La bibliothèque de Babel

9 mars 2010  - Ecrit par  Stéphane Lamy Voir les commentaires (23)

« L’univers (que d’autres appellent la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades très basses. »
 [1]

Ainsi débute l’une des plus fameuses nouvelles de Jorge Luis Borges, où celui-ci joue avec l’idée d’une bibliothèque totale, qui contiendrait dans l’immensité inconcevable de ses innombrables salles TOUS les ouvrages possibles, dans toutes les langues, y compris celles encore à inventer... Un texte bref où le lecteur à la tournure d’esprit mathématique pourra trouver son content d’énigmes [2]. On peut plus simplement y voir une allégorie de la perplexité du lecteur confronté à une masse d’information bien trop importante. Toute l’information est là, rangée quelque part, mais par son exhaustivité même elle en devient difficilement exploitable... Cette situation fait irrésistiblement penser à internet.

Sur internet, on peut trouver des masses d’information sur n’importe quelle sujet. Concernant le petit monde des mathématiques, évoquons quelques bases de données accessibles sur la toile :

ArXiv, un serveur de preprints, ou prépublications en bon français, est librement accessible à tous, mais destinés à l’usage des chercheurs. Par exemple, si vous êtes intéressé par la géométrie algébrique, cliquez sur « Algebraic Geometry », et vous aurez accès à des textes de recherche mis en ligne ce jour même...

Mathematics Genealogy Project est un site de généalogie mathématique. Vous connaissez quelqu’un qui a soutenu sa thèse en mathématique ? Rentrez son nom, et vous trouverez le nom de son directeur de thèse (plus rarement de sa directrice), puis le nom du directeur de celui-ci... Voyez si vous pouvez remonter jusqu’à Hilbert, voire jusqu’à Gauss !

Math Sci Net et Zentralblatt sont les deux bases de données référençant les articles publiés couramment utilisées par les mathématiciens professionnels. J’ai l’impression que la première est la plus largement utilisée par la communauté des chercheurs, mais je vais pourtant choisir de parler de Zentralblatt. Trois raisons à cela :

  • 1 - Qui ne préfère pas Poulidor à Anquetil ?
  • 2 - Contrairement à Math Sci Net, le site Zentralblatt est (partiellement) ouvert à tous : la seule restriction est que seuls les trois premiers résultats de votre recherche vous sont accessibles si vous n’êtes pas abonnés (via votre université, dans le cas des chercheurs), mais cela n’empêchera de pouvoir reproduire la petite expérience qui va suivre ;
  • 3 - Il est possible sur Zentralblatt de faire une recherche suivant le critère de la langue.

Car enfin, avant de comparer la bibliothèque de Babel (où ne serait-ce que l’une de ses sous-sections) aux 2,9 millions (et des poussières) d’articles mathématiques recensés par Zentralblatt, il s’agit d’aller y voir de plus près. D’après la Genèse, chap. 11, verset 9 :

« Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Dieu confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est là qu’Il les dispersa sur toute la face de la terre. »

Curieux de savoir à quel point il y avait profusion de langues différentes dans le petit monde des publications mathématiques, j’ai donc cherché le nombre d’articles mathématiques publiés (depuis 1868 jusqu’à nos jours
 [3]) dans chacune des langues qui me passaient par la tête (et en m’aidant finalement de la page Wikipedia qui recense les langues les plus parlées au monde). J’ai obtenu le classement suivant :

  • 1- anglais (2 231 573) 76.7 %
  • 2- russe (188 215) 6.5%
  • 3- allemand (159 236) 5.5%
  • 4- français (150 579) 5.2 %
  • 5- chinois (68 615) 2.4 %
  • 6- italien (50 072) 1.7 %

Ces 6 premières langues représentent 98 % du total des publications (2 909 331, lors de ma recherche le 6 mars 2010)

Venaient ensuite dans l’ordre (avec certainement des oublis de ma part) : ukrainien (12093), espagnol (11787), roumain (8804), polonais (7115), hollandais (6500), japonais (5883), bulgare (3216), hongrois (2857), portugais (1737), suédois (1511), norvégien (980), grec (440), catalan (137), vietnamien (103), arabe (68), esperanto (53), hébreu (24), perse (17), hindi (7), bengali (2)...

Quelques brefs commentaires sur les places 2 à 6 : il y a en effet un nombre important de revues mathématiques russes, que je peux consulter couramment comme tout mathématicien lambda, non parce que je maîtrise le russe, mais parce qu’elles sont systématiquement traduites en anglais (voilà qui fait d’ailleurs encore gonfler un peu artificiellement le score du numéro 1...) Je suis assez partisan de cette démarche : écrire dans la langue où l’on est le plus à l’aise, puis traduire en anglais pour garantir un accès plus large. Comme il n’y a pas de traduction systématique des articles français (idée à saisir ?), je le fais moi-même de façon artisanale pour mes propres articles, sur ma page web... Pour ce qui est du chinois, je n’ai jamais été confronté à une référence vers un article dans cette langue, j’imagine donc que les 68615 publications ci-dessus doivent en grande majorité concerner des domaines mathématiques éloignés du mien. Quant à l’allemand et à l’italien, il m’est arrivé d’avoir à consulter un article dans ces langues, mais toujours pour des travaux anciens.

Cette dernière observation m’a conduit à opérer une recherche similaire, mais cette fois en me limitant aux articles parus au vingt et unième siècle (où se situe d’ailleurs essentiellement ma propre période d’activité).

Ma première surprise (car le classement ci-dessus n’en était pas vraiment une), est la proportion des articles de moins de dix ans par rapport à la masse des articles depuis 1868 : 30 pour cent !!! Soit un chiffre absolu de 869958 articles... Quant au classement par langue pour le 21ème siècle, le voici :

  • 1- anglais (798238) 91.7 %
  • 2- chinois (36899) 4.2 %
  • 3- russe (19302) 2.2 %
  • 4- français (7449) 0.9 %

Ces 4 premières langues représentent 99 % des publications totales (869958 au total)

Ce n’est bien sûr que par pur chauvinisme que je mentionne la 4ième place de la France, avec ce misérable 9 pour mille. Quant à l’Allemagne et l’Italie, je n’ose vous dire où elles ont sombré... Vous pourrez le constater par vous-même en vous amusant avec Zentralblatt.

Hmmm... 9 pour mille ? C’est justement pile mon poids sur Zentrallblatt : 9 entrées, toutes en français. J’ai pourtant écrit un dixième article dans une autre langue, mais semble-t-il dans une revue un peu trop obscure pour être référencée par Zentralblatt (pourtant Math Sci Net le mentionne ! N’est pas Anquetil qui veut !). Il s’agit de la « Revista del Seminario Iberoamericano de Matemáticas Singularidades en Tordesillas », qui a publié 3 glorieux volumes avant semble-t-il de s’éteindre en 2005. Mais bon, comme cet article était en espagnol, cela ne m’aide guère à rectifier ma statistique.

Comme j’imagine que mon facteur d’impact n’est pas bien fameux (je soupçonne qu’il y a comme une règle empirique que l’importance d’une revue est inversement proportionnelle à la longueur de son titre, en tous cas la « Revista » ne doit guère apporter d’eau à mon moulin), je ferais mieux de faire moins le malin est de travailler à rentrer dans le rang.

Bien. Je prends donc la solennelle résolution de m’efforcer de devenir un parfait mathématicien moyen du 21ème siècle, et de me conformer à la vérité incontournable des chiffres, que dis-je, à l’objectivité implacable des statistique. Résumons : 9 articles sur 1000 en français ? Au moins ça, c’est fait. Pour équilibrer mon score, me reste encore à écrire 917 articles en langue anglaise. C’est bien parti, mes deux derniers articles soumis sont en anglais, et un troisième est sur le feu... 917 papiers in english, cela n’a rien d’impossible. Prenez Paul Erdös (1355). Ou Edoardo Ballico (1037). Non, ce qui risque de s’avérer vraiment délicat, ce sont les 22 papiers en russe... Et je ne vous parle même pas des 42 en chinois...

Notes

[1En VO : « El universo (que otros llaman la Biblioteca) se compone de un número indefinido, y tal vez infinito, de galerías hexagonales, con vastos pozos de ventilación en el medio, cercados por barandas bajísimas. »

[2Le mathématicien Bill G. Bloch y consacre un ouvrage entier : « The unimaginable mathematics of Borges’ library of Babel », Oxford University Press.

[3D’après la page d’accueil de Zentralblatt : « The ZMATH Database contains about 2.9 million entries drawn from about 3500 journals and 1100 serials from 1868 to present. »

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Pour citer cet article :

Stéphane Lamy — «La bibliothèque de Babel» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

  • La bibliothèque de Babel

    le 9 mars 2010 à 10:26, par Serge Cantat

    Cher Stéphane,

    il me semble que tu exagères en écrivant « Quant à l’allemand et à l’italien, il m’est arrivé d’avoir à consulter un article dans ces langues, mais toujours pour des travaux anciens ». Thierry Vust, dont nous venons de
    fêter les soixante cinq ans à Génève il y trois semaines,
    a écrit un article avec Felice Ronga en 2005 aux Commentarii Mathematici Helvetici, journal suisse bien connu des mathématiciens. Cet article porte sur le groupe des transformations birationnelles du plan projectif réel ; ce sont les transformations du type
    \[ f(x,y) = (A(x,y)/B(x,y), C(x,y)/D(x,y)), \]
    avec $A$, $B$, $C$ et $D$ des polynômes en deux variables,
    qui admettent une application réciproque de la même forme.
    Ces transformations peuvent avoir des points d’indéterminations, par exemple là où $A$ et $B$ s’annulent simultanément, produisant l’indétermination $0/0$.
    Ronga et Vust considèrent les transformations qui n’ont pas de points d’indéterminations $(x,y)$ réels et décrivent comment les construire toutes. Cela m’étonnerait fort que tu n’aies jamais consulté ce texte intitulé « Diffeomorfismi birazionali del piano proiettivo reale » et écrit entièrement en italien. Si c’est le cas, n’hésite pas à combler cette lacune !

    Ceci étant, c’est bien le seul article récent en italien que j’ai pu consulter.

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    • La bibliothèque de Babel

      le 9 mars 2010 à 16:32, par Stéphane Lamy

      En réponse à Serge : heu, désolé, si je connais en effet l’existence du papier que tu mentionnes, je dois avouer que je ne l’ai jamais regardé sérieusement... Mais tu vas me mettre mal avec Thierry Vust ! Je m’empresse donc d’ajouter qu’il y a un autre papier de Vust et Ronga (et Pan) que j’ai étudié pendant des semaines, en cherchant à en interpréter différemment les résultats : il s’agit de « Transformations birationnelles quadratiques de l’espace projectif complexe à trois dimensions », qui, comme son titre l’indique, est en français...

      Autre chose qui n’a rien à voir : je ne sais si c’est en l’honneur des 65 ans de la publication du receuil « ficciones », mais il semble que Fernando Alcade et moi-même ayons eu une envie simultanée de citer Borges (cf billet précédent)...

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  • La bibliothèque de Babel

    le 9 mars 2010 à 10:38, par Aurélien Djament

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour ce pertinent billet qui rappelle la triste situation linguistique des les publications mathématiques (et je crains que ce ne soit encore bien pire dans d’autres disciplines scientifiques), qui aurait un peu trop tendance à passer pour un fait naturel ou sans conséquence.

    J’approuve entièrement la suggestion de traduire les articles, pour permettre à chacun d’écrire dans la langue où il pense sans nuire à la transmission internationale des publications, mais je crois que demander cela aux seuls chercheurs n’est peut-être pas la meilleure solution : des postes d’ingénieurs de recherche en traduction scientifique seraient tout à fait adaptés (en complément naturellement d’un travail des mathématiciens eux-mêmes).

    Bien cordialement,

    A.D.

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    • La bibliothèque de Babel

      le 9 mars 2010 à 11:34, par Yvan Velenik

      Je trouve cette opinion surprenante. J’estime pour ma part que le quasi monopole d’une langue dans les publications mathématiques est une bénédiction. Lorsque je lis un article de mathématiques, ce ne sont pas ses qualités littéraires qui m’intéressent (pour cela, il y a d’autres ouvrages)...

      Quant à l’effort requis pour rédiger un article de maths dans un anglais compréhensible, il ne me semble tout de même pas si important (en fait, après quelques années de pratique, je pense qu’écrire un article en français me poserait nettement plus de problèmes !).

      Et même si chacun écrivait dans sa propre langue (et que les papiers étaient traduits, malgré le coût prohibitif d’une telle opération), le problème se poserait encore à l’oral : vous vous voyez assister à des conférences au cours desquelles chaque orateur exposerait dans sa propre langue ?

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      • La bibliothèque de Babel

        le 9 mars 2010 à 17:06, par Stéphane Lamy

        En réponse à Yvan : j’ai l’impression que lorsque tu écris « qualités littéraires » tu penses fioritures artistiques et jeu de manches. En ce cas, d’accord, ça n’a pas grand chose à faire dans un article de recherche mathématique.

        Par ailleurs, j’ai lu récemment la réflexion suivante de Thurston (dans une préface à un livre de J.H. Hubbard), où il parle de ses premiers contacts avec les livres mathématiques :

        « It was only much later [...] that I came to appreciate how ineffective and denatured the standard (( definition theorem proof)$^n$ remark)$^m$)) style is for communicating mathematics. »

        et plus loin, toujours à propos des livres :

        « ...they were unwelcoming to the full human mind »

        Pour moi, la qualité littéraire d’un texte mathématique c’est ce qui fait qu’il parle à mon intuition, à mon sens de la beauté, et qu’il me fasse comprendre pourquoi les pages de calculs éventuellement atroces qui vont suivre sont excitantes.
        Cela peut être fait de façon très sobre, mais je pense que c’est beaucoup plus difficile à faire dans une langue que l’on maitrise mal. En tous cas, les textes où l’on constate de telles qualités sont en général le fait d’anglophones.

        A propos des conférences : je ne suis pas un grand fanatique des conférences, j’ai en général l’impression d’y perdre mon temps. La dernière remarque de Thurston s’applique en effet malheureusement également assez bien aux conférences. En tous cas, j’ai déjà pratiqué des conférences où 95% du public était francophone, et où le conférencier délivrait dans un anglais pauvre et sans vie un exposé dont je ne me rappelle rien (aie, je vais me fâcher avec des gens... Mettons les choses aux points : 1) mes propres exposés en anglais sont pauvres et sans vie. 2) dans un cas comme celui que je mentionne, je suis faché contre le système ambiant, pas contre l’orateur bien sûr).

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      • La bibliothèque de Babel

        le 9 mars 2010 à 22:03, par pi.leleu

        une bénédiction

        Dieu nous aurait donc pardonné ?

        il y a d’autres ouvrages

        Pensez-vous que les mathématiques sont en dehors de la culture ? A quoi bon alors parler de Borges sur un site de mathématiques ?

        J’avoue que je ne comprends pas bien votre discussion. Un de mes amis qui a fait des études de maths dit que dans les articles d’aujourd’hui, il y a très peu (50, dit-il) de mots.

        l’effort requis pour rédiger un article de maths dans un anglais compréhensible, il ne me semble tout de même pas si important

        Est-ce parce qu’en n’utilisant que cinquante mots, le nombre de permutations possibles est plus petit ?

        Deux questions d’un ignare :

        1. Quand vous faites des mathématiques, vous pensez avec des mots ?

        2. Si oui, dans quelle langue ?

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        • La bibliothèque de Babel

          le 9 mars 2010 à 22:27, par Stéphane Lamy

          Plutôt que de croire votre ami sur parole, allez vérifier par vous même. Dans mon billet je donne un lien vers le site de preprint arxiv, mais si vous préférez voici un lien direct vers les articles de géométrie algébrique mis en ligne récemment, et téléchargeables librement au format pdf. En cherchant un peu vous en trouverez même un en français (quant j’ai regardé, le 9 mars, il y en avait un d’Olivier Wittenberg, de 62 pages, sur « La connexité rationnelle en arithmétique »). Je ne dis pas que vous allez comprendre facilement de quoi il retourne, mais en tous cas vous pourrez constater qu’il utilise largement plus de 50 mots...

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          • La bibliothèque de Babel

            le 10 mars 2010 à 14:38, par Michèle Audin

            Stéphane, il me semble que ton interlocuteur, avec ses 50 mots, voulait parler des articles en anglais, et qu’il allait dans le même sens que toi.

            Bien entendu, quelqu’un qui écrit dans la langue dans laquelle il pense a plus de mots (et donc d’idées) à sa disposition ! Et Olivier Wittenberg écrit bien.

            Merci d’avoir soulevé la question, à laquelle je suis moi aussi très sensible.

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        • La bibliothèque de Babel

          le 10 mars 2010 à 09:32, par Yvan Velenik

          Pensez-vous que les mathématiques sont en dehors de la culture ? A quoi bon alors parler de Borges sur un site de mathématiques ?

          Je ne suis pas sûr de voir le rapport. Les mathématiques, ainsi que les sciences naturelles, font certainement partie de la culture. Par contre, leur contribution à la culture prend une forme différente de celle d’une oeuvre littéraire. En particulier, ce qui fait la valeur d’un article de maths, en général, c’est le fond et non la forme (je ne dis pas que seule la forme est importante en littérature, les deux aspects jouent un rôle important). Remarquez également qu’« Images des Mathématiques » est un site de vulgarisation des mathématiques et que les articles et billets qui y sont publiés n’ont pas la même vocation qu’un article de recherche !

          1. Quand vous faites des mathématiques, vous pensez avec des mots ?

          Sans aucun doute. Des mots, des images.

          2. Si oui, dans quelle langue ?

          Cela dépend, en français ou en anglais. Je ne pense pas que la langue utilisée fasse une grande différence pour moi, mais il est possible que cela varie d’un mathématicien à un autre.

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  • La bibliothèque de Babel

    le 9 mars 2010 à 13:06, par Aurélien Djament

    Certes les qualités littéraires d’un article scientifique sont assez secondaires (encore qu’un article bien écrit, y compris du strict point de vue linguistique, soit toujours plus appréciable qu’un article rédigé dans une langue indigente voire parfois incorrecte), est-ce pour autant que le langage, en mathématiques, se réduirait à un simple code où toute langue serait substituable à toute autre sans influencer les modes de pensée en quoi que ce soit ? Y aurait-il d’un côté la recherche dans les disciplines (littérature, philosophie...) où tout le monde s’accordera sans doute à reconnaître que la diversité linguistique est irremplaçable, et de l’autre de la recherche où le langage ne joue absolument aucun rôle, auquel cas il serait effectivement tout à fait judicieux de s’accorder une fois pour toutes sur un code international unique ? Même si on ne soutient pas complètement qu’« on ne pense que par le mot » (cela mériterait un vaste débat par ailleurs), peut-on nier le rôle structurant du langage dans toute forme de pensée humaine, y compris scientifique ?

    Certes, la traduction scientifique coûte cher. Est-ce une raison pour l’écarter ? Aux yeux de nombreux décideurs, la recherche fondamentale coûte aussi beaucoup trop cher pour une activité qui ne rapporte aucun bénéfice à court ou moyen terme aux actionnaires du CAC 40...

    Quant aux conférences internationales, elles pourraient très bien avoir plusieurs langues officielles, disposer dans certains cas de traductions (par exemple, au moins vers l’anglais pour les exposés dans une autre langue : si tout le monde est censé comprendre cette langue-là, cela ne devrait pas être si difficile à réaliser...) ; quoi qu’il en soit, même si on ne peut pas tout traduire directement de n’importe quelle langue A à n’importe quelle langue B, ce n’est pas une raison pour ne pas le faire autant que possible. Que tous les mathématiciens disposent de rudiments d’anglais pour comprendre les articles qui ne seraient pas écrits dans une autre langue qu’ils comprennent ou des exposés de conférence, pourquoi pas, de là à imposer l’anglais comme langue unique pour tous les travaux de la discipline, il y a un pas qu’il est à mon avis dangereux de franchir.

    Bien cordialement,

    A.D.

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  • La bibliothèque de Babel

    le 10 mars 2010 à 03:57, par B !gre

    Bonjour à tous,

    Je suis un peu étonné par la discussion également. Je ne suis pas mathématicien, mais je travaille dans un domaine (très) proche : l’informatique théorique. Et j’ai souvent besoin de résultats récents de mathématiques de différents domaines donc je suis habitué aux publications de maths.

    Il est toujours étonnant pour moi de voir le nombre de publications en français en maths, car la supposition de Stéphane est exacte, la proportion est bien moindre dans mon domaine. Je pense qu’on est en deçà de 0,1% (même si je dis ça un peu au hasard, je dois le reconnaître).

    Je ne vois pas l’intérêt de publier plus en français. Je comprends le fait qu’on écrira mieux dans sa langue natale, et j’envie régulièrement mes collègues anglophones de naissance. Mais il me semble qu’il y a quand même un côté « enfant gâté » à vouloir écrire en français : on a la chance d’avoir comme langue natale une langue relativement répandue. Si chacun écrivait dans sa langue, il serait sans doute difficile pour moi de lire certains articles en hongrois par exemple ! L’argument de la possibilité d’écrire les articles dans sa propre langue, puis de les traduire ne me semble pas pertinent puisque rien n’empêche à l’heure actuelle un chercheur de fonctionner ainsi (je ne préfère pas à titre personnel). Et il me semble naturel que les seules versions publiées soient les versions anglophones car ce sont les seules dont on est sûr qu’elles puissent être relues par des reviewers (qui n’ont aucune raison de comprendre le français).

    En gros, le fait de tout publier en anglais me semble fort pratique, et je n’arrive pas à y voir d’inconvénient réel. Je rajoute aussi qu’en informatique, les conférences ont bien plus d’importance qu’en mathématiques (je veux dire pour ce qui est de la valorisation des travaux, non qu’elles sont plus utiles par exemple). C’est je crois essentiellement culturel, mais toujours est-il que de ce fait, parlant souvent pour un auditoire où beaucoup de nationalités sont représentées, s’exprimer dans la langue comprise par tous est tout à fait logique.

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    • La bibliothèque de Babel

      le 10 mars 2010 à 16:21, par Aurélien Djament

      Mais il me semble qu’il y a quand même un côté « enfant gâté » à vouloir écrire en français : on a la chance d’avoir comme langue natale une langue relativement répandue.

      Que dire alors des anglophones ?

      L’argument de la possibilité d’écrire les articles dans sa propre langue, puis de les traduire ne me semble pas pertinent puisque rien n’empêche à l’heure actuelle un chercheur de fonctionner ainsi.

      Rien n’empêche de fonctionner ainsi... sauf que toute la charge de traduction restant au chercheur, qui a de plus en plus de contraintes liées à l’invasion des contrats (à écrire aussi, souvent, en anglais...) et à la pression bibliométrique, il s’abstiendra le plus souvent.

      le fait de tout publier en anglais me semble fort pratique, et je n’arrive pas à y voir d’inconvénient réel.

      Le fond de la pensée ou de l’écriture est-il donc indépendant de la langue ? C’est un point auquel aucun des défenseurs de l’hégémonie d’une langue unique se répond sérieusement, me semble-t-il.

      Bien cordialement,

      A.D.

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      • La bibliothèque de Babel

        le 10 mars 2010 à 18:19, par B !gre

        Il y a attitude d’« enfant gâté » de la part de certains anglophones qui ne font pas d’effort particulier dans l’écriture de leurs articles : j’ai assisté il y a peu à un débat dans lequel l’un des protagoniste trouvait ridicule qu’un article puisse être « mal vu » par un relecteur car comprenant trop d’abréviations (don’t, it’s) voire même omettait certaines apostrophes dans les abréviations. Et il ne comprenait manifestement pas que les raccourcis d’écriture et les libertés prises avec la syntaxe puissent gêner les non-anglophones. Mais à part ce genre de cas, rare je pense, il ne s’agit pas du même problème selon moi : la langue la plus parlée (je ne parle pas de langue natale la plus répandue) est l’anglais et de loin, donc il est normal que nous fassions tous l’effort d’écrire en anglais. Et pour les anglophones, c’est certain qu’ils ont un avantage, à nous d’être meilleurs scientifiquement ! D’ailleurs, les matheux français n’ont pas trop à rougir de ce point de vue là.

        Le problème des langues se voit dans certaines disciplines éloignées des nôtres. Des chercheurs étudiant le latin m’ont parlé des articles qui ré-inventent la roue dans une nouvelle langue (en particulier, des américains qui ne prennent pas la peine de lire la littérature existante en italien). Je suis bien content que ce genre de problème n’arrive pas chez nous.

        Enfin, je ne suis pas défenseur de l’hégémonie d’une langue unique, je suis au contraire un fervent défenseur du français, par exemple dans l’enseignement en France, mais pour autant il ne me semble pas qu’on mette en péril notre langue en publiant en anglais ! Et pour la pensée, mon avis est que si l’on a besoin de recourir aux subtilités de sa langue maternelle pour exprimer une idée, il sera dur pour un non-francophone de la comprendre. Et donc même si notre pensée se fait en français et que l’on a du mal à la retranscrire exactement en anglais, il faut selon moi faire l’effort sous peine de ne pas être compris d’un grand nombre de personne.

        P.S. : Je suis désolé si mes affirmations peuvent laisser penser que je suis très sûr de moi (sur ce sujet), ce n’est pas le cas ! Mais je me fais l’avocat du diable...

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  • La bibliothèque de Babel

    le 11 mars 2010 à 08:43, par Gaston Rachlou

    Deux perles, issues de commentaires ci-dessus :

    « J’estime pour ma part que le quasi monopole d’une langue dans les publications mathématiques est une bénédiction. »

    « Je ne vois pas l’intérêt de publier plus en français. Je comprends le fait qu’on écrira mieux dans sa langue natale, et j’envie régulièrement mes collègues anglophones de naissance. Mais il me semble qu’il y a quand même un côté « enfant gâté » à vouloir écrire en français : on a la chance d’avoir comme langue natale une langue relativement répandue. »

    Le secret d’une colonisation réussie, c’est la servitude volontaire des colonisés.

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    • La bibliothèque de Babel

      le 11 mars 2010 à 14:43, par Yvan Velenik

      Le secret d’une colonisation réussie, c’est la servitude volontaire des colonisés.

      Non, mais c’est vraiment n’importe quoi. Avez-vous seulement lu les arguments donnés précédemment ? Je ne vois pas en quoi il y a colonisation, au seul prétexte que l’anglais est devenu la langue universelle en science. Que ce soit l’anglais n’a aucune sorte d’importance, ce pourrait être l’esperanto et ça ne changerait rien : les avantages liés à un langage commun entre tous les scientifiques sont largement plus importants que les querelles absurdes sur la défense de la langue ! Il y a bien d’autres lieux où la défense du français et du patrimoine qui lui est lié est justifiée, mais pas en sciences.

      Je me demande dans quelle mesure on trouve aussi gênant cette domination de l’anglais dans les autres pays non anglophones... Je pense que ça doit être une pathologie bien franco-française (on se souvient de l’hilarante loi Toubon !).

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      • La bibliothèque de Babel

        le 11 mars 2010 à 18:44, par Emmanuel Kowalski

        Le secret d’une colonisation réussie, c’est la servitude volontaire des colonisés.

        Comme la réponse précédente, je trouve cet argument absurde dans le contexte de la communication scientifique.

        Je me souviens d’avoir vu des conversations similaires avec des collègues qui, indignés de voir le poids de la langue anglaise dans les écrits scientifiques de chercheurs français, n’avaient aucun scrupule apparemment à écrire leurs messages avec Microsoft Outlook sur un ordinateur utilisant Microsoft Windows.

        Personnellement, j’essaye d’écrire suivant le principe que « le lecteur a raison » ; j’ai écris un livre en français parce qu’il s’agissait de la rédaction de notes préparées durant un cours de DEA donné dans une université française pour des étudiants francophones. Par contre, l’audience que je recherche pour mes articles de recherche (les collègues les plus concernés) est en très grande majorité non-francophone, et je les écris en anglais. Cela me semble un principe de base de toute communication scientifique : essayer d’être aussi clair que possible vis-à-vis de la communauté la plus grande possible. (Et cela rend l’écriture scientifique complètement différente de l’écriture littéraire).

        Ceci dit, on peut espérer que d’ici 30 ou 40 ans, la traduction automatisée en temps réel permettra de résoudre l’essentiel de ces problèmes...

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        • La bibliothèque de Babel

          le 15 mars 2010 à 08:04, par Aurélien Djament

          Bonjour à tous,

          Je comprends très bien que la question de l’hégémonie d’une langue dans le domaine de la communication scientifique soulève de nombreuses questions spécifiques qui dépassent les débats linguistiques généraux, mais il me semble pour autant désinvolte de balayer toute mise en perspective dans le contexte d’une politique linguistique très claire.

          J’ai du mal à admettre qu’il soit totalement indifférent que la langue quasi-unique de la communication scientifique soit l’anglais : qui l’a choisie ? Est-ce un hasard si cette même langue est progressivement imposée de façon beaucoup plus générale (titres de films en anglais non traduits, noms d’enseignes de magasin français en anglais, produits systématiquement nommés selon des appellations anglophones dans certains secteurs, invasion des publicités en anglais, hégémonie de l’anglais dans l’apprentissage des langues étrangères, etc.) ? J’ai l’impression que les arguments des défenseurs de l’état de fait linguistiques se résument pour beaucoup à une justification du fait accompli - on ne se pose pas de questions sur le pourquoi, on trouve cela pratique puisque la langue choisie comme langue unique est censée être connue par tout le monde (du coup, ce serait une question de bon sens ou de politesse de s’y exprimer systématiquement dès lors que tout le monde n’a pas forcément la même langue maternelle dans un cercle donné).

          Un autre point non abordé qui interroge : l’hégémonie de l’anglais s’accompagne d’une grave régression dans l’apprentissage de la langue française. L’une des sources importantes de difficultés des étudiants, y compris en mathématiques, provient à mon avis de leur piètre maîtrise de notre langue, qui les gêne pour exprimer et structurer clairement leurs raisonnements. Mais peut-être la généralisation des cours en anglais voulue par notre ministre de l’enseignement supérieur améliorera-t-elle la situation ? Ou pensez-vous que les progrès de la traduction automatique permettront de s’affranchir d’apprendre réellement une langue, avec son vocabulaire, sa grammaire, ses tournures idiomatiques et subtilités innombrables ?

          Je crois qu’il y a là matière à réflexion.

          Bien cordialement,

          A.D.

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          • La bibliothèque de Babel

            le 15 mars 2010 à 11:30, par Yvan Velenik

            J’ai du mal à admettre qu’il soit totalement indifférent que la langue quasi-unique de la communication scientifique soit l’anglais : qui l’a choisie ?

            En toute honnêteté, je ne comprends pas pourquoi cette question est importante (à moins d’être sociologue, historien, etc.).

            De même, ce n’est certainement pas un hasard si l’anglais s’est imposée dans de si nombreux domaines, comme vous le soulignez. Et alors ? Cela n’empêche personne ni de publier des livres (ou films, etc) en français, ni d’en lire. Je ne vois donc pas vraiment en quoi cette domination de l’anglais est si dangereuse pour la culture française. Bien entendu, le français change de par son contact avec l’anglais, mais il s’agit d’un processus naturel pour toutes les langues vivantes.

            J’ai l’impression que les arguments des défenseurs de l’état de fait linguistiques se résument pour beaucoup à une justification du fait accompli - on ne se pose pas de questions sur le pourquoi [...]

            En effet, je ne vois pas du tout l’importance du pourquoi. La langue de la science aujourd’hui est l’anglais (comme c’était le latin à une autre époque). C’est un fait, et à mon avis publier en français pour lutter contre cela me semble franchement inutile : il n’y aucun gain à espérer, et certainement un coût (lectorat potentiel réduit, etc).

            Pour moi, tout cela fait très « irréductibles Gaulois »...

            [...]du coup, ce serait une question de bon sens ou de politesse de s’y exprimer systématiquement dès lors que tout le monde n’a pas forcément la même langue maternelle dans un cercle donné.

            Cela me semble évident, non ?

            Un autre point non abordé qui interroge : l’hégémonie de l’anglais s’accompagne d’une grave régression dans l’apprentissage de la langue française.

            Qu’il y ait une régression dans l’apprentissage de la langue française, c’est possible. Par contre, je ne vois pas pourquoi vous l’imputez à l’hégémonie de l’anglais. Il y a bien d’autres raisons beaucoup plus évidentes, à commencer par une diminution drastique des exigences scolaires.

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          • La bibliothèque de Babel

            le 15 mars 2010 à 14:54, par Vincent Beffara

            J’ai du mal à admettre qu’il soit totalement indifférent que la langue quasi-unique de la communication scientifique soit l’anglais : qui l’a choisie ? Est-ce un hasard si cette même langue est progressivement imposée de façon beaucoup plus générale (titres de films en anglais non traduits, noms d’enseignes de magasin français en anglais, produits systématiquement nommés selon des appellations anglophones dans certains secteurs, invasion des publicités en anglais, hégémonie de l’anglais dans l’apprentissage des langues étrangères, etc.) ?

            Le fait que l’anglais soit la langue véhiculaire de la science n’est certes pas le fait du hasard, comme tu le laisses entendre. C’est la conséquence directe de l’hégémonie des États-Unis dans un certain nombre de domaines. Ce point particulier ne prête guère à controverse (et je suis d’accord avec Yvan pour dire qu’il n’a pas un grand intérêt en soi en ce qui concerne les maths). On peut trouver cette hégémonie discutable ou souhaitable, mais c’est un fait qu’elle existe.

            Maintenant, le parallèle (et le procès) que tu tires un peu vite de ce fait serait que le choix de l’anglais soit également un instrument de cette domination. C’est pour moi loin d’être évident (en tout cas je ne vois pas bien comment ça pourrait être le cas - je suis peut-être naïf, mais j’ai l’impression que si tous les Français se mettaient à publier en français, l’effet serait au contraire une marginalisation plus ou moins immédiate de la science française avec pour effet justement de renforcer l’hégémonie américaine ...).

            (du coup, ce serait une question de bon sens ou de politesse de s’y exprimer systématiquement dès lors que tout le monde n’a pas forcément la même langue maternelle dans un cercle donné).

            Exactement. C’est la moindre des politesses que de parler à quelqu’un dans une langue qu’il comprend, dès lors qu’on en est capable. Concernant les articles, l’anglais est la seule langue dont on peut être sûr qu’un lecteur potentiel la comprendra (au moins assez pour saisir le fond mathématique), donc on utilise celle-là. En conférence c’est la même chose, sauf dans le cas d’une rencontre où tout le monde est francophone. Même dans le cas d’un exposé de séminaire, si il y a 20 membres d’un labo français, ou plus généralement d’un pays non anglophone, et un unique invité étranger, on fait l’exposé en anglais bien sûr ! Je n’imaginerais pas une seconde de parler français en présence d’un non-francophone dans un contexte (scientifique ou non) où tout le monde comprendrait l’anglais.

            Cela dit, quand je dis « on », je parle de « ma » communauté mathématique, ce qui m’amène à une constatation dont j’aimerais bien connaître l’explication. La question de la langue de publication est récurrente entre matheux, et il y a une séparation assez claire dans les opinions : dans mon expérience, les matheux dits « purs » sont les seuls, à de rarissimes exceptions près, à même envisager la publication en français comme souhaitable ; les matheux dits « appliqués » ne se posant même pas la question. Les mathématiques « pures » sont-elles plus « littéraires » ?

            Quant au relativisme linguistique, ou simplement au fait qu’on réfléchit mieux dans une langue qu’on maîtrise mieux, d’une part je ne ressens pas ce genre de distinction en maths (quand je réfléchis à des maths, je n’ai pas l’impression de le faire dans une langue particulière mais plutôt « en maths » ou surtout graphiquement) - enfin, cela diffère d’un matheux à l’autre ; mais surtout, je ne vois pas bien le rapport avec le schmilblik : personne ne demande aux matheux français de réfléchir en anglais, et l’effort de la rédaction elle-même en anglais est tellement négligeable par rapport au reste du processus que la question me semble vraiment secondaire ...

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            • La bibliothèque de Babel

              le 15 mars 2010 à 16:54, par Yvan Velenik

              Les mathématiques « pures » sont-elles plus « littéraires » ?

              La question est intéressante. Après un rapide test sur Zentralblatt (100 papiers en français les plus récemment référencés), il semble effectivement y avoir un biais de ce type. Ceci dit, il semble également y avoir un nombre assez important de papiers de maths vraiment appliquées (par opposition au type de maths que nous faisons toi et moi, qui sont peut-être plus « concrètes » que véritablement appliquées ;) ).

              Je pense que l’aspect « hard maths »/« soft maths » joue probablement un rôle : il me semble qu’un papier d’« analyse dure » tend à avoir substantiellement moins de « texte » qu’un article sur la théorie des catégories...

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  • La bibliothèque de Babel

    le 12 mars 2010 à 10:29, par Christine Huyghe

    Malgré toutes les objections qu’on peut avoir, écrire des articles de mathématiques en français est un réel plaisir. Ce qui se conçoit bien s’énonce mieux dans sa langue maternelle. Dans certains domaines des mathématiques, c’est encore possible, alors profitons-en ! D’autant je connais même un exemple récent d’article dans ces domaines, écrit en français par un
    mathématicien non francophone de naissance et publié dans une revue ... anglaise de renom.

    Signalons aussi que certains mathématiciens anglophones sont sensibles au charme des autres langues. Voici par exemple la citation en exergue du livre (en anglais) « Etale cohomology » de James Milne, tirée des « travailleurs de la mer » de Victor Hugo

    « La mer était étale mais le reflux commençait à se faire sentir. »

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    • La bibliothèque de Babel

      le 12 mars 2010 à 21:17, par B !gre

      Je comprends qu’« écrire des articles de mathématiques en français [soit] un réel plaisir ». Cependant, un article est une communication à d’autres scientifiques, et il ne fait pas perdre cela de vue à mon avis. On n’écrit pas un article d’abord pour « se faire plaisir » mais pour communiquer des résultats, des méthodes, ou que sais-je, à d’autres scientifiques.

      Pour « se faire plaisir », car ce n’est pas interdit !, il y a à mon avis deux possibilités. La première est la rédaction d’une version de nos articles en français, pour nous-mêmes ou pour une diffusion auprès de collègues francophones par mail ou autre, tandis qu’on écrira la version anglaise (sans plaisir peut-être) pour la communication des résultats via un journal. La deuxième est d’écrire d’autres articles en français, comme des articles de vulgarisation pour lesquels je pense que l’emploi de la langue vernaculaire est préférable, ou des livres à l’attention des élèves francophones.

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  • Exposés pauvres et sans vie

    le 15 mars 2010 à 12:28, par Michelle Schatzman

    Il me semble qu’on peut faciliter la tâche des malheureux qui doivent exposer en anglais, bien qu’ils n’y soient pas à l’aise. La première partie de la recette, c’est de ne pas se rendre trop malheureux à l’idée d’exposer dans une langue qu’on maîtrise mal. Ce qui rend l’exposé triste, c’est la tristesse qui s’empare de l’individu contracté par cette contrainte qu’il ne supporte pas.

    La deuxième partie de la recette, c’est de noter exactement les expressions qu’utilisent les indigènes qui exposent bien, quitte à aller leur demander les détails après l’exposé. L’apprentissage des langues est un art tout d’imitation !

    A part ça, la traduction dans les conférences scientifiques est généralement catastrophique, car les interprètes professionnels ne connaissent rien aux maths en particulier et aux sciences en général. Non seulement, ils ne peuvent pas donner vie à ce qu’ils ne comprennent pas, mais en plus, ils sont susceptibles de commettre de graves contresens. Surtout en maths, où on se sert si souvent de mots du langage naturel dans un sens technique...

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