Le hasard fait bien les choses

Le 10 avril 2009  - Ecrit par  Denis Talay Voir les commentaires

Comme je suis un spécialiste de la théorie des probabilités (version courte : un probabiliste), mon expression favorite est « le hasard fait bien les choses ». Je me propose d’en commenter ici deux sens différents à l’aide de concepts probabilistes (plus ou moins) élémentaires.

Le premier sens de mon expression favorite est celui du langage courant : on indique ainsi qu’un évènement heureux, bien qu’inattendu, s’est produit. Mais que signifie-t-on exactement ? A la réflexion, la locution est complexe : les mots « hasard » et « faire » semblent s’opposer, l’un suggérant une absence de volonté et de destin, l’autre sous-entendant une intention : il m’est arrivé quelque chose d’heureux sans que je l’aie provoqué ; c’est le hasard qui en a décidé ainsi. Le hasard apparaît donc comme un dieu bienveillant condamné à faire survenir tout évènement de probabilité non nulle, aussi faible soit-elle – semblable, finalement, au héros tragique selon Jean-Marie Domenach (« Le retour du tragique » Collection Points, Seuil 1967, p. 40) : « concentré sur son objectif, il s’évertue à oublier sa propre histoire, à nier son destin. Mais celui-ci le rattrape, lui rappelle un oubli, une faute, et le rattache à une hérédité, à son corps, à son remords, à son devoir ». La théorie des probabilités nous éclaire-t-elle sur ce dieu étrange ? Non et oui. En aucun cas elle ne peut nous assurer de son existence. Bien que probabiliste, je ne sais pas si le hasard existe ; en d’autres termes, je ne sais pas si Dieu joue aux dés, ou si les lois physiques qui régissent le monde pré-supposent un comportement aléatoire de la matière. Par cont