Je boycotte désormais Elsevier

23 juin 2012  - Ecrit par  Cyril Imbert Voir les commentaires (7)

La question de l’avenir des publications mathématiques est d’une actualité brûlante. Elle aussi cruciale pour notre communauté. Une table ronde a été organisée lors des dernières journées de la Société mathématique de France (SMF). Après la lecture du post sur le blog de T. Gowers, celui de T. Tao, du post du blog de D. Chafaï et de l’article de D. N. Arnold et H. Cohn, j’ai finalement signé la pétition The cost of knowledge.

Je l’ai signée car je pense qu’il en va de l’avenir de la science que nous faisons. Il y a une forte incompatibilité entre la qualité et la diffusion de la production scientifique d’une part et la rentabilité des publications correspondantes par des éditeurs privés d’autre part. Les tarifs pratiqués par les éditeurs scientifiques (dont Elsevier) deviennent insupportables par les bibliothèques universitaires françaises. Notre réseau de diffusion du savoir est ainsi mis en difficulté. La spécificité d’Elsevier est de forcer la vente des journaux en « paniers », obligeant les bibliothèques à acquérir des journaux dont elles ne veulent pas. Elsevier n’est pas le seul éditeur sous le feu de la critique de la communauté scientifique mais comme il est expliqué dans le texte The cost of knowledge, c’est le plus criticable. Ensuite, pour que le boycott fonctionne, on ne peut pas tout boycotter. Pour finir, je voudrais souligner que certains des textes mentionnés avant pointent du doigt qu’il est difficile à un-e doctorant-e ou à un chercheur-se en début de carrière de pratiquer ce boycott. Ainsi, sont appelé-e-s à se mobiliser en premier les chercheur-se-s plus expérimentés.

J’ai calculé que j’avais publié 9 articles sur 29 dans des revues maintenant aux mains d’Elsevier. Et j’ai encore soumis un article l’année dernière dans un de « leurs » journaux. Il ne va pas être facile de changer de fusil d’épaule mais je suis convaincu que cela en vaut la peine.

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Pour citer cet article :

Cyril Imbert — «Je boycotte désormais Elsevier» — Images des Mathématiques, CNRS, 2012

Commentaire sur l'article

  • Je boycotte désormais Elsevier

    le 23 juin 2012 à 10:31, par hsolatges

    Et bien bon courage !
    Vu le nombre de signataires, le mouvement n’en est qu’à ses prémisses. Mais il me paraît pleinement justifié. D’autant plus que les crédits se font rares dans les labo...

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  • Je boycotte désormais Elsevier

    le 23 juin 2012 à 14:08, par Daniel Massart

    ne plus soumettre chez eux, c’est une chose, mais que fait-on s’ils nous demandent de référer ? qu’en pensent les collègues ?

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    • Je boycotte désormais Elsevier

      le 29 juin 2012 à 10:49, par Barbara Schapira

      Dans la pétition The cost of knowledge, les signataires sont invités à dire s’ils arreteront de soumettre des papiers et/ou de rapporter des articles pour Elsevier et/ou de faire du travail éditorial pour eux.
      C’est à chacun de choisir l’étendue de son boycott.

      Je pense que ça dépend (de nos opinions bien sur, mais aussi) de la position de chacun-e dans la communauté : doctorant, jeune chercheur, confirmé. Un chercheur très confirmé qui a déja fait partie de plein de comités éditoriaux peut sans doute snober Elsevier plus facilement.

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  • Je boycotte désormais Elsevier

    le 25 juin 2012 à 10:22, par Nils Berglund

    Pour ma part, je suis devenu beaucoup plus prudent avant d’accepter une demande de référer. Il faut toutefois garder à l’esprit que les éditeurs ne sont en général pas responsables de la politique des prix, mais qu’ils peuvent faire remonter vos réactions. On m’a parlé d’un cas (j’ai oublié le nom de la revue) où la maison d’édition a changé sa politique de prix suite à la pression du comité éditorial.

    Suite au boycott, Elsevier a déjà envoyé deux lettres ouvertes à la communauté mathématique annonçant des changements dans leur politique. On peut douter de ces promesses, mais ces lettre montrent pour le moins qu’ils ont conscience du boycott et n’y sont pas insensibles...

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    • Je boycotte désormais Elsevier

      le 2 juillet 2012 à 09:53, par Cyril Imbert

      Oui, je suis d’accord que le point le plus délicat est le travail de referee. J’ai cliqué dans la pétition que je ne reférerai pas d’articles et je comprends que c’est ce qui va être le plus compliqué à tenir.

      Pourtant, vu que je ne suis dans aucun comité éditorial, c’est essentiellement de cette façon que je participe au tri nécessaire des publications. Je préfère garder mon temps pour des journaux qui ne me font pas payer ensuite des prix exhorbitants des articles que j’ai écrit ou sur lesquels j’ai passé des jours pour formuler des critiques constructives.

      Ensuite, bien sûr, comme je le disais dans le billet, la position que l’on peut prendre dépend fortement de son statut.

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  • Promouvoir arXiv

    le 27 juin 2012 à 14:41, par Nicolas Rougerie

    Une démarche complémentaire au boycott est de rendre son travail publiquement et gratuitement accessible : via arXiv.org, via le serveur HAL du CNRS, via sa page web...
    Même si comme tu dis il n’est pas facile de boycotter Elsevier ou Springer pour un jeune chercheur, il n’y a aucune raison de ne pas utiliser arXiv. Malheureusement, beaucoup de matheux français n’y mettent pas leurs travaux : il y a du travail à faire là-dessus.

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    • Promouvoir arXiv

      le 2 juillet 2012 à 10:09, par Cyril Imbert

      Oui, c’est sûr que c’est la façon la plus simple et la plus efficace de rendre son travail accessible à tous ! Et j’aime bien parcourir le matin la liste des nouvelles prépublications.

      Certains vont plus loin dans cette direction, en y voyant un possible avenir du travail éditorial, voir à ce propos le texte de Tim Gowers.

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