La qualification par le Conseil National des Universités (CNU)

Piste verte Le 8 août 2009  - Ecrit par  Nicolas Pouyanne Voir les commentaires

Cet article est consacré à la qualification, une des étapes du recrutement des enseignants-chercheurs en France.

Les enseignants-chercheurs sont recrutés par les universités françaises à deux niveaux

  • les maîtres de conférences
  • les professeurs.

Pour devenir maître de conférences, il est nécessaire (mais pas suffisant) d’être titulaire d’un doctorat (c’est-à-dire d’avoir passé une thèse) [1].

Pour devenir professeur, c’est une « habilitation » qu’il faut avoir en poche [2].

Pour être recruté, il est en outre nécessaire d’être « qualifié ». Et ce n’est toujours pas suffisant ! il faut encore être choisi par une université. Trois étapes, donc :

  • thèse ou habilitation
  • qualification
  • recrutement.

Cet article est consacré à la deuxième étape, la qualification, et à l’instance qui est chargée de cette qualification, le Conseil national des universités.

La qualification

Après avoir obtenu son diplôme – la thèse de doctorat ou l’habilitation à diriger des recherches – et avant de pouvoir postuler sur un emploi dans une université, un candidat enseignant-chercheur doit donc passer par une étape supplémentaire : la qualification.

L’appellation complète est :

  • qualification aux fonctions de maître de conférences ou
  • qualification aux fonctions de professeur des universités.

Si les thèses et habilitations sont délivrées par les universités, la « qualification » est délivrée par une instance nationale, une section du Conseil national des universités (CNU), à partir d’un dossier constitué par le candidat qui doit y décrire les différents aspects de son activité professionnelle :

  • recherche : publications, projets scientifiques,
  • enseignements,
  • responsabilités diverses : tâches administratives, rapports pour des journaux, participation à différentes instances,

...sans oublier l’incontournable et inévitable curriculum vitae.

Le CNU

Le CNU est formé d’une grosse cinquantaine de « sections » correspondant chacune à un champ disciplinaire [3].

Selon la discipline, une section comprend entre vingt-quatre et quarante-huit membres ; deux tiers d’entre eux sont élus par leurs pairs (les historiens votent pour les historiens, etc.), le troisième tiers étant nommé par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

La composition des sections est paritaire au sens où elles comportent autant de professeurs que de maîtres de conférences.

La composition des sections est renouvelée régulièrement (normalement tous les quatre ans) [4].

En mathématiques : les sections 25 et 26... et alentour

Les mathématiques sont réparties en deux sections [5] dont les intitulés sont

  • Mathématiques (la 25ème) et
  • Mathématiques appliquées et applications des mathématiques (la 26ème).

Cette répartition, si elle a des raisons historiques, est aussi justifiée par le grand nombre annuel des dossiers à traiter. La frontière entre les deux sections est d’ailleurs floue, souvent même artificielle : tel édifice théorique « pur » prend parfois sa source dans des problèmes issus des applications ; inversement, une application peut conduire des chercheurs vers des champs encore inexplorés et à développer des aspects théoriques nouveaux.

Il y a donc davantage une continuité thématique que des chasses gardées aux limites jalousement défendues. D’ailleurs, certains mathématiciens sont qualifiés par les deux sections [6].

En plus de la frontière entre les mathématiques dites pures et celles dites appliquées, il y a aussi des travaux qui se situent à la frontière entre mathématiques et informatique, biologie, mécanique, histoire, philosophie, etc. Différentes sections peuvent donc être amenées à évaluer les mêmes candidats [7].

Comment le CNU travaille

Avant la session annuelle de qualification, les candidats envoient leurs dossiers au CNU. Chaque année, pour les deux sections de mathématiques (25 et 26) réunies, le nombre de ces candidats est de l’ordre du millier, dont un tiers pour la qualification aux fonctions de professeur.

Les dossiers sont confiés à des membres du CNU, les rapporteurs [8] qui établissent, pour chaque candidat, un rapport écrit à l’usage de la section. La section se réunit alors, entend ces rapports (de la bouche de leurs auteurs), et décide à l’issue d’une délibération d’attribuer ou non la qualification. En cas de refus, un rapport écrit est établi par la section toute entière, qui est transmis à sa demande au candidat malheureux [9].

Ces débats ont lieu à huis clos, et c’est réglementaire. Mais les grandes lignes d’appréciation, c’est-à-dire les critères que le CNU utilise pour son évaluation, font depuis plusieurs années l’objet d’une certaine publicité :

En revanche, le principe du huis clos, la confidentialité, interdit aux membres du CNU de faire part à quiconque de la teneur des débat au sujet d’un candidat particulier [10].

En général, les rapporteurs rendent compte rapidement du parcours et de la situation professionnelle du candidat, décrivent sa thématique de recherche et son activité (publications, enseignement et tâches collectives), puis soumettent leur avis argumenté à l’ensemble de la section. Suivent alors le débat – il y est généralement question de la science développée, rapportée à la situation du candidat – puis la décision collective [11].

Le rôle du CNU

Le rôle du CNU ne se limite pas aux qualifications. Les sections sont aussi des instances de gestion des carrières des enseignants-chercheurs : elles décident de la moitié des promotions – changement de classe au sein d’un même corps. Elles se réunissent alors lors de sessions dédiées à cette tâche, une fois par an.

Notes

[1Une thèse est un travail de recherche original, en mathématiques avec de nouveaux théorèmes. Il y a un texte, la thèse proprement dite, que le candidat soumet à son université ; celle-ci désigne des rapporteurs, des experts du sujet, « externes » (c’est-à-dire appartenant à des universités différentes, en France ou à l’étranger), qui écrivent des rapports dans lesquels ils évaluent la qualité du travail soumis ; si ces rapports sont favorables, la thèse peut être soutenue, la candidat donne alors un exposé public devant un jury d’experts (qui écrivent encore un rapport pour évaluer la qualité de l’exposé). Le candidat est ensuite solennellement déclaré docteur. Une soutenance est en général le prétexte à quelques libations : après toute cette solennité, le nouveau docteur invite l’assistance à un « pot ».

[2L’habilitation, en bref HdR, en long « Habilitation à diriger des recherches », est un titre qui, comme celui de docteur, s’obtient à la suite d’une soutenance, devant un jury d’experts. Cette soutenance porte sur l’ensemble des travaux de la candidate, plusieurs années après la thèse. Auparavant, celle-ci a dû présenter un dossier contenant ces travaux et une synthèse de ces travaux, c’est-à-dire une texte de longueur variable faisant le point sur les divers articles contenus dans le dossier. Comme pour une thèse, des experts externes ont évalué le travail avant que la soutenance soit autorisée. Et la soutenance est, bien entendu, l’occasion d’un pot. (Voir également le billet de Peter Haissinsky : « Je suis habilité ! » et sur le lexique : HdR.)

[3Il faudrait y ajouter les sections médicales dont le fonctionnement diffère un peu de celui des autres.

[4L’auteur de cet article est un des vice-présidents de la 25e section, dans sa composition actuelle (NdlR).

[5Chacune comporte 48 membres, 16 professeurs et 16 maîtres de conférences élus, 8 professeurs et 8 maîtres de conférences nommés.

[6S’ils sont recrutés, ils doivent en choisir une pour des raisons administratives

[7Il suffit d’être qualifiée par une section pour pouvoir être candidate à un poste, quel qu’il soit. Le choix de la section a quand même une importance : si la section 25 a refusé de vous qualifier et que vous soyez candidat à un poste de mathématiques fondamentales, il est peu probable que votre dossier aille très loin dans le concours pour ce poste... sauf erreur de la section (ce qui peut arriver).

[8deux rapporteurs par dossier, pour limiter les erreurs

[9Un candidat peut s’adresser à la section pour demander les raisons de sa non-qualification, il peut aussi déposer un recours, comme l’expliquent les sites du CNU.

[10Il y a d’autres principes déontologiques : un membre du CNU ne rapporte pas sur un candidat qui lui est proche (c’est-à-dire qui est de la même famille, ou qui travaille dans la même université, par exemple), un membre du CNU sort de la salle pendant qu’on l’évalue, lui ou un de ses étudiants (pour que sa présence n’empêche pas les autres de s’exprimer librement), etc.

[11Le travail collectif en section joue un rôle très important. Il se peut par exemple que le rapporteur ait eu du mal à se faire une opinion, le débat de la section aide à clarifier la situation.

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Pour citer cet article :

Nicolas Pouyanne — «La qualification par le Conseil National des Universités (CNU)» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

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