L’évaluation

Le 8 février 2009  - Ecrit par  Benoît Kloeckner Voir les commentaires (24)

Depuis cette semaine, je suis en grève. L’un des intérêts de la grève est
de pouvoir prendre un peu de temps pour expliquer pourquoi on lutte.
En l’occurrence les raisons sont multiples : le projet de « mastérisation »
de la formation des enseignants, réalisé à la va-vite et qui détériore
les conditions d’étude, de préparation des concours et d’entrée dans
le métier des futurs enseignants ; la menace de transformation des grands
établissements de recherche comme le CNRS en agence de moyen ; le projet
de modification des statuts des enseignants-chercheurs qui, sous prétexte
d’introduire de la flexibilité, risque de faire peser de lourdes contraintes
sur la recherche comme sur l’enseignement supérieur.

Je ne vais pas détailler toutes les raisons qui me font rejeter ces
réformes dans leur état actuel ; je dirai simplement que certains
problèmes incontestables des universités, comme le peu de bourses et de
logements étudiants et la précarité insupportable d’une trop grande part
du personnel administratif, ne sont absolument pas abordés dans ce grand
chantier. Pour des analyses plus fines, voir les nombreuses analyses
disponibles par exemple ici ou
.

Le discours du 22

Je tiens à parler un peu ici d’un point important dans la communication
du gouvernement et du Président de la République : l’évaluation. Ce dernier a
en effet déclaré le 22 janvier, dans une allocution
désormais célèbre dans la communauté universitaire [1] : « Franchement,
la recherche sans évaluation, cela pose un problème. D’ailleurs toute activité
sans évaluation pose un problème. C’est le Conseil National de Universités, organe
indépendant des universités, qui conduira cette évaluation. Ecoutez, c’est consternant
mais ce sera la première fois qu’une telle évaluation sera conduite dans nos
universités, la première. En 2009. Franchement, on est un grand pays moderne, c’est
la première fois. Inutile de dire que je soutiens totalement l’action de Valérie
PECRESSE. Dans leur immense majorité les enseignants chercheurs apportent leurs
compétences avec un dévouement admirable à nos universités. Ils n’ont rien à
redouter de cette réforme. Elle est faite pour les encourager, pas pour les décourager.
Moi, je vois dans l’évaluation, la récompense de la performance. S’il n’y a pas
d’évaluation, il n’y a pas de performance. »

Une petite remarque de logique

Pour commencer, remarquons que le Président de la République dit d’une part qu’à l’heure actuelle les universitaires ne sont pas évalués, d’autre part que sans évaluation il n’y a pas de performance. Ainsi, malgré son petit discours sur la compétence et le dévouement de l’immense majorité des enseignants-chercheurs, il ressort de ses propos que les universitaires français ne seraient pas performants. Bon, de toute façon, il le redit plus clairement à un autre moment, il n’y a pas de doute sur son opinion. Je renvoie à cette analyse,
en particulier la section IX, pour une discussion plus poussée sur ce point.

Sur l’évaluation

Revenons à mon propos principal : les universitaires ne seraient pas évalués régulièrement en France. Pourtant, quiconque connait un petit peu le monde de la recherche sait que l’on est évalué : à chaque article, par un à trois rapporteurs et un ou plusieurs éditeurs de revue ; au moment de la thèse, par au moins cinq membres du jury dont au moins deux rapporteurs ; à la
qualification (qui donne le droit de postuler dans les universités) par la section du conseil national des universités (CNU) [2] dont deux rapporteurs par personne ; au recrutement, par des commissions de spécialistes (remplacées maintenant par des comités d’experts, mais passons) dans chaque université où l’on postule, plus le CNRS ; à chaque demande de PEDR [3], de délégation CNRS [4], de CRCT [5], de financement comme les projets ANR, de promotion ; éventuellement au moment de l’habilitation à diriger des recherches, de la qualification pour les postes de professeur, et du recrutement à ce grade.

En ce qui me concerne, sans compter large et pour une carrière encore très courte (moins de six ans, en comptant à partir du début de ma thèse), en une quinzaine d’occasions un total d’au moins 45 personnes se sont penchées sur mes articles, mon CV, mes présentations de travaux passés et à venir. Je ne suis pas une exception, c’est le lot de tous mes collègues !

Les propos du Président de la République sont donc, soit la preuve d’une
méconnaissance complète du système qu’il prétend remodeler, soit celle d’un profond mépris pour les universitaires. Je ne sais pas laquelle de ces deux hypothèses me glace le plus.

Notes

[1Voir à ce sujet cette
vidéo de réponse.

[3Prime d’encadrement doctoral et de recherche : une prime contingentée

[4lequel paye alors l’université pour nous remplacer en enseignement un an ou un semestre,
ce qui permet de faire un peu plus de recherche.

[5Congé
pour Recherche ou Conversion Thématique, permettant aux enseignants-chercheurs de convertir leurs heures d’enseignement statutaires en temps de travail pour la recherche sur une durée de six ou douze (ceci étant le maximum) mois, par période de six années en position d’activité.

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Pour citer cet article :

Benoît Kloeckner — «L’évaluation» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

Commentaire sur l'article

  • L’évaluation

    le 8 février 2009 à 09:04, par Xavier Caruso

    À ce sujet, j’aimerais signaler l’existence d’une pétition sur Internet destinée aux chercheurs et aux enseignants-chercheurs pour exiger des excuses à notre Président en raison de son fameux discours.
    Voici l’URL : http://excuses-sarkozy.fr.nf/

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  • L’évaluation

    le 10 février 2009 à 13:56, par Jean-Marc Schlenker

    Ce billet est bien sympathique mais je crains qu’il ne soit pas entièrement réaliste. Certes, les chercheurs actifs sont régulièrement évalués : lorsqu’ils soumettent un papier, lorsqu’ils demandent une promotion au niveau du CNU ou une délégation CNRS. Mais les autres ?

    A titre indicatifs, à peu près 40% des enseignants-chercheurs en France sont considérés comme non publiants au vu des critères (peu exigeants) de l’AERES, ce qui signifie probablement qu’à peu près la même proportion (mais pas forcément les mêmes) ne fait guère de recherche. Ceux là n’envoient pas d’articles à de vraies revues à comité de lecture, ne sont promus qu’au niveau local (y compris comme PR2), ne demandent pas de délégation CNRS ni de PEDR. C’est là que se pose le problème, par pour les chercheurs actifs...

    Bien sûr ce constat ne s’applique pas bien aux mathématiques, où une vaste majorité (mais pas la totalité) des enseignants-chercheurs ont, aujourd’hui, une activité de recherche de bon niveau. Mais si on veut participer au débat actuel sur la recherche il faut dépasser notre point de vue de mathématiciens et regarder autour de nous.

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    • L’évaluation

      le 12 février 2009 à 14:56, par Xavier Caruso

      Tiens, d’ailleurs, je me demandais : est-ce que cette estimation de 40% varie beaucoup d’une discipline à l’autre ? (Parce que j’avoue que ça ne correspond pas vraiment à ce que je vois dans mon équipe, et même, dirais-je, dans mon laboratoire ?) Par exemple, a-t-on un chiffre pour les maths ?

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    • L’évaluation

      le 12 février 2009 à 16:55, par Benoît Kloeckner

      Je rappelle d’abord que mon billet est une réponse au discours
      du 22 janvier. Dans ce discours, le président de la République
      dit par exemple (je me répète) : « Franchement, la recherche
      sans évaluation, cela pose un problème. (...) Ecoutez, c’est
      consternant mais ce sera la première fois qu’une telle évaluation
      sera conduite dans nos universités, la première. »

      Il me semble que dans ce passage, il est bien dit que la
      recherche en France n’est pas évaluée (si l’on prend la peine de
      dire « la recherche sans évaluation, cela pose un problème », c’est
      parce que le problème se pose !). J’insiste : il n’est pas dit
      que certains chercheurs ne sont pas évalués, ni que les
      universitaires qui ne font plus de recherche ne sont pas évalués,
      mais bien que la recherche n’est pas évaluée. Bien.

      Répondre à cela « Certes, les chercheurs actifs sont régulièrement
      évalués (...). Mais les autres ? » est donc une jolie illustration
      d’un principe réthorique classique, bien décrit par Schopenhauer
      dans L’Art d’avoir toujours raison : restreindre son affirmation
      afin qu’elle soit plus difficile à réfuter. Ici, l’affirmation est
      celle du président de la République, et la restriction est le
      fait de Jean-Marc Schlenker, mais le principe est le même : en
      réduisant l’amplitude de la position défendue (de : « la recherche
      n’est pas évaluée » à « les chercheurs inactifs ne sont pas évalués »)
      il arrive à une position plus défendable, car effectivement bien plus
      proche de la réalité. Toutefois, mon billet me semble toujours une
      réponse pertinente au discours du 22.

      Pour répondre à Jean-Marc Schlenker, il a sans doute raison : un
      universitaire qui n’est plus actif en recherche n’est pas ou peu
      évalué (rappelons tout de même que les chercheurs CNRS, par exemple,
      sont évalués tous les deux ans dans le système actuel). Que faire
      de cette affirmation ? Faut-il, comme le préconise le gouvernement,
      et comme je crois le défend mon contradicteur, donner plus
      d’enseignement à ceux dont l’évaluation est mauvaise ? D’abord, on
      pourrait essayer de réfléchir à la manière d’éviter que les gens
      arrêtent la recherche [1], ou de leur permettre de la reprendre. Croire
      que la menace d’un enseignement plus lourd jouera dans ce sens est une
      illusion assez naïve ; je ne crois pas que cette idée soit très courue
      donc je ne détaille pas. N’oublions pas non plus
      que le remède pourrait se révéler pire que le mal : la recherche est une
      activité qui demande une certaine sérénité, et s’accomode mal d’une
      épée de Damoclès, surtout si elle est suspendue à un cheveu de Jorge Hirsch.

      Quelle logique pourrait donc justifier de donner
      plus d’enseignement aux plus mal évalués en recherche, sinon celle
      selon laquelle l’enseignement est une charge pénible, [2] qui doit bien être faite, mais si possible par le voisin ?

      [1Le recrutement est, de ce point de vue, certainement
      très important

      [2L’enseignement
      serait sans doute mieux considéré si les conditions en étaient améliorées,
      soit dit en passant

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    • L’évaluation

      le 12 février 2009 à 22:19, par Gérard Besson

      Je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut dépasser le cadre des mathématiques mais on ne peut nier que le Président de la République a été injurieux envers ceux qui ont choisi la passion comme moteur de leur vie. C’est son discours qui est infantilisant, il a parlé aux enseignants-chercheurs comme jamais je n’aurais osé parler à mes enfants. Il manie le bâton sans la carotte ce qui reflète un profond mépris pour la recherche. Ce sera toujours le cas tant que les « élites » seront formées hors du système universitaire, mais personne ne s’attaque vraiment à cet aspect du problème.

      Quant à l’idée que la réforme actuelle, bâclée, transformera l’université de Grenoble en M.I.T. à la française (nos « dirigeants » disent G.I.T.) ou celle de Toulouse en égale d’Harvard, elle est désopilante et d’une naïveté déconcertante. Quelle blague, MDR comme dirait ma fille adolescente ! Ce que je vois me conforte dans l’idée que nous sommes plus proche du sous-développement.

      L’opinion exprimée par Benoît est celle des plus jeunes et des plus dynamiques (oui, Jean-Marc, toi et moi ne sommes plus dans cette catégorie). Il faut savoir écouter.

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    • L’évaluation

      le 14 février 2009 à 18:02, par Catriona Maclean

      Un commentaire sur ce chiffre de 40%.

      J’ai plusieurs amis qui travaillent à l’université dans des domaines littéraires. La sous-dotation des facs non-scientifiques étant très prononcée, ils sont souvent obligés (et pour la plupart c’est vraiement une obligation) de faire 50% d’heures sup par an, en plus d’un travail adminstritif lourd.

      Précisons qu’une heure, par exemple, de cours d’amphi en CAPES musicologie (exemple choisi parce que j’ai un bon ami musicologue) n’a, niveau préparation, strictement rien à voir avec la préparation nécessaire pour un cours de maths. Le programme change tous les ans, en général le sujet retenu est très pointu et la personne chargée de l’enseigner n’en est pas un spécialiste. On peut facilement compter 5-10 heures de préparation pour une heure de présentielle. Autant dire que les horaires d’enseignement imposés aux EC dans les domaines littéraires sont souvent
      complètement incompatibles avec la recherche. Je pense que c’est un peu injuste de considérer comme des profiteurs des gens qui ont souvent enterré à contre-coeur leurs ambitions de recherche parce qu’on exigeait d’eux faire un travail d’enseignement et adminstration dément. C’est aussi un peu injuste si nous scientifiques regardons d’en haut le travail de collèagues soumis à des pressions sans commun mesure avec ce que nous pouvons subir.

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    • Les taux de publiants

      le 17 février 2009 à 14:35, par pascal auscher

      Je suis étonné de lire dans l’article de Jean-Marc Schlenker
      « A titre indicatifs, à peu près 40% des enseignants-chercheurs en France sont considérés comme non publiants au vu des critères (peu exigeants) de l’AERES, ce qui signifie probablement qu’à peu près la même proportion (mais pas forcément les mêmes) ne fait guère de recherche. »

      Un taux de 40% de non-publiants, cela fait 60% de publiants. Quelle est sa source ? Peut-être pour avancer dans un débat sans tomber dans la caricature du 22 janvier, il faut commencer par donner des chiffres corrects.

      La définition de « publiants » est téléchargeable sur le site de l’AERES (www.aeres-evaluation.fr). Ce n’est pas une mesure de l’excellence individuelle ni une évaluation individuelle, mais une mesure du potentiel de recherche d’un laboratoire (et en globalisant de la recherche en France) à travers les membres qui ont une activité de recherche mesurable (en terme de publications). Puisque ce n’est pas une mesure de l’excellence, les critères sont peu exigeants.

      Pour l’évaluation des laboratoires de l’an dernier effectuée par l’AERES, le taux de publiants en mathématiques est légèrement au-dessous de 85%. On peut vérifier cela avec les rapports publiés sur le site de l’AERES.

      Pour les 3 vagues précédentes, les taux de publiants calculés par le ministère (la MSTP) l’étaient sur essentiellement les mêmes critères que ceux de l’AERES (noter que le CNRS fait sa cuisine interne et sur des critères peut être différents). Le taux en mathématiques a oscillé autour de 80%. Ces chiffres viennent de la MSTP où je travaillais et cela ne prend en compte que les unités universitaires (laboratoires mixtes ou non) dont le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche est tutelle. Noter qu’il y a des effets de « vague » (une vague est un regroupement d’académies opéré pour répartir la charge de travail de contractualisation sur 4 années et équilibrer le plus possible le poids respectif de chacune des années en terme quantitatif (nombre d’EC...)) : les taux de publiants varient d’une année sur l’autre dans la même discipline.

      Pour ce qui est des taux suivant les communautés, oui, ils varient mais c’est plutôt dans des moyennes entre 70% et 80% suivant les secteurs (Sciences dures, sciences du vivant et sciences humaines et sociales) et les années. Cela ne prend en compte que les unités universitaires (laboratoires mixtes ou non).

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      • Les taux de publiants

        le 17 février 2009 à 15:42, par Zindine Djadli

        Cette mise au point de Pascal Auscher est très saine ! En effet, il n’est pas acceptable que le plus haut personnage de l’Etat profère des contre-vérités sur la recherche en France. Cela l’est encore moins quand il s’agit d’un universitaire qui écrit assez régulièrement des points de vue sur la recherche française (dans la Tribune par exemple). Universitaire qui de surcroît se pique d’une connaissance approfondie de notre institution et de la recherche dans toutes les disciplines (et pas seulement la nôtre).

        Il faut quand même souligner que malheureusement certains présidents d’université (par exemple celui de Grenoble 2) n’hésitent pas à avancer des chiffres fantaisistes sur le nombre de publiants dans leur propre université afin de justifier certaines décisions (redéploiements par exemple). D’où ma question à Pascal : est-ce que les chiffres sur le nombre de publiants sont accessibles à tous ? Si oui, est-il possible de les consulter discipline par discipline et université par université ?

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        • Les taux de publiants

          le 19 février 2009 à 00:45, par pascal auscher

          Les nombres de publiants avant la création de l’AERES sont propriétés du ministère (je dis bien les nombres, qui sont plus pertinents que les taux). Je ne sais pas si la DGES les transmettaient aux établissements. Si oui, je ne vois pas pourquoi les chiffres seraient fantaisistes : ils étaient établis sur des critères affichés depuis longtemps sur le site toujours ouvert de la MSTP (http://160.92.130.199/mstp/index.htm, 1er item sur le moteur de recherche Google) et qui, comme je l’ai dit, ont été en grande partie repris par l’AERES. Quand on dit qu’on n’a pas accès à l’information, ce n’est pas tout à fait vrai.

          En revanche, les chiffres de l’AERES sont publiés sur les rapports des laboratoires, que l’on peut télécharger. Pour l’instant seule la vague C connait ce privilège. La vague D est en cours. Pour Grenoble, l’évaluation aura lieu en 2010.

          Il n’y a pas de tableaux synthétiques sur le site de l’AERES car l’objectif est que les gens lisent les rapports avant de s’intéresser aux chiffres !

          Vous voyez, l’AERES n’est pas forcément un mal puisqu’elle donne toute l’information à tout le monde, ce qui n’était pas le cas avant. Cette divulgation des rapports, imposée par son décret fondateur, est, dans ma vision, l’un des garde-fous de l’évolution actuelle. D’ailleurs, vous noterez que la création de l’AERES était antérieure à la LRU.

          Un autre point : n’est-il pas intéressant que l’évaluation de la recherche soit globale et non pas à travers le filtre de chaque organisme ou établissement ? Sur ce point, le discours présidentiel partait sur une bonne base, avant de sombrer. D’ailleurs, même le CoNRS reconnaît que ses rapports avec l’AERES, après un première année de mise en route, se passent plutôt bien dans les comités de visite.
          Mais n’oubliez pas que même si en maths l’organisme naturel est le CNRS, il n’y a pas que lui dans le paysage.

          Ce rappel pour terminer, l’AERES ne fait pas l’évaluation des personnes : ca aussi c’est inscrit sur le décret fondateur. Donc l’AERES n’a rien a dire sur le décret sur les enseignants-chercheurs en tant qu’agence.

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          • Les taux de publiants

            le 19 février 2009 à 01:11, par Zindine Djadli

            Cher Pascal,
            merci pour ces informations utiles.

            Juste une précision : je ne disais pas que les chiffres donnés par des enquêtes sérieuses faites par des services compétents sont fantaisistes. Je disais simplement que l’on a entendu, par exemple, le président de Grenoble 2 (qui n’est pas mon université) proférer des chiffres sur le nombre de publiants qui n’étaient pas « sourcés » (comme l’a fait Jean-Marc Schlenker avec ses 40 %). Chiffres utilisés pour prendre des décisions en ce basant sur ces données que je qualifie de fantaisistes parce que ne correspondant pas à la réalité.

            Il est fondamental que les données rigoureusement établies soient accessibles. Raison pour laquelle j’ai posé la question de leur disponibilité.

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            • Les taux de publiants

              le 4 février 2010 à 11:52, par Jean-Marc Schlenker

              Désolé de répondre à ce message avec retard, je ne découvre que maintenant ces intéressants échanges. Pour répondre aux attaques de Zindine Djadli : les chiffres proviennent de la MSTP, 2007, voir leur site. Ils donnent 24% des EC membres d’aucun labo et 76% de publiant parmi ceux qui sont membre d’un labo. Ca donne les 40% mentionnés et évidemment c’est parfaitement compatible avec ce qu’écrit Pascal Auscher.
              Je ne crois pas avoir « proféré » des chiffres « fantaisistes ».

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              • Les taux de publiants

                le 8 février 2010 à 13:18, par Benoît Kloeckner

                Je n’ai pas trouvé sur le site de la MSTP le nombre d’EC membre d’aucun labo ; par ailleurs je n’ai pas vraiment trouvé comment on déduisait 40 % de non publiants des chiffres que tu donnes (comment comptent les EC qui ne font partie d’aucun labo ?).

                De plus, l’existence d’autant d’EC qui ne font pas partie d’un labo montre bien les conditions d’exercice absurde dans lesquelles on place des gens qu’on a patiemment formés et sélectionnés. Le système souffre-t-il plus du manque d’efforts supposés de ses éléments, ou de leurs conditions d’exercice ?

                Enfin, un point n’a à mon avis pas été assez relevé : évaluer à tout va prend du temps à ceux-là mêmes qui voudraient bien l’employer à faire de la recherche. Je suis impressionné par le nombre de fois où les gens autour de moi se plaignent d’avoir des dossiers à écrire... ou à évaluer.

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  • L’évaluation

    le 13 février 2009 à 22:51, par Jean-Marc Schlenker

    D’accord sur le discours de Sarkozy sur la recherche, qui était particulièrement mal venu (et qui a probablement eu des conséquences désastreuses sur la réforme qu’il prétendait aider). Par contre je vais répondre sur plusieurs points.

    Evaluation : je crois bien qu’il y a un problème, au-delà des enseignants-chercheurs qui ont décroché de la recherche. Restons hors des maths, dans le domaine de votre choix. Prenons un jeune CR tout juste recruté, disons à 29 ans. Quand son dossier sera-t-il vraiment évalué (avec conséquences à la clé) ? Quand il candidatera sérieusement comme DR (car les CR candidatant PR sont rares dans son domaine) soit en fait vers 45 ans (car les promotions DR sont rares avant cet age dans sa discipline). Donc, il est tranquille pendant 16 ans. Est-ce vraiment optimal pour l’aider à faire au mieux ? Pour un MCF c’est presque pareil, la seule différence étant la PEDR (difficile à obtenir pour les jeunes dans certaines disciplines) et que la promotion PR, locale, se fera presque sans critère de recherche.

    Pourquoi varier la charge d’enseignement ? Certainement pas comme une punition, l’enseignement est un beau métier ! Et je ne vois rien de déshonorant à avoir décroché de la recherche. Mais simplement pour une raison d’efficacité (ou de morale) : comment est-ce que je pourrai expliquer à mon coiffeur qu’on paie avec ses impôts des fonctionnaires de catégorie A pour 192h d’ETD par an ? Lesquels vivent d’ailleurs souvent assez mal cette situation. Faire un peu plus d’enseignement (ce que certains font, d’ailleurs) serait une bonne manière de redonner un sens à leur vie professionnelle.

    Sur l’épée de Damoclès empêchant la recherche : cette idée resiste-t-elle à l’observation ? Il y a beaucoup de jeunes chercheurs qui vivent avec la perspective d’avoir ou pas la tenure après 6 ans, est-ce que ça a tué la recherche aux U.S.A. ? Bien sûr je ne dis pas (et ne pense pas) qu’il faut imiter ce système, le risque de voir sa charge d’enseignement augmenter un peu serait beaucoup moins grave.

    Pour Gérard : ok pour écouter les jeunes — mais on peut aussi échanger des arguments... Sur ce sujet, les jeunes mathématiciens ont grandi dans un système assez compétitif, avec obligation de mobilité après la thèse puis au passage CR-PR ou MCF-PR, avec un haut niveau d’exigeance. Qui n’existe je crois pas dans toutes les disciplines, où les choses se font souvent plus localement en fonction de critères moins scientifiques.

    Quant au GIT, c’est rigolo en effet, mais pourquoi ne pas être un peu plus ambitieux quand même ? Je constate que si toute l’université de Grenoble 1 était au niveau de son dépt de maths, elle ne serait pas MIT ou Harvard, mais elle serait bien autre chose que ce qu’elle n’est. De même pour Toulouse.

    Répondre à ce message
    • L’évaluation

      le 14 février 2009 à 16:31, par Zindine Djadli

      Je voudrais reprendre un passage du message de Jean-Marc :

      « Pourquoi varier la charge d’enseignement ? Certainement pas comme une punition, l’enseignement est un beau métier ! Et je ne vois rien de déshonorant à avoir décroché de la recherche. Mais simplement pour une raison d’efficacité (ou de morale) : comment est-ce que je pourrai expliquer à mon coiffeur qu’on paie avec ses impôts des fonctionnaires de catégorie A pour 192h d’ETD par an ? Lesquels vivent d’ailleurs souvent assez mal cette situation. Faire un peu plus d’enseignement (ce que certains font, d’ailleurs) serait une bonne manière de redonner un sens à leur vie professionnelle. »

      Cet extrait appelle plusieurs commentaires.
      D’abord concernant l’évaluation-sanction. Elle est inscrite dans le projet de décret, c’est un fait ! L’alchimie décrite par le projet de décret est la suivante, et l’un est inséparable de l’autre, modulation et évaluation. Autrement dit on évalue et le cas échéant on module. D’ailleurs le projet de décret nouvelle mouture (même si personnellement j’ai du mal à me retrouver dans les différentes versions du texte) dit dans son article 4 : lorsque les activités d’un EC sont favorablement évaluées par le CNU son service d’enseignement ne peut-être fixé, sans son accord, au-delà du service de référence mentionné au I.
      Favorablement implique pas de modulation vers le haut ! Voilà qui est dit très clairement. Jean-Marc a donc tort de dire que l’enseignement n’est pas perçu comme une sanction par ce projet de décret (il le laisse entendre plus qu’il ne le dit d’ailleurs, soyons honnête).

      D’autre part Jean-Marc utilise le verbe « décrocher ». C’est intéressant... Que veut dire ce mot ? Quel est le sens exact que Jean-Marc lui donne ? Détachement durable et avéré de toute activité de recherche ? Mais dans ce cas comment cela peut il être évalué sur un intervalle de temps séparant deux évaluations successives ?
      Jean-Marc qui aime parler des autres disciplines sait bien que dans beaucoup d’autres secteurs que le notre la publication dans des revues est plus marginale. C’est le cas en philosophie par exemple. Les ouvrages sont « les » publications par excellence, et pour écrire un ouvrage de qualité le temps se comptent en années, parfois au-delà de la dizaine. C’est aussi le cas en sociologie où les enquêtes de terrain, l’analyse de celles-ci, puis le travail de réflexion proprement dit peut prendre plusieurs années pour produire un travail de qualité. Qui décidera arbitrairement de l’intervalle entre deux évaluations ? Avouons que le principe même d’une évaluation-sanction est largement discutable compte tenu de tout cela.
      Je lance d’ailleurs un défi à mon ami Jean-Marc. Qu’il donne publiquement une liste de 20 collègues dont il estime qu’ils ont « décrocher » de la recherche. Puis on se donne rendez-vous dans 10 ans pour apprécier la valeur de ce jugement.

      Malgré tout, faut-il refuser l’évaluation. Ma réponse est clairement : non. J’ai bien dit évaluation...
      Une évaluation qui consisterait à permettre à chaque chercheur de « déposer » un bilan de son activité de recherche, de soumettre ses pistes de recherche à ses pairs afin de recevoir des conseils ou des observations. Chose qui se pratique (pratiquait ?) assez largement (avec parfois des dérives marginales) pour l’évaluation de nos collègues du CNRS.

      Le coiffeur de Jean-Marc est assurément un citoyen assez fin pour comprendre que l’un des problèmes qui se posent est le suivant. Il y a des coiffeurs qui coiffent mal (j’en connais) et des coiffeurs qui coiffent bien (je n’en connais pas n’étant jamais allé chez un coiffeur au cours de mon existence, mais j’imagine que cela existe, enfin on me dit que... c’est en substance ce qu’a dit le président de la république il y a peu). Pour autant faut-il légiférer pour évaluer les performances des coiffeurs et les faire passer sous une toise uniforme afin de déterminer si oui ou non ils sont de bons coiffeurs ?
      Bon, les coiffeurs ne sont pas des fonctionnaires, je vois venir la remarque de Jean-Marc. Les médecins (la plupart d’entre eux) sont payés en grande partie avec de l’argent public (grâce à notre système de couverture maladie). Vient-il à l’idée de nos défenseurs de l’évaluation-sanction, dès lors qu’il s’agit d’argent public, de dire qu’il faut une évaluation des performances des médecins (en terme de meilleure santé des patients), suivie de sanctions ?

      La logique qui est derrière ce projet de décret est bien celle que décrit Catriona dans son commentaire. Et l’exemple qu’elle donne de Grenoble I (université à laquelle j’appartiens également) est fort éclairant.

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    • L’évaluation

      le 15 février 2009 à 16:55, par Benoît Kloeckner

      Sur le problème de l’évaluation, je serais assez curieux de savoir précisément ce qui, à ton avis, permettrait d’aider les jeunes CR à faire au mieux. Manifestement, la tranquilité te semble néfaste.

      Sur la modulation, s’il s’agissait de pouvoir ajuster sa situation professionnelle à ses besoins et à ses aspirations, comme le dit Valérie Pécresse, ou de redonner un sens à sa vie professionnelle, comme tu le suggères, la modulation se ferait sur demande des enseignants-chercheurs, et pas suivant la volonté du président de l’université. Cette réforme, qui passerait beaucoup plus facilement, a un gros défaut : elle ne permet pas de faire des économies. Une bonne modulation permettrait d’améliorer les conditions d’enseignement et la motivation à exercer notre métier correctement ; je ne crois pas que ce qui est proposé permette l’un ou l’autre.

      Sur les autres disciplines, je ne voudrais pas paraître vieux jeu ni encore moins grossier, l’homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois, mais la vérité m’oblige à te le dire : tu commences à me les briser menu. Je trouve insupportable ta façon de considérer les autres disciplines comme un tout un peu méprisable (peu exigentes au passage DR ou Prof, enclines au localisme, etc.). Les autres disciplines sont nombreuses et variées, et s’il s’y pose des problèmes, nous ne sommes pas irréprochables en maths ! Et d’autres aussi ne pratiquent pas le recrutement local, d’autres aussi décrochent de grandes récompenses. Et puis il serait bien de ne pas sous-estimer notre ignorance, le témoignage de Catriona donne une petite pièce du puzzle, mais nous sommes nombreux à ignorer beaucoup du fonctionnement d’une grande partie du monde académique. Admettons-le, et arrêtons de croire que nous sommes à l’abris des mauvais coups.

      Sur l’épée de Damoclès, je dirais deux choses. D’abord il y a une grande différence entre une échéance comme la tenure, et une modulation qui peut venir tous les ans. Ensuite il y a la question de la façon dont la décision est prise. Autant dire qu’on ne prend pas un bon chemin de ce côté.

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    • L’évaluation

      le 18 février 2009 à 12:40, par Michèle Loday

      Je suis effondrée quand je lis les propos de Jean-Marc Schlenker. Je voudrais simplement rappeler un petit point d’histoire sur l’évolution que j’ai vécue au cours de ma carrière (un privilège de l’âge) et qui semble être sortie de tous les esprits. Lorsque j’ai commencé à enseigner à la fin des années 60 le service d’un enseignant à l’université était le suivant :

      PR : cours 3 h par semaine sur 18 semaines. Total 54 h (+ 2 semaines d’examens)

      MC (ou équivalent) : TD 6 h par semaine sur 18 semaines. Total : 108 h ETD (+ 2…)

      J’étais bien placée pour le suivi de la mise en place des services lourds puisque j’étais à Strasbourg au moment où notre regretté collègue strasbourgeois Claude Godbillon avait une mission ministérielle pour ce faire.

      Les services lourds : 192h ETD (L’augmentation est énorme et encore plus pour les prof que pour les MC puisque l’heure de cours est passée de 2h ETD à 1,5 h ETD !) nous ont été demandés (imposés) dans le cadre d’un effort provisoire demandé aux universitaires pour faire face au baby-boom d’après-guerre.

      A l’époque, personne n’a cru qu’il serait lui-même, un jour, concerné par la mesure. Personne n’a cru que la mesure durerait plus de 5 ou 6 ans !
      Apparemment, cela n’a en rien affecté la naïveté de nombre d’entre nous.

      Pour moi, la situation est claire et je ne comprends pas une telle amnésie :
      L’augmentation des services nous l’avons déjà eue. Tout le monde y est soumis. Il est temps de revenir à des charges d’enseignement raisonnables dans lesquelles on ait la possibilité de s’investir vraiment dans le renouvellement de notre enseignement et le suivi des étudiants tout en gardant de vraies plages de travail de recherche. Au passage, je ne suis pas très impressionnée (et c’est peu dire !) par l’investissement de nombre de collègues qui, aujourd’hui et à juste titre, privilégient leur PEDR à la qualité de leur enseignement. Qu’en sera-t-il dans un système de bonus-malus ?! Je n’ose l’imaginer.

      Quant au coiffeur, pas de problème, il est incapable en l’état actuel des informations qu’on lui donne de comprendre ce que représentent 192 h ETD et les propos de Jean-Marc Schlenker l’aiderons merveilleusement à rester dans son incompréhension.

      C’est avec l’argument que nous étions des paresseux qu’on nous a gratifié d’un alourdissement de service. Non ! Cet argument est inacceptable et insultant compte tenu de nos conditions actuelles de travail et de nos salaires. Personne ne peut dignement trouver du sens à sa vie professionnelle par l’officialisation de son “décrochement en recherche”.
      Tout corps de métier sain fonctionne avec des personnels aux profils et aux compétences très variés voire même avec un quota allant jusqu’à 5% d’”inadaptés”. L’enseignement supérieur n’échappe pas à cette règle mais cela ne justifie en rien qu’on mette en place des mesures d’exception pour les universitaires.
      Un enseignement universitaire n’est pas un enseignement primaire ou secondaire. Il doit s’accompagner d’un enrichissement permanent lourd. Puisque nous sommes dans une logique comptable je voudrais rappeler que faire de la recherche ce n’est pas seulement publier des articles. Bien sûr, mieux vaut publier (en plus, çà rapporte), mais on peut faire de la recherche et se rendre utile en recherche de mille façons par sa culture. Arrêtons ce mépris interne que nous avons les uns pour les autres (nos gouvernants s’en chargent bien eux-mêmes). En tout cas, j’ai beaucoup d’estime pour quelques collègues dits non-publiants dont j’aimerais avoir la culture et qui, grâce à celle-ci, apportent beaucoup autour d’eux (sans en tirer aucun bénéfice, cela va de soi).

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  • L’évaluation

    le 14 février 2009 à 14:17, par Catriona Maclean

    Je constate dans la réponse de Jean-Marc qu’il croit que l’augmentation des heures d’enseignement ne s’appliquera qu’à ceux qui ont décroché définitivement de la recherche. Je n’y crois pas. Prenons l’exemple que je connais : le département de mathématiques de l’université Grenoble 1. Un département plutôt bien classé en recherche. Seulement voilà : notre université s’est engagé dans le cadre du plan licence à augmenter les heures d’enseignement et à faire plus d’enseignement en petit groupe. Nous devons aussi faire face à un surcharge d’administration importante du fait de l’autonomie.

    L’augmentation du budget de notre université pour les 4 ans à venir est en dessous de l’inflation- plan licence y compris. Nous perdons aussi 18 postes, adminstratives et enseignants confondus.

    Sachant que la première poste de dépenses de notre université est les heures sup, je ne vois pas comment s’en sortir sans une augmentation globale du nombre d’heures statutaires à effectuer. Depuis que j’ai vu l’évolution prévue du budget de l’université Grenoble 1, je suis convaincue que le but de cette réforme est d’augmenter de fait le service d’un enseignant-chercheur moyen, de recruter moins de monde et faire faire plus d’heures à (presque) tout le monde. Comme il est bien évident qu’une telle loi ne peut pas passer avec une présentation honnête, la ministère fait semblant que le but est simplement de distribuer le travail différemment.

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    • L’évaluation

      le 15 février 2009 à 15:57, par Jean-Marc Schlenker

      Ben oui je crois que la modulation des services ne toucherait (si le décret prévu était publié) que les enseignants-chercheurs qui ne sont pas positivement évalué par le CNU : c’est écrit dans le projet de décret. Comme rien ne limite la proportion de collègues classés ainsi par le CNU, ça offre quand même une protection forte, non ?

      Par ailleurs, où peut-on trouver le budget de Grenoble 1 pour les 4 ans à venir ? Je n’ai trouvé que le budget pour 2009, ici.

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      • L’évaluation

        le 15 février 2009 à 16:33, par Zindine Djadli

        Donc tu es d’accord avec le fait que l’enseignement est une sanction. D’accord avec Pecresse et son projet de décret.
        Dont acte !
        Cela contredit malgré tout le début d’un de tes messages précédents (je cite : « Pourquoi varier la charge d’enseignement ? Certainement pas comme une punition, l’enseignement est un beau métier ! »).
        Il est beau pour les autres alors ?
        Favorablement évalué = pas d’enseignement en plus. Défavorablement évalué = menace d’enseignement en plus.
        Vraiment je n’arrive pas à te comprendre...

        Nous sommes encore nombreux, heureusement, à penser que l’enseignement n’est pas une sanction, que c’est l’un des aspects passionnants de notre métier, que le dévouement aux étudiants est source de satisfaction et de plaisir professionnel, que les heures passées en cours ou en TD avec eux sont des moments agréables.

        Oui Jean-Marc, n’en déplaise à Pecresse ou aux autres (dont tu fais partie) : l’enseignement ce n’est pas le bagne.
        Certes il faut parfois se lever tôt pour aller enseigner à 8 heures (mais pour cela on se référera au principe élevé à la dignité de devise « il faut faire partie de la France qui se lève tôt »). Certes il faut parfois devoir se laver les mains après un cours à cause de la craie. Certes il faut préparer ses cours. Certes on peut être amené à devoir adresser la parole à des gens pas comme nous (les étudiants), qui ne regardent pas les mêmes séries américaines que nous (mes étudiants d’agreg par exemple n’aiment pas Dexter alors que j’adore), qui parlent vite et donc nous autres qui entendons moins bien avons du mal à les comprendre (hein Gérard ?).

        Je préfère en rire. Mais je sais que ce n’est pas drôle. Pas drôle de voir un gouvernement traiter sa jeunesse de la sorte. Pas drôle d’entendre un personnage-clé de la république tenir des propos dignes du café du commerce ponctués de saillies prétendument humoristiques qui ne sont que des plaisanteries de garçon de bain.

        Pour redevenir sérieux, je suis en ce moment à l’IAS de Princeton. Les collègues américains par exemple sont effarés lorsque je leur explique que la ministre et ses conseillers invoquent l’exemple américain pour justifier la modulation (qui n’existe quasiment pas chez eux au sein d’un même département).

        C’est quand même loin l’Amérique...

        J’ai quand même pris soin d’emporter avec moi, dans mes bagages, un ouvrage primordial d’Emmanuel Todd « Après la démocratie ». Saine lecture que je conseille à mon ami Jean-Marc, surtout pour les passages consacrés à l’éducation et à l’élite.

        Pour ce qui concerne ta question sur le budget à venir pour Grenoble 1, sache que je en connais aucune université qui a un budget prévu pour 4 ans... Pour t’expliquer pourquoi il te suffira de savoir que le ministère a transmis les informations sur les dotations aux universités pour 2009 au début du mois de décembre 2008.
        Tu dois certainement parler d’autre chose que de budget. Un plan prévisionnel ? C’est un mot qui a peu de sens dans notre université...
        Ce que je peux te redire (Catriona l’a dit une première fois) c’est que Grenoble 1 va perdre 18 emplois sur les années 2009, 2010 et 2011. Alors même que la négociation sur le prochain quadriennal doit commencer. On connait des négociations qui démarrent sous de meilleurs auspices, non ? C’est d’ailleurs une jolie manière de démontrer le peu de cas que le ministère fait de sa propre loi LRU.
        Ah quand même, vu que tu es un défenseur farouche de la loi LRU, je dois être honnête : le président a quand même le droit (diable que la LRU est généreuse quant aux prérogatives laissées aux universitaires) de décider s’il supprime des postes IATOSS ou EC. Cool n’est-ce-pas ?
        Pour 2009 cela semble tranché : 5 EC en moins (sauf revirement ou mauvaise compréhension de ma part).

        Sic transit gloria mundi...

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        • L’évaluation

          le 16 février 2009 à 12:07, par Jean-Marc Schlenker

          C’est amusant mon cher Zindine, tu as l’air parfaitement sûr de toi quand tu me fais dire des choses qui sont fort différentes voire opposées à ce que je pense (et dit/écrit).
          Je suis d’ailleurs d’accord avec une bonne partie de ce que tu écris. Je ne pense pas que des échanges plus détaillés aient leur place sur ce beau site « Images des maths » mais parlons en par email si tu le souhaites.

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          • L’évaluation

            le 16 février 2009 à 22:05, par Zindine Djadli

            Franchement Jean-Marc, lorsque tu écris (je te cite)
            « Ben oui je crois que la modulation des services ne toucherait (si le décret prévu était publié) que les enseignants-chercheurs qui ne sont pas positivement évalué par le CNU : c’est écrit dans le projet de décret. Comme rien ne limite la proportion de collègues classés ainsi par le CNU, ça offre quand même une protection forte, non ? »,
            ces propos sont on ne peut plus clairs.

            Je ne crois pas que quelqu’un utiliserait le mot « protection » s’il s’agissait de définir une activité plaisante. Je laisse les lecteurs en juger par eux-mêmes.

            Mon épouse a une jolie expression pour décrire ce que tu es en train de faire : grimper sur un miroir...
            Autrement dit tu cherches à justifier l’injustifiable en nous accusant ici de déformer tes paroles, là de ne pas avoir bien lu ce que tu écris, etc... comme certains d’entre nous te l’ont fait remarquer (avec plus ou moins de patience).

            Et pour commenter la fin de ton message, au contraire je pense qu’il est sain d’avoir cette discussion ici, au vu et au su de nos collègues. Ceux que cela n’intéresse pas ne lirons pas. Ceux que cela intéresse liront et se feront leur propre opinion. A la lumière des prpos que tu tiens et à la lumière des commentaires que certains font ou vont faire. Certaines formes de « naïveté » sont particulièrement photophobes : celle qui consiste à croire, comme te l’a fait remarquer Benoît, que le pire c’est toujours pour les autres en est un exemple.

            Pour prolonger le débat, j’ai lu un « point de vue » que tu as écrit dans La Tribune. On peut le trouver à l’adresse suivante :
            http://www.latribune.fr/opinions/20090105trib000327819/une-revolution-presque-tranquille-dans-les-universites.html
            Le moins que l’on puisse dire c’est que tu y manques de beaucoup de clairvoyance sur la prétendue « relative faiblesse des oppositions » aux réformes en cours...
            Ce texte est d’ailleurs assez éclairant sur les commentaires que tu as déposé sur ce site.

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      • L’évaluation

        le 17 février 2009 à 08:19, par Catriona Maclean

        Les informations concernant l’évolution future de la dotation de fonctionnement de l’université de Grenoble 1 sont effectivement des informations internes : notre directrice d’UFR les a eues lors d’une réunion de directeurs de composantes. Je vais voir si je peux trouver quelque part sur le net les documents en question.
        Précisons que le budget de fontionnement de Grenoble 1 pour l’année 2009-10 n’augmente que de 2,7% (en-dessous de l’inflation) malgré le fait que nous avons été choisi à deux reprises pendant l’année 2008-2009 pour des fonds spéciales recompensant notre « qualité »- nous faisons partie des universités qui ont été retenues et pour le plan réussite en licence et pour le plan campus. Les sous pour le plan licence ne compensent pas une diminution de notre dotation de base. Les sous pour le plan campus ont été gélés et Dieu sait quand (et même si) ils seront donnés. Et on doit perdre 8 postes pour l’année prochaine : à nous de décider si ce sont des profs ou des administratifs.

        Tu comprendras que des chercheurs à qui on a dit deux fois de suite « vos projets sont excellents, voilà des sous en plus pour recompenser votre excellence » et qui decouvrent au moment du budget qu’ils ont été roulés dans la farine sont sceptiques devant des annonces du type « oui, d’accord, plus d’heures, mais bien sur, pas pour les bons ». Pour ce qui est les heures : le décret prévoit qu’un EC jugé bon ne peut pas faire plus d’heures statutaires sans son accord. Il est déjà le cas qu’on ne peut pas imposer à un EC des heures sups sans son accord. Or chez nous, tu peux chercher longtemps un EC qui n’en fait pas et qui n’en a pas accumulé beaucoup. Pourquoi ? Parce que quand les moyens mis à disposition de l’université ne permettent pas de faire tourner la boutique sans qu’on fasse des heures sups, alors on fait des heures sups. Parce que quand, une semaine après le début de TDs, un prof d’amphi est toujours en train de tourner dans le couloir pour chercher des chargés de TD pour certains groupes, il y a toujours un collèague qui finit par craquer et qui dit « ok, je le ferai ». Et demain si les moyens financiers mis à disposition des universités nous donnent la choix entre accepter une service augmentée, fermer certaines filières ou faire des enseignements baclés, la plupart seront « d’accord » pour faire des heures sups non-payées. (Il a été question à Grenoble 1 que l’université ne reconnaissent plus de contingent d’heures pour notre M2R. Finalement, ça ne s’est pas fait, mais si l’université l’avaient fait, sachant que fermer le M2R implique de très mauvaises choses pour de département, je suis sûre que nous aurions enseigné « gratuitment » en M2R en plus de notre service pour continuer à faire tourner la boutique. Et officiellement on aurait été « d’accord » pour le faire.)

        Merci pour le bon opinion que tu as de notre département, mais cet avis n’a pas toujours été partagé par notre présidence puisque jusqu’à il y a deux ans la politique de Grenoble 1 était de donner une poste sur deux libérée en maths à d’autres départements. Tu comprendras aussi que dans cette situation, on est un peu angoissé devant les pouvoirs qui sont donnés à notre présidence.

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  • L’évaluation

    le 18 février 2009 à 12:15, par Julien

    Effectivement, cette discussion est extrêmement enrichissante pour les personnes, comme moi, s’intéressant au débat.

    Je suis même pour tout dire entièrement ravi qu’une personne (en l’occurrence Jean-Marc Schlenker) faisant partie intégrante du monde de la recherche, nous offre enfin un point de vue différent de celui de la majorité de ses collègues, et non moins intéressant.
    Je tiens par la même occasion à saluer son courage, car visiblement, au vu du peu d’égard, voire du mépris dont font preuve ses collègues, il n’est point permis ici de ne pas penser comme la « masse ».

    Je suis également très surpris de l’interprétation que M. Djadli fait des propos de M. Schlenker. En effet, pas une seconde en lisant ce dernier, il ne m’avait semblé qu’il faisait preuve de mauvaise considération à l’égard de l’enseignement. Je pense simplement qu’il parle de « protection » (oui, je cite, comme vous le faîtes si bien) dans ce sens : ceux qui ne tiendraient pas à faire trop d’enseignement pour se consacrer plus spécialement à la recherche auraient une « garantie » assez forte de ne pas se voir ajouter des heures d’enseignement. Je pense que M. Schlenker parle d’un choix propre à chaque mathématicien(ne), indépendamment de sa propre préférence.

    Dans cette histoire, j’ai le sentiment que c’est surtout la perspective de changement, par la crainte qu’elle provoque, qui est le principal facteur de ce mécontentement. Attention, ne me faîtes pas dire que je méprise vos arguments, ou que je vous trouve juste un peu trop frileux. Simplement, n’est-il pas possible d’envisager les choses plus sereinement ? Je ne crois pas que l’on puisse dire, tout à fait sérieusement, que le gouvernement veut tuer l’enseignement supérieur, et qu’il méprise les chercheurs et leur travail, bien au contraire. Ne confondons pas maladresse et dédain. Je crois plutôt qu’il a conscience que certaines choses doivent évoluer (n’êtes-vous pas d’accord avec cela ?).

    Je pense aussi qu’il faut cesser d’être constamment dans la négation absolue de ce qui est proposé. N’y a-t-il vraiment rien, dans cette réforme, de positif et de constructif ?

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    • L’évaluation

      le 18 février 2009 à 12:53, par Benoît Kloeckner

      Le fait que l’on débatte ici, et parfois que l’on s’échauffe, ne veut pas dire qu’il soit interdit de penser quoi que ce soit, et il est vrai que porter un point de vue minoritaire est, de façon très générale, difficile.

      Si personne, je crois, n’interdit donc à Jean-Marc Schlenker de penser et dire ce qu’il pense et dit, il est légitime de faire part des conséquences de son discours que l’on perçoit, des raisons de notre désaccord, et de contester les affirmations fausses (et je suis heureux d’avoir les informations fournies par Pascal Auscher sur la proportion de non-publiants ; ces chiffres doivent toutefois ête maniés avec précaution s’il on ne veut pas prendre la température du patient avec un baromètre).

      Sur la perspective de changements, soyez assurés que nous en avons acceptés, dont certains que nous regrettons amèrement aujourd’hui : LMD, LRU, création de l’ANR et de l’AERES, éclatement du CNRS en instituts, voilà quelques exemples de réformes qui ont largement modifié le paysage de la recherche et de l’enseignement supérieur. Il faut une fois pour toute tordre le cou à cette idée que tout changement est bon. La raison de la mobilisation actuelle est que pour la majorités de ceux qui font et qui sont l’université, les changements proposés aujourd’hui ne sont pas bons. Certes, il y a des choses intéressantes dans les réformes proposées, mais elles sont extrêmement mineures comparées aux dégradations qui les accompagnent.

      Concernant la volonté du gouvernement et du président de la République, on ne peut que conjecturer. Mais, si je regarde honnêtement leur attitude et leurs propos, je n’arrive à conclure qu’une chose : ils ne veulent pas payer le prix que coûteraient une université et une recherche de qualité. Ils cherchent donc à les organiser de façon à ce que « ça tienne » au plus bas coût. C’est, au fond, à ceci que je m’oppose.

      Enfin, puisqu’on nous dit que le modèle anglo-saxon a fait ses preuves, je signale cet article : « Quatre enseignants-chercheurs français travaillant en Amérique proposent leur regard sur le « modèle libéral » à la française : celui-ci prétend s’inspirer des États-Unis, mais ne fait qu’accentuer des travers typiquement français ; il prétend faire confiance au marché alors qu’il ne fait que renforcer la hiérarchie. La réforme actuelle entérine en réalité la paupérisation générale des formes de solidarité qui affectent nos sociétés. »

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