Du côté des lettres (6) : deux lettres de K. Mahler à L. Mordell (1940)

Kurt Mahler. Itinéraire d’un mathématicien réfugié allemand en Europe : postes universitaires et camps d’internement

Piste verte Le 22 avril 2018  - Ecrit par  Sébastien Gauthier Voir les commentaires
Le camp de Hutchinson par Bruno Ahrends, The Camp Almanac, 1940-1941.

Depuis longtemps, les correspondances alimentent le travail des historiens. Aux noms de mathématiciens renommés s’associent des centaines de correspondants, illustres ou anonymes, tissant ainsi un vaste réseau de sociabilités. Dans cette série « Du côté des lettres » nous proposerons périodiquement la lecture commentée d’une lettre autour des mathématiques. S’appuyant sur les nombreux travaux d’édition de correspondances de mathématiciens en cours ou achevés, elle offrira aux lecteurs d’Images des mathématiques une fenêtre ouverte sur les coulisses de la fabrication du savoir mathématique et de la vie mathématique, alternant lettres scientifiques et lettres plus intimes, correspondances anciennes et contemporaines.

« Le point de vue le plus intéressant du problème de l’internement n’est pas de savoir jusqu’à quel point les internés ont eu à souffrir — car actuellement la souffrance est générale dans le monde entier — mais jusqu’à quel point ils ont été capables de résister, spirituellement, à leur épreuve et de transformer leur infortune en expérience productive. Pour juger équitablement de leurs efforts, il faut prendre en considération les circonstances particulières, car les inconvénients et les privations qui furent les leurs n’incombaient pas à des citoyens qui pouvaient espérer rentrer un jour dans leur foyer, mais à des gens sans patrie et sans protection, qui se trouvaient placés entre deux mondes en lutte, et qu’on identifiait même en partie à ceux qui avaient juré leur destruction. C’est contre ce sombre fond que la bataille devait être livrée. »
Walter Zander [1].

En septembre 1939, la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne, qui vient d’envahir la Pologne, marque le début de la Seconde Guerre Mondiale. Dès le début de la guerre, les pays alliés comptent sur leur territoire des étrangers ressortissants des pays ennemis, parmi eux des immigrés de longue date mais aussi des réfugiés qui ont fui le régime nazi rapidement après l’accession de Hitler au pouvoir en 1933. La peur que ces populations abritent des espions et des individus dangereux pouvant constituer une menace de l’intérieur amène Français et Britanniques à prendre des mesures d’internement presque systématiques envers les étrangers issus des pays de l’Axe.

Kurt Mahler (1903-1988) est un jeune mathématicien allemand qui n’est pas encore installé dans une carrière mathématique quand les nazis prennent le pouvoir. Les événements politiques l’affectent donc différemment par rapport à des mathématiciens d’une autre génération qui ont déjà un poste. En 1933, il doit présenter son habilitation et prendre un poste d’assistant à l’université de Königsberg mais ses projets sont bloqués à cause des mesures anti-juifs qui sont prises. Mahler comprend donc rapidement qu’il doit lui aussi quitter l’Allemagne. Les deux lettres présentées dans cet article, qui sont adressées à Louis Mordell, sont écrites alors qu’il se trouve interné dans un des camps mis en place en Grande-Bretagne au début de la guerre. Datées du 21 août et du 12 septembre 1940 [2], elles nous informent sur le parcours personnel de Mahler dans les camps d’internement et donnent quelques indications sur les conditions de vie dans ces camps. L’itinéraire de Mahler illustre aussi les difficultés d’un jeune mathématicien juif allemand dans les années 1930 pour s’établir dans une carrière mathématique. Enfin, on constate comment la solidarité s’organise autour de Mahler, une solidarité qui passe d’abord par les mathématiques puisque que ce sont ses collaborateurs ou au moins des collègues qui travaillent sur les mêmes thématiques que lui qui sont en première ligne pour lui trouver postes ou financements.

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Kurt Mahler
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Louis Mordell

D’autres mathématiciens allemands, plus célèbres et déjà bien installés dans leur carrière au début des années 1930, ne sont pas affectés de la même manière par les événements politiques. Certains quittent l’Allemagne pour les États-Unis où ils trouvent un nouvel emploi. Parmi les cas les plus connus, on peut citer par exemple Emmy Noether (1882-1935), Richard Courant (1888-1972) ou Hermann Weyl (1885-1955) [3]... Emmy Noether est démise de ses fonctions à l’université de Göttingen en avril 1933. Elle émigre alors aux États-Unis, puis est nommée à l’université de Bryn Mawr près de Philadelphie. Elle décède prématurément peu de temps après, en 1935, des suites d’une opération chirurgicale. Richard Courant, également à Göttingen, est frappé par la loi de 1933 qui prévoit le renvoi des fonctionnaires juifs. Il espère pouvoir retrouver son poste grâce à une clause d’exception concernant les anciens soldats ayant été au front pendant la Première Guerre Mondiale mais cela ne lui est pas accordé, probablement à cause de son positionnement politique (Segal, 2003, p. 452-453). Il émigre d’abord à Cambridge en Angleterre où il reste une année avant d’obtenir un poste à l’Université de New York en 1934. Il y devient professeur en 1936 et crée un institut spécialisé dans les mathématiques appliquées qui est baptisé Institut Courant en 1964. Hermann Weyl, professeur à Göttingen, décide de démissionner en octobre 1933 car sa femme est juive. Il accepte une proposition de poste à l’Institute for Advanced Study à Princeton, où il reste jusqu’à sa retraite en 1951 [4].

Les deux lettres

Lettre de Mahler à Mordell du 21 août 1940

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St John’s College Library, Papers of Louis Joel Mordell, box 2, folder 17.

La transcription

Sender’s name: Kurt Mahler, 70722
Prees Heath Internement Camp

Prof. L. J. Mordell, F. R. S.
28, Brunswick Road
Withington
Manchester

21/8/40

Dear Prof. Mordell,
The weather is again abominable. Hence I sit down on my bed to inform you that you need no longer add: C/O Postal Censor Liverpool, to my address. I also believe that Postage is not necessary now. If your time allows it, please write longer letters, with mathematical news. Has any post arrived for me? Also, are my things still at Donner House, or have they been put away? I often think of the good food, bed, and bath there, and still more long for the University Library. Mathematics seems to belong to the past; I can’t work at day time, nor during the sleepless nights when I get afraid for my sanity. But over days I can at least pass some time by translating a few Chinese lines. Have you heard from Ko or Weyl or of any other hope? Do you think that the University will apply for my release? Your last card was of the 6th August; so was Davenport’s letter. Since then no post has arrived, for more than a week. If I may again trouble you, then please send some Parkinsons’ toffee, plain chocolate, cheese in triangles, fruits and nuts, if possible not in paper but tins. Just now my money at the camp is "frozen" since there are changes at the cantina where one formerly could buy food.
With many best wishes for you and your wife
Yours sincerely

Kurt Mahler

Your card of the 20th August has just arrived.

La traduction

Nom de l’expéditeur : Kurt Mahler, 70722
Camp d’internement de Prees Heath

Prof. L. J. Mordell, F. R. S.
28, Brunswick Road
Withington
Manchester

21/8/40

Cher Prof. Mordell,
Le temps est à nouveau abominable. Par conséquent, je m’assois sur mon lit pour vous informer qu’il n’est plus nécessaire d’ajouter à mon adresse : C/O Censure Postale Liverpool. Je crois aussi que l’affranchissement n’est plus nécessaire maintenant. Si votre temps le permet, s’il vous plaît, écrivez des lettres plus longues, avec des nouvelles mathématiques. Du courrier est-il arrivé pour moi ? De plus, est-ce que mes affaires sont toujours à Donner House ou ont-elles été rangées ? Je pense souvent à la bonne nourriture, aux bons lits, aux bons bains de là-bas, et ce qui me manque le plus est la bibliothèque de l’université. Les mathématiques semblent appartenir au passé ; je ne peux pas travailler pendant la journée, ni pendant les nuits d’insomnies quand j’ai peur pour ma santé mentale. Mais pendant la journée, je peux au moins passer un peu de temps à traduire quelques lignes de chinois. Avez-vous eu des nouvelles de la part de Ko ou Weyl ou quelque autre espoir ? Pensez-vous que l’université va demander ma libération ? Votre dernière carte était du 6 août ; comme la dernière lettre de Davenport. Depuis aucun courrier n’est arrivé, cela fait plus d’une semaine. Si je peux encore vous embêter, alors s’il vous plaît, envoyez-moi des caramels Parkinsons, du chocolat noir, du fromage en triangles, des fruits et des fruits secs, si possible pas dans du papier mais dans des boîtes. En ce moment mon argent dans le camp est « gelé » car il y a des changements à la cantine où on pouvait avant acheter de la nourriture.
Avec mes meilleures salutations pour vous et votre femme
Sincèrement vôtre

Kurt Mahler

Votre carte du 20 août vient d’arriver.

Lettre de Mahler à Mordell du 12 septembre 1940

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St John’s College Library, Papers of Louis Joel Mordell, box 2, folder 17.

La transcription

Kurt Mahler
Hutchinson Camp, Hospital
Douglas, I.o.M.
September,12th,1940.

Dear prof. Mordell,

Yesterday I received Ko’s letter. Since it has been delayed so very long, I beg you make the following steps on my behalf:

  1. Please send the following cable:
    "Ko Chao Szechuen University Omei China — Accept but delay — Mahler."
    If you consider any other text as better than please alter the telegram as you think best. I shall repay all expenses.
  2. Please send a registered air-mail letter to Ko explaining my situation and asking whether the offer still stands in spite of the delay.
  3. Please write to the Chinese Legation in London and ask them to grant the necessary Visa, and if possible to support the application for my release.
  4. Please inform the Vice-Chancellor, Prof. Hardy and the Royal Society of Ko’s letter and make a new application for my immediate release. Since my lectures at Omei will be given in English and so will propagate English culture, it can only be in the interest of the British Government to help me.

I enclose two copies of Ko’s letter for your use.

You know my position. The long delay in all correspondence would keep me from taking advantage of the offered professorship, if I stay interned. This is the more true, since Ko’s letter has already been delayed for five weeks.

I should like to add that before my journey to China I should have to get Anti-typhoid inoculations, as I was told by Miss Hancocks. It also woould be necessary to make an X-ray photos of my knee and lungs in order to make sure that everything is all right. There would be the other difficulties of a journey to China in war times, far in excess to those of a journey to America.

Thanking you in anticipation,

I remain,
Yours sincerely
Kurt Mahler

La traduction

Kurt Mahler

Camp de Hutchinson, Hôpital
Douglas, I.o.M. 
12 septembre 1940.

Cher prof. Mordell,

Hier j’ai reçu une lettre de Ko. Comme elle a été retenue pendant très longtemps, je vous supplie de bien vouloir faire les choses suivantes pour moi :

  1. S’il vous plaît, envoyez le câble suivant :
    « Ko Chao, université du Sichuan, Omei, Chine — Accepte mais retard — Mahler. »
    Si vous considérez qu’un autre texte serait meilleur, alors s’il vous plait, modifiez le télégramme au mieux. Je rembourserai toutes les dépenses.
  2. S’il vous plaît, envoyez une lettre recommandée par avion à Ko expliquant ma situation et demandant si l’offre tient toujours malgré le retard.
  3. S’il vous plaît, écrivez à la légation chinoise à Londres pour leur demander de délivrer le Visa nécessaire et, si possible, de soutenir ma demande de libération.
  4. S’il vous plaît, informez le Vice-Chancelier, le Prof. Hardy et la \textitRoyal Society de la lettre de Ko et faites une nouvelle demande de libération immédiate. Comme mes cours à Omei seront en anglais et diffuseront ainsi la culture anglaise, il ne peut être que dans l’intérêt du gouvernement britannique de m’aider.

J’inclus deux copies de la lettre de Ko que vous pouvez utiliser.

Vous connaissez ma situation. Le long retard pour toute correspondance m’empêcherait de profiter du poste de professeur qui m’est proposé si je reste interné. C’est d’autant plus vrai que la lettre de Ko a déjà été retardée de cinq semaines.

J’aimerais ajouter qu’avant mon voyage en Chine je devrais avoir un vaccin anti-typhoïde comme me l’a dit Mademoiselle Hancocks. Il serait aussi nécessaire de faire des radiographies de mon genou et de mes poumons pour être sûr que tout va bien. Il y aurait les autres difficultés d’un voyage en Chine en temps de guerre, bien plus grandes que celles d’un voyage en Amérique.

Merci d’avance,

Je demeure votre dévoué
Kurt Mahler

Formation et carrière de Mahler

Kurt Mahler est né dans une famille juive le 26 juillet 1903 à Crevelt, ville dans laquelle son père est imprimeur. De santé fragile, il est, depuis l’âge de cinq ans, atteint par une tuberculose osseuse qui affecte durablement son genou droit. Sa santé a des conséquences sur sa scolarité puisque avant l’âge de 14 ans il ne passe que quatre années sur les bancs de l’école mais il bénéficie malgré tout de cours privés à domicile. Ses parents le poussent à devenir « mécanicien de précision » (Feinmechaniker), métier qui leur semble adapté à leur fils puisqu’il peut s’exercer assis. À partir de 1917 et pendant deux ans, Kurt Mahler étudie donc dans des écoles élémentaires techniques ; c’est pendant cette période qu’il commence à développer un intérêt particulier pour les mathématiques, qu’il approfondit alors seul dans des livres. Il devient ensuite apprenti dans une usine avec comme objectif de pouvoir entrer dans une université technique (Technische Hochschule). Pendant ses trois années comme apprenti, il s’initie par exemple au dessin technique, compétence qu’il mettra plus tard à profit pour réaliser des dessins dans des articles de recherche mathématique. Il continue aussi son apprentissage mathématique en achetant des livres de niveau plus avancé.

En 1921, son père envoie certains de ses travaux mathématiques à Joseph Junker, directeur de « collège » (Realschule) à Crevelt et ancien élève du mathématicien Elwin Bruno Christoffel. Junker décide d’envoyer ces essais mathématiques au mathématicien Felix Klein (1849-1925) à Göttingen, qui les transmet à son collègue spécialiste de théorie des nombres Carl Ludwig Siegel (1896-1981) pour qu’il s’en occupe. Ce dernier recommande alors que Mahler prépare l’examen lui permettant d’entrer à l’université (Abitur). Aidé par différents professeurs et sous la supervision de Junker, Mahler travaille pendant deux ans et est finalement admis en 1923 à l’université de Francfort, où Siegel est en poste [5]. Mahler s’installe ensuite en 1925 à Göttingen, où il reste jusqu’en 1933. Il soumet cependant sa thèse à Francfort en 1927. À Göttingen, il rapporte avoir été influencé par Emmy Noether, Richard Courant et Edmund Landau (1877-1938) qu’il connaissait à travers ses livres sur les nombres premiers. Il a également l’occasion d’être en contact avec de nombreux mathématiciens étrangers et c’est à cette période qu’il rencontre Louis Mordell (1888-1972) en visite à Göttingen en 1932.

Cette rencontre est déterminante pour la suite de sa carrière : dès 1932, il exprime son envie d’aller auprès de Mordell à Manchester pour suivre des cours et travailler avec lui [6]. Mordell est spécialiste de théorie des nombres, thème qui intéresse Mahler et qu’il développera tout au long de sa carrière. À cette époque, il travaille déjà sur deux de ses sujets de prédilection [7]. Le premier est le problème de l’approximation rationnelle de nombres algébriques.

Approximation rationnelle des nombres algébriques.

Prenons par exemple, un nombre réel $\alpha$ algébrique, c’est-à-dire qu’il est solution d’une équation du type $a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1} +\cdots +a_0=0$ où les les coefficients $a_0, \dots , a_n$ sont des nombres entiers. Le problème est alors d’approcher $\alpha$ par un nombre rationnel $p/q$ où l’erreur commise $|\alpha -p/q|$ est mesurée par une fonction du dénominateur $q$, $f(q)$, qui tend vers $0$ quand $q$ devient grand. Un exemple de résultat de ce type est le théorème de Dirichlet : si $\alpha$ est irrationnel, il existe une infinité de rationnels $p/q$ tels que
\[ \left| \alpha - \frac{p}{q} \right| \leq \frac{1}{q^2}. \]

Mahler s’intéresse aussi aux nombres transcendants, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas algébriques [8]. Parmi ses nombreuses contributions à ce domaine pendant sa carrière, Mahler a démontré que le nombre $0{,}123456789101112\dots$ est transcendant [9].

Le premier projet de Mahler pour rejoindre Mordell à Manchester date de 1932. Il ne se réalise pas car le financement qu’il espérait de la Fondation Rockefeller [10] ne lui est pas accordé. Mais probablement motivé par son désir de quitter l’Allemagne, où sa situation devient très difficile, il sollicite Mordell pour essayer de trouver une autre solution [11] :

« Dans les derniers temps, j’ai essayé en vain d’« habiliter ». Aujourd’hui la situation dans mon pays rend cela impossible parce que je suis juif. Il s’ensuit que je ne recevrai aucune bourse de la Fondation Rockefeller. Mais j’aimerais venir à Manchester et apprendre de vous quelque chose de la « théorie des nombres » ; à Zurich votre conférence était des plus intéressantes. Par conséquent, je prends la liberté de vous supplier s’il n’y a pas d’autre possibilité pour venir dans votre université, peut-être grâce à une bourse anglaise ? Ou si je viens avec mes propres économies, est-ce que la vie sera très chère ? Dois-je payer plus comme étranger pour avoir le droit de suivre vos cours ? Je serais content si je pouvais travailler comme votre assistant ou donner mes propres cours, en particulier sur la théorie des équations diophantiennes ou des nombres transcendants. »

Il envisage aussi, dans une lettre suivante datée du 12 avril 1933 [12], la possibilité d’aller aux États-Unis mais écarte rapidement cette piste à cause de la difficulté d’y avoir un poste et du fait qu’il y ait peu de contacts à l’exception de Norbert Wiener (1894-1964), dont il avait été l’assistant lors d’un séjour à Göttingen. Il indique par ailleurs sa préférence pour Manchester, plus proche de l’Allemagne.

Pendant l’été 1933, Mahler passe six semaines à Amsterdam avec van der Corput et deux de ses élèves, Koksma et Popken [13]. Johannes van der Corput (1890-1975), Jurjen Ferdinand Koksma (1904-1964) et Jan Popken (1905-1970) sont trois mathématiciens néerlandais spécialistes, comme Mahler, de théorie des nombres, ils ont d’ailleurs certains sujets de recherche communs. Il peut ensuite se rendre à Manchester, où Mordell lui a obtenu un financement pour l’année 1933-1934. Il retourne alors pendant deux ans aux Pays-Bas, cette fois à Groningue grâce à une bourse trouvée par van der Corput auprès d’une association juive néerlandaise.

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Exemple de dessin réalisé par Mahler, extrait de (Mordell, 1943).

Pendant son séjour à Groningue, Mahler commence à s’intéresser au troisième thème de recherche qu’il met en avant dans ses travaux (Mahler, 1982) : la géométrie des nombres. Ce sujet revêt pour cet article une importance particulière car il est l’objet des échanges mathématiques avec Mordell au moment de son internement en Grande-Bretagne. La géométrie des nombres est un domaine dont l’origine se situe dans le travail de Hermann Minkowski à la fin du XIXe siècle. Son résultat central est un théorème qui étudie l’existence de points à coordonnées entières dans un domaine convexe [14]. À la fin des années 1930, Harold Davenport (1907-1969) et Louis Mordell, tous les deux à l’université de Manchester, s’intéressent à ce type de questions mais pour des domaines qui ne sont plus nécessairement convexes. Mahler va lui aussi travailler dans cette direction. C’est à cette occasion que ses compétences en dessin sont mises à profit puisque qu’il réalise les illustrations des articles de Mordell sur la géométrie des nombres.

Un an avant la fin de sa bourse néerlandaise, Mahler commence à chercher un nouveau poste pour la suite. Sa correspondance avec Mordell pendant cette période montre que différentes pistes sont envisagées. Par exemple, il évoque la possibilité d’un poste temporaire en Russie à l’université de Saratov pour lequel van der Corput l’a recommandé, il demande aussi à Mordell de le mettre en contact avec des mathématiciens de Birmingham, où des financements temporaires pour les réfugiés sont proposés [15]. Quelques mois plus tard, en septembre 1936, Mordell évoque un poste à l’université de Victoria à Manchester, et les lettres suivantes confirment que Mordell a réussi à trouver une solution à Manchester [16] — peut-être dans une autre université, les réponses de Mahler ne permettent pas de le déterminer. Gravement malade, Mahler est alors en Allemagne pour se soigner et ne peut revenir à Manchester qu’en 1937 quand sa santé le lui permet. Jusqu’en 1941, il n’a pas de poste permanent et doit vivre pendant plus de deux ans sur ses économies. Pendant cette période, il cherche à sortir de cette situation précaire ; en 1939, un poste à l’université du Sichuan en Chine lui est proposé, son ami Chao Ko s’y trouve alors. Mahler et Chao Ko (1910-2002) se sont rencontrés à Manchester, où ce dernier est étudiant. Il y suit des cours de Mordell et obtient un doctorat de l’université de Manchester en 1937. Mahler semble avoir accepté de se rendre en Chine et commence à apprendre le chinois, mais son projet échoue une nouvelle fois à cause du déclenchement de la guerre. L’étude du chinois restera cependant un de ses passe-temps favoris. C’est au cours de l’année 1940 que Mahler fait l’expérience de l’internement.

La situation de Mahler se stabilise en 1941, où il prend le poste laissé vacant par Harold Davenport à Manchester. Il y reste ensuite jusqu’en 1963. Entre 1938 et 1958, il habite Donner House, qui est mentionnée dans la lettre à Mordell, une maison dans laquelle vivent du personnel ou des visiteurs de l’université de Manchester. En 1963, Mahler accepte un poste de professeur à Canberra, qu’il doit quitter en 1968 car il a atteint l’âge de la retraite. Il termine sa carrière avec une chaire à l’université de l’Ohio à Colombus qu’il occupe jusqu’en 1972, quand il retourne à Canberra pour une vraie retraite cette fois.

Mahler et les camps d’internement

Assez peu d’éléments sur cet épisode de la vie de Mahler peuvent être trouvés dans les notices biographiques publiées qui lui ont été consacrées et ses articles sur son parcours ne nous en apprennent pas davantage. En revanche, les cinq lettres ou cartes qu’il envoie à Mordell pendant son internement permettent d’en savoir plus, en particulier quels sont les camps dans lesquels il a été détenu. Mais avant de décrire le parcours de Mahler, revenons rapidement sur la politique d’internement mise en place par le Royaume-Uni au début de la Seconde Guerre Mondiale ; nous ferons également quelques remarques sur le cas français à titre de comparaison.

Au Royaume-Uni, la question de l’internement des ressortissants allemands et autrichiens est débattue avant le déclenchement effectif du conflit. Des divergences apparaissent entre le War Office (ministère de la Défense), qui défend l’idée d’un internement généralisé, et le Home Office (ministère de l’Intérieur), qui souhaite la mise en place d’un internement plus sélectif et éviter ainsi les erreurs commises lors de la Première Guerre Mondiale, où l’internement s’était révélé coûteux. En septembre 1939, il est finalement décidé de répartir les étrangers sur le sol britannique en trois catégories. La catégorie A regroupe les personnes dangereuses devant être internées — par exemple, pro-fascistes ou communistes ; la catégorie B est celle des personnes pour lesquelles il y a un doute, elles sont sujettes à certaines restrictions sans pour autant être internées ; enfin, aucune mesure particulière n’est prise pour les étrangers de la catégorie C. Des tribunaux spéciaux sont organisés afin de répartir les ressortissants étrangers dans ces catégories. L’examen du cas de 62000 individus au cours de l’année 1939 a conduit à 486 internements et 53000 classements en catégorie C.
L’évolution du conflit sur le front et la crainte croissante de l’invasion au sein de la population britannique conduisent les autorités à durcir la politique d’internement. La conversation téléphonique au printemps 1940 du peintre et écrivain Fred Uhlman, réfugié juif en Angleterre sur qui nous reviendrons, avec une « vieille dame » de ses amis, illustre cette montée de la peur de l’espion (Uhlman, 2001, p. 336) :

« je dois vous dire que nous avons tous peur des Allemands qui sont chez nous. Vous devriez tous être internés. Je ne dis pas que vous êtes un espion. Mais imaginez le mal que peut faire un espion, même s’il est le seul parmi vingt mille Allemands ! Non, je ne crois pas que je pourrai dormir avant que vous ne soyez tous enfermés. Cela n’a rien d’effrayant. Mon beau-frère, le général Archibald, dit que c’est plutôt amusant. On peut jouer au tennis toute la journée et on n’a pas besoin de se tourmenter à propos de la guerre. »

Le souvenir de cet échange conduit Uhlman à ce commentaire amer quand il décrit son arrivée dans son premier lieu d’incarcération, suite à son arrestation par la police à son domicile le 25 juin de la même année (Uhlman, 2001, p. 339) :

« Je vis des huttes, des clôtures de fil barbelé, des tours de guet, mais aucun court de tennis. »

À partir de mai 1940, tous les ressortissants des pays ennemis sont concernés par les mesures d’internement sauf les personnes de plus de 70 ans et les femmes de la catégorie C. Cette généralisation porte le nombre interné à environ 30000 personnes en juin 1940. La majorité de cette population est peu à peu amenée sur l’île de Man située entre l’Angleterre et l’Irlande et surnommée l’« île aux barbelés » par les immigrés. Une autre partie est forcée de quitter le territoire britannique sur des bateaux à destination du Canada ou de l’Australie. Ces déplacements organisés par le gouvernement anglais ont parfois eu des conséquences tragiques : les conditions de voyage étaient très difficiles et un de ces navires, l’Arandora Star, fut coulé par une torpille allemande entraînant la mort de 175 Allemands et 734 Italiens. À partir de novembre 1940, les autorités commencent à libérer certains internés, mouvement qui continue jusqu’en 1943, où la plupart d’entre eux ont retrouvé leur liberté.

En France, la politique d’internement a en quelque sorte suivi une trajectoire inverse. Au début du conflit, c’est l’internement généralisé qui est décidé : une loi votée en novembre 1939 permet à l’autorité administrative de décider de l’internement d’une personne sans jugement et dès la fin du mois de novembre les étrangers internés sont environ 20000. Les conditions de vie dans des camps assez largement improvisés sont très difficiles, mais malgré le manque d’hygiène, de chauffage, de nourriture, le maintien d’une population internée aussi importante s’avère très coûteux. Après cet internement massif vont donc se mettre en place des mesures visant à sélectionner les individus à interner en priorité ; puis au printemps, il y a un retour à un internement plus systématique suite à l’avancée de l’armée allemande, qui entre en Belgique.

La première lettre envoyée par Mahler à Mordell depuis un camp d’internement est datée du 18 juillet 1940. Elle confirme ce qu’il écrit lui-même dans une notice biographique [17] où il indique avoir été interné à l’été 1940 pour trois mois. Il est donc interné comme « ennemi étranger » à la suite des mesures plus strictes prises au printemps 1940. Mahler date deux courriers à Mordell du 18 juillet. Le premier est une carte pré-remplie sur laquelle il met son nom, la date, l’adresse du camp dans lequel il se trouve (ici « C14 Internement Camp [18] ») et un numéro que l’on retrouve dans ses autres correspondances, qui doit correspondre à un numéro d’internement. Il doit ensuite rayer les mentions inutiles dans une liste en fonction du message qu’il veut transmettre. Dans ce premier courrier il choisit d’indiquer qu’il va bien. Un tampon indique que la carte a bien été examinée par la censure et celui des services postaux est daté du 27 juillet. Le second courrier du 18 juillet est cette fois une lettre dans laquelle il décrit des conditions de vie difficiles, en plus du froid et de la pluie, il doit dormir sur un sac de paille posé au sol sous une tente. Il demande à Mordell de faire des démarches pour le faire libérer en mettant en avant ses problèmes de santé.

La lettre suivante reproduite ci-dessus est écrite le 21 août depuis le camp de Prees Heath. Il s’agit d’un camp de tentes entouré de barbelés à la frontière entre l’Angleterre et le Pays de Galles. D’après les souvenirs de Mahler, il serait resté six semaines à Prees Heath et ne mentionne pas être passé dans un autre lieu d’internement auparavant, il est donc possible qu’il s’y trouvait déjà en juillet à moins qu’il ne soit resté que très peu de temps dans le camp « C14 » et ne l’ait pas mentionné. Prees Heath était un camp de transit dont les prisonniers étaient tous de catégorie C. Comme on peut le lire dans la lettre du 21 août, les conditions de détention sont encore assez dures. Elles s’améliorent assez sensiblement quand, comme beaucoup de ses co-détenus, Mahler est déplacé sur l’Île de Man. Plusieurs camps sont organisés sur l’Île de Man, dont deux sont réservés aux femmes. Le tampon d’une carte envoyé à Mordell le 27 août 1940 montre que Mahler est retenu dans le camp de Hutchinson à Douglas sur la côte est de l’île, ce qui est confirmé par la lettre du 12 septembre 1940 reproduite ci-dessus. Dans ces camps entourés de barbelés, les internés sont logés dans des hôtels, des pensions de famille, des centres de vacances ou des bases militaires. Le camp de Hutchinson se compose de petites maisons, environ trente à quarante personnes habitent dans chaque maison, dormant le plus souvent à cinq par chambre. Une cantine est à la disposition des internés où ils peuvent acheter de la nourriture en plus de leur ration quotidienne. Malgré ces conditions de détention meilleures, la santé de Mahler, déjà fragile, doit se détériorer puisqu’il doit être hospitalisé, comme le montre la lettre du 12 septembre.

Photos du camp de Hutchinson [19]
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Le peintre et écrivain Fred Uhlman se trouve parmi les détenus à Hutchinson en même temps que Mahler. Peut-être plus connu pour son roman L’Ami retrouvé, qui raconte l’amitié entre un adolescent juif et un camarade issu de l’aristocratie au début des années 1930 en Allemagne, Uhlman décrit son expérience d’internement dans un récit autobiographique, Il fait beau à Paris aujourd’hui. Il arrive dans le camp de Hutchinson le 12 juillet 1940 et il semble avoir rapidement été frappé par la grande diversité de milieu social et d’origine de ses compagnons de détention (Uhlman, 2001, p. 348-350) :

« Jamais, ni auparavant ni depuis, je n’ai rencontré un assemblage d’individus aussi extraordinaires en un lieu si réduit. Il y avait des gens qui ne parlaient que le yiddish ; âgés de soixante à soixante-dix ans, ils étaient probablement nés en Galicie quand François-Joseph était empereur d’Autriche. Il y avait quelques vieux capitaines de la marine marchande anglaise, avec des rangées de médailles, qui avaient oublié de se faire naturaliser anglais et ne connaissaient presque plus un mot d’allemand. Il y avait quelques individus qui ne savaient ni lire ni écrire, signaient les papiers d’une croix et, probablement, n’avaient jamais pris de bain de leur vie. Il y avait un jeune homme d’environ vingt-cinq ans qui portait un pull-over blanc orné du mot BRITAIN imprimé en lettres énormes. Lorsqu’on lui demandait comment il l’avait eu, il répondait en anglais qu’il avait couru pour la Grande-Bretagne aux Jeux Olympiques de Berlin. Mais ce qui faisait notre fierté, c’était notre merveilleuse collection de plus de trente professeurs d’université, principalement d’Oxford et de Cambridge. Certains d’entre eux étaient des hommes de renom international. Je doute qu’il eût été possible de trouver ailleurs une plus grande variété de conférenciers. Nous n’avions que l’embarras du choix. Que faire si la causerie du professeur William Cohen sur le théâtre chinois coïncidait avec l’introduction à la musique byzantine d’Egon Wellesz ? Ou la causerie du professeur Jacobsthal sur la littérature grecque avec celle du professeur Goldmann sur la langue étrusque ? Peut-être se sentait-on plus enclin à entendre Zunz parler de L’Odyssée ou Friedenthal du théâtre de Shakespeare ?
Tous les soirs, on pouvait voir la même procession de centaines d’internés portant leur chaise à l’une des causeries et le souvenir de tous ces hommes en quête de culture est l’un des plus émouvants que je garde de cet étrange microcosme dans lequel j’ai vécu pendant de si longs mois. »

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Douglas Bay par F. Uhlman
Almanach de décembre 1940

Uhlman fait allusion à la fin de l’extrait précédent à ce qu’il présente comme une forme de « défense spirituelle », c’est-à-dire la mise en place dans le camp d’une véritable vie culturelle. Profitant de la présence de nombreux artistes, comme par exemple Kurt Schwitters, appartenant au mouvement Dada, et d’universitaires, sont organisés des théâtres, des expositions, des concerts, des conférences etc. Au sein de cette université populaire, les internés peuvent assister à des cours de langue (anglais, portugais, hébreu, français, italien), de théâtre, de peinture, sur la préhistoire, la sculpture etc., et même de mathématiques, en particulier dans le cadre d’une « école d’ingénieur » organisée dans une des maisons du camp (Kochan, 1983, p. 133). Mahler indique avoir contribué à cette université en donnant un cours sur la construction des nombres réels à l’aide des suites de Cauchy.

Les internés ont aussi témoigné de cette vie culturelle en rédigeant un almanach :

« Nous cherchions à donner un aperçu de la vie culturelle et artistique du camp de Hutchinson dans la seconde moitié de l’année 1940. » [20]

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Première page de l’Almanach
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The Camp par F. Kramer, décembre 1940

Le numéro de décembre 1940 consacre une page très intéressante à l’école (celle déjà mentionnée précédemment) organisée dans une maison du camp. Ce texte nous permet de comprendre que l’enjeu pour les internés n’est pas seulement de s’occuper l’esprit pendant les longues journées d’enfermement. Ils veulent démontrer que comme immigrants, ils sont capables de s’intégrer dans la société britannique en insistant sur l’utilisation de la langue anglaise dans cette école mais qu’ils peuvent aussi être un atout pour l’économie de leur pays d’accueil en étant formés pour exercer des métiers techniques.

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Sur l’École du camp de Hutchinson

Revenons à Mahler et à sa lettre à Mordell du 21 août dans laquelle il s’inquiète de la bonne réception du courrier à plusieurs reprises. Il semble que ce fût une inquiétude partagée par de nombreux internés qui étaient confrontés à des retards de courrier, en partie dus au passage par la censure à Liverpool, et à des lettres qui se perdent. Les détenus sont autorisés à écrire deux fois par semaine et trois semaines étaient nécessaires pour avoir une réponse. Ces longues attentes sans nouvelle des familles restées à l’extérieur étaient éprouvantes pour beaucoup (Kochan, 1983, p. 136).

Mahler sait que des démarches sont faites pour sa libération et pense que la perspective d’un poste pourrait jouer en sa faveur. Il est donc dans l’attente de nouvelles de Chao Ko et Weyl, qui semblent œuvrer dans cette direction. La piste la plus sérieuse est celle d’un poste en Chine dont, nous l’avons vu, il avait déjà été question en 1939. La lettre du 12 septembre 1940, envoyée depuis Hutchinson, montre que Chao Ko a de nouveau proposé à Mahler de venir à l’université du Sichuan. Comme on peut le lire, Mahler accepte cette proposition mais il craint qu’avec les retards de courrier, sa réponse positive n’arrive trop tard. Finalement, Mahler ne prendra jamais de poste en Chine et les lettres qu’il adresse à Mordell ne permettent pas d’en comprendre la raison. Il est finalement libéré à l’automne 1940 mais nous n’avons pas la date exacte ni les motifs précis qui ont conduit à cette libération. Il est probable qu’il ait bénéficié du mouvement de libération qui commence pendant cette période et entraîne la fin de l’internement pour de nombreux universitaires.

Conclusion

La trajectoire de Mahler est un témoignage de ce qu’a pu être le parcours dans les années 1930 et au début des années 1940 d’un jeune mathématicien juif et allemand arrivant dans le milieu universitaire au moment où les nazis s’apprêtent à prendre le pouvoir. Pendant cette période, on le voit prêt à saisir n’importe quelle opportunité afin de trouver un poste hors de l’Allemagne. Comme tous les immigrés venants des pays ennemis de la Grande-Bretagne, il connaît quelques semaines d’internement en 1940. Il bénéficie cependant du soutien de certains collègues mathématiciens qui l’aident dans certaines démarches — pour sa libération par exemple — et pour trouver un poste. Avec l’exemple de Mahler, on devine des formes de solidarité qui s’organisent dans la communauté des mathématiciens. La solidarité dans le cas de Mahler est très locale, liée à son travail mathématique, puisque ce sont des théoriciens des nombres — comme Mordell [21] — proches de lui scientifiquement qui apparaissent particulièrement actifs.

Bibliographie

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Siegmund-Schultze, Reinhard (2001). Rockefeller and the Internationalization of Mathematics Between the Two World Wars. Basel-Boston-Berlin : Birkhäuser.

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Uhlman, Fred (2001). Il fait beau à Paris aujourd’hui. Première édition 1985. Éditions Stock.

Waldschmidt, Michel (1983). « Les débuts de la théorie des nombres transcendants ». In : Cahiers du séminaire d’histoire des mathématiques 4, p. 93–115.

Post-scriptum :

Je remercie Hélène Gispert et Baptiste Mélès pour leur lecture constructive d’une première version de ce texte. Merci également à Jean-Romain Heu, Marcus Mildner, Bertrand Rémy et janpol3 pour leur relecture attentive et leurs suggestions.

Article édité par Hélène Gispert

Notes

[1Cité dans (Uhlman, 2001, p. 340).

[2Les deux lettres de Mahler à Mordell reproduites et les extraits des autres lettres cités dans l’article proviennent de la correspondance entre les deux mathématiciens conservée dans les archives Mordell à Saint John’s College à Cambridge. Elles contiennent 42 lettres écrites par Mahler entre 1932 et 1957.

[3Voir (Siegmund-Schultze, 2009) pour une étude de l’émigration des mathématiciens de langue allemande vers les États-Unis. Segal étudie les mathématiciens et les mathématiques en Allemagne pendant la période nazie dans (Segal, 2003).

[4Pour plus de détails sur Weyl voir l’article de Christophe Eckes sur Images des mathématiques (Eckes, 2012).

[5Sur les mathématiques à Francfort dans les années 1920 et 1930, voir (Siegel, 1979).

[6Lettre de Mahler à Mordell du 3 mai 1932, Papers of Louis Joel Mordell, box 2, folder 17, St John’s College Library.

[7Dans (Mahler, 1982), Mahler fait ressortir trois grands thèmes dans ses travaux, ce sont ceux qui sont évoqués dans cet article.

[8Comme exemple de nombres transcendants, citons $e$, dont la transcendance a été démontrée par Hermite en 1873, et $\pi$, pour lequel la preuve est due à Lindemann en 1882, voir (Waldschmidt, 1983).

[9Ce nombre est appelé constante de Champernowne.

[10La Fondation Rockefeller est une fondation philanthropique qui, dans l’entre-deux-guerres, cherche à promouvoir l’internationalisation des sciences. Dans ce cadre, de nombreux jeunes mathématiciens ont pu bénéficier de bourses pour pouvoir aller étudier à l’étranger. Pour plus d’informations, voir (Siegmund-Schultze, 2001).

[11Lettre de Mahler à Mordell du 4 avril 1933, Papers of Louis Joel Mordell, box 2, folder 17, St John’s College Library. Notons qu’au début de cette lettre Mahler s’excuse pour la qualité de son anglais car c’est la première lettre qu’il écrit dans cette langue.

[12Lettre de Mahler à Mordell du 12 avril 1933, Papers of Louis Mordell, box 2, folder 17, St John’s College Library.

[13Mahler a rencontré Koksma lors d’un séjour de ce dernier à Göttingen, il a donc pu le mettre en contact avec van der Corput. Il est aussi possible que Mahler et vander Corput aient fait connaissance à Göttingen.

[14Pour un énoncé précis, voir (Gauthier, 2009).

[15Lettre à Mordell du 3 novembre 1935, Papers of Louis Joel Mordell, box 2, folder 17, St John’s College Library.

[16La correspondance de Mordell atteste de sa recherche de financements pour ce poste pour Mahler. Mordell est actif pendant cette période pour l’aide aux réfugiés.

[17Publiée en annexe de (van der Poorten, 1991).

[18D’après https://www.theguardian.com/news/da..., http://www.radiomarconi.com/marconi... ou https://canmore.org.uk/site/252975/..., il est possible que ce soit le camp de Doonfoot à Ayr en Écosse.

[19Personal Papers of Klaus Hinrichsen, Tate Archive.

[20Préface de The Camp Almanac, 1940-1941, décembre 1940, https://www.lbi.org/digibaeck/resul....

[21Pour plus d’éléments sur le rôle de Mordell dans l’aide aux mathématiciens réfugiés, voir (Gauthier, 2007, p. 380-390).

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Pour citer cet article :

Sébastien Gauthier — «Kurt Mahler. Itinéraire d’un mathématicien réfugié allemand en Europe : postes universitaires et camps d’internement» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

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