Entrevue avec Jean-François Aujol

dans le cadre du trimestre les mathématiques de l’image à l’institut Henri Poincaré

Piste verte Le 5 avril 2019  - Ecrit par  Adrien Rossille Voir les commentaires

Depuis le 7 janvier, l’institut Henri Poincaré (IHP) met en valeur les mathématiques de l’image dans le cadre de ce premier trimestre thématique de l’année 2019. Six mathématiciens ont reçu la mission d’organiser et de coordonner trois mois de temps forts dans le cinquième arrondissement parisien, entre conférences scientifiques et grand public. Entretien avec l’un d’entre eux, Jean-François Aujol, professeur à l’université de Bordeaux.

Par Adrien Rossille, chargé de médiation scientifique à l’institut Henri Poincaré

Adrien Rossille : En quoi est-ce important d’organiser, particulièrement en 2019, un trimestre thématique autour des mathématiques de l’image ?

Jean-François Aujol : Le traitement d’images est un domaine scientifique qui est devenu central depuis une vingtaine d’années, parallèlement à l’augmentation exponentielle de la quantité de données numériques. Au début des années 2000, j’ai effectué ma thèse à Nice-Sophia-Antipolis puis un post-doctorat à Los Angeles, alors qu’à l’époque les mathématiques pour le traitement d’image n’étaient pas encore présentes dans beaucoup d’universités. Depuis, des mathématiciens de tous les horizons s’intéressent à cette discipline et des équipes spécialisées en traitement d’images ont été créées dans plusieurs grandes universités. Il est donc très important pour nous de faire se rencontrer à l’IHP des chercheurs du monde entier qui travaillent dans ce domaine.

Adrien Rossille : Et pensez-vous que cette importance du traitement d’images dans la communauté scientifique va continuer à augmenter ? Comment voyez-vous l’avenir proche de votre discipline ?

Jean-François Aujol : Depuis quelques années, cette croissance a tendance à se stabiliser, car les équipes sont maintenant établies. Toutefois, on peut prévoir que le traitement de données dans un sens plus large, pas seulement les images, va continuer à prendre une importance croissante, car celles-ci sont partout et leur étude est plus que nécessaire. L’approche mathématique de ces sujets a l’avantage d’être à un niveau d’abstraction élevé, et donc il est tout à fait possible d’utiliser des outils semblables pour étudier les images et les autres données. La recherche scientifique pourra continuer dans la même direction, ce sont juste ses champs d’applications qui vont devenir de plus en plus variés.

Adrien Rossille : Quelle taille a actuellement la communauté de mathématiciens travaillant en traitement d’images ?

Jean-François Aujol : Pour animer la thématique et améliorer la collaboration interuniversitaire en France mais aussi à l’international, un groupement de recherche nommé MIA (Mathématiques de l’Imagerie et de ses Applications) a été créé en 2005 par le CNRS. Celui-ci regroupe environ 240 chercheurs, des mathématiciens et aussi des profils plus orientés informatique ou sciences de l’ingénieur. Le trimestre thématique de l’IHP accueille beaucoup de ces chercheurs, mais aussi d’autres venant d’autres domaines, car ce temps fort est aussi l’occasion de montrer à la communauté scientifique le dynamisme de notre domaine d’activités. Et vous ne serez pas surpris si je vous dis que plusieurs des organisateurs du trimestre ont été directeurs de ce groupement de recherche.


Adrien Rossille : Cette initiative vous permet de créer un réseau de travail collaboratif en France, mais vous permet-il aussi d’organiser des travaux communs avec d’autres pays, notamment nos voisins européens ?

Jean-François Aujol : La France est un grand pays de mathématiques et donc l’un des acteurs majeurs de la recherche en traitement d’images, mais elle ne serait rien sans des liens très proches avec les pays européens. De nombreuses coopérations existent avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, ... Par exemple, dans le cadre de notre groupement de recherche, nous avons créé une conférence bisannuelle de quelques jours, nommée MIA (Mathematics and Image Analysis) qui après avoir eu lieu à l’institut Henri Poincaré à plusieurs reprises a été organisée en janvier 2018 à Berlin, à l’université Humboldt. Nous remettons aussi un prix de thèse, franco-allemand, une fois tous les deux ans. Ces coopérations existent aussi avec des pays des autres continents, la recherche en traitement d’images intéressant beaucoup d’universités, car les mathématiques appliquées sont encouragées partout.

Adrien Rossille : Nous sommes en mars, le trimestre thématique à l’IHP finit dans quelques semaines. Comment voyez-vous l’avenir de cet évènement ?

Jean-François Aujol : Ce temps fort de janvier à avril 2019 n’était bien sûr pas la première initiative que nous, les organisateurs du trimestre, avons eue ensemble. Le séminaire « imaging in Paris » que nous organisons depuis plusieurs années à l’IHP en est un exemple, et va à nouveau se dérouler de manière mensuelle. Quant à la conférence MIA, nous souhaitons organiser sa prochaine édition dès janvier 2021 à Paris, et les éditions suivantes en alternance entre la France et l’Allemagne.

Pour plus d’informations sur le trimestre « les mathématiques de l’image » à l’IHP, regardez cette vidéo de présentation du trimestre sur la chaîne YouTube de l’IHP : https://youtu.be/mwSZvxS--1o

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Pour citer cet article :

Adrien Rossille — «Entrevue avec Jean-François Aujol» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

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