Emma Castelnuovo

Piste verte Le 5 juillet 2018  - Ecrit par  Sandra Linguerri Voir les commentaires (1)

Emma Castelnuovo est une mathématicienne et enseignante italienne. Elle est aussi la fille de Guido Castelnuovo et la nièce de Federigo Enriques, deux figures de l’école italienne de géométrie algébrique.

C’est pour son activité pédagogique qu’Emma Castelnuovo est la plus connue, activité qu’elle a développée sur une période de plus de cinquante ans et qui a conduit à moderniser les programmes et la didactique des mathématiques à travers la publication de manuels scolaires innovants et d’autres initiatives originales comme les « expositions de mathématiques » élaborées directement par ses élèves. Dans son enseignement, il n’y a pas de place pour les notions superficielles ni pour la technicité. Au contraire, au fondement de sa propre pensée se trouve une vision active de la culture et du processus d’apprentissage qui nécessite un engagement direct de l’étudiant et qui procède constamment du concret vers l’abstrait. La méthode de Castelnuovo est motivée par des raisons civiles et sociales de nature démocratique et égalitaire, et elle considère les mathématiques non seulement comme un moyen pour acquérir une certaine tournure d’esprit, mais surtout comme un instrument de lecture de la réalité capable de promouvoir un véritable développement culturel et d’avoir aussi des implications sur les choix et les actions. « Les mathématiques de la réalité, dans la réalité et pour la réalité » est une des devises qu’elle utilise pour exprimer ses idées de façon plus incisive.

Biographie et vie scientifique

Cinquième enfant de Guido Castelnuovo et d’Elbina Enriques, la sœur du mathématicien Federigo Enriques, Emma Castelnuovo naquit à Rome le 12 décembre 1913. Elle fut diplômée en 1936 de l’université de Rome – où, depuis 1953, l’Institut de mathématiques porte le nom de son père, célèbre spécialiste de probabilités et fondateur de l’école italienne de géométrie algébrique – en soutenant une thèse de géométrie algébrique intitulée « Di una classe di superficie razionali che ammettono $\infty^2$ trasformationi proiettive in se “algebriche” » (« Sur une classe de surfaces rationnelles qui admettent $\infty^2$ transformations projectives “algébriques” vers elles-mêmes »), devant un jury dans lequel siégeait, entre autres, Elena Freda (it).

Dans les deux années suivantes, elle fut bibliothécaire de cet Institut, d’où elle fut licenciée en 1938 à cause des lois raciales promulguées par la dictature fasciste. Pour la même raison, elle n’obtint pas le poste d’enseignante dans l’école secondaire pour lequel, en août 1938, elle avait gagné un concours de façon normale.

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Première classe du collège hébraïque dans sa deuxième année de fonctionnement (1939-1940)

De 1939 à 1943, elle enseigna dans les écoles israélites fréquentées par les étudiants juifs qui avaient été chassés des écoles publiques suite à la législation raciale, comme le fit Emma Senigaglia (it). Il s’agissait d’écoles secondaires particulières concédées par le régime et pour cela contrôlées par l’intermédiaire d’un Commissaire « aryen » nommé directement par le Ministère de l’éducation nationale. Celle de Rome fut mise en place par Guido Coen en moins de deux mois et articulée en un collège-lycée, une école normale et un lycée technique à vocation commerciale.

Bien que l’école fût en quelque sorte semi-publique, les élèves la fréquentaient au risque de leur propre sécurité personnelle, constamment menacée par les actions des « équipes » fascistes. Les enseignants étaient recrutés parmi les professeurs qui avaient perdu leur poste, ce qui était le cas d’Emma Castelnuovo. Le siège de l’école, ouverte en décembre 1938, était un immeuble situé rue Celimontana, près du Colisée. En 1940-1941, il fallut la transférer dans les locaux de l’Asile israélite situé au no 13 du Lungo Tevere Sanzio, à quelques pas du tribunal spécial organisé par le régime pour surveiller les habitants.

Alors que les premiers étudiants obtinrent leur diplôme, Emma, par l’intermédiaire de l’activité de son père, vécut l’expérience de l’université hébraïque clandestine. En effet, après les études secondaires, non seulement il était proscrit aux étudiants juifs de s’inscrire dans les universités publiques, mais il était également interdit à la communauté israélite d’instituer des cours universitaires pour ainsi dire « privés ». Guido Castelnuovo ne se déclara cependant pas vaincu et, à l’automne 1941, il noua des accords avec l’ingénieur Guido Bonzanigo directeur de l’Institut technique supérieur de Fribourg, en Suisse, pour rendre possible l’inscription de « ses » étudiants sans obligation d’assiduité. Ce fut ainsi qu’en décembre de cette année, il ouvrit sous le nom fictif de « Cours d’intégration de culture mathématique », une véritable université propre « hors la loi » qui, dans les deux années suivantes, permit à vingt-cinq étudiants de passer des examens légalement reconnus par l’Institut suisse. Guido Castelnuovo rédigea lui-même les programmes de l’université clandestine. Il recruta aussi les professeurs : c’étaient soit des professeurs qui avaient perdu leur chaire – parmi eux figurent Maria Piazza, chimiste ; l’architecte Angelo Di Castro, dessin technique ; le professeur Giulio Supino et le professeur Vito Camiz, sciences de la construction – soit des courageux enseignants « aryens » solidaires de leurs collègues juifs – Giulio Bisconcini, analyse algébrique, analyse infinitésimale, mécanique rationnelle ; Raffaele Lucaroni, géométrie analytique et descriptive ; Bernardo Cacciapuoti, physique.

En 1943, l’occupation allemande contraignit la famille Castelnuovo à se séparer et à se cacher sous un faux nom. Emma, qui entre-temps avait publié sans les signer plusieurs manuels pour l’école secondaire en collaboration avec Marcello Puma – un mathématicien, élève de son père, qui dirigeait alors l’école « Galileo Ferraris » –, se réfugia d’abord chez des amis, puis, dans des hôpitaux, des institutions religieuses, des petites pensions, en se déplaçant fréquemment pour des raisons de sécurité.

Après la libération de Rome, alors que les étudiants de l’école clandestine étaient à nouveau admis à l’université de Rome et inscrits directement en 3e année grâce à la sollicitude de Guido De Ruggiero, le nouveau Ministre de l’instruction publique pour les zones libres de l’Italie, Emma obtint un poste dans une école secondaire publique et se consacra alors, de son propre choix, à l’enseignement.

En 1949, elle publia le livre Geometria intuitiva (Géométrie intuitive) pour le premier cycle de l’école secondaire, livre qui constituait une sorte de manifeste de ses idées didactiques. Suivant les traces de son père, lequel s’était confronté aux questions relatives à l’enseignement des mathématiques dès le début du vingtième siècle en critiquant le système éducatif de l’époque, qu’il jugeait trop abstrait, trop théorique et peu enclin à chercher des liens avec la pratique et les applications, Emma mit l’accent sur la nécessité que le processus d’apprentissage aille du concret vers l’abstrait. Cela signifiait qu’il fallait présenter d’abord les faits aux élèves, puis les théories qui les expliquaient, en privilégiant une approche « expérimentale » et « opérationnelle » de la matière qui, à travers le dessin, des instruments mathématiques simples et l’expérience directe, aide à découvrir quelques-unes des propriétés fondamentales des figures géométriques et à s’interroger sur les raisons de leur existence, en rendant l’apprentissage plus intéressant. Ce n’était que dans un deuxième temps que l’on pourrait remplacer les lignes et les surfaces matérielles par les figures et les symboles abstraits des mathématiques et déduire de ces derniers les propositions moins évidentes. Une telle méthode exige donc, d’un côté, un effort personnel de l’élève appelé à développer lui-même un vrai travail créatif ; de l’autre, cela lui fait percevoir « progressivement la nécessité d’un raisonnement logique » [Castelnuovo, 1949].

En septembre 1949, Emma fut invitée au congrès Les classes nouvelles qui se tenait à Sèvres, près de Paris, pour discuter justement de ce que l’on appelle l’« enseignement actif ». Son point de vue, si éloigné des idées rigides des savants français en matière d’instruction, suscita une telle opposition qu’il fallut que lui vînt en aide un groupe de collègues belges, élèves de Paul Libois, spécialiste de géométrie algébrique, qu’Emma avait déjà rencontré à Rome avant la guerre, où il était venu travailler avec son père et son oncle, Federigo Enriques.

La mésaventure parisienne fut l’occasion d’établir, à partir de 1950, une collaboration durable avec les activités organisées par l’École Decroly, un des centres pédagogiques les plus vivaces de l’Europe d’alors, et par l’Université libre de Bruxelles, surtout à propos d’une initiative nouvelle connue sous le nom d’« expositions de mathématiques », capable de construire cette vision attrayante du processus d’apprentissage décrit ci-dessus.

Réalisée par les élèves, une exposition de mathématiques consiste en la construction d’objets, panneaux, modèles dynamiques dans le but de rendre évidents tant les propriétés de variation que les invariants d’une figure, et du matériel didactique de ce genre, le tout étant utilisé par les étudiants eux-mêmes pour exposer l’argument choisi initialement.

De ce point de vue, l’aide de Jean Piaget se révéla fondamentale. Piaget était un psychologue du développement qui a contribué à modifier l’image de l’enfant et de l’éducation au XXe siècle. Emma Castelnuovo travailla avec lui au sein de l’International Commission for the Study and Improvement of Mathematics Teaching (CIEAEM), créée en 1950 dans l’objectif de promouvoir l’analyse et l’amélioration de la didactique des mathématiques.

En 1956, la Commission organisa à Madrid une exposition au cours de laquelle Emma, avec les élèves du lycée italien de la capitale espagnole, illustra une méthode didactique pour l’étude des sections coniques. En Italie, toutefois, ce genre de projets décolla seulement à la fin des années soixante quand Emma lança, par l’intermédiaire de Bruno De Finetti et Lucio Lombardo Radice, professeurs à l’université de Rome, une coopération avec quelques étudiants de mathématiques sur le point de commencer leur thèse et si intéressés par la didactique qu’ils travaillaient dans l’école secondaire « Torquato Tasso », en contact étroit avec ses élèves.

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Exposition mathématique, vue générale
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Exposition mathématique : aires, périmètres, volumes, surfaces
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Exposition mathématique : théorème de Pythagore
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Exposition mathématique : extension du théorème de Pythagore
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Exposition mathématique : l’ellipse dans la réalité
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Exposition mathématique : les quadriques

Assistée par ces doctorants, elle réalisa en 1971 une autre exposition, issue cette fois du travail de ses élèves à Milan à « L’Opera preparazione professionale insegnanti » ; deux ans après, cette exposition fut présentée à nouveau à Rome. Ces événements donnèrent lieu à deux publications générales : Documenti di un’esposizione matematica. Da bambini a uomini (Documents d’une exposition mathématique. D’enfants à hommes ; 1972) et Matematica nella realtà (Mathématiques dans la réalité ; 1976).

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Article sur l’exposition mathématique à Bruxelles réalisée par des élèves romains en 1974

Bien vite, les expériences milanaise et romaine obtinrent une visibilité internationale, d’abord à Bruxelles auprès de l’École Decroly (septembre 1974), puis à l’International Congress on Mathematical Education (ICME) à Karlsruhe en août 1976, et enfin aux journées nationales de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public à Limoges (1977).

Les nouveaux programmes de l’école secondaire introduits en 1979 étaient en grande partie inspirés par Emma, qui faisait partie de la commission chargée de leur élaboration. La même année, deux expositions de plus furent organisées par De Finetti et Lombardo Radice au palais de l’Académie des Lyncéens pour célébrer la retraite d’Emma. Elle maintint ses activités au cours des années quatre-vingt, grâce à quelques missions confiées par l’UNESCO dans les écoles du Niger. Elle a continué à mener des expérimentations à l’école secondaire, à écrire des livres de vulgarisation et à participer à des congrès tels que celui qui a été organisé à Turin en 1990 sur des questions de logique et d’informatique par Elda Valabrega Gibellato, autre figure de proue dans le domaine de la didactique.

Le 7 mars 2009, le président de la République Giorgio Napolitano lui a conféré le titre de Grande Ufficiale « pour la passion et l’engagement déployés dans son travail, qui lui ont permis d’élaborer des propositions didactiques profondément innovantes. Pour avoir contribué à la compréhension et à l’apprentissage des mathématiques en stimulant l’intérêt et la créativité des élèves. »

Elle est décédée à Rome le 13 avril 2014 à l’âge de cent ans.

Ce que l’on dit d’elle

« Mademoiselle Emma, mathématicienne et physicienne, une sorte de garçon manqué indiscipliné, toujours prête à les enfants pour qu’ils ne soient pas trop respectueux des autorités supérieures. Une fois, elle les a même incités à faire la grève, ce que le gouvernement d’alors considérait comme un délit […]. Elle était très jeune, mais on voyait déjà qu’avec le passage des années, elle allait rester la même, ni vieille ni jeune, éternellement suspendue de l’histoire du monde comme une hypothèse mathématique. Déjà parce qu’elle était la fille du célèbre Guido, l’un des plus grands mathématiciens des temps modernes, quoique, à bien y réfléchir, un fil de folie romantique guidât ses geste, qu’elle héritait peut-être du romancier Enrico, son grand-père : elle était aussi tenace pour exiger des enfants une passion concrète, charnelle pour les applications mathématiques, aux antipodes de toute abstraction pédante. » [Della Seta, 1996, p. 27-28]

« J’emprunte à Enriques l’image évocatrice de “l’étincelle qui allume l’amour pour les mathématiques” […]. L’étincelle qui a allumé en moi l’amour pour la géométrie en particulier s’est produite à l’école secondaire dans les livres d’Emma Castelnuovo. » [Piccione, 2003, p. 71-72]

« Emma Castelnuovo représente assurément une des figures les plus significatives de notre siècle, en ce qui concerne la culture scolaire ; Emma ne s’est pas préoccupée de technicité […]. Ce qu’elle a fait pour les mathématique est justement l’inverse : c’est se poser le problème de faire en sorte que la culture, les disciplines servent pour la formation de tous. » [Fiorentini, 2003, p. 97-98]

Œuvres choisies

  • Un metodo attivo nell’insegnamento della geometria intuitiva, in « Periodico di Matematiche », serie IV, 1946, p. 129-140.
  • Geometria intuitiva per le scuole medie inferiori, Roma, Carabba, 1949. Geometria intuitiva, Firenze, La Nuova Italia, 1951. I numeri : aritmetica pratica, Firenze, La Nuova Italia, 1963.
  • I numeri relativi : equazioni, supplemento a I numeri ; aritmetica pratica a norma dei nuovi programmi ministeriali per la scuola media (Decreto 24 aprile 1963), Firenze, La Nuova Italia, 1963.
  • Didattica della matematica, Firenze, La Nuova Italia, 1964. Matematica moderna nella scuola media, a cura di M. Villa, Bologna, Patron, 1965.
  • La geometria, Firenze, La Nuova Italia, 1966.
  • La via della matematica : i numeri, Firenze, La Nuova Italia, 1970.
  • Documenti di un’esposizione di matematica : da bambini a uomini, Torino, Boringhieri, 1972.
  • Jean Louis Nicolet e i suoi films di geometria, in « Periodico di Matematiche », série V, 1972, p. 33-48.
  • Motivazioni per lo studio della matematica, in « Periodico di Matematiche », série V, 1975, p. 7-19.
  • (avec M. Barra), Matematica della realtà, Torino, Boringhieri, 1976. (avec C. Gori Giorgi, D. Valenti), Trigonometria, Scandicci, La Nuova Italia, 1986.
  • Elementi di analisi matematica : corso di analisi matematica per le scuole secondarie superiori, Firenze, La Nuova Italia, 1988.
  • Numeri e figure : per la 1a e la 2a classe della scuola media, Firenze, La Nuova Italia, 1989.
  • (avec C. Gori Giorgi, D. Valenti), Figure e formule : per la 3a classe della scuola media, Firenze, La Nuova Italia, 1989.
  • Didattica della matematica, Firenze, La Nuova Italia, 1990. Una iniziativa volta ad esorcizzare la paura per lo scritto di matematica alla maturità scientifica, in « Periodico di Matematiche », série VI, 1993, p. 9-16.
  • (avec C. Gori Giorgi, D. Valenti), Matematica oggi : corso di matematica per il biennio della scuola secondaria superiore, Firenze, La Nuova Italia, 1993. Pentole, ombre, formiche : in viaggio con la matematica, Firenze, La Nuova Italia, 1994.
  • Figure piane A, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • Figure piane B, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • Figure solide, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • La matematica. Guida per l’insegnante, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • Leggi matematiche, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • Numeri A, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • Numeri B, Firenze, La Nuova Italia, 1998.
  • (avec M. Barra), Matematica nella realtà, Torino, Bollati Boringhieri, 2000.
  • L’università clandestina a Roma, in « La matematica nella società e nella cultura », serie VIII, vol. IV-A, aprile 2001, p. 63-77.
  • Didattica matematica, Pavona, Iacobelli, 2008. Insegnare matematica, lectio magistralis tenue le 15 mars 2007 à l’auditorium Parco della musica de Roma, Pavona, Iacobelli, 2008.
  • L’Officina matematica. Ragionare con i materiali : le lezioni della più grande ricercatrice italiana di didattica della matematica, Molfetta, La Meridiana edizioni, 2008.

Bibliographie

  • V. Vegetti, A Bruxelles una mostra sulla matematica realizzata da studenti medi di Roma, in « L’Unità », 22 septembre 1974.
  • R. Natalini, M. Mattaliano, La fantasia e la memoria. Conversazione con Emma Castelnuovo, in « Lettera Pristem » 52, 1994, p. 54-57.
  • F. Della Seta, L’incendio del Tevere, Udine, Paolo Gaspari editore, 1996.
  • A. Cappelli, F. Lorenzoni (éd.), Aprire lo sguardo attraverso la matematica, in La nave di Penelope. Educazione, teatro, natura ed ecologia sociale, Milano, Giunti, 2002, p. 186-196.
  • E. Castelnuovo, Le esposizioni di matematica. Perché ?, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 133-153.
  • C. Fiorentini, Quale cultura e didattica per una scuola democratica ?, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 97-103.
  • G. Fiorentino, I ricordi di un ex allievo dell’università clandestina, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 107-110.
  • A. Galeazzi, La matematica nella scuola di tutti i giorni l’esperienza di un insegnante, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 15-19.
  • F. Lorenzoni, Guardare costruire, ragionare : cosa ho imparato da Emma Castelnuovo, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 113-129.
  • M. Piccione, Modelli dinamici e immagini mentali, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 71-79.
  • G. Spirito, Di Matematica e altro, in Atti del convegno Emmatematica. L’insegnamento di Emma Castelnuovo. “Vedere oltre le figure e i numeri” (26 octobre 2001), Firenze, Edifir, 2003, p. 39-43.
  • A. Brigaglia, Da Cremona a Castelnuovo. Continuità e discontinuità nella visione della scuola, in Da Casati a Gentile. Momenti di storia dell’insegnamento secondario della matematica in Italia, éd. L. Giacardi, La Spezia-Lugano, Agorà edizioni – Lumières internationales, 2006, p. 159-179.
  • P. Gario, I corsi di Guido Castelnuovo per la formazione degli insegnanti, in Da Casati a Gentile. Momenti di storia dell’insegnamento secondario della matematica in Italia, éd. L. Giacardi, La Spezia-Lugano, Agorà edizioni – Lumières internationales, 2006, p. 239-268.
  • L. Giacardi, L’insegnamento della matematica in Italia dall’Unità al fascismo, in Da Casati a Gentile. Momenti di storia dell’insegnamento secondario della matematica in Italia, éd. L. Giacardi, La Spezia-Lugano, Agorà edizioni – Lumières internationales, 2006, p. 1-63.
  • R. Simili, Sotto falso nome. Scienziate italiane ebree (1938-1945), Bologna, Pendragon, 2010.

En plus des références précédentes (en italien), on pourra lire l’article de Lucilla Cannizzaro, « Construire les mathématiques avec Emma Castelnuovo »], Petit x no 95, 2014.

Vidéographie

Dans les deux vidéos ci-dessous, indiquées par Carlo del Noce, Emma Castelnuovo parle de l’enseignement des mathématiques.

Vidéo :

Transcription (traduite)

En 1945, quand j’ai commencé à enseigner de façon régulière, je me suis rendue compte tout de suite que le cours de géométrie n’intéressait pas. Ce n’est pas qu’il paraissait difficile mais assurément, il ne provoquait aucune stimulation. Juste à cette époque, il s’est trouvé que j’ai lu un livre français, un livre écrit en 1741 par un mathématicien français, Alexis Clairaut, intitulé en français Éléments de géométrie. Il dit dans la préface qu’il est évident que les gens rencontrent de grandes difficultés dans ces débuts rationnels. Lui, il est convaincu qu’il faut commencer par quelque chose de concret. Il porte alors son attention sur la réalité qui nous entoure et donc sur l’intérêt qu’il peut y avoir à calculer l’aire et le périmètre des champs.

Je me suis ainsi rendue compte que le début du cours de géométrie au collège doit partir de la réalité, qui n’est pas en général l’aire et le périmètre des champs mais quelque chose, comment dire, de plus manuel. J’ai donc donné aux étudiants, à ces jeunes enfants, quelque chose dans les mains, un matériel extrêmement simple qui incitait à construire. Avec cette construction, on se rendait compte de l’énorme différence qu’il y a, d’un point de vue technologique, entre un triangle par exemple et un carré. Le triangle est fixe, rigide ; le carré et le rectangles sont articulables. On se rend compte, en marchant dans la rue, que tous les échafaudages que nous voyons pour la construction d’un immeuble ou d’autres choses ont une partie triangulaire, et le triangle qui sert n’est pas un rectangle ou un carré parce que ceux-ci bougent dans les mains et changent de forme.

[Transcription et traduction de Jérôme Germoni.]

Vidéo :

Transcription (traduite)

Quel matériel peut être utile pour stimuler les élèves pour qu’ils étudient la géométrie ? Un matériel qu’ils soient en mesure de construire eux-mêmes. En utilisant des petites bandes de carton rigide, munies de trous aux extrémités, que l’on peut relier entre elles en faisant passer des attaches parisiennes dans les trous. On se rend alors compte d’une différence énorme, c’est-à-dire : le triangle que j’ai dans les mains est rigide. Même en essayant de le déformer, il ne se déforme pas. Alors que le carré, construit de la même façon, on peut le déformer dans les mains. On se rend alors compte, en allant dans la rue, que les échafaudages sont toujours faits de triangles. Et en effet, on ne pourrait pas les construire avec des rectangles ou des carrés, parce qu’ils se déplaceraient.

Tout cela, sans doute, on ne le voyait pas avant ; en fait, on le voyait, mais on ne l’observait pas. De l’observation constamment enrichie naissent d’autres problèmes. Ce n’est plus une question de bandes de carton mais c’est que nous avons en permanence quelque chose sous les yeux : on observe, par exemple, que l’ombre d’un disque de signalisation, c’est-à-dire d’un cercle, n’est pas un cercle en général : c’est une ellipse ou une autre courbe. Maintenant, c’est la réalité qui nous entoure qui est au premier plan. On ne sort pas, on ne part pas se promener sans regarder, sans observer. L’observation [qui] nous échappait d’abord est stimulée par une construction antérieure.

La géométrie du premier cours devient un cours de mathématiques constructives et de la construction naît l’observation. Observation qui, au fur et à mesure que passent les années, devient en permanence plus ennuyeuse, je dirais inexistante. Souvent aussi parce que les objets que… les figures qui bougent se déplacent à une vitesse trop grande pour être observées. Il suffit de penser aux figures sur l’écran de la télévision. Le travail avec du matériel nous oblige au contraire à fermer l’attention, à suivre les différentes étapes.

[Transcription de Carlo del Noce, traduction de Jérôme Germoni.]

Et pour quelques liens de plus...

Post-scriptum :

Cet article est la traduction d’une entrée du Dizionario biografico delle scienziate italiane (secoli XVIII-XX), vol. 2, matematiche, astronome, naturaliste [Dictionnaire biographique des scientifiques italiennes (XVIIIe–XXe siècles), vol. 2, mathématiciennes, astronomes, naturalistes], édité par Sandra Linguerri, éditions Pendragon, Bologne, 2012. On en trouve une version préliminaire sur le site Scienza a due voci (Science à deux voix).

Traduit de l’italien par Jérôme Germoni.

Images des mathématiques remercie vivement Carlo del Noce pour être à l’origine de cet article et pour avoir transcrit l’entretien avec Emma Castelnuovo, ainsi que Sandra Linguerri pour avoir accepté de publier cette traduction.

Article édité par Jérôme Germoni

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Pour citer cet article :

Sandra Linguerri — «Emma Castelnuovo» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

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  • Merci de cet hommage.

    le 7 juillet à 19:57, par Carlo

    Je remercie Images des Mathématiques ( IdM ) pour l’hommage à cette mathématicienne et pédagogue italienne.
    Je voudrais surtout remarquer le grand travail que le professeur Germoni et la rédaction ont fait pour préparer et écrire cet article. La recherche et le choix de tout matériel portant sur Emma Castelnuovo, y comprise une biographie appropriée, la traduction parfaite de ce matériel, sa préparation et une éventuelle adaptation pour un convenable article sur IdM, nécessitent un très grand travail, exécuté par le prof. Germoni et la rédaction de IdM, qu’ici sont restés presque anonymes.
    Je voudrais enfin remarquer que la proposition de ces biographies de mathématiciens italiens, comme celles des mathématiciens indiens, donne à IdM une vraie envergure internationale ; et que le choix du degré d’approfondissement, d’explication et d’exposition est toujours d’un très haut niveau culturel.
    Merci pour tout cela.

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