Labos 1point5 : l’empreinte écologique de la recherche

Le 24 mai 2019  - Ecrit par  Pierre Monmarché Voir les commentaires

Fondé le 19 mars 2019 à l’occasion d’une tribune publiée dans le journal Le Monde, le collectif Labos 1point5 [1] est « un collectif de membres du monde académique, où qu’ils et elles se trouvent sur le globe et de toutes disciplines, partageant un objectif commun : mieux comprendre et réduire l’impact des activités de recherche sur l’environnement ». Plutôt que de m’étendre moi-même sur le sujet, je renvoie les lecteurs et lectrices au texte fondateur clair et concis [2]. À court terme, le collectif vise en particulier à faciliter les initiatives de mesure des empreintes environnementales des structures de recherche, notamment en répertoriant et en mettant en relation de telles initiatives. La page ressources du site du collectif est quant à elle une mine d’information. On y trouve notamment des articles de recherche autour de la question de l’empreinte écologique de l’activité professionnelle des chercheurs (assez globalement centrée sur l’usage de l’avion pour l’instant ; comme le montrent les dates de publication des articles, c’est un domaine récent).

La création de ce collectif me paraît aller dans un sens général de percolation de ces préoccupations, que j’observe à titre personnel dans les communautés de mathématiciens que je côtoie. Au même titre que n’importe quelle autre activité humaine, la recherche a tout intérêt — ne serait-ce que pour faire sa part dans les engagements de réduction d’émissions de GES de la France [3] — à s’orienter vers une pratique énergétiquement sobre. Au-delà de l’empreinte écologique de l’activité de recherche au jour le jour, c’est aussi l’occasion de revisiter la question classique des conséquences de nos recherches et de leurs applications [4]. On peut espérer que l’activité de ce collectif va participer aux changements des pratiques à des niveaux individuels, collectifs et institutionnels vis à vis de ces questions (pour en rester sur la pratique quotidienne : que par exemple passer 13h dans des trains pour aller faire des conférences en Europe passe de moins en moins pour farfelu — et soit même simplement un choix possible — que les labos soient équipés d’installations de visio-conférence d’un usage toujours plus agréable, etc. [5]), et j’invite tout confrère intéressé à suivre l’activité du collectif et pourquoi pas à organiser une initiative à son échelle [6].

Notes

[1Le 1point5 faisant référence à l’objectif des accords de Paris de limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et non à un numéro de version de logiciel. Sinon, la recherche serait bien en retard sur le secondaire, qui en est déjà à certains endroits à la version 4.0 !

[3Si la France veut, par exemple, diviser par 4 son niveau d’émission de GES en 2050 par rapport à 1990 (c’était l’engagement officiel au Grenelle 2007), alors il existe des domaines qui doivent diminuer au moins par 4 leurs niveaux d’émissions (exercice laissé au lecteur). Pourquoi ne pas essayer d’en être une démonstration constructive ? Le calcul est d’ailleurs le même au niveau individuel.

[4Nous pouvons par exemple être confrontés à des effets rebond : ainsi, un nouvel algorithme deux fois plus rapide que l’ancien n’a jamais amené à utiliser deux fois moins d’énergie pour faire les mêmes calculs mais toujours à utiliser autant d’énergie pour faire deux fois plus de calculs (et même plus d’énergie à faire encore plus de calculs puisque le champ d’applications s’étend à des problèmes où les temps de calcul étaient auparavant rédhibitoires).

[5Pour des exemples inspirants de conférences à faibles émissions, voir les Nearly-Carbon-Neutral conferences ou la flight-free conference en juillet prochain du collectif Stay Grounded qui rassemble des organisations pour la diminution du trafic aérien.

[6Je précise qu’à titre personnel je ne fais pour l’heure pas partie du collectif, je n’ai fait qu’en découvrir l’existence et passer le mot.

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Pour citer cet article :

Pierre Monmarché — «Labos 1point5 : l’empreinte écologique de la recherche» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

Crédits image :

Image à la une - collectif labos 1point5

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