Einstein à Paris

28 mars-10 avril 1922

Piste verte 25 décembre 2014  - Ecrit par  Michèle Audin Voir les commentaires (4)

Comptes rendus, dans la presse, de la visite d’Einstein à Paris. Ou... comment on parlait de la science en 1922.

Parce que parler de cette visite soulève des questions intéressantes sur la science, sur la popularisation scientifique. Parce que, à célébrer et commémorer la « grande » guerre, on pourrait oublier qu’elle fut suivie d’une « après-guerre » qui se transforma vite en une brève « entre-deux-guerres ».

Commençons par une courte remarque, qui mériterait d’être développée en un (autre) article. Il n’y a pas lieu de s’étonner de lire ici un article consacré à un physicien [1]. Si aujourd’hui la physique et les mathématiques semblent des disciplines disjointes — les étudiants en mathématiques peuvent parfaitement ne pas apprendre de physique, par exemple — ce n’était pas le cas à l’époque dont il est question dans cet article. La relativité était aussi une affaire de mathématiciens [2]. De même les mathématiques et la physique étaient aussi des affaires de philosophes, comme on le verra dans la suite.

Dans la presse

L’article dont voici quelques extraits a été publié, sur deux colonnes à la une, par le quotidien communiste l’Humanité du 31 mars 1922 [3] :

C’est un honneur pour les savants français d’avoir pour hôte à l’heure présente Einstein dont les théories géniales ont révolutionné nos conceptions les plus générales sur le monde extérieur, et en particulier nos conceptions de l’Espace et du Temps.

Depuis les philosophes anciens, et surtout depuis Galilée et Newton, notre connaissance de l’Univers matériel qui nous entoure et des relations qu’ont entre eux les corps qui tombent sous nos sens, reposait sur la notion de l’Espace et du Temps absolus.

Aujourd’hui, c’est d’Espace et de Temps relatifs qu’il faut parler, d’où le nom de Relativité donné aux théories Einsteiniennes. […]

Suivant les nouvelles conceptions relativistes, la longueur d’une certaine règle, la valeur d’un certain angle formé de deux lignes qui se coupent, d’une certaine masse qui est un rapport entre une accélération et une force, n’est plus toujours identique à elle-même ; elle dépend de la vitesse dont sont animés les corps, de la densité de matière qui se trouve dans l’espace, de la valeur de l’attraction électrique ou gravitationnelle qui s’exerce sur cette matière.

En un mot, la conception d’Einstein lie plus étroitement qu’on ne l’avait fait jusqu’ici la physique et la géométrie. […]

Disons cependant que pour notre petit monde, dans ce coin de l’univers où nous nous agitons, l’ancienne géométrie et l’ancienne mécanique peuvent être appliquées pour les besoins courants de notre action.

Pour calculer un pont, pour mesurer une montagne, pour construire une locomotive, l’ancienne géométrie et l’ancienne mécanique conduisent à des résultats qui diffèrent tellement peu de la vérité que nous pouvons nous en contenter.

Mais lorsque de la surface de notre goutte de boue terrestre notre raisonnement s’élève à la connaissance des espaces immenses où roulent les astres silencieux, ce n’est plus la science de Newton et de Galilée qui nous permet de calculer la place exacte des corps célestes, ni leur vitesse, ni la forme de leurs mouvements. C’est alors la mécanique et la géométrie Einsteiniennes qui donnent les résultats conformes à la réalité.

Rien n’est plus difficile que de vulgariser les théories d’Einstein et nous pensons que jusqu’ici tous ceux qui se sont efforcés de le faire ont échoué.

Il faut pour les comprendre une certaine somme de connaissances mathématiques qu’on ne remplace pas aisément par un appel au bon sens et au raisonnement simple. Ainsi nous contenterons-nous aujourd’hui de donner à nos lecteurs une idée du point dont sont partis Einstein et les relativistes, et d’indiquer quelles sont les conclusions vérifiables par l’expérience qui découlent de leurs théories.


L’auteur de l’article, qui signe du nom de Le Normand, résume ensuite l’expérience de Michelson, avant de parler de la précession du périhélie de Mercure. Dans la suite de l’article, que nous ne reprenons pas, il est aussi question de la nouvelle confirmation, lors de l’éclipse solaire du 29 mars 1919, par la mesure de la déviation que la masse du soleil fait subir à la lumière émise par les étoiles.

Pour la lumière, la vitesse est la même quel que soit l’état de repos ou de mouvement de ceux qui la reçoivent !

Partant de cette donnée assez simple, Einstein et les relativistes arrivèrent aux conclusions suivantes :

Les longueurs qui sont égales dans deux corps au repos ne sont plus égales quand ces corps sont animés d’une certaine vitesse l’un par rapport à l’autre.

La masse d’un corps n’est pas immuable ; elle augmente avec sa vitesse.

L’énergie est pesante. En particulier la lumière, forme de l’énergie, est attirée par les astres.

Ainsi, lorsque la lumière d’une étoile passe près du soleil, elle est attirée par lui et l’étoile nous apparaît comme ayant subi une déviation.

Nous voyons que les théories d’Einstein ne sont pas une simple philosophie nouvelle sur le Temps et l’Espace, mais qu’elles conduisent à des conclusions d’ordre pratique et vérifiables par l’expérience, et c’est ainsi que sur deux faits d’expérience elles ont été jusqu’à présent parfaitement vérifiées. [...]

Les astronomes n’arrivaient pas, malgré tous leurs calculs, à expliquer pourquoi l’ellipse que décrit Mercure du Soleil semblait se déplacer en tournant lentement autour de celui-ci.

Les calculs basés sur la mécanique Einsteinienne permirent très rapidement et très facilement d’expliquer complètement le phénomène.

Quatre-vingt-douze ans après, on peut rêver d’un quotidien publiant en une un tel article de popularisation scientifique [4]...

Une après-guerre

Le Petit Parisien rendit compte de la conférence, le lendemain, en publiant, lui aussi sur deux colonnes à la une, un article et une photographie montrant une foule impressionnante devant le Collège de France (celle que l’on voit ci-contre). Le député du cinquième arrondissement essaie de calmer cette foule, sans doute en expliquant que l’entrée se fait sur invitation. L’article est signé de ce député lui-même, le mathématicien Paul Painlevé, qui était membre de l’Académie des sciences, s’intéressait à la relativité et était alors lancé dans une carrière politique (il avait été président du Conseil). Dans son article, il rappela quelques données biographiques sur Einstein et précisa immédiatement  [5] :

Il a refusé de signer le manifeste des 93 et protesté avec mesure et dignité contre ce manifeste. Allemand loyal, il appartient à cette élite si peu nombreuse d’outre-Rhin qui, en pleine guerre, a su concilier le devoir national et le souci de la vérité. Il a supporté courageusement l’impopularité que, dans le déchaînement des passions, devait lui valoir une telle attitude. Aux yeux des Français les plus ardemment patriotes, il est donc irréprochable.

Deux mots sur le « manifeste des 93 » et la réaction de l’Académie des sciences. La guerre avait commencé par l’invasion par l’armée allemande de la Belgique, avec notablement l’incendie de la bibliothèque de l’université de Louvain. Les Allemands étaient donc des « barbares » [6]. Dans le « manifeste des 93 »,

les intellectuels allemands ont essayé de défendre les cruautés et les félonies commises par leurs compatriotes et inspirées par eux à ceux qui les servent,

résuma le président de l’Académie des sciences en 1915, et cette institution décida de rayer ceux de ses correspondants qui l’avaient signé. Un dur boycott des scientifiques allemands suivit [7].

Mais on était en 1922, Einstein n’avait pas signé le manifeste des 93, il avait même qualifié ce texte de « capitulation de l’intelligence allemande », il n’avait jamais fait mystère de ses opinions pacifistes. Il fut accueilli et fêté à Paris à la mesure de son importance scientifique et de sa célébrité. Il n’en reste pas moins qu’il ne fut pas invité à assister à une séance de l’Académie des sciences, comme c’était l’usage lorsqu’un savant étranger était en visite à Paris. Selon un autre usage de cette institution, il n’y a aucune trace d’une quelconque discussion à ce sujet dans les archives de l’Académie des sciences – il ne fut pas invité, voilà tout. Il ne fut pas invité non plus par la Société française de physique. Ceci passa à peu près inaperçu au milieu des nombreuses activités et invitations qui émaillèrent sa visite à Paris [8].

Le Prix Nobel de physique lui avait été décerné quelques mois auparavant, non pour la théorie de la relativité mais pour sa contribution à l’étude de l’effet photo-électrique. La théorie de la relativité avait reçu plusieurs validations expérimentales comme nous l’avons vu dans l’article de l’Humanité. Elle avait inspiré de nombreux mathématiciens et physiciens, notamment l’Italien Tullio Levi-Civita, qui avait inventé le bon outil géométrique pour décrire cette théorie et l’Allemand Hermann Weyl, dont le livre « Temps espace matière » devenait une sorte de best-seller international, ainsi que le Français Élie Cartan. Il y avait eu des articles de popularisation [9].

Bref, Einstein était extrêmement célèbre, y compris dans le grand public. Paul Langevin [10] proposa de l’inviter à donner des conférences au Collège de France, et ce fut adopté à la grande majorité de l’assemblée des professeurs (une majorité qui incluait l’unanimité des mathématiciens et physiciens).

La visite se déroula du 28 mars au 10 avril 1922. Einstein arriva de Berlin en train, Paul Langevin et Charles Nordmann l’attendaient à la gare-frontière de Jeumont (il y avait une frontière avec la Belgique) et firent les derniers deux cents kilomètres (quatre heures) avec lui. Arrivés à la gare du Nord, pour échapper aux journalistes et aux photographes qui attendaient sur le quai, les trois hommes descendirent à contre-voie (en ce temps-là, il y avait une frontière à laquelle il fallait s’arrêter, elle était à quatre heures de train de Paris, mais de ces trains moins rapides, on pouvait descendre à contre-voie) et prirent le métro, comme le raconte Charles Nordmann dans son article paru dans la Revue des deux mondes de mars-avril 1922 [11].

La presse, encore

Outre l’Humanité et le Petit Parisien, déjà cités, j’ai consulté le Temps et le Figaro, tout aussi enthousiastes. Le journaliste du Figaro a même apprécié la lenteur de l’élocution d’Einstein [12] :

Son français, qui est grammaticalement bon, ne coule pas toujours de source. Il a parfois quelque peine à trouver le mot précis qui lui est indispensable […] De là une élocution lente, qui ne manque pas de charme et qui était hier singulièrement favorable à la compréhension de la leçon.

Le mot charme employé ici semble résumer l’impression faite par le physicien à ses auditeurs. J’ai aussi lu le Matin, qui n’était pas encore un quotidien d’extrême-droite et était d’autant plus sous le charme lui aussi que son article était signé de notre ami Nordmann. J’ai été étonnée que, contrairement à l’Humanité, le journal socialiste le Populaire ait à peu près ignoré l’événement [13].

Lorsque j’ai parlé de cette visite, au cours de la recherche qui a mené à l’écriture de cet article, j’ai entendu plusieurs fois (toujours, en réalité) : « Ah ! Oui, il a été mal reçu parce qu’il était juif ! » Non. Je n’avais vu aucune manifestation d’antisémitisme dans les articles que j’avais lus. Je suis donc descendue jusqu’à l’Action française, qui commit un compte rendu de la conférence du savant « austro-judéo-germano-helvète » [14], vit de luxueuses automobiles devant le Collège de France et même, horreur, des femmes parfumées dans la salle (il n’y en a pas sur la photographie du Parisien) – hélas le journaliste (anonyme, mais sans aucun doute masculin) ne comprit rien à la conférence, gêné qu’il fut par le fait qu’Einstein faisait l’épouvantable erreur de dire « expresse » pour « exprime ».

Si, à part dans la presse « spécialisée », je n’ai pas trouvé de commentaire antisémite, ceci ne veut pas dire qu’il n’y eut aucune arrière-pensée. On était à peu près à égale distance (dans le temps) de la réhabilitation de Dreyfus en 1906 et des dispositifs d’exclusion antisémites français en 1940. L’antisémitisme s’exprima, très explicitement, mais plus tard...

La visite

La visite d’Einstein à Paris fut très active, en voici quelques points forts.

  • Le 30 mars, à l’association générale des étudiants, rue de la Bûcherie, Einstein assista à une conférence de Langevin sur « L’aspect général de la théorie de la relativité » (venu incognito, il fut reconnu et acclamé),
  • au Collège de France, il donna la conférence du 31 mars à 17 heures, qui dura deux heures et fut suivie de
  • trois séances de discussion, les 3, 5 et 7 avril, toujours au Collège de France
  • à la Sorbonne, à l’invitation de la Société française de philosophie, une conférence suivie d’un débat le 6 avril [15]
  • des réceptions, à la Société astronomique de France, à la Société de chimie physique, à la « maison des polytechniciens »
  • une visite à une zone dévastée par la guerre.

Il y eut bien sûr aussi des dîners, dont un chez le mathématicien Émile Borel [16], il y eut sans doute aussi un moment pour faire un peu de musique chez Jacques Hadamard [17]. La séance organisée par la Société française de philosophie a été retranscrite et publiée dans le journal de cette société. Si le débat sur le temps avec Bergson est resté célèbre, il faut avouer qu’il est un peu décevant [18].

Dans un deuxième article, paru dans le numéro de mai-juin de la Revue des deux mondes, Nordmann expliqua une partie du contenu scientifique des conférences d’Einstein [19]. Les explications de la relativité à coup de trains, d’horloges et de jumeaux sont si efficaces et la volonté de popularisation était si grande que beaucoup de gens pensèrent qu’ils avaient compris ou que « on pouvait comprendre ». Les journaux avaient publié des dessins humoristiques plus ou moins légers sur le thème « le temps n’existe pas ».

Puisque l’Action française a mentionné des femmes « parfumées » que nous n’avons pas encore aperçues, donnons la parole à deux femmes. D’abord Lucienne Félix, mathématicienne, alors élève à l’École de Sèvres, qui se souvint [20] que,

après un exposé de la nouvelle théorie qui révolutionnait la pensée scientifique, Langevin nous présenta à Einstein lui-même, qui nous serra la main ! Front lumineux, regard des grands yeux clairs...

Ensuite l’écrivaine Camille Marbo dans un livre de souvenirs paru en 1968 [21] :

Ce fut un événement mondain. Anna de Noailles, avec laquelle nous étions en relation, souhaita le connaître. Nous organisâmes un dîner, au printemps, chez nous, rue du Bac. Paul Painlevé, Paul Langevin, Jean Perrin, Élie Cartan, Mme Curie, mes parents y prirent part. On s’entretint de tout, sauf de sciences. Mme Curie parla peu. Mme de Noailles charma Einstein par son intelligente volubilité. Il souriait sous ses cheveux en désordre.
[...]
Einstein raillait les snobs qui nous harcelaient pour être conviés à ses colloques du Collège de France :
« C’est drôle de vouloir entendre ce qui vous est incompréhensible. »

Les gens ne se décourageaient pas. On fit une adaptation nouvelle de la Théorie pour les gens du monde. Une dame me demanda :

« Vous devez être passionnée par les découvertes d’Einstein ?

— Elles passent au-dessus de ma tête.

— C’est pourtant facile ! Un ami m’a expliqué : vous prenez deux trains...

— Einstein lui-même, mon mari [22] et ses collègues spécialisés m’ont avertie que j’étais hors d’état d’assimiler la Théorie réservée à un groupe minime de savants. Je m’abstiens et me résigne.

— Vous avez tort. On peut toujours s’en faire une idée. On en parle partout. »

Une avant-guerre

Einstein est revenu à Paris en novembre 1929 pour y recevoir un doctorat honoris causa de la Sorbonne, il a donné une série de conférences dans le tout nouvel Institut Henri Poincaré, a participé à une nouvelle discussion à la Société française de philosophie le 12 novembre, a été invité à assister à une séance de l’Académie des sciences, et a eu des discussions très fécondes avec Élie Cartan dans le bureau de Paul Langevin. Paul Valéry en parla dans ses Cahiers, mais l’engouement du grand public et des journalistes était retombé et on en trouve difficilement écho dans la presse – rien dans l’Humanité ni le Populaire [23].

Le beau consensus national accompagnant dans « notre » presse (de 2014) la commémoration de la « guerre de 14 » ne devrait pas nous faire oublier ce qui a suivi cette guerre, la montée des fascismes en Europe et, pour ce qui concerna Einstein – et nous concerne aussi – l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne. Au début de 1933, Einstein était en Californie. Sa maison et ses biens furent confisqués. En Allemagne, la physique officielle, « allemande », la « Deutsche Physik » de Philip Lenhard [24] devint « la » physique – et la relativité une histoire juive. Einstein se réfugia en Belgique. Beaucoup d’institutions scientifiques de par le monde lui firent des propositions. Le 8 avril, le ministre français de l’éducation nationale, Anatole de Monzie, lui écrivit pour lui demander s’il était

disposé à accepter [...] une chaire de Physique mathématique au Collège de France.

Il y avait urgence et le ministre était passé au-dessus de l’assemblée des professeurs (qui approuva quelques semaines plus tard). Einstein répondit le 16 mai :

Ma nomination au Collège de France m’a rempli de joie et de gratitude. J’apprécie d’autant plus cette nomination qu’elle signifie l’expression d’un esprit qui, autant qu’on peut l’espérer, sauvera la culture européenne du grave péril qui la menace actuellement.

Le commentaire était un peu optimiste et d’ailleurs le désir de voir Einstein s’installer en France n’était pas universel. Par exemple, le 18 mai (1933), le directeur d’un quotidien aussi influent que le Figaro avait, en personne, consacré à l’événement deux colonnes en pleine une de son journal, sous le titre « Le communisme au Collège de France », un article haineux (à la fois antisémite et anticommuniste). On n’était plus en 1922...

Einstein avait accepté, mais il était engagé pour deux ans à Princeton, il avait bien pensé à prendre le poste à Paris avant de partir aux États-Unis et de le retrouver après ces deux années, mais

Mais mes soucis et mes nombreuses occupations de l’année dernière ont tellement éprouvé la santé de ma femme et la mienne que je ne serai pas en état pendant ces mois de mener à bien ma charge à Paris.

La suite de l’histoire – en particulier celle de l’antisémitisme devenu doctrine politique française – ne nous autorise pas à regretter qu’Einstein n’ait finalement jamais été professeur au Collège de France...

Post-scriptum :

Les relecteurs « subshift », « Walter », Julien Bernat, « Jean-Romain », Rémi Peyre ont participé à l’amélioration d’une première version de cet article. C’est avec plaisir que la rédaction d’Images des mathématiques et l’auteur de l’article les en remercient.

Article édité par Michèle Audin

Notes

[1et pas seulement parce qu’il y en a déjà eu d’autres, celui-ci, par exemple...

[2Pensons à l’espace de Minkowski, au livre Temps, espace, matière de Hermann Weyl, aux travaux de Levi-Civita, à la correspondance Cartan-Einstein sur la théorie unifiée et les espaces sans courbure et avec torsion, etc.

[3On peut en lire l’intégralité en ligne sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France, sur cette page.

[4Le fait que ce quotidien ait été le journal communiste l’Humanité n’est pas neutre. Cet article n’était pas isolé et Le Normand avait une rubrique régulière dans ce quotidien. Comme l’avait écrit Lissagaray à propos de la Commune de Paris (sur la Commune et les scientifiques, voir ce texte) :

Ce ne sont pas les ouvriers qui ont dit « la République n’a pas besoin de savants ».

Le progrès scientifique était encore d’actualité.

[5Le journal et l’article sont aussi sur Gallica, là.

[6C’est une rhétorique qui servit tout au long de la guerre – au cours de celle-ci, la barbarie allemande créa et utilisa les gaz de combat mais heureusement nous pûmes en fabriquer nous aussi pour nous défendre...

[7Un des principaux acteurs en fut le mathématicien Émile Picard, grand « pontife » et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.

[8L’astronome et physicien Charles Nordmann se fit un plaisir de le noter dans les articles dont il va être question, de nombreux membres de l’Académie des sciences étaient présents aux conférences, ainsi que le président de la Société française de physique, Henri Abraham.

[9Signalons le livre de Nordmann, « Le roman de la science. Einstein et l’univers. Une lueur dans le mystère des choses », paru en 1921. Toutes sortes de physiciens (dont beaucoup du dimanche) écrivirent et même publièrent aussi des livres contre la relativité – il y avait aussi des physiciens raisonnables qui en tenaient encore pour la théorie de l’éther, comme on peut le voir en feuilletant les Comptes rendus de l’Académie des sciences.

[10que l’on voit en haut de cet article avec Einstein sur un « instantané » réalisé pour le Petit Parisien

[11Cet article est une des sources principales du présent texte. Il est strictement contemporain de l’histoire qu’il raconte, le temps et les erreurs de perspective n’avaient pas encore agi, ce qui en fait une source fiable. On le trouve sur Gallica, la première page est ici (et la suite s’en déduit).

[12Il a aussi été séduit par les mains de l’orateur :

elles semblent marquer les contours des idées et caresser les élégances des phrases...

[13J’ai lu tous les quotidiens dont il est question dans cet article sur Gallica. Les lecteurs les y trouveront sans mal.

[14« Helvète » (qui est d’ailleurs la nationalité d’Einstein) sert ici à renforcer le cosmopolitisme supposé et « donc » la judéité.

[15Les philosophes Xavier Léon et Léon Brunschvicg étaient membres de la Société mathématique de France.

[16Voir ci-dessous la citation de son épouse Camille Marbo.

[17 Comme Hadamard, Einstein jouait du violon. La photographie ci-contre est parue à la une du journal socialiste le Populaire le 2 février 1930. Malheureusement, le pli du journal l’a légèrement détériorée...

[18Une intervention un peu technique et d’aspect tout à fait ésotérique d’Élie Cartan devait avoir des suites plus intéressantes (qu’il serait technique et ésotérique d’expliquer ici). On trouve toute cette discussion dans le compte rendu sur le site de cette société et plus précisément ici.

[19La première page de cet article est ici.

[20Il s’agit sans doute de la conférence de Langevin du 30 mars.

[21Camille Marbo est le pseudonyme de Mar(guerite) Bo(rel), elle était l’épouse du mathématicien Émile Borel. Ses parents, dont il est aussi question dans la citation, sont le mathématicien Paul Appell et son épouse Amélie Bertrand.

[23Qui publia pourtant, quelques mois plus tard, la photographie du violoniste.

[24Un physicien allemand qui avait reçu en 1905 le prix Nobel de physique pour ses travaux sur les rayons cathodiques et était devenu un idéologue nazi.

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Pour citer cet article :

Michèle Audin — «Einstein à Paris» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Crédits image :

Image à la une - À l’exception de la photographie du violoniste, dans les notes, qui vient du Populaire du 2 février 1930, toutes les illustrations de cet article ont été copiées à la une du Petit Parisien, du 30 mars 1922 pour l’« instantané de Langevin et Einstein » et le portrait d’Einstein, et du 1er avril pour Paul Painlevé et pour les dessins humoristiques. J’espère qu’elles sont toutes dans le domaine public.

Commentaire sur l'article

  • Einstein à Paris

    le 27 décembre 2014 à 09:28, par Simon Billouet

    Il me semble qu’on trouve plusieurs allusions à la visite d’Einstein dans le roman (que je trouve trop méconnu) de Queneau, « Les derniers jours », avec des réflexions du « grand public » à ce sujet (un garçon de café, un ancien professeur de géographie, un vieil escroc...).

    Répondre à ce message
    • Einstein à Paris

      le 27 décembre 2014 à 20:20, par Michèle Audin

      Merci pour cette information. Ça m’intéresse beaucoup… même si ça m’oblige à avouer que je n’ai pas (pas encore) lu ce roman.

      Je regarde ça dès que je réussis à me trouver près de mes volumes Pléiade !

      Bonne fin d’année et fêtes

      michele

      Répondre à ce message
    • Einstein à Paris dans Queneau

      le 4 janvier 2015 à 16:27, par Michèle Audin

      Si je devais écrire l’article maintenant, je crois que j’ajouterais, en effet, les réflexions d’Alfred, le garçon de café, et des autres protagonistes des Derniers jours.

      Trop tard ! Du coup, comme Simon, je conseille la lecture de ce roman aux lecteurs de l’article.

      Répondre à ce message
  • Einstein à Paris

    le 27 décembre 2014 à 22:34, par bayéma

    comment expliquer qu’einstein n’a pas été primé par le comité nobel pour sa formulation de, et ses travaux sur la reltivité ? même à titre posthume.

    y a t’il eu d’autres cas aussi « absurdes » ? quoi qu’on pense par ailleurs de la signification ou valeur d’une telle récompense.

    quel « étrange » ostracisme (« inconscient » ???), comme si la communauté attributive ne le reconnaissait pas, ou avait honte, ou était jalouse, ou que sais-je encore...face au silence sur ce sujet, toutes les hypothèses ont cours. ...peut-être que la théorie de la relativité n’existe pas ? ...et einstein un extraterrestre sans carte d’identité terrienne ?

    josef bayéma

    Répondre à ce message

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