plus tard, Jean-Albert fait des démarches pour transformer son nom en Gauthier-Villars ainsi que l’atteste ce document :

« Sur les lettres présentes accordées par sa majesté le sept juillet mil huit cent cinquante neuf, au sieur Gauthier Jean Albert, né le trente et un mars mil huit cent vingt huit à Long Le Saunier, inspecteur des lignes télégraphiques, domicilié dans la même ville, a l’effes [sic] d’ajouter à son nom patronymique celui de Villars. » [3].

Les Gauthier s’appellent officiellement Gauthier-Villars depuis 1859. Fils et petit-fils d’imprimeur et de libraire, Jean-Albert Gauthier-Villars devient à son tour éditeur, c’est-à-dire imprimeur et libraire, après une formation à l’École polytechnique et plusieurs années passées à travailler dans le domaine de la télégraphie.

Son accueil par le milieu savant est enthousiaste comme celui du mathématicien Joseph Liouville (1809-1882) qui, par ses écrits personnels et la direction de son Journal de mathématiques pures et appliquées, donne le la à toute l’Europe savante pendant presque quarante ans à partir de 1836 [4]. Le Journal de Liouville est d’abord édité par Bachelier puis par son gendre Mallet-Bachelier. En 1864, c’est Gauthier-Villars qui reprend le flambeau éditorial en rachetant l’entreprise. Un peu plus tard, en 1866, Liouville recommande Gauthier-Villars à un de ses confrères, l’académicien Jules Barthélémy St Hilaire (1805-1895) :

« Mon cher confrère, Permettez moi (à l’occasion du choix d’un libraire que vous devez faire bientôt) de vous recommander vivement monsieur Gauthier Villars, dont je connais très bien la maison, car il remplace depuis plus de deux ans mr Bachelier. Mr Gauthier Villars est d’ailleurs un ancien élève de l’École polytechnique, qui est sorti avec un très bon rang. Il a été treize ans dans le service télégraphique. » [5].

Plus tard, Liouville sera moins laudatif [6] mais Gauthier-Villars est l’un des principaux responsables de l’éviction de Liouville de la tête du Journal qu’il avait fondé, dirigé et animé.

Œuvres complètes de Lagrange, Laplace, Fermat et Cauchy

Au cours des années soixante, l’Imprimerie impériale se lance dans l’édition des Œuvres complètes de Lavoisier (1862) [7] puis de Fresnel (1866) [8]. Des fonds publics spécifiques sont prévus. Par exemple, en 1843, un projet de loi, alloue une somme de quinze mille francs pour l’édition des Œuvres complètes de Fermat. Finalement ces Œuvres complètes paraîtront à partir de 1891 [9] chez Gauthier-Villars de même que celles de Lagrange, Laplace et Cauchy. Nous ignorons comment Gauthier-Villars a réussi, au détriment de l’Imprimerie impériale, à avoir l’exclusivité de l’édition des Œuvres complètes de ces savants.

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Œuvres complètes de Lagrange

En 1867, Gauthier-Villars publie le tome premier des Œuvres de Lagrange. Elles sont éditées « par les soins de M. J. A. Serret [10] sous les auspices de son excellence le ministre de l’instruction publique. ». Les autres tomes se succèdent au fil des années : le tome deux paraît en 1868, les tomes trois et quatre en 1869, le cinquième tome en 1870, etc. Le fonds Lagrange à la Bibliothèque de l’Institut de France permet de suivre la réalisation de ces œuvres complètes. Il contient une dizaine de lettres entre Gauthier-Villars et le bibliothécaire de l’Institut, Ludovic Lalanne (1815-1898) qui a assumé la responsabilité éditoriale de l’ouvrage. Comme l’indique la mention figurant en sous-titre et différentes sources archivistiques, Gauthier-Villars s’appuie sur une forte souscription publique. Peu de temps après Gauthier-Villars lance la publication des Œuvres complètes de Laplace. Comme le stipule l’avertissement, c’est ici à l’initiative de la famille du scientifique que l’entreprise est lancée. Cependant, la réalisation scientifique des ouvrages est prise en main par l’Académie des sciences.

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Œuvres complètes de Laplace

Un mois après que Gauthier-Villars se revendique, par les en-têtes de ses lettres, d’être l’éditeur des Œuvres complètes de Laplace, l’Académie des sciences, dans sa séance du 16 juillet 1877, décide de piloter officiellement l’édition des Œuvres. L’académicien Victor Puiseux et le professeur (à l’université de Bordeaux) et traducteur Jules, Guillaume Hoüel [11] en sont les éditeurs scientifiques.

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Victor Alexandre Puiseux (1819-1885)
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Jules Guillaume Hoüel (1823-1886)

À titre privé, Puiseux travaillait déjà sur ce projet depuis plusieurs années. Ses échanges de courrier avec Adhémar Jean-Claude Barré de Saint-Venant [12] et avec de nombreux éditeurs et fabricants de papier montrent le soin matériel que Puiseux apportait à l’entreprise. Les lettres témoignent de l’implication de Puiseux dans l’édition des Œuvres de Laplace. Il s’y montre conscient qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Par ailleurs, la missive fait déjà état de l’initiative d’éditer les Œuvres complètes de Cauchy, encore au stade de projet [13]. Puiseux s’y interroge enfin sur la manière dont il conviendrait que l’Académie s’implique dans ces entreprises. À ses yeux, elle ne doit au mieux que s’engager à titre de conseiller scientifique. En revanche, il insiste sur le fait que l’institution ne doit en rien être partie prenante des risques financiers encourus, qui échoient à la seule maison d’édition. La fin de sa lettre concerne une question matérielle relative au choix du papier. Au-delà des spécifications techniques (notion de collage de papier ou choix des matériaux), se pose derrière l’édition de tels ouvrages la question de l’usage qu’en fait le lecteur.

Selon Puiseux et Saint-Venant, ces œuvres doivent être conçues pour durer. De plus, le fait que ce soit des œuvres mathématiques pose d’autres questions : les mathématiciens ont tendance à travailler dans le texte, c’est-à-dire à annoter. Tel ou tel papier permet-il des annotations ? Quel est le meilleur choix technique à faire en fonction des différents types d’usage du livre ? Saint-Venant questionne à ce sujet plusieurs interlocuteurs (Puiseux qui répond dans plusieurs lettres, Gauthier-Villars, l’éditeur belge Marcel Hayez, etc.).

Ces questionnements surgissent à un moment où la fabrication du papier pose des problèmes d’ordre économique. C’est ce qu’explique Gauthier-Villars dans une de ses lettres [14] en exposant la position des fabricants de papier qui ne demandent pas mieux :

« que de fabriquer du papier, dont la pâte soit pure de toute matière étrangère ; mais les quantités de chiffon, qui se trouvent sur le marché, n’ont pas progressé comme la consommation du papier ; de là une rareté relative des chiffons, et par suite une hausse énorme. ».

Il poursuit en regrettant, de plus, une hausse d’impôt sur le papier rendant difficile l’exercice de sa profession.

L’édition d’œuvres complètes fait désormais partie de la carte de visite de Gauthier-Villars, comme elle faisait partie de celle de la maison Cambridge University Press ainsi que le montre Michael Cahn [15]. Les en-têtes de ces lettres portent tous la marque de ce nouveau type de publication. Dans la cinquantaine de lettres de Gauthier-Villars, étudiées dans différents fonds d’archives, nous avons pu constater la très grande « réactivité » de l’éditeur : les en-têtes sont modifiés au fil des publications. Comme son prédécesseur (Mallet) Bachelier, il met en avant les mathématiques et y rajoute ces ouvrages de prestige que sont les œuvres complètes de tous ces hommes que les acteurs du temps ont considéré

Plusieurs éléments d’archives, dont la correspondance avec Puiseux citée précédemment, sembleraient confirmer que Gauthier-Villars a intensifié sa politique de souscription pour l’édition de ses ouvrages. En ce sens, il a poursuivi la politique éditoriale de Mallet-Bachelier pour faire acquérir ses ouvrages par les bibliothèques et par différentes institutions. Il est en revanche difficile d’être précis sur ce plan là car toutes les archives comptables de l’éditeur de cette époque ont disparu [16]. Cependant, plusieurs dossiers des Archives nationales permettent de quantifier les efforts de Gauthier-Villars pour diffuser les œuvres complètes éditées. Dans le dossier consacré à l’édition des Œuvres de Lagrange figure une note datée de 1865 qui stipule que Gauthier-Villars se charge de l’édition matérielle contre une souscription publique de trois cents exemplaires. [17]. Les archives extraites des dossiers sur l’édition des Œuvres de Laplace [18] et de Cauchy [19] confirment les chiffres précédents. Ces exemplaires étaient distribués dans différentes bibliothèques françaises ou étrangères ou étaient échangés avec d’autres ouvrages de prestige. La consultation de différentes archives académiques (commission administrative et comité secret) permet de suivre au plus près toute cette pratique d’échanges. On peut ainsi suivre sinon exhaustivement au moins significativement les traces de quelques dizaines d’exemplaires. [20]

... et celles des autres

Le dernier tiers du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle voient l’explosion du nombre d’œuvres complètes que publient l’éditeur français Gauthier-Villars aussi bien que des éditeurs étrangers (allemands, italiens, anglais, etc). La démarche de Gauthier-Villars s’inscrit dans un mouvement de fond qui se love dans la deuxième partie du XIXe siècle et qui consiste en la construction des États-Nation. [21] C’est le temps où l’on érige des panthéons scientifiques, littéraires et artistiques, c’est le temps des Expositions, de la mise en valeur des collections muséales, etc. La production d’œuvres complètes par l’éditeur français n’est qu’une des faces d’un phénomène général et en plein essor.

Ce marché éditorial des œuvres complètes, investi au XIXe siècle, est encore particulièrement visible dans nos bibliothèques de mathématiques comme nous l’indiquions en ouverture d’article. On y trouve généralement à côté de centaines de journaux mathématiques et des milliers d’ouvrages spécialisés, un très riche rayon consacré aux œuvres complètes des savants consacrés en leur temps. Sur la photographie ci-dessous on peut voir une partie du secteur des Œuvres complètes à la bibliothèque Jacques Hadamard de l’université Paris-Sud 11.

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Bibliothèque Jacques Hadamard, université Paris-Sud 11

Aujourd’hui la publication des œuvres complètes continue mais elle revêt d’autres formes et d’autres significations. Les acteurs choisis et engagés ne sont plus les mêmes, il ne s’agit sans doute plus d’ériger des panthéons mais de comprendre au plus près les agissements et les contributions d’un savant dans son temps. Les historiens qui s’engagent dans ce type de publications cherchent à restituer dans toute sa variété les implications de l’auteur étudié. Ils ne la réduisent pas aux seules mathématiques mais l’étendent s’il y a lieu à ses « autres » contributions (sociales, politiques, culturelles, ...).

Les pratiques de production ont également changé. À côté des productions papier, comme la parution en 2010 aux éditions Vrin du dernier tome des Œuvres complètes du non académicien Augustin Cournot (1801-1877) [22], se développent de nombreuses productions électroniques sans doute plus adaptées à ce type d’entreprise car ce sont des plateformes évolutives permettant d’inclure des pièces manuscrites (correspondances, carnets de laboratoire, articles éventuellement refusés, etc.). Certaines complètent des « œuvres complètes » déjà publiées comme celles de Lavoisier [23] ; d’autres comblent des manques comme le site consacré à Ampère et à l’histoire de l’électricité. De nombreuses autres seraient et souhaitables et souhaitées [24].

La publication des Œuvres complètes dépasse le cadre des mathématiques et de l’éditeur Gauthier-Villars. [25]. Après avoir été des publications de prestige mettant en avant des savants mis en scène sous des patronages institutionnels, elles deviennent aujourd’hui des objets de recherches pilotés par des historiens qui veulent saisir un savant dans toute sa complexité et celle de son temps.

Les Œuvres complètes restent des sources de questionnement quant aux pratiques de production (choix des savants, choix des contenus, choix des acteurs impliqués) et de lecture (sont-elles utilisées ? annotées ?...). Elles participent au processus de circulation des mathématiques dans différentes strates de la société.

Post-scriptum :

La rédaction d’Images des maths, ainsi que l’auteur, remercient pour leur relecture attentive : Pierre Baumann, Claude Animo et Frédéric Chardard. De plus, les échanges riches et stimulants avec Karine Chemla ont permis de faire en sorte que cet article sur les Œuvres complètes souffre d’un peu moins d’incomplétude. Enfin, les échanges estivales avec Carole Gaboriau ont contribué aux améliorations matérielles du texte (iconographie et mise en page). À toutes et tous, merci.

Notes

[1Cahn, Michael « Opera Omnia : The Production of Cultural Authority » dans Chemla, Karine (ed), History of Science, history of Text, Boston studies in the Philosophy of Science, Springer, 2004, pp. 81-94. L’article de Michael Cahn a provoqué une reaction de Hans-Jörg Rheinberger : « Writing Works : A Reaction to Michael Cahn’s Paper » dans Chemla, Karine, History of Science …, pp. 95-103.

[2Archives nationales, Dossier LH 1096 037.

[3Archives nationales, L 1096 036.

[4Pour en savoir plus sur le Journal de Liouville, nous invitons à consulter : Verdier, Norbert, Le Journal de Liouville et la presse de son temps ... , op. cit. et pour en savoir plus sur Liouville, nous invitons à lire : Lützen, Jesper Joseph Liouville (1809-1882), a master of pure and applied mathematics, Ed. Springer-Verlag, 1990.

[5Bibliothèque de l’Institut de France, MS 36 32 (15).

[6Au cours des années soixante-dix, il ne cesse d’invectiver l’éditeur en le qualifiant à de multiples reprises de « Gauthier le vil ». Mais Liouville est alors un homme aigri, âgé et usé. La terre entière est victime de sa plume fielleuse !

[7Les six volumes (4594 pages) des Œuvres d’Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794) ont été publiés aux frais de l’État de 1862 à 1893. Dès 1836, le chimiste et académicien Jean-Baptiste Dumas, qui se considérait comme l’héritier spirituel d’Antoine Laurent Lavoisier, désirait lui élever un « monument » en publiant une « édition nationale » des Œuvres complètes de Lavoisier. Dix ans plus tard, Léon de Chazelles, époux de la petite-nièce de Mme Lavoisier, lui rappela sa promesse et lui apporta son soutien en déposant à l’Académie des sciences une partie des archives familiales. C’est en 1861 seulement que le ministère de l’Instruction publique chargea officiellement Dumas de la publication aux frais de l’État. Les choses s’accélèrent et Dumas édita quatre volumes dans la décennie.

[8Les Œuvres de Fresnel ont été publiées sous la direction scientifique de Leonor Fresnel (1790-1869), ingénieur des ponts et chaussées, adjoint et frère d’Augustin Fresnel, de l’acédémicien Henri de Senarmont (1808-1862) et du physicien et maître de conférences de physique à l’École normale supérieure Émile Verdet (1824-1866).

[9Le professeur à l’école d’artillerie de Toulouse, Émile Brassinne (1805-1884), s’impatiente face au retard pris par la publication de Œuvres de Fermat. En 1853, il publie chez Jean-Mathieu Douladoure, un éditeur toulousain, un Précis des œuvres mathématiques de Pierre Fermat et de l’arithmétique de Diophante. Dans la notice nécrologique qui lui est consacrée, il est indiqué : « Aucune œuvre générale n’avait été offerte au public depuis 1679. En 1843, les Chambres votèrent 15, 000 francs pour la réimpression de l’édition de Samuel Fermat, épuisée depuis longtemps. On recula sans doute devant la difficulté d’un pareil travail. En 1883, les Chambres ont de nouveau voté 40, 000 francs dans le même but, et le retard qu’apporte M. Laisant, dans l’exécution du mandat dont il s’est chargé, indique suffisamment les difficultés de la tâche à remplir. » in Forestier, Charles, « Éloge de M.Brassinne. Prononcé dans la séance publique du 31 mai 1885 », Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 8, 13 (1885), 45-47. Forestier explique ensuite, qu’entre-temps, en 1853, Brassinne, sous l’égide de Douladoure, se lance non dans une nouvelle réimpression mais en constituant « un nouvel ouvrage d’après Fermat » (Ibid.). La raison en est, selon Forestier, qu’« [u]ne simple réimpression serait loin de répondre à l’attente des mathématiciens ; car, écrite en latin, sous une forme archaïque, avec des notations surannées et des formules prolixes, cette œuvre ne peut, sous cette forme, mettre en pleine lumière les beaux théorèmes qu’elle renferme, et rendre leur abord véritablement aisé et facile. » (Ibid.)

[10Joseph-Alfred Serret est né à Paris le 30 août 1819. Il est élu membre de la section de géométrie de 19 mars 1860. Professeur de mécanique céleste au Collège de France, et de calcul différentiel et intégral à la faculté des sciences de Paris, il a également été membre du bureau des longitudes. Il décède à Paris le 2 mars 1885. Victor Puiseux a par ailleurs participé à la fondation du Club Alpin Français. Il a instauré une solide tradition familiale alliant sciences et alpinisme. Son fils Pierre Puiseux a également été un astronome réputé et un alpiniste de renom. Un descendant direct, se nommant aussi Pierre Puiseux, est professeur d’informatique à l’université de Pau et, tradition familiale oblige, alpiniste renommé. Pour en savoir plus sur l’alpinisme chez les Puiseux, nous renvoyons à : Pierre Puiseux, Où le père a passé, tome 1 : Au berceau de l’alpinisme sans guide et tome 2 : L’éducation par les cimes, Éditions Argo, 1928-1930.

[11Pour en savoir plus sur Jules Hoüel, nous renvoyons à notre article : Verdier, Norbert, « Le Journal de Liouville et la presse de son temps : hériter, transmettre et faire circuler des mathématiques au XIXe siècle (1824-1885) », Actes du XVIIIe colloque Inter-Irem de Caen, histoire et épistémologie des mathématiques, sous presse.

[12Archives de l’École polytechnique, fonds Saint-Venant, carton n°1.

[13Outre Victor Puiseux, les Oeuvres de Cauchy ont impliqué la collaboration de C.A. Valson, qui fut professeur à la faculté catholique de Lyon et, dans une très moindre mesure, du père jésuite Michel Jullien.

[14Fonds Saint-Venant, archives de l’École polytechnique, Carton n°1, lettre 744.

[15Cahn, Michael « Opera Omnia : The Production of Cultural Authority », ... op. cit.

[16Le fonds Gauthier-Villars détenu à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) est intéressant sur plusieurs aspects mais ne permet pas d’avancer sur la question des ventes et des souscriptions. Pour d’autres éditeurs, il est possible d’avoir des informations très précises à ce sujet. C’est, par exemple, le cas de Hachette comme l’a montré Jean-Yves Mollier dans Louis Hachette, Éd. Fayard, 1999.

[17Archives nationales, F/17/3247. Outre ce document, nous trouvons dans ce dossier, un contrat qui précise que Serret est le responsable scientifique de l’édition. Un arrêté du 29 mars 1885 désigne Jean Gaston Darboux (1842-1917), qui venait d’être élu membre de la section de géométrie à l’Académie des sciences, comme l’éditeur en remplacement de Serret décédé.

[18Archives nationales, F/17/32 43.

[19Archives nationales, F/17/3244.

[20Pour en savoir plus sur les différents systèmes d’archives de l’Académie, nous renvoyons au répertoire de Éric Brian & de Christiane Demeulenaere-Douyère : Répertoire et mémoire de l’Académie des sciences. Guide de recherches, Lavoisier Tech & Doc, 1996. L’étude de référence sur l’Académie des sciences reste celle de Maurice Crosland : Science under control : the French Academy of sciences : 1795-1914, Cambridge University Press, 1992.

[21Du 31 mars au 02 avril 2010, l’université d’Arras - sous la houlette d’Évelyne Thoizet, Nicolas Wanlin et Anne-Gaëlle Weber - a organisé un colloque intitulé : « Panthéons scientifiques et littéraires (XIXe - XXe siècles) ». L’objet était de mettre en évidence, au long du XIXe et du XXe siècles, la constitution et l’évolution de panthéons de figures savantes ou littéraires dans les domaines littéraires et savants. Ainsi András Kányádi (INALCO), dans son intervention « Une littérarité savante. les deux Bolyai dans le panthéon national hongrois », a montré et déconstruit le mythe autour de la figure de János Bolyai (1802-1860), celui qui contribua à mettre en place les prémices des géométries dites non-euclidiennes. Les Actes de ce colloque sont en cours d’édition.

[22Ce travail colossal a été commencé dans les années soixante-dix sous la houlette d’André Robinet. Il a fallu presque quarante ans - soit plus de deux fois moins qu’avec l’œuvre d’Augustin Cauchy - pour collecter l’ensemble des publications d’Augustin Cournot et achever ainsi cette immense entreprise éditoriale. Le dernier tome, le onzième, a été piloté par Bernard Bru & Thierry Martin.

[23Le Centre de Recherche en Histoire des Sciences et des Techniques (CRHST) en collaboration avec Panopticon Lavoisier, a numérisé et présente, en texte intégral, les six volumes des Œuvres d’Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794), publiés aux frais de l’État de 1862 à 1893, ainsi qu’un certain nombre de textes complémentaires et parfois inédits. Ce site, réalisé par la plateforme technologique du CRHST sous la direction scientifique de Pietro Corsi, Professeur d’histoire des sciences à l’Université d’Oxford et de Patrice Bret, Secrétaire général du Comité Lavoisier de l’Académie des Sciences, apporte de très nombreuses informations sur tous les acteurs impliqués dans ce très long projet éditorial.

[24Ainsi Joseph Liouville n’a pas eu droit à une édition d’Œuvres complètes. Un projet avait été mis en place il y a une vingtaine d’années mais il n’a pas abouti.

[25À la mort de Jean-Albert Gauthier-Villars en 1898, c’est l’un de ses fils Albert-Paul Gauthier-Villars (1861-1918), également polytechnicien, qui lui succède. La maison est associée à Pergamon Press (Robert Maxwell), puis à Dunod dans les années soixante. Dunod la rachète en 1971 puis intègre le groupe Bordas en 1972, puis celui des Presses de la Cité, avant que son fonds ne soit absorbé par Vivendi, puis par Lagardère (2004).

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Pour citer cet article :

Norbert Verdier — «Éditer des Œuvres complètes avec Gauthier-Villars, au XIX ème siècle» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

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