24 décembre 2012

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Les deux infinis

Pierre Pansu

Professeur à l'Université Paris Sud (page web)

Quand on est en classe préparatoire à Paris, on peut assister deux fois par an à des conférences d’une série intitulée « Une question, un chercheur ». Il s’agit alternativement de maths et de physique. Le 7 décembre 2012, c’était le tour de la physique, avec, dans le rôle du chercheur, Michel Spiro, président du Conseil du CERN. La question, c’était sans doute : Que se passe t’il au CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire) ? Spiro avait donné pour titre « Le grand anneau du CERN et les deux infinis », il a rempli le grand amphi (Hermite) de l’Institut Henri Poincaré.

Le CERN, c’est le lieu de tous les superlatifs (énormes machines, énormément de chercheurs, d’ingénieurs, de nationalités, et même, de touristes). Mais comme l’a souligné Spiro, c’est avant tout une aventure intellectuelle et humaine.

Intellectuelle, on s’en doute. Spiro a patiemment expliqué pourquoi la physique a besoin du boson de Higgs (le mal nommé ; on oublie trop facilement ses deux autres inventeurs, les belges Brout et Englert), et l’a trouvé là où elle le cherchait. Il a situé cette découverte dans l’histoire de l’étude de la matière, où l’infiniment petit rejoint l’infiniment grand. On est effaré par l’ampleur des questions qui restent ouvertes. Par exemple, la matière et les radiations observées jusqu’à présent ne représentent que 5% de ce qu’on pense être le total. Où se cache le reste (désignés par des vocables pleins de mystère, matière et énergie noires) ?

Humaine, c’est moins connu. Le CERN est né de la nécessité de reconstruire la science européenne après la fuite des cerveaux consécutive à la seconde guerre mondiale. C’est une initiative européenne, consignée dans un traité signé par les chefs d’état, ratifié par les parlements. A l’origine, en 1954 il n’y avait que 2 états membres. Il y en a 20 aujourd’hui, et 5 accessions sont en cours. Le CERN est devenu un outil planétaire, sans équivalent ni concurrent sur la planète. Les chercheurs y sont admis sans considération de leur nationalité, de leur langue ou de leur religion. Les données issues des expériences sont rendues publiques gratuitement. Le web a été inventé au CERN, il a conservé cette marque de naissance : ouverture, liberté de circulation de l’information

L’aventure continue. Le CERN, parti à la chasse aux particules supersymétriques, vérifie chaque soudure du LHC (Large Hadron Collider) pour doubler sa puissance. Et, simultanément, il commence à penser à sa prochaine machine, deux fois plus grande que le LHC. L’économie européenne pourra-t-elle accompagner cette course au gigantisme ? Les retombées technologiques de la recherche au CERN ne sont pas minces : il y a le web, mais aussi, la « grille », infrastructure qui permet de répartir des calculs sur des milliers d’ordinateurs répartis sur la planète. ll y a donc des coûts et des bénéfices. Je dois dire que ces chiffres me donnent le tournis.

Pour en savoir plus : le site officiel et le blog suivant.

Le cycle « Une question, un chercheur » est une initiative commune de la Société Française de Physique, de la Société Mathématique de France et de l’Union des Professeurs de Spéciales. Les conférences sont filmées.

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Pour citer cet article : Pierre Pansu, « Les deux infinis »Images des Mathématiques, CNRS, 2012.

En ligne, URL : http://images.math.cnrs.fr/Les-deux-infinis.html

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