Éditeurs prédateurs

Piste verte Le 15 août 2017  - Ecrit par  Jérôme Germoni Voir les commentaires (6)

Il y a quelques semaines, la presse quotidienne régionale a annoncé la résolution de l’un des sept problèmes du millénaire ! L’auteur pouvait arguer que sa preuve était publiée dans une revue scientifique avec comité de lecture, ce qui semblait donner un peu de crédibilité à l’annonce. Après examen, il n’y aura pas de scoop scientifique pour cette fois car la démonstration ne tient pas debout, loin s’en faut. Mais cet événement attire l’attention sur un phénomène relativement nouveau : les éditeurs prédateurs.

Le processus que subit un projet d’article ou de livre avant d’être publié joue un rôle capital dans la science : c’est le moment où les résultats sont évalués par des experts indépendants et le fait qu’ils soient publiés montre qu’ils ont passé un filtre exigeant. Désormais, les bases de prépublications comme arXiv permettent de diffuser les idées rapidement, mais cette évaluation reste indispensable pour en attester la validité et l’intérêt. Voir cet article pour plus de détails sur le fonctionnement d’un journal mathématique.

Dans le modèle traditionnel de l’édition scientifique, les frais d’édition et d’impression sont payés par les lecteurs via l’achat des livres et l’abonnement aux revues par les bibliothèques (principalement) et les personnes (un peu). Il y a beaucoup à dire et à redire : les pouvoirs publics qui financent la majorité des chercheurs pour produire des connaissances doivent ensuite payer les éditeurs pour y accéder. D’autant que les marges des éditeurs sont plus que confortables : entre 35 et 40 % du chiffre d’affaires pour Elsevier et Springer, voir ici ou .

On pourrait donc se réjouir de voir apparaître des revues scientifiques open access, en libre accès, qui mettent leurs articles à disposition de tous. Mais l’édition a un coût [1]. Dans la « voie royale » (golden open access), les frais d’édition sont pris en charge par les auteurs ou, le plus souvent, par les organismes qui financent leur recherche, à travers des frais de traitement d’un article appelés APC (article processing charges).

On voit immédiatement le risque qui découle de ce modèle : pour gagner plus d’argent, une revue doit trouver plus d’auteurs plutôt que trouver plus de lecteurs. Il est plus rentable de publier plus que publier des choses de qualité (certes, la rentabilité à court terme expose la revue à un très fort risque de dépréciation). Poussant ce principe à son plus haut degré, une nuée de maisons d’édition prétendument scientifiques se sont montées, prêtes à publier absolument n’importe quoi pour encaisser les APC.

Travaux pratiques

Mathgen m’a permis de me livrer à une petite expérience pour mettre le phénomène en évidence. Ce moteur d’écriture automatique permet d’obtenir en quelques secondes des articles qui ressemblent à des articles mathématiques, écrits en anglais correct, bien structurés, avec des théorèmes et des preuves, des équations, des références, tout ce qu’il faut. Ou presque : il n’y a aucun contenu mathématique. On peut choisir le nom de l’auteur, le nom d’un ou plusieurs co-auteurs éventuels, leurs travaux (fantômes) apparaîtront dans quelques références (fantômes).

J’ai fait écrire un article – il est intitulé Combinatorially Convex Moduli and an Example of Gödel [2]) – et je l’ai soumis à la revue Pioneer Journal of Algebra, Number Theory and Applications. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un mail m’informant que l’article était accepté pour publication !

Extrait de “Combinatorially convex moduli...” Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus !

Voici l’avis d’acceptation. Le rapport de l’expert est mesuré : c’est « intéressant » (sans plus), la méthode est « standard » (elle aurait pu être « élégante », voire « nouvelle et intéressante » ; je serais curieux que l’auteur du rapport me l’explique...), la présentation « bonne » (pas « excellente »). L’avis final doit avoir été écrit une fois pour tous les articles par un moteur de traduction automatique :

A well discussed work which presents a well considered up-to-date
aspect which having interest for all. I am pleased to recommend it for appearing it in the Pioneer Journal of Algebra, Number Theory and its Applications. [3]

Le bon côté, c’est qu’aucune révision n’est nécessaire – ça tombe bien, je n’ai pas récupéré les « sources ». Petit détail : les APC s’élèvent à 498 dollars et j’ai la possibilité de mettre l’article en libre accès moyennant 650 dollars supplémentaires. Trêve de plaisanterie : j’aurais volontiers payé quelques dizaines d’euros mais là, c’est trop cher.

Pseudo-articles acceptés pour publication : beaucoup de précédents

En fait, je ne suis pas le premier à jouer à ce jeu : au moins deux articles produits par Mathgen ont été acceptés pour publication.

En fait, Mathgen est dérivé d’un moteur analogue en informatique, SCIgen, c’est-à-dire qu’il utilise une partie de son code. En 2014, Nature indique que 120 articles de contrefaçon ont été retirés des répertoires bibliographiques. À lui tout seul, Cyril Labbé (université Grenoble-Alpes) a repéré plus de trente conférences publiées dans des actes qui avaient été écrites par un moteur de ce genre.

En 2005, Davis Mazières et Eddie Kohler ont obtenu la publication d’un article intitulé “Get me off you fucking mailing list” [4] à l’International Journal of Advanced Computer Technology. L’article répète le titre pendant dix pages et y ajoute deux figures qui le reprennent.

Historiquement, le plus célèbre article pseudo-scientifique soumis à des fins de dénonciation et accepté par une revue réputée sérieuse est celui de l’affaire Sokal en 1996 : “Transgressing the Boundaries : Towards a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity” (« Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique ») – mais il était écrit par un être humain...

Un journal pseudo-scientifique

En acceptant mon article, le PJANTA a montré qu’il était prêt à publier moyennant finance un amas de billevesées situé complètement en dehors du domaine de la science. J’avais regardé le sommaire de la revue : même si tout le contenu n’est pas en accès libre, le titre de certains articles suffit à montrer qu’ils sont fantaisistes. D’autres articles portant en général sur des sujets plutôt obscurs sont écrits par des universitaires peu soucieux de la réputation de la revue où ils publient. Parmi eux, je crois distinguer deux profils : pour la plupart, ce sont des jeunes qui essaient de renforcer leur liste de publications (ça n’est sans doute pas très efficace) ; les autres sont en fin de carrière et veulent juste publier leurs découvertes, anticipant peut-être qu’elles n’atteindront pas les revues prestigieuses.

Pour évaluer une revue, le niveau du comité éditorial est un bon indice. Le PJANTA en a bien un. Il est un peu suspect que le rédacteur en chef n’ait pas de prénom malgré un nom très fréquent : V. Rai. Pas si fréquent : il ne semble pas y avoir de Rai dans les enseignants-chercheurs de la School of mathematics and statistics à l’université de Hyderabad. Par ailleurs, je connais – favorablement – deux des « rédacteurs ». Mais un des deux m’a écrit qu’il ne savait pas qu’il en faisait partie ! (L’autre ne m’a pas répondu, croyant – sans doute... j’espère... – à une plaisanterie.)

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Dubious study –- une étude douteuse [5]

En quelque sorte, le roi est nu. Mais qui gagne ? Si je ne paie pas les APC, je ne réussis pas à traverser le filtre ; si je les paie, le PJANTA empoche plusieurs centaines d’euros pour un article inepte mais qui en vaut bien d’autres déjà parus. Visiblement, exposer ces pratiques ne suffit pas à les arrêter.

Voici un autre exemple de pratiques douteuses. Les Éditions universitaires européennes publient principalement des mémoires universitaires (masters, thèses), ce qui est raisonnable, mais en nombre tel que leur qualité ne peut pas être garantie. Depuis 2010, elles ont assemblé un catalogue de 20.000 ouvrages. Spectaculaire, non ? Concrètement, si chacun des 20 rédacteurs a travaillé 2.000 heures par an, il a consacré deux jours à chaque livre édité. C’est une efficacité surhumaine. Les Presses de l’Université du Québec ont écrit une mise en garde contre cette maison d’édition.

Éditeurs prédateurs

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Logo de feue la liste de Beall

Le PJANTA ou les EUE ne sont pas des cas isolés. Jeffrey Beall, bibliothécaire de l’université du Colorado à Denver, s’est intéressé de près à ces éditeurs et revues pseudo-scientifiques, qui encaissent des APC confortables sans garantir que le contenu publié a la moindre valeur scientifique [6]. Beall a créé l’expression predatory publishers pour les désigner. Il a établi une liste de revues potentiellement, possiblement ou probablement prédatrices (predatory open access publishers) [7]. Elle s’accompagne d’une liste de critères permettant de les détecter, comme par exemple mettre un comité éditorial contenant des membres fantômes et des scientifiques sérieux à leur insu.

De gros enjeux

Qui est prêt à payer les APC pour publier à tout prix un article dans une revue ou une monographie ? Si la question concernait seulement des amateurs croyant ou voulant croire qu’ils ont résolu de grands problèmes, ce serait anecdotique. Après tout, la publication à compte d’auteur est une pratique très ancienne. Mais la liste de Beall représente 5 à 10 % de l’ensemble des revues open access : c’est donc le système global qui est mis en cause.

L’édition est un enjeu économique majeur. En effet, les laboratoires dépensent des sommes considérables pour leurs bibliothèques. En mathématiques, cela représente 10 et parfois jusqu’à 30 % du budget ! C’est peut-être moins pour des sciences où le matériel expérimental coûte très cher. En outre, si la littérature pseudo-scientifique envahit les rayons des bibliothèques, sera-t-il si facile de séparer le bon grain de l’ivraie ? Au prix de quelle perte de temps ?

Le Comité d’éthique du CNRS (COMETS) recommande « d’être vigilant face à la multiplication des revues de médiocre qualité créées par des éditeurs dits “prédateurs” » [8].

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Le phénomène a pris une telle ampleur que Nature en parle régulièrement et les titres racontent déjà une histoire. Après un premier article de Jeffrey Beall, Les éditeurs prédateurs corrompent l’open access (septembre 2012), on lit notamment : Journaux de recherche : le côté sombre de l’édition (mars 2013), Réactions après l’ajout de journaux de Frontiers à la liste des éditeurs douteux (octobre 2015), L’index des revues open access exclut des milliers de journaux (mai 2016), Journaux prédateurs : bannissez les prédateurs des répertoires scientifiques (tribune de Jeffrey Beall, juin 2016), Le site controversé qui liste les éditeurs « prédateurs » ferme (janvier 2017), Les revues prédatrices recrutent un faux éditeur (mars 2017), Journaux prédateurs : la liste de Beall manque, Journaux prédateurs : fortifiez les défenses (tribunes, avril 2017), Journaux prédateurs : sortez une liste fiable (tribune, mai 2017).

La voie du diamant ?

Heureusement, la plupart des revues restent sérieuses, même si on peut critiquer leur prix parfois exorbitant [9]. Autrement dit, leurs comités éditoriaux ont à cœur de produire des revues de la plus haute qualité scientifique. On voit par ailleurs naître des initiatives pour rendre plus vertueuse l’édition scientifique. D’une part, des dispositifs de vigilance comme PubPeer, « permettant à des universitaires de participer à des analyses, discussions post-publication par les pairs ; il a mis en évidence des lacunes dans plusieurs articles de grande envergure, dans certains cas, conduisant à des rétractations et à des accusations de fraude scientifique ».

D’autre part, des revues véritablement en accès libre : c’est ce qu’on appelle en bon français le diamond model de l’open access. Ce modèle défendu par le CNRS consiste à subventionner intégralement des revues académiques (c’est-à-dire composées dans des universités et des centres de recherche) qui ensuite sont gratuites pour tous les lecteurs (virtuels). Quelques copies sont imprimées à des fins d’archivage. Cette option est envisageable parce que les revues sont surtout utilisées en ligne. Elle consiste à affirmer que l’essentiel du travail est celui des chercheurs, des rédacteurs et des experts, dont les salaires sont « déjà payés ». La partie technique peut être réalisée par des services informatiques dédiés.

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Ainsi, le Centre de diffusion de revues académiques mathématiques (CEDRAM) fait vivre neuf revues en accès numérique libre et sans APC, parmi lesquelles les prestigieuses Annales de l’institut Fourier. La plupart de ces revues sont anciennes et ont complètement changé de modèle économique. Le CEDRAM est tenu par la cellule Mathdoc, qui mène aussi le projet de bibliothèque numérique Numdam. En 2016, des experts réputés ont fondé l’Épijournal de géométrie algébrique : c’est le démarrage d’une « revue scientifique à comité de lecture » où « la sélection des articles suit un processus éditorial classique (évaluation des soumissions par le comité éditorial sur avis de référés) » mais exclusivement électronique et complètement gratuite.

Entre la dématérialisation des revues et des livres et l’apparition de nouveaux modèles économiques, le monde de l’édition scientifique vit une révolution. Espérons que les scientifiques sauront faire prévaloir l’intérêt général sur les « prédateurs » et « la face sombre de l’édition ».

Post-scriptum :

L’auteur remercie Valérie Berthé, Antoine Chambert-Loir, Pierre-Antoine Guihéneuf, Emmanuel Jacob, Julien Vovelle et le pas-si-anonyme « secrétariat de rédaction » pour leurs suggestions qui ont étoffé et amélioré cet article, ainsi que Griforg et Serma pour leur relecture.

Article édité par Fabrice Planchon

Notes

[1La nature des coûts de l’édition scientifique a beaucoup changé en quelques décennies : comme les auteurs donnent des manuscrits très aboutis, où il y a relativement peu de choses à éditer, dont l’évaluation a été faite par d’autres chercheurs, les frais semblent provenir principalement des plates-formes informatiques (plates-formes éditoriales, affichage des publications, services bibliométriques...).

[2Traduction (note du secrétariat de rédaction) : « Modules combinatoirement convexes et un exemple de Gödel ». J’ai envoyé le papier sous un pseudonyme que je préfère ne pas rendre public : c’est pourquoi les fichiers issus du PJANTA ont été caviardés.

[3Traduction (note du secrétariat de rédaction) : Une étude bien argumentée qui présente un aspect à jour qui intéressant pour tous. Je recommande la publication de ce texte au Pioneer Journal of Algebra, Number Theory and its Applications.

[4Traduction (note du secrétariat de rédaction) : « Virez-moi de cette p... de liste de diffusion »

[5Traduction (note du secrétariat de rédaction) :
– Es-tu certain que cette étude est réglo ?
– Bien sûr, il est dit qu’elle a été acceptée pour publication ?
– Où ça ?
– Hmmm... L’académie des sciences des comptes-rendus [des États-Unis].

Si un texte est structuré comme un article scientifique sérieux, ça peut me prendre beaucoup de temps pour me rendre compte que ce n’en est pas un.

[6Le sérieux d’une revue est garanti par le processus de relecture (peer reviewing) : deux experts du domaine lisent et évaluent de façon anonyme un article soumis pour publication, recommandent ou pas de le publier et, le cas échéant, demandent des modifications sur le manuscrit – ajout de précisions dans certaines preuves ou de références, améliorations de la rédaction ou de la présentation... Cette évaluation par les pairs permet en principe au rédacteur de juger la nouveauté, la validité et l’intérêt des résultats d’une prépublication. Voir ou revoir cet article

[7En réalité, la liste de Beall était à l’origine sur ScholarlyOA mais le site original a été fermé en janvier 2017 sans que la raison en soit donnée. La liste mentionnée ci-dessus est (censée être) une copie datant de décembre 2016.

[9L’abonnement à Annals of Mathematics, revue éditée par l’université de Princeton et l’une des deux ou trois journaux les plus prestigieux du monde, revient environ à 10 c/page. Mais les revues éditées par des maisons d’édition commerciales, par exemple le Journal of Functional Analysis and Applications, peuvent coûter jusqu’à trente ou cinquante fois plus !

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Pour citer cet article :

Jérôme Germoni — «Éditeurs prédateurs» — Images des Mathématiques, CNRS, 2017

Commentaire sur l'article

  • Éditeurs prédateurs

    le 15 août à 21:30, par Jean-Paul Allouche

    Bonjour

    La liste des revues prédatrices, à jour début 2017, peut être retrouvée grâce à la machine à « remonter le temps sur le web » (web.archive.org), par exemple en cliquant ici.

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  • Éditeurs prédateurs

    le 30 août à 17:56, par Carlo

    J’ ai lu dans la revue de presse de mai 2017 que Thomas Royen a publié ses résultats dans un journal inconnu. Sont-ils des éditeurs prédateurs aussi dans ce cas là ?
    Que pensez-vous de cette histoire ?

    Répondre à ce message
    • Éditeurs prédateurs

      le 30 août à 21:44, par Jérôme Germoni

      C’est une « affaire » intéressante, merci d’attirer mon attention sur elle !

      En 2014, Thomas Royen, professeur de statistique et de mathématiques retraité de l’université de sciences appliquées de Bingen, a donné une preuve de la conjecture de corrélation gaussienne (en) et l’a publiée dans le Far East Journal of Theoretical Statistics. Mais l’article est passé complètement inaperçu jusqu’à ce que les mathématiciens polonais Rafał Latała et Dariusz Matlak récrivent sa preuve fin 2015 et le fassent ainsi connaître. En janvier 2017, elle a fait l’objet d’un exposé au séminaire Bourbaki, ce qui est une marque de reconnaissance.

      On a donc une solution élégante d’un problème célèbre – dans le monde de la géométrie convexe, disons – qui a mis plus de deux ans pour être diffusée dans le milieu. C’est assez étonnant.

      Depuis quelques années, les travaux scientifiques circulent largement dès qu’ils sont déposés sur les bases de données de prépublications comme arXiv. Le titre du papier de Royen aurait dû attirer l’attention. Mais en 2014, sa notoriété n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ; de plus, la conjecture de corrélation gaussienne est connue pour avoir donné lieu à plusieurs démonstrations fausses. Cela peut expliquer que le preprint soit passé inaperçu.

      Ensuite, son choix du Far East Journal n’a pas rattrapé les choses. Royen avait expertisé plusieurs articles pour cette revue et il en avait même rejoint le comité éditorial : il lui était sans doute facile d’y publier un article. Malheureusement pour Royen, non seulement cette revue est peu diffusée, mais elle est publiée par Pushpa Publishig House, qui figure sur la liste de Beall des éditeurs prédateurs. Aussi, la publication a fait long feu.

      Ce choix de Royen reste un peu mystérieux. Il a apparemment voulu publier très vite, trop vite, au détriment de la qualité de la revue : voulait-il classer l’affaire ou s’assurer la paternité de la preuve ? Peut-être a-t-il essayé de valoriser la revue qu’il venait de rejoindre en y faisant paraître un résultat significatif ? (Mais c’est son article qui a (provisoirement) sombré dans les oubliettes de l’édition !) Peut-être a-t-il sous-estimé la faible diffusion, voire la mauvaise réputation de la revue ?

      En définitive, je trouve tout cela plutôt sain : l’erreur stratégique de Royen a été effacée et n’a conduit qu’à une perte de temps avant qu’on reconnaisse son travail. Plusieurs spécialistes l’ont valorisé et fait connaître. Comparez au roman Solar d’Ian McEwan ! La situation y est bien moins vertueuse !

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  • Éditeurs prédateurs

    le 3 septembre à 11:13, par Ludovic Rifford

    Bonjour,

    article très intéressant !! J’essaie de tenir à jour une liste de journaux mathématiques fonctionnant en Diamond Open Access (voir ici https://www.cimpa.info/en/node/62), toute suggestion de revue manquant dans la liste est bienvenue.

    Ludovic

    Répondre à ce message
  • Éditeurs « prédateurs » ?

    le 4 septembre à 14:40, par Thierry Bouche

    Bonjour, personnellement ce terme de prédateur m’agace. L’expression anglaise a été créée par Beall dont on sait maintenant qu’il avait un avis assez tranché contre le libre accès et qu’il cherchait à démontrer sa nocivité.
    Pour moi, les vrais prédateurs de l’édition sont les grandes multinationales qui pompent allègrement les ressources des universités en installant un système de rente forcée.

    Les éditeurs aux pratiques discutables (pour reprendre l’euphémisme utilisé par le DOAJ) dont il est question ici sont juste des escrocs. Je trouve dommage qu’on utilise en français un décalque de l’anglais alors qu’on aurait pu profiter du changement de langue pour leur affecter un qualificatif plus adapté à leur véritable activité !

    Pour les jeunes (?) scientifiques incapables de savoir où soumettre leur travail (!), il existe une check list : http://thinkchecksubmit.org/ qui est peut-être à utiliser avec des pincettes, vu les organisations qui l’ont mise en place...

    Répondre à ce message
    • Éditeurs « prédateurs » ?

      le 8 septembre à 17:36, par Jérôme Germoni

      Bonjour,

      Je comprends qu’on puisse avoir des réserves sur le terme. D’ailleurs, quand j’ai parlé ces jours-ci d’« éditeurs prédateurs » à des collègues, ils ont souvent mentionné spontanément les éditeurs en position dominante. Mais l’expression a été traduite littéralement, je ne suis pas le premier. Qui plus est, il serait dommage de créer un faux-ami en parlant de « prédateurs » pour désigner des choses différentes en français et en anglais.

      Quoi qu’il en soit, le vocabulaire n’est pas la question principale. La liste des éditeurs épinglés par Beall montrent que la dérive du modèle auteur-payeur que l’on pouvait craindre s’est produite. Sa longueur montre que ce n’est pas un phénomène négligeable. Pourtant, je suis d’accord que ce n’est pas le problème central de l’édition scientifique. Les aspects économiques globaux, la situation dominante de quelques éditeurs comptent plus pour la recherche et son financement que ce que dont parle cet article. De fait, l’efficacité de l’expression de Beall tend à détourner l’attention de ces enjeux majeurs.

      Ma motivation initiale pour l’écrire, assez modeste, venait des personnes qui tiennent à publier des preuves fantaisistes à tout prix (contre l’avis de la communauté scientifique, au prix de la rigueur, au prix des APC...), ce qui m’a conduit à découvrir combien les éditeurs pseudo-scientifiques sont nombreux. Le sujet s’est révélé plus vaste que prévu. Mais « l’édition en général », c’est un nouveau changement d’échelle. Peut-être pourriez-vous pointer quelques références de façon plus pertinente que ce que je pourrais faire, voire écrire un article sur l’édition et ses enjeux économiques ?

      Répondre à ce message

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