Le prince, ici, c’est Louis XVIII, le roi de France au moment du rétablissement de la monarchie, en 1814 puis, après les Cent-jours, en 1815.
Le 28 novembre, c’est Ampère qui est élu membre de l’Institut [1], malgré les pressions qu’exerce sur les Académiciens le Secrétaire de la Chambre des Pairs, Louis-François Cauchy, pour faire élire son fils Louis-Augustin [2].
Le 21 mars 1816, l’Académie des sciences est rétablie par une ordonnance royale. Par la même ordonnance, le roi raie aussi de la liste des membres des mathématiciens connus pour leurs positions républicaines, Monge et Carnot [3], et les remplace par Cauchy et Bréguet [4].
Le fait d’avoir été nommé par le pouvoir politique plutôt qu’élu par ses pairs n’a pas empêché Cauchy d’exercer un pouvoir considérable, parfois abusif, sur les mathématiques et la science de son époque [5].
J’ai été très étonnée d’apprendre que Cauchy avait accepté que son père exerce des pressions, avait accepté d’être nommé, avait accepté de remplacer un mathématicien aussi respecté et respectable que Monge, que le pouvoir politique s’était permis de « renvoyer ». J’ai voulu faire partager cet étonnement aux lecteurs.
Étudier l’histoire est utile, en particulier pour comprendre le monde dans lequel nous vivons. En ce sens, l’« affaire de la non-élection de Cauchy » est une question d’actualité. Mais il n’y a pas lieu de chercher, dans ce billet, une quelconque allusion cachée, mais précise à d’autres princes, d’autres puissants ou d’autres abus de pouvoir.
[1] C’est l’instance qui remplace l’Académie des sciences depuis 1795.
[2] Le 22 août, âgé de 25 ans, Louis-Augustin Cauchy a présenté à l’Institut le premier travail de référence sur la théorie des fonctions d’une variable complexe.
[3] Ce n’était pas la première mésaventure arrivée à Lazare Carnot : il avait été élu membre de l’Institut en 1796, puis avait dû céder sa place en 1797 à... Napoléon Bonaparte. Il avait été réélu en 1800.
[4] Un horloger et inventeur.
[5] Sur Cauchy, voir la biographie « Cauchy, un mathématicien légitimiste au XIXe siècle » de Bruno Belhoste.