La langue de chez nous

Piste verte 10 février 2016  - Rédigé par  Cédric Villani Voir les commentaires (20)

Quelle(s) langue(s) les mathématiciens doivent-ils utiliser pour communiquer entre eux ? Un débat fort ancien et davantage dominé par des questions politiques que par des choix rationnels.

Un langage global pour la science ?

En 2013, le géologue américain Scott Montgomery publiait un ouvrage intitulé « Does Science need a Global Language ? » [1]

Au terme de plus de 200 pages de discussion, Montgomery répondait YES... une réponse assez naturelle : activité globale, la science fonctionne selon des échanges globaux, et les articles de recherche doivent être accessibles à tous.

Mais comme on s’en doute, le débat est plus subtil, et l’ouvrage n’était pas tout entier consacré à la question posée : il traitait, plus généralement, du sujet délicat de la langue de communication de la science et de tout ce que cela implique. Car « language is power ».

Replaçons la discussion dans un contexte historique. En simplifiant à gros traits, on peut dire que la langue de la science fut d’abord le grec ; puis l’arabe ; puis le latin. La redécouverte des auteurs grecs anciens, traduits de l’arabe vers le latin, fut un bouleversement considérable en Europe au 13e siècle...

À la Renaissance, le latin s’impose comme la langue des échanges scientifiques internationaux, pour plusieurs siècles — Copernic, Galilée, Newton, Euler publient la plupart de leurs ouvrages majeurs en latin. En parallèle, les écrits scientifiques dans les langues communes [2] se multiplient ; c’est ainsi que Galilée rédige en italien ses ouvrages scientifico-polémiques Il saggiatore et Dialogo sopra i due massimi sistemi del mondo, ou qu’Euler rédige en français ses « Lettres à une jeune princesse allemande ». Les premières revues scientifiques apparaissent à Paris et Londres au 17e siècle, et l’on y publie dans la langue du pays.

Quand le latin passe de mode, les langues communes prennent leur envol. Pour les mathématiciens, la géométrie différentielle symbolise peut-être le mieux cette évolution : si Gauss publie son célèbre Theorema Egregium de 1827 en latin, c’est en allemand que son élève Riemann pose, un quart de siècle plus tard, les fondements d’une théorie générale des géométries non euclidiennes.

Cependant, il n’était pas question d’utiliser toutes les langues communes ; la multiplication des obstacles linguistiques aurait entravé la circulation des idées. D’un autre côté, comme les lettrés européens étaient tous, à cette époque, plus ou moins polyglottes, ce n’était pas un problème de laisser plusieurs langues coexister. Au 19e siècle, trois langues se dégagèrent donc : le français, l’allemand et l’anglais — et, dans une moindre mesure, l’italien. Ainsi, en 1905, Einstein publiait tous ses célèbres articles en allemand dans Annalen der Physik, la plus importante revue de physique de l’époque. De fait, l’allemand était alors la langue dominante en physique et en chimie, tandis que le français avait le leadership en mathématique.

Surviennent alors les Guerres Mondiales ! Anéantissement provisoire des sciences française et allemande à l’issue de la Première Guerre Mondiale ; boycott des scientifiques allemands ; montée en puissance d’une génération de scientifiques américains qui entendaient publier dans leur langue ; propulsion des universités américaines aux premiers rangs mondiaux, avec l’aide de l’essor économique et de l’immigration massive des scientifiques européens... Tout cela fit que l’anglais s’imposa comme langue dominante aussi bien en science que dans la culture mondiale. Au-delà de la simple communication, la domination linguistique était aussi source de puissance et de revenus, dans un monde où le maniement de la connaissance devenait un enjeu économique. Deux autres langues scientifiques notables du 20e siècle, le russe et le japonais, restèrent plutôt confinées dans leurs sphères d’influence respectives, et s’effacèrent finalement elles aussi.

Symbole de cette évolution : en 1924, Einstein prenait encore la peine de traduire l’oeuvre de Bose de l’anglais vers l’allemand ; vingt ans plus tard, nul n’y songeait plus. Autre symbole : dans l’entre-deux-guerres, Torsten Carleman, le plus grand mathématicien suédois de son temps, publiait en français, en allemand ou (bien plus rarement) en anglais ; de nos jours, ses brillants successeurs nordiques publient exclusivement en anglais. Quant à Annalen der Physik, elle est devenue une revue 100% anglophone, à la seule exception du titre !

En quête de la langue universelle des mathématiciens

Où se place la mathématique dans ce contexte ? Sans prétendre à une étude détaillée, on peut trouver un reflet de la problématique en étudiant les actes des Congrès Internationaux des Mathématiciens. [3]

Le Congrès International de 1900 se tenait à Paris : les comptes rendus en ont été établis en français, et gardent trace seulement d’une poignée de textes en anglais, sur un total de plus de 30 contributions. Les textes dits en allemand ont été traduits en français : c’est le cas de la célèbre contribution de Hilbert sur les « problèmes du futur ». Mais certains conférenciers allemands, comme Moritz Cantor (francisé en Maurice dans les comptes rendus !), se sont aussi adressés au public directement en français.

Sur le sujet des langues, deux autres choses attirent l’attention dans ces comptes rendus. La première est la présentation d’un dictionnaire de mathématique français/allemand, reflet de la position dominante de ces deux langues dans la discipline. La seconde est la mention d’une discussion animée autour, précisément, du thème qui nous intéresse : l’idée que les Académies du monde pourraient se mettre d’accord sur une langue internationale commune pour les sciences et le commerce. La proposition était soumise par Léopold Leau et Louis Couturat, mathématiciens et linguistes, qui plus tard seraient de grands promoteurs de l’Ido, une langue internationale construite dans la même veine que l’Esperanto. Les langues universelles étaient un sujet prisé des mathématiciens : Giuseppe Peano, de son côté, travaillait à l’Interlingua [4]... Il est intéressant, cependant, de relire le compte rendu du plaidoyer que fit Alexander Vasiliev, à l’occasion du congrès de 1900, en faveur d’un multilinguisme raisonné plutôt que d’une langue artificielle. [5]

Après la France, le Congrès de 1904 se devait d’être en Allemagne, et ce fut à Heidelberg. Les actes nous montrent que la langue allemande prit aussi son tour comme langue majoritaire ; et que l’on décida de publier les conférences dans la langue où elles avaient été données. Les conférences plénières nous offrent un bel exemple de partage : une en allemand, une en anglais, une en français, une en italien ! Et au total, 54 conférences en allemand, 18 en français, 7 en anglais, 2 en italien. En 1912, le Congrès se tient à Cambridge, et le nombre de communications en anglais fut sensiblement augmenté ; les mathématiciens anglais se félicitaient de sortir de leur relatif isolement.

Pour résumer : au début du 20e siècle, les langues mathématiques dominantes sont le français et l’allemand ; entre les deux il y a rivalité mais aussi un dialogue très fourni ; l’anglais et l’italien sont pratiqués internationalement mais nettement derrière ; il y a cependant une conscience aiguë de la question linguistique globale.

En 1920, le Congrès reprend, après l’interruption de la guerre ; pour des raisons politiques sa tenue est honteusement imposée à Strasbourg, et les Allemands et Autrichiens en sont exclus ! Environ 80% des communications y sont en français, et le reste en anglais (à l’exception d’un seul article en allemand, d’un mathématicien suisse). En 1924, les puissances vaincues sont toujours exclues du Congrès ; la plupart des grands pays souhaitent leur retour... mais les Français (bafouant tout à la fois les valeurs de la France et celles de la science) continuent à s’y opposer ! [6] Ce n’est qu’en 1928 à Bologne que le Congrès revoit toutes les grandes nations mathématiques présentes, et les quatre langues principales bien représentées : français 127, italien 116 (un score très gonflé par le lieu du Congrès !), anglais 54, allemand 47 ; s’y ajoutent une poignée de contributions en espagnol, une en hongrois, une en latin (la langue qu’utilisa aussi le Recteur de l’Université de Bologne pour son discours). Ensuite jusqu’au Congrès de 1936, c’est essentiellement un jeu à trois langues : français, allemand, anglais.

Mais au premier Congrès d’après-guerre, en 1950, la donne a changé radicalement : l’allemand a disparu pour ne jamais revenir, et l’on assiste au triomphe de l’anglais, face à une minorité française. En 1978 à Helsinki, les actes tout entiers sont en anglais, sauf 6 articles en russe et un en français. En 2006 à Madrid, un seul article était en français, tout le reste en anglais ; idem en 2014 à Séoul.

Pour interpréter cette spectaculaire concentration linguistique, nous avons donc en premier lieu les évolutions géopolitiques mondiales, ensuite la croissance mathématique américaine du milieu du 20e siècle (en partie due à son essor interne, en partie due à l’émigration européenne). Et le fait que le français ait pu continuer à exister comme langue internationale, même à une si faible dose, est certainement dû à la fois à la fierté française, et à l’influence d’auteurs majeurs qui ont publié en français (Bourbaki et sa « grande famille », Grothendieck et son école de géométrie algébrique, Meyer—Dellacherie et leur école probabiliste...).

What next ?

Fait emblématique de la prédominance nouvelle de l’anglais, en 1967 Eugene Garfield (spécialiste de l’information, inventeur du très décrié ISI Web of Science et du sinistre Impact Factor) se reposait la question de la langue universelle de la science ; il constatait l’échec des langues dites construites, et concluait que « in written communication English has become the international language of science ». [7] Il n’est pas anodin de voir que celui qui s’intéressait à cette question était l’homme qui incarnerait la commercialisation de l’information scientifique !

La domination anglophone des échanges scientifiques internationaux est-elle révoltante ? Cette question est soumise à débats récurrents, dans le monde scientifique et dans le monde politique, mais on peut donner plusieurs raisons pour s’y résoudre, jusqu’à nouvel ordre.

D’abord, toute l’histoire linguistique est liée à l’histoire politique, et les langues se sont imposées à travers les liens de domination internationale, guerres de colonisation, etc. C’était déjà le cas à l’époque des conquêtes romaines, et le succès international du français est aussi dû massivement à de tels facteurs. Quantité de pays colonisés ont compris qu’ils avaient intérêt à garder cet héritage comme facteur d’unité et d’enrichissement culturel, même s’il rappelait une période sombre. D’ailleurs, le mouvement d’arabisation des sciences a entraîné, dans certains pays partagés entre la langue arabe et la langue française, une confusion extrême.

Ensuite, l’histoire montre bien que l’Europe continentale, et plus particulièrement le couple franco-allemand, doit s’en prendre avant tout à soi-même pour avoir perdu sa position dominante — sans les guerres mondiales, la question de la langue des sciences aurait pu prendre un tour radicalement différent.

Enfin, réintroduire du multilinguisme par principe est aujourd’hui beaucoup plus problématique qu’à l’époque où Vasiliev prenait parti pour cette solution. D’abord parce qu’il est encore plus dur de recréer un multilinguisme que de le préserver ; ensuite parce que la compétition scientifique est devenue fort dense et que les articles luttent ferme pour attirer l’attention d’un maximum de lecteurs potentiels ; enfin et surtout parce qu’entretemps la science a connu un mouvement de globalisation inouï, et que la majorité des scientifiques dans le monde n’ont pas une langue européenne pour langue natale. Cela ne posait guère de problème d’exiger d’un européen la pratique de trois ou quatre langues européennes, mais au nom de quel droit le demanderions-nous à un jeune Chinois qui a déjà, de manière fort compréhensible, le plus grand mal à maîtriser une langue européenne ?

Dans le cas particulier du français, on peut donner en outre un argument pour, et un argument contre. L’argument pour, c’est que le français n’a jamais complètement disparu comme langue internationale en mathématique, et que si l’on voulait favoriser l’émergence d’un concurrent à l’anglais, ce serait le candidat naturel. Et l’argument contre, c’est que c’est dans l’esprit français que de toujours rechercher une solution universelle (comme déjà en 1900) ; vouloir réintroduire le français alors que l’anglais a gagné la compétition, c’est vouloir jouer la France contre les valeurs françaises. Certes, ce ne serait pas la première fois !

Dans tout ce débat, jusqu’ici j’ai parlé de la langue de communication internationale. Mais l’existence d’une telle langue n’empêche pas la pratique d’autres langues communes, qui permettent de préserver une communauté qui se reconnaît des affinités (avec un enjeu majeur pour la France dans les décennies à venir, celui de l’Afrique francophone) ; de favoriser les échanges entre ses membres ; de leur fournir un environnement propice à la réflexion (car on pense toujours plus facilement dans sa langue natale) ; et d’entretenir des patrimoines culturels. Et l’anglais, langue internationale, n’empêchera certainement pas que des cours, des exposés, des encadrements, des transmissions se fassent en français. Dans mon expérience, un chercheur français pratiquant une activité internationale, voyageant beaucoup tout en gardant un poste en France, utilisera l’anglais et le français à parts à peu près égales, ou du moins comparables, dans son activité mathématique.

Mais dans le futur, la donne peut-elle changer ?

Un fait linguistique contemporain majeur est l’émergence de traducteurs automatiques performants. On objectera que ces traducteurs ne sont pas encore vraiment performants, mais si l’on observe la vitesse de leurs progrès, on peut admettre que ce n’est qu’une question de moyen terme. Ces progrès sont principalement dus à l’émergence de techniques dites d’apprentissage automatique (machine learning), basées sur l’assimilation de montagnes d’exemples, plutôt que par la dissection de règles ; des techniques qui, par certains côtés, sont plus proches de la méthode instinctive avec laquelle les enfants apprennent les langues. Une caractéristique importante de ces traductions est que leur qualité s’accroît avec la quantité de corpus « bilatéraux » : plus on a de textes traduits de la langue X vers Y, meilleure sera la qualité de la traduction à venir.

Rêvons un peu et imaginons que dans le futur on suive la voie de la traduction automatique pour la publication de la recherche scientifique internationale (parce que l’effort sera moindre pour les auteurs, parce que les contribuables non anglophones seront heureux de pouvoir consulter le fruit de recherches publiques, parce que ce sera l’occasion justement de faire revivre d’autres langues...). Et supposons qu’une commission internationale soit mise sur pied pour, précisément, déterminer la meilleure marche à suivre. Quelles pourraient être ses recommandations ?

On peut imaginer au moins trois scénarios.

Le premier pourrait être appelé l’Option Tour de Babel : chacun publie dans sa langue, chacun décrypte dans sa langue. Bien sûr, les utilisateurs des langues minoritaires seront défavorisés par rapport aux autres, parce que la qualité de la traduction sera affectée par le petit corpus de traductions ; en particulier pour la traduction d’une langue rare vers une autre langue rare. Au passage, mon expérience d’éditeur me laisse penser que le chinois deviendra rapidement la langue la plus représentée.

Le second pourrait être l’Option Universaliste : chacun traduirait son texte dans une langue universelle (qui pourrait être l’anglais, ou le latin, ou l’Esperanto, ou l’Ido, même si mon choix va bien évidemment au français en premier lieu ;-) ) ; et chacun décode de cette langue universelle vers la sienne. Un avantage de cette option est de créer un corpus énorme pour la langue universelle, et d’éviter les problèmes de traduction d’une langue rare vers une autre. En outre, si chaque utilisateur a des notions de la langue universelle, retouche systématiquement la traduction et publie les deux textes côte à côte, cela augmentera le corpus, l’idée étant que l’on corrige plus facilement son texte que le texte d’un autre. (Garfield argumentait qu’il était impossible, pour des questions de place, de publier des traductions simultanées en anglais, français, allemand, japonais, russe... mais maintenant, la place de stockage ne coûte plus rien, ou presque.) Alternativement, l’éditeur pourrait se charger de faire l’édition du texte dans la langue universelle ; et des linguistes pourraient faire leur apparition dans les comités des revues...

Et le troisième pourrait être l’Option Altruiste : chacun traduisant son texte dans une langue choisie au hasard (selon un algorithme probabiliste à mettre au point ?) avant de le publier. Et chaque langue aurait des éditeurs (travaillant pour des journaux variés) qui reliraient le texte traduit automatiquement, pour l’améliorer avant publication. Cette option, qui peut paraître farfelue de prime abord, a un petit parfum de l’époque où les scientifiques publiaient dans des langues variées, et aurait l’avantage de participer à la préservation des langues. Où faudrait-il imposer des limites : irait-on jusqu’à traduire des textes dans des langues mélanésiennes, dans des alphabets qui n’ont jamais été usités jusqu’à présent en science ? Qui sait ?

Quelle que soit l’option choisie, un problème important se posera en pratique : la traduction scientifique n’est pas juste un cas particulier de la traduction du langage courant ! D’abord parce que les corpus de textes sont bien plus petits, ensuite parce que les mots en science ont des sens précis, et parfois fort différents de ceux du langage courant, enfin parce que certains mots scientifiques n’ont pas d’équivalent dans certaines langues. (En contrepartie, on pourra argumenter que la diversité des tournures et formules au sein des articles scientifiques est très inférieure à celle de la langue littéraire. [8])

Et en mathématique, se posera aussi la question du traitement des formules TeX, mais on peut argumenter que ce sera facilité par la standardisation très avancée de ces expressions — à condition qu’il se trouve des développeurs suffisamment motivés pour travailler sérieusement sur la question.

Mathematics lost in mathematical translation

Pour conclure je ferai un petit test à partir du premier énoncé de mon gros livre sur le transport optimal, écrit en anglais (et en TeX) :

Let $(X,\mu)$ and $(Y,\nu)$ be two Polish probability spaces ; let $a:X\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ and $b:Y\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ be two upper semicontinuous functions such that $a\in L^1(\mu)$, $b\in L^1(\nu)$. Let $c:X\times Y\to \mathbb{R}\cup\{+\infty\}$ be a lower semicontinuous cost function, such that $c(x,y)\geq a(x) + b(y)$ for all $x,y$. Then there is a coupling of $(\mu, \nu)$ which minimizes the total cost $E c(X,Y)$ among all possible couplings $(X,Y)$.

Si je le traduis en bon français moi-même, j’obtiens :

Soient $(X,\mu)$ et $(Y,\nu)$ deux espaces de probabilité polonais ; soient $a:X\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ et $b:Y\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ deux fonctions semicontinues supérieurement telles que $a\in L^1(\mu)$, $b\in L^1(\nu)$. Soit $c:X\times Y\to \mathbb{R}\cup\{+\infty\}$ une fonction de coût semicontinue inférieurement, telle que $c(x,y)\geq a(x) + b(y)$ pour tous $x,y$. Alors il existe un couplage de $(\mu, \nu)$ qui minimise le coût total $E c(X,Y)$ parmi tous les couplages $(X,Y)$ possibles.

Si je le traduis en français par Google Translate, j’obtiens (en préservant les formules TeX) :

Soit $(X,\mu)$ et $(Y,\nu)$ deux espaces de probabilité polonais ; soit $a: X\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ et $b:Y\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ deux fonctions supérieures telles que semicontinues $a\in L^1(\mu)$, $b \in L^1(\nu)$. Soit $c:X\times Y\to\mathbb{R}\cup\{+\infty\}$ un semi inférieure fonction de coût, de telle sorte que $c(x,y)\geq a(x)+b(y)$ pour tous $x,y$. Ensuite, il ya un couplage de $(\mu,\nu)$ qui minimise le coût total $E c(X,Y)$ parmi tous les possibles accouplements $(X,Y)$.

Ce n’est pas si mal ! On peut reprocher quelques soucis de tournure, mais on comprend assez bien de quoi il est question. Qu’advient-il maintenant si je fais la même chose avec un intermédiaire : je traduis de l’anglais vers le chinois puis du chinois vers le français ? Voici le résultat que j’obtiens :

Soit $(X,\mu)$ et $(Y,\nu)$ deux espace de probabilité polonaise ;
Soit $a:X\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$ et $b:Y\to\mathbb{R}\cup\{-\infty\}$
Deux fonction semi-continue supérieure, donc dans $L^1(\mu)$ $a$\, $b\in L^1(\nu)$.
Soit $c:X\times Y\to\mathbb{R}\cup\{+\infty\}$ est moins de la moitié
La fonction de coût, de telle sorte que $c(X,Y) \geq a(x)+b(y)$ de l’ tout $x,y$.
Ensuite, il ya l’$(\mu,\nu)$ minimiser le couplage
Le coût total de warrants $(X,Y)$ ALL $(X,Y)$ couplage entre le possible.

Pour le coup, on ne comprend même plus vraiment de quoi il est question... C’est peut-être une nouvelle façon d’écrire de la poésie (couplage entre les possibles ?), comme dans un excellent roman de Philip K. Dick où les doubles traductions sont utilisées pour produire des rébus.

Alors ? La révolution de la traduction scientifique automatique est peut-être inéluctable, mais je suis prêt à parier qu’elle n’est pas pour demain. Learning English is still a good idea.

Post-scriptum :

Remerciements à Simon Billouet, Maxime Bourrigan, Matthieu Jacquemet, Patrick Popescu-Pampu, Michele Triestino et les relecteurs dont les pseudonymes sont Mateo_13 et fluvial pour leurs commentaires sur cet article

Notes

[1On pourra consulter la recension à http://bulletin.acscinf.org/node/543

[2« commune » au sens de « parlée communément », et non de « partagée » !

[3Tous les actes (sauf ceux du Congrès de Séoul 2014, faciles à trouver par ailleurs) sont recensés à http://www.mathunion.org/ICM/

[4Pour être précis, l’Interlingua a désigné plusieurs projets linguistiques ; celui de Peano s’appelle aussi Latino sine flexione.

[5« M. Vassilief estime que le mouvement qui a pour but d’introduire une langue universelle est très sympathique et a de grandes raisons d’être, par suite de la variété rapidement croissante des langues qui sont employées maintenant par les savants pour la publication de leurs Ouvrages. Tandis que, dans le commencement du 19e siècle, il suffisait pour un savant de connaître le latin, le français et l’anglais (Gauss écrivait en latin), le nombre des langues employées dans la littérature scientifique a crû par suite des mouvements nationaux et continue à croître. Par exemple, dans ces dernières années, on a publié d’intéressants Mémoires mathématiques en langues serbe, croate et en langue petite-russienne [ukrainienne]. La grande ardeur avec laquelle les Japonais poursuivent les études scientifiques nous mettra en face d’une littérature japonaise si les savants japonais ne veulent plus faire œuvre d’abnégation en faveur des grands intérêts de la Science comme ils l’ont fait jusqu’ici. Ce sera pour la Science un grand péril que dix, vingt ou trente langues scientifiques ; néanmoins, M. Vassilief pense que ce n’est pas une langue artificielle, telle que la langue Esperanto, ou une langue morte comme le latin, qui puissent remplacer les langues vivantes, organismes dus au travail de plusieurs générations de penseurs et d’écrivains. Aussi est-ce, selon lui, dans une autre voie qu’il faut chercher la solution du problème posé par les propositions de M. Leau. Il faut exprimer le désir que les publications faites dans les langues peu répandues soient suivies par des résumés rédigés dans une langue plus connue dans le monde scientifique, comme le font maintenant les Académies de Copenhague, de Cracovie, la Société minéralogique de Saint-Pétersbourg ; il faut que les œuvres complètes des savants de premier ordre soient publiées en deux langues, comme l’a fait l’Académie de Saint-Pétersbourg pour les « Œuvres de Tchebycheff », que les Académies favorisent les Ouvrages tels que le « Dictionnaire mathématique français-allemand », de Félix Muller, ou la publication de l’« Encyclopédie mathématique » de Meyer et Burkhardt en langue française. En conséquence, M. Vassilief propose d’exprimer le vœu suivant, plus général que celui de M. Leau, et qui peut avoir plus de conséquences pratiques : que les Académies et Sociétés savantes de tous les pays étudient les moyens propres à remédier aux maux qui proviennent de la variété croissante des langues employées dans la littérature scientifique. Ce vœu est adopté par la majorité des congressistes présents. » (Voir http://gallica.bnf.fr/ark&nbsp ; :/12148/bpt6k994421/f30)

[6Bien sûr, ici je simplifie les choses ; il y avait, au sein des Français, ceux qui étaient favorables et ceux qui étaient opposés à la réintégration des « puissances centrales » ; en outre la science allemande était en train de devenir plus internationale que jamais malgré le boycott. Pour beaucoup plus de détails sur les évolutions culturelles de la communication mathématique internationale depuis la Première Guerre Mondiale, on pourra consulter l’analyse de Reinhard Siegmund-Schultze à Séoul :

Reinhard Siegmund-Schultze. « One hundred years after the Great War (1914-2014). A century of breakdowns, resumptions and fundamental changes in international mathematical communication. » Proceedings of the International Congress of Mathematicians, Seoul, 2014, Vol. IV, 1231-1253.
http://www.icm2014.org/en/vod/proceedings

[7Eugene Garfield. « English — An international language for science ? », Essays of an Information Scientist. Vol.1 p.19-20, 1967.
http://garfield.library.upenn.edu/essays/V1p019y1962-73.pdf

[8ce constat étant lui-même à nuancer pour de multiples raisons : les auteurs scientifiques ont des styles variés ; les rédactions varient en fonction des disciplines, des écoles, des époques et des individualités ; certaines oeuvres scientifiques majeures comme On the Origin of Species, Les Atomes, On Growth and Form... sont des oeuvres littéraires et scientifiques tout à la fois, etc.

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Pour citer cet article :

Cédric Villani — «La langue de chez nous» — Images des Mathématiques, CNRS, 2016

Crédits image :

Image à la une - Le logo provient de Wikimedia Commons. Il s’agit d’une photo prise le 19 Novembre 2015 à l’Institut Henri Poincaré par Marie-Lan Nguyen. Elle est accessible à l’adresse : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cedric_Villani_at_his_office_2015_n3.jpg

Commentaire sur l'article

  • La langue de chez nous

    le 10 février à 09:05, par Aurélien Djament

    Bonjour,

    Merci pour ce riche article qui aborde un sujet très important.
    Il me semble toutefois que plusieurs arguments en faveur du plurilinguisme sont minimisés ou manquants :

    • le paragraphe « Fait emblématique de la prédominance nouvelle de l’anglais, en 1967 Eugene Garfield (spécialiste de l’information, inventeur du très décrié ISI Web of Science et du sinistre Impact Factor) se reposait la question de la langue universelle de la science ; il constatait l’échec des langues dites construites, et concluait que « in written communication English has become the international language of science ». [7] Il n’est pas anodin de voir que celui qui s’intéressait à cette question était l’homme qui incarnerait la commercialisation de l’information scientifique ! » suggère pertinemment les liens entre les évolutions de l’édition scientifique et l’uniformisation linguistique des mathématiques. Il s’agit d’un aspect essentiel de la question ! L’invasion de critères d’évaluation quantitatifs assez standardisés constitue une catastrophe pour le monde de la recherche, dont elle nie le caractère original pour tenter de la subsumer sous le procès de production marchande. Cette évolution néfaste favorise mécaniquement la domination écrasante d’une seule langue ; inversement, une telle domination, qui tend à effacer la singularité de chaque mode de pensée (le problème n’étant pas seulement l’imposition de l’anglais comme langue quasi-unique, mais aussi celle d’un anglais standardisé très appauvri au détriment de la langue de Shakespeare), facilite ladite évolution.
    • En quelques décennies, les effectifs de chercheurs professionnels ont explosé dans le monde. Ce changement d’échelle facilite grandement les possibilités d’une recherche véritablement multilingue. De toute façon, avec des dizaines de milliers de mathématiciens dans le monde, peut-on sérieusement penser que certaines « écoles » (à entendre dans un sens neutre) ne vont pas émerger, que des formes de travail et de pensée différentes ne vont pas inévitablement apparaître malgré les tendances délétères à l’uniformisation ? La langue constituant un aspect essentiel de la pensée, profitons-en pour (re)créer une vraie diversité en la matière ! L’explosion de la communauté mathématique rend dérisoire l’argument selon lequel la diversité linguistique freinerait la communication entre collègues. Si les articles sont très peu lus, alors qu’ils sont presque tous rédigés dans une langue unique, c’est parce qu’il y a trop d’articles publiés (quantité favorisée par rapport à la qualité et à la nouveauté des publications) et pas assez de temps à consacrer à une réflexion de fond et de long terme, en raison de la course aux résultats, aux financements... qui nuisent de toute façon à la recherche. Rédiger davantage dans différentes langues aurait un effet néfaste négligeable sur la lecture et compréhension des textes mathématiques, en comparaison de tout cela. Enfin, la massification relative de la recherche rend beaucoup plus raisonnable l’emploi de traducteurs scientifiques de haut niveau (dans le système français, cela pourrait se faire par la création de postes d’ingénieurs de recherche dédiés) que ce n’était le cas il y a un siècle ; cette solution pour favoriser la diversité linguistique serait certainement préférable à l’emploi de logiciels de traduction automatique (lesquels nécessiteront en tout cas, pour se montrer efficaces, le contrôle et la rectification par des êtres humains spécialisés, au moins pendant une longue période).
    • Comme le montre l’article, les langues dominantes ont notablement varié au cours du temps, y compris sur des durées assez courtes, et il n’est pas dit que la domination écrasante de l’anglais demeure longtemps avec la montée en puissance scientifique et économique de la Chine. Dès lors, y compris sur le strict plan utilitaire, ne serait-il pas plus raisonnable de favoriser une vraie diversité linguistique pérenne ?
    • Par ailleurs, on ne peut pas ignorer que les scientifiques ne vivent pas complètement isolés du monde extérieur, et que l’invasion de l’anglais, en général sous la forme appauvrie du globish, constitue un phénomène très préoccupant qui dépasse de très loin des impératifs réels ou supposés de communication internationale. Quand des supermarchés ou produits destinés exclusivement aux consommateurs résidant en France sont systématiquement désignés par des appellations anglophones (penser à la téléphonie, mais il y a de plus en plus d’exemples, hélas), quand l’anglais s’impose de plus en plus au travail dans des entreprises françaises même en-dehors du travail avec des collègues étrangers, on a affaire à une politique délibérée de basculement linguistique qu’il me semble légitime de combattre. Les scientifiques ne peuvent faire abstraction de ce contexte, même pour ce qui touche directement aux aspects techniques de leur travail.

    Bien cordialement,

    Aurélien Djament.

    Répondre à ce message
    • La langue de chez nous

      le 10 février à 21:14, par Karen Brandin

      S’il fallait jouer sur les mots, lorsque l’on est confrontée jour après jour au « théorème de l’air », « théorème des valeurs interdites », courbes croissantes et autres points « d’afflictions », on se dit que soit l’on a été dans une autre vie une grande pécheresse et que tout se paie soit que les maths, même écrites en français, restent pour les élèves notamment une langue étrangère.

      Alors, bien sûr « on se comprend » comme ils disent mais n’empêche qu’on se bat pour continuer de d’oser regretter ces mots pour d’autres ...

      Répondre à ce message
    • La langue de chez nous

      le 21 février à 10:00, par Cédric Villani

      Merci Aurélien pour ce commentaire,

      Une question de fond est celle que tu proposes, selon laquelle l’augmentation considérable de la population scientifique permettrait sans dommage l’apparition de « sous-cultures » avec leurs langues propres. La suggestion est intéressante, mais peut se heurter à quelques fondamentaux de la recherche. Pour ma part, je pense qu’il est important par principe que tout mathématicien puisse avoir accès à n’importe quel article de recherche mathématique. Il s’agit, tout à la fois, de renforcer la cohésion de la communauté, et d’éviter que le groupe travaillant sur un sujet puisse se réduire par trop. Encore plus important, peut-être, est le fait qu’une grosse partie des progrès en recherche se font maintenant par interface entre domaines ; il convient donc, pour permettre cette interface, que l’on puisse avoir accès aux articles des gens qui sont « dans un autre domaine ».

      Sur la question du recrutement d’ingénieurs traducteurs, je crains que cette suggestion ne soit accueillie fraîchement par les organismes de recherche comme par les collègues, étant donnée la pression actuelle sur les postes.

      Nous nous rejoignons complètement sur la question de la domination économique, même si je ne pense pas qu’il s’agisse d’une politique délibérée — c’est juste le pouvoir d’invasion propre de la langue (je sais, je vais encore être accusé de naïveté...). Il est parfois très pénible d’entendre le jargon de français mâtiné d’anglais qui se pratique, sans aucune mauvaise intention, dans un contexte économique. Mon florilège personnel reste cet exposé dans lequel un chef de projet parlait de la nécessaire « expression des requirements pour un enabler de contexte corporate ». Et puis il y a les ROI, les KPI, les API, les OTT, etc. etc. à prendre avec sourire tout en se disant qu’il y a à coup sûr des équivalents français.

      Cela étant, j’ai aussi entendu à l’Institut Henri Poincaré, dans un exposé de physique en « français », la phrase mémorable selon laquelle « l’électron va vraiment jumper ». À prendre avec le sourire aussi !

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      • La langue de chez nous

        le 23 février à 16:31, par Maxime Bourrigan

        À propos de « expression des requirements pour un enabler de contexte corporate », je recommande cette courte vidéo (LIEN), parodie fort proche de la réalité :-)

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  • La langue de chez nous

    le 11 février à 09:19, par Thierry JOFFREDO

    Merci pour cet article ! Lorsque j’ai accédé pour la première fois à l’étage de la bibliothèque universitaire réservé aux étudiants de niveau maîtrise, je me souviens d’avoir découvert avec surprise la diversité des langues utilisées dans les revues mathématiques - anglais, allemand, italien, russe - avec une vague frustration de voir tout ce savoir m’être inaccessible...

    En creusant un peu le sujet, je vois qu’un essai d’étude d’un langage universel en mathématiques et en sciences a été engagé par Leibniz, qu’il nommait « Caractéristique universelle », dont on pourra lire les détails sur Gallica à l’adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k110843d/f64.image

    Si un-e philosophe passe par ici, peut-être pourra-t-il/elle nous en dire davantage ?

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  • La langue de chez nous (et de chez les autres)

    le 14 février à 19:43, par Quentin

    Bonjour,

    merci d’aborder ce sujet très intéressant sur lequel il y a en effet beaucoup à dire. Je partage totalement la réflexion d’Aurélien et pour aller plus loin je souhaiterais commenter la phrase « Et l’anglais, langue internationale, n’empêchera certainement pas que des cours, des exposés, des encadrements, des transmissions se fassent en français. ».

    Je ne sais pas si vous croyez vraiment ce que vous écrivez, mais je le trouve très naïf et je suis en total désaccord avec cela. Évidemment tout dépend ce que l’on met sous le mot « des » : oui il y aura sans doute des cours, exposés... en français mais ils se réduiront très rapidement à peau de chagrin si rien n’est fait ! Des exemples édifiants sont donnés par les pays-bas ou l’allemagne (par exemple) où trouver des cours avancé (L3 et plus) dans les langues de ses pays est très rare. Il suffira d’un étudiant étranger (voir aucun) pour que les cours se fassent en anglais ! Il faudrait que les politiques imposent des lois pour que cela change un peu, mais ils font le contraire (http://www.ambafrance-de.org/La-loi-autorise-desormais-les) et les raisons invoquées dans cet article sont très intéressantes...

    De plus, je pense de plus que la communication de personnes à personnes se fera de plus en plus en anglais. En effet, l’anglicisation des cursus imposera des routines, son vocabulaire et nous finira par nous faire penser en anglais... De se point de vu l’initiative de Bourbaki d’écrire un écrit de topologie algébrique est à saluer. Il réintroduit du français dans un monde saturé d’anglais !

    Mais bon, dans notre merveilleux monde tout est une marchandise, tout doit être évalué, tout doit être productif... et tant pis pour l’originalité, l’humour, la poésie...

    Amicalement.

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    • La langue de chez nous (et de chez les autres)

      le 21 février à 10:32, par Cédric Villani

      Merci Quentin pour ce commentaire.

      Pour répondre à la question — je crois toujours ce que j’écris, sinon je ne l’écrirais pas :-) Le constat s’appuie sur ma propre expérience : après 20 ans de carrière environ, je ne fais ni plus ni moins de cours en français qu’avant. Mes cours doctoraux récents à l’Université Claude Bernard se sont toujours tenus en français, mon récent FLOT (a.k.a. MOOC) était en français, mes cours aux élèves de l’ENS Lyon étaient en français, mes cours à l’IHÉS en français. Mon prochain séminaire Bourbaki sera bien sûr en français. Tout cela, simplement en me conformant aux attentes des institutions et aux contextes.

      Sur la question de demander aux politiques des lois en la matière : je pense que c’est une vraie mauvaise idée — nous sommes attachés, je crois, à l’indépendance, autant que possible, du monde universitaire vis-à-vis du politique, et nous (monde de la recherche, monde universitaire) maîtrisons certainement mieux les aspects du problème de la langue scientifique que le monde politique. Sur ce point c’est à la communauté scientifique de décider, pas au monde politique.

      Pour ce qui est de « nous faire penser en anglais », je pense que cela relève de la peur irraisonnée. D’une part, on a beau passer des années à l’étranger et parler en anglais une partie de sa vie, cela ne remplace jamais la langue maternelle, sauf à être complètement en immersion. Ensuite, la somme de toutes les heures que l’on passe à enseigner ou à suivre des cours, reste bien faible par rapport à toutes les heures qu’il y a dans une journée. Puis, l’anglais scientifique est bien pauvre pour exprimer toutes les subtilités que l’on attend d’une langue.

      Enfin et surtout, qu’on me permette de dire respectueusement que la France est fort mal placée pour déplorer l’anglicisation de la pensée : le vrai scandale linguistique français c’est le niveau consternant de la France en anglais. Si l’on en croit
      http://www.thelocal.fr/20151103/france-ranked-worst-in-eu-at-english
      notre pays si cultivé est le dernier des derniers en Europe dans cet exercice, malgré la grande similitude de nos langues --- comme on sait bien, le français a dominé l’anglais pendant trois siècles après l’invasion de 1066, Oxford dispensait ses cours en latin et en français, une proportion considérable des mots anglais sont issus du français, etc.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Influence_du_fran%C3%A7ais_sur_l’anglais

      Question : comment la France va-t-elle faire pour rattraper son RETARD en la matière ? Ce serait le sujet d’un autre article...

      Bien cordialement

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      • La langue de chez nous (et de chez les autres)

        le 23 février à 00:31, par Quentin

        Oui je me doutais que vous le pensez sincèrement, mais parfois il peut être utile d’exagérer pour provoquer des réactions ;-)

        Merci Cédric pour votre réponse pleine d’arguments très fondés ! Mais force est de constater que je reste en désaccord avec vous sur les points principaux.

        Oui bien sûr, on peut et on pourra encore à l’avenir faire des cours... en français et dans d’autres langues. Mais « Tout cela, simplement en me conformant aux attentes des institutions et aux contextes. » est le point clé de mon point de vu. Ces attentes évoluent et le sens de leur évolution me parait clair ! Je serais très curieux que vous nous redonniez votre point de vu dans dix ans par exemple ! :-)

        « Sur la question de demander aux politiques des lois en la matière : je pense que c’est une vraie mauvaise idée » Tiens donc, voila qui est curieux ! vous nous dites (à raison) dès le titre que les arguments de se débat sont plus « politiques » que « rationnels » et la politique n’aurait pas droit de citer. ;-)
        Vous concluez sur la phrase : « Sur ce point c’est à la communauté scientifique de décider, pas au monde politique. ». L’argumentaire que vous développez pour en venir à cette conclusion peut servir partout : pourquoi imposer des boursiers dans les grandes écoles (c’est à l’école de décider qui elle veut recevoir), pourquoi donner une duré légale du temps de travail (c’est dans l’entreprise que les besoins sont les mieux connus et que cela doit être réglé), pourquoi imposer un quota de film français dans les cinémas (c’est localement que les projectionnistes connaissent le goût du public)... On pourrais avec plus ou moins de mauvaise foi multiplier les exemples ;-) Mon point est que même si ce genre de lois peut avoir des effets pervers, voir contre-productif (ce pourrait être le cas sur le sujet qui nous réunit ici), je ne pense pas que rester entre-soi soit toujours la meilleur solution ! Dans ce cas Lafontaine nous apprenait déjà que malheureusement la plus part du temps « la raison du plus fort est toujours la meilleur » :-)

        « Puis, l’anglais scientifique est bien pauvre pour exprimer toutes les subtilités que l’on attend d’une langue. » Je suis tout à fait d’accord sur ce point : je me suis mal exprimer. Je parlais seulement de penser les problèmes mathématiques en anglais. Dans ce contexte je serais beaucoup moins définitif et d’accord avec Aurélien !

        « la France est fort mal placée pour déplorer l’anglicisation de la pensée : le vrai scandale linguistique français c’est le niveau consternant de la France en anglais. » Je partage votre première phrase mais pas pour la même raison. Les français ont détruit des milliers de langues (d’abord en France puis dans le monde). Et comme de nombreuses langues disparaissent chaque année et que la moitié des langues (encore parlées) pourraient avoir disparue dans un siècle alors, une de plus, une de moins...(http://www.lexpress.fr/informations/une-langue-disparait-tous-les-quinze-jours_640290.html)

        Le niveau en anglais des français est faible, et le problème est qu’ils ne sont pas meilleurs dans les autres langues ;-) Je pense que cela montre un manque de curiosité pour les autres langues et cultures qui malheureusement se ressent bien au delà des simples problèmes linguistiques... Ce serait en tout cas un très bon sujet d’article !!!

        Merci encore pour cet article et pour vos réponses extrêmement intéressantes.
        Amicalement.

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  • La langue de chez nous

    le 18 février à 18:01, par observateur

    Sur le même sujet, Laurent Lafforgue a écrit « Le français au service des sciences ».

    C’est sûr qu’il est plus rare d’utiliser le français en physique mathématique qu’en géométrie algébrique !

    D’autres références se trouvent sur
    http://science-francophonie.over-blog.com/2016/02/bibliographie-et-liens.html
    et sur
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Francophonie_et_publications_scientifiques

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  • La Grammaire des mathématiques

    le 21 février à 09:31, par barbaresco

    Aisé serait l’ouvrage, si des subtilités des idées, en communion avec nos semblables, nous partagions sans altérités l’essence. La langue maternelle restera pour ce défi, toujours la plus adaptée ; car on ne pense pas avec des mots mais avec des émotions.

    Sur cette difficulté de la langue en général et des mathématiques en particulier, Jean-Pierre Serre soulignait à juste titre le problème premier de bien écrire les mathématiques ("Wrtiting Mathematics badly : http://www.dailymotion.com/video/xf88b5_jean-pierre-serre-writing-mathemati_tech), malgré l’œuvre refondatrice de Bourbaki de rationalisation des règles d’écriture.

    Reste à savoir si l’on pense avec des symboles mathématiques ou comme le disait Jean-Marie Souriau si « les mathématiques ne sont pas en aval du reste et prennent le relais dans les situations où l’intelligence habituelle est en panne. ». Souriau pensait que les mathématiques de Bourbaki marchaient très bien mais « dans la cours de la caserne » : « Bourbaki, c’était une réaction contre les mathématiques d’avant. C’était un renouveau de la rigueur ; mais la rigueur pour la rigueur ! ».

    Cette distinction essentielle, nous la retrouvons dans les articles de nos contemporains. Lorsque nous abordons un article mathématique, notre sensibilité découvre assez vite si l’auteur « tourne dans la cours de la caserne » ou si des idées jaillissent et guident nos pas vers des horizons inconnus où le formalisme mathématique nous aide à gravir des éperons arides encore vierges de tout souffle de l’esprit. Bien évidemment, les articles les plus profonds sont ceux qui allient l’élégance des idées à la rigueur du formalisme mathématique.

    Si les idées sont avant les symboles, la découverte de « la Grammaire de la Nature » précède les règles de « la Grammaire des mathématiques ». Ce qui s’est vérifié depuis des siècles, pendant lesquels les mathématiciens ont construit les règles mathématiques, avant tout pour modéliser les structures nouvelles découvertes pas les physiciens (quand bien même, ils n’étaient pas un seul personnage, comme Euler ou Poincaré). Il s’agit donc pour le mathématicien de donner de la matière, à ce que Voltaire appelait les « formes archétypes » ou « formes idéales », porté par une Idée ; c’est à dire étymologiquement par l’« Eidos » que Henri Bergson définissait ainsi : « Le mot Eidos, que nous traduisons ici par Idée, a en effet ce triple sens. Il désigne : 1° la qualité, 2° la forme ou essence, 3° le but ou dessein de l’acte s’accomplissant, c’est-à-dire, au fond, le dessin de l’acte supposé accompli. Ces trois points de vue sont ceux de l’adjectif, du substantif et du verbe, et correspondent aux trois catégories essentielles du langage. ». La boucle est bouclée par Bergson qui ramène l’idée aux structures du langage.

    Si les mathématiques ne sont que la formalisation des idées et non pas l’essence des idées, comment concilier les deux sources. Poincaré aurait répondu en choisissant la mathématique « la plus commode ». Je proposerai l’élégant appel d’Henri Bergson, du recours au « bon sens ». J’ai extrait de son recueil de conférences « Le bons sens ou l’esprit français », quelques citations qui nous révèlerons notre propre intuition du « bon sens » : « Un certain pli de l’esprit », « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » , « distinguer en matière de conduite l’essentiel de l’accessoire ou de l’indifférent ; choisir parmi les divers partis possibles celui qui donnera la plus grande somme de biens, non pas imaginable, mais réalisable : voilà, semble-t-il, l’office du bon sens » , « subtil pressentiment du vrai et du faux », « disposition active de l’intelligence », « la force intérieure qui rend possible la concentration de toute notre vie passée sur un seul point », « l’autorité que nous invoquons alors, celle qui lève nos hésitations et tranche la difficulté, c’est le bon sens. Il semble donc que le bon sens soit dans la vie pratique ce que le génie est dans les sciences et dans les arts », « ce qui donne à l’action son caractère raisonnable, et à la pensée son caractère pratique. ».

    Pour illustrer le bon sens en action, je laisse parlé Henri Poincaré, qui sans formule mathématique achève son cours de Sorbonne sur « La thermodynamique » par ces derniers mots, qui l’amèneront à définir tout un nouveau formalisme de l’irréversibilité en gestation dans cette idée pure, toute empreinte de bon sens paysan et que nous pourrions nommer en plagiant La Fontaine, la fable du grain d’avoine et du tas de blé : « Supposons que nous voulions placer un grain d’avoine au milieu d’un tas de blé ; cela sera facile ; supposons que nous voulions ensuite l’y retrouver et l’en retirer ; nous ne pourrons y parvenir. Tous les phénomènes irréversibles, d’après certains physiciens, seraient construits sur ce modèle »

    Voilà donc la conduite à tenir, peu d’idée, beaucoup de bons sens, et ce qu’il faut de rigueur mathématique. Nous pourrions alors donner comme définition à la mathématique, celle que Bergson attribue à l’art “Quel est l’objet de l’art ? Si la réalité venait frapper directement nos sens et notre conscience, si nous pouvions entrer en communication immédiate avec les choses et avec nous-mêmes, je crois bien que l’art serait inutile, ou plutôt que nous serions tous artistes, car notre âme vibrerait alors continuellement à l’unisson de la nature. ”

    Pour finir de nous convaincre que de la langue nous avons perdu l’essence, je laisse la parole à Joseph de Maistre sur la notion de « Finesse & Géométrie » qui essaie par la beauté de sa langue de vous convaincre que la science des probabilités est plus importante que la science de la Géométrie :
    « Si on ajoute que la critique qui accoutume l’esprit, surtout en matière de faits, à recevoir de simples probabilités pour des preuves, est, par cet endroit, moins propre à le former, que ne le doit être la géométrie qui lui fait contracter l’habitude de n’acquiescer qu’à l’évidence ; nous répliquerons qu’à la rigueur on pourrait conclure de cette différence même, que la critique donne, au contraire, plus d’exercice à l’esprit que la géométrie : parce que l’évidence, qui est une et absolue, le fixe au premier aspect sans lui laisser ni la liberté de douter, ni le mérite de choisir ; au lieu que les probabilités étant susceptibles du plus et du moins, il faut, pour se mettre en état de prendre un parti, les comparer ensemble, les discuter et les peser. Un genre d’étude qui rompt, pour ainsi dire, l’esprit à cette opération, est certainement d’un usage plus étendu que celui où tout est soumis à l’évidence ; parce que les occasions de se déterminer sur des vraisemblances ou probabilités, sont plus fréquentes que celles qui exigent qu’on procède par démonstrations : pourquoi ne dirions –nous pas que souvent elles tiennent aussi à des objets beaucoup plus importants ? » - Joseph de Maistre

    Références Bibliographiques :
    [1] Jean-Marie Souriau, « La Grammaire de la Nature », 2007, http://www.jmsouriau.com/Publications/Grammaire%20de%20la%20Nature/JMSouriau-GrammaireDeLaNature8juillet2007-complet.pdf

    [2] Henri Bergson, « L’évolution créatrice », édition commentée par Frédéric Worms, PUF, 2013, http://www.puf.com/Espace_Bergson/La_premi%C3%A8re_%C3%A9dition_critique_de_Bergson

    [3] Henri Bergson, « Le bons sens ou l’Esprit Français », Mille et Une Nuits, Fayard, 2012, http://www.fayard.fr/le-bon-sens-ou-lesprit-francais-9782755506952

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  • Quand les mathématiques expliquent la linguistique

    le 21 février à 09:53, par barbaresco

    Si les mathématiques ont besoin du support de la langue, les mathématiques peuvent également expliquer les structures et les lois d’évolution des langues.
    Matilde Marcolli a donné un exposé sur ce sujet à la conférence GSI’15
    « Geometric Science of Information » à l’Ecole Polytechnique, l’année dernière :
    From Geometry and Physics to Computational Linguistics
    Les planches sont accessibles ici :
    https://www.see.asso.fr/file/14257/download/24810
    La vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=kcEWKQc_yMQ

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  • La langue de chez nous

    le 22 février à 08:18, par Aurélien Djament

    Merci à toutes et à tous pour ces échanges fructueux ; je me permets de rebondir sur trois points :

    • Sur la question du recrutement d’ingénieurs traducteurs, je crains que cette suggestion ne soit accueillie fraîchement par les organismes de recherche comme par les collègues, étant donnée la pression actuelle sur les postes.

    Il va de soi que je ne revendique bien que la création de postes d’ingénieurs de recherche dédiés, pas la réorientation des trop peu nombreux postes actuellement ouverts au concours vers une tâche supplémentaire alors que le travail est loin de manquer pour effectuer toutes les missions demandées aux ITA. On me répliquera sans doute que le rapport de forces n’y est pas favorable, mais c’est surtout en ne réclamant rien qu’on est sûr de ne rien obtenir et de pérenniser un rapport de forces défavorable qui met en danger l’emploi scientifique sous toutes ses formes. Il serait au contraire utile de revendiquer, sous forme de plan pluri-annuel mûrement planifié (tout cela ne peut pas se mettre en place en un ou deux ans), de nombreuses créations d’emplois d’ITA destinés à ce que le service public (re)prenne le contrôle de missions fondamentales pour la recherche, liées aux publications et actuellement assumées en très grande partie par des multinationales qui ne les font pas très bien et en tirent des profits usuraires. Je pense bien sûr à l’édition scientifique : il serait de salubrité publique que les revues scientifiques aux mains des grands éditeurs commerciaux basculent dans le giron académique. Bien sûr, pour cela, il faut créer un nombre significatif d’emplois d’administratifs, informaticiens etc., cela vaudrait la peine, dans le même mouvement, de prévoir des postes supplémentaires pour les tâches de traduction. Utopique, trop cher ? L’État se permet bien de verser une rente aux multinationales de l’édition scientifique, avec un chiffre d’affaires sans cesse croissant et des taux de profit annuels de l’ordre de 30% (non, il n’y a pas de faute de frappe) ... C’est un choix politique. À nous scientifiques de chercher à en faire prévaloir d’autres.

    • Nous nous rejoignons complètement sur la question de la domination économique, même si je ne pense pas qu’il s’agisse d’une politique délibérée — c’est juste le pouvoir d’invasion propre de la langue (je sais, je vais encore être accusé de naïveté...).

    Un académicien a remarqué, il y a quelques années, qu’il y a plus de mots anglais dans les rues de Paris qu’il n’y avait de mots allemands à l’époque de l’occupation. Ce type de constat (auquel on pourrait adjoindre de nombreux autres) suggère largement que le pouvoir d’invasion propre de la langue n’explique pas tout et qu’il y a, là encore, une volonté politique délibérée des classes dirigeantes françaises à adopter et imposer la langue anglaise en France.

    • Pour ce qui est de « nous faire penser en anglais », je pense que cela relève de la peur irraisonnée. D’une part, on a beau passer des années à l’étranger et parler en anglais une partie de sa vie, cela ne remplace jamais la langue maternelle, sauf à être complètement en immersion.

    J’ai déjà constaté chez mes collègues des tendances qui me poussent à croire le contraire. Un exemple (récurrent) : nous travaillons, dans le cadre d’un groupe de travail, sur un article mathématique écrit en anglais. Le groupe de travail a lieu en France, uniquement avec des collègues francophones, et se tient en français. Lors d’exposés, certaines notions mathématiques centrales dans l’article sont rendues par l’orateur par le mot anglais. Comme je ne connais pas la signification du mot en anglais, je la demande à l’orateur. Celui-ci répond qu’il ne sait pas et que cela ne le gêne pas d’utiliser comme une boîte noire un mot qui a pourtant un sens, pour les anglophones, dans la vie courante - et qui n’a certainement pas été employé par hasard pour désigner ce qu’il désigne en mathématiques. Accepter de travailler dans une telle cécité linguistique partielle amoindrit la pensée.

    Bien cordialement,

    Aurélien Djament.

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  • La langue de chez nous

    le 23 février à 22:15, par Quentin

    Bonjour,

    « je sais, je vais encore être accusé de naïveté... »

    cette accusation a été portée par Mumford envers Grothendieck ici et pour être plus précis dans cette phrase « Avec un esprit étonnamment naïf (qui lui a bien servi pour faire des maths), il a cru qu’il pouvait lancer un mouvement qui change le monde. » On fait pire comme accusation ! ;-)

    Sur la question du recrutement d’ingénieurs traducteurs,

    je vous rejoins sur cette idée. Je me permets de signaler que de plus que cela doit déjà exister puisque la société mathématique américaine (sma) publie des traductions de revues et de livres (russes, japonais pour la plupart). Ce travail de grande qualité permet à la fois de préservé l’entière qualité de ces textes et de leur assurer une diffusion conséquente. Je ne sais pas comment la sma s’y prend pour faire ces traductions,et je serais curieux de l’apprendre...

    Merci pour ces échanges,

    cordialement.

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  • La langue de chez nous

    le 8 mars à 09:55, par Mauricio Garay

    Salut Cédric,

    Merci pour ton texte, mais au risque de sembler prétentieux, je pense que toi et les collègues vous vous trompez de débat.

    Que montre ton exemple de Google translate ? Eh bien tout simplement qu’il n’y rien de plus facile que d’apprendre une langue étrangère en pratiquant les mathématiques. A l’époque où je ne parlais pas Allemand, je suivais régulièrement des séminaires en Allemands, lorsque j’étais étudiant, mon piètre niveau de Russe ne m’empêchait pas de suivre les séminaires à Moscou etc.

    Plutôt que de voir la diversité des langues comme un problème, comme ta nomenclature tour de Babel le suggère, il faudrait le voir comme une chance. Les mathématiques aident aussi à apprendre des langues !

    Lors des conférences, je préférerais largement avoir des exposés en Français, Allemand, Russe, Espagnol, Portugais, Italien et même Roumain voire Chinois ou Japonais (que je ne parle pas) plutôt que dans un Anglais uulgaris qui tend à rendre les propos de celui qui expose ennuyeux voire indigestes.

    Amitiés,
    Mauricio

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    • La langue de chez nous

      le 8 mars à 12:12, par Cédric Villani

      Merci Mauricio pour ton commentaire... Mais, euh, est-ce que tu es sur que d’ecouter des exposes mathematiques en japonais ca peut faire progresser dans cette langue si on ne la parle pas ?? :-)
      Amities, Cedric

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      • La langue de chez nous

        le 8 mars à 18:26, par Mauricio Garay

        Mes premiers cours d’allemand, je les ai pris pendant des exposés de maths donc pourquoi pas pour le japonais ?

        Amitiés,
        Mauricio

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  • La langue de chez nous

    le 14 mars à 16:21, par elno

    Bonjour Monsieur Villani,

    Je ne puis résister à la tentation de vous poser une question qui n’a aucun rapport avec « La langue de chez nous ». Je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

    Depuis l’année dernière, c’est avec une certaine excitation que je m’apprête à debuter le second mooc de la série (sur les edo et les EDP) débutée il y a 13 mois... D’abord prévu en septembre 2015 puis repoussé en janvier 2016, il semble qu’il soit à nouveau reporté.

    Pourriez vous nous donner quelques informations sur l’éventuelle reprise de cette série ?

    (j’imagine que la réalisation de tels cours est monstrueusement chronophage)

    Je vous remercie d’avance pour votre réponse.

    Bien Cordialement.

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    • La langue de chez nous

      le 23 mars à 12:10, par Cédric Villani

      Bonjour ! Votre question est plus proche du sujet de mon article qu’il n’y paraît, car l’un des objectifs de mon MOOC, pardon de mon FLOT, était de contribuer à l’offre francophone en la matière, dans le cadre de France Université Numérique (FUN).

      L’expérience a été très chronophage, mais plaisante, et je compte bien la compléter par deux nouveaux cours (sur les équations aux dérivées partielles, alors que le premier portait sur les équations différentielles ordinaires).

      Mais d’autres obstacles ont surgi : remettre sur pied une équipe (compter 10 personnes pour un FLOT bien complet), régler les problèmes techniques et juridiques (l’UPMC, partenaire principal du cours, a quitté FUN pour rallier EdX ; non seulement les contenus doivent être transportés, mais également il faut voir avec la CNIL, les questions de confidentialité, etc.) Nous sommes en train, peu à peu, de surmonter tout cela.

      Bien à vous,
      CV

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      • La langue de chez nous

        le 23 mars à 22:34, par elno

        Merci,

        Me voila rassuré !

        En espérant que toutes les difficultés techniques, administratives,. etc... soient levées bientôt !

        Bien Cordialement.

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  • La langue de chez nous — ADDENDUM

    le 23 mars à 12:21, par Cédric Villani

    La semaine dernière je participais à la célebration du centenaire de la fondation de l’Institut Mittag-Leffler. Parmi les rappels historiques passionnants (Mittag-Leffler et le Roi, Mittag-Leffler et Nobel, Mittag-Leffler et Kowalevskaïa, Mittag-Leffler et Poincaré, Mittag-Leffler et Cantor, Mittag-Leffler et Phragmén...), nous avons eu droit à une magistrale exposition de la genèse d’Acta Mathematica, effectuée de main de maître par Mittag-Leffler avec diplomatie et détermination. Pour le premier numéro, sorti en grande pompe (article de Poincaré pour ouvrir le bal, premier exemplaire donné au Roi de Suède, attention immédiate de la communauté scientifique mondiale, etc.), quelques points linguistiques sont remarquables. D’abord, un effort particulier avait été fait pour l’élégance de la langue ; ensuite, les pages introductives étaient bilingues français/allemand (Hermite avait insisté pour que le français soit placé en premier !) ; enfin, les règles du jeu étaient clairement indiquées : les articles seront publiés en français ou en allemand... voire, exceptionnellement, en anglais ou en latin !!

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