Les femmes et les mathématiques

4 novembre 2013  - Ecrit par  Joaquín Navarro Voir les commentaires (1)

Cet article a été écrit en partenariat avec L’Institut Henri Poincaré

Cet article a été écrit en partenariat avec RBA

L’Institut Henri Poincaré et Images des Mathématiques ont uni leurs efforts pour superviser la réédition de la collection Le monde est mathématique,
publiée par RBA en partenariat avec Le Monde. En 40 ouvrages, cette collection de qualité, issue
d’un projet collectif de mathématiciens espagnols, vise à présenter,
à travers une grande variété de points de vue, de multiples facettes
des sciences mathématiques, sous un aspect historique, humain, social,
technique, culturel ...

Reprise et améliorée au niveau de la forme, cette nouvelle édition a été
entièrement lue et corrigée par l’équipe d’Images des Mathématiques ;
des préfaces et listes bibliographiques ont été ajoutées. Le Monde consacre un cahier spécial au lancement de cette collection présentée par Cédric Villani, qui en a écrit la préface générale.

Chaque semaine, à l’occasion de la sortie d’un nouveau numéro de la série,
un extrait sélectionné sera présenté sur Images des Mathématiques. Il sera accompagné du sommaire du livre et d’une invitation à prolonger votre lecture.

Extrait du Chapitre 2 - Le siècle des lumières

Sophie Germain (1776-1831)

  • La Sophie mathématicienne

Nous allons à présent raconter une histoire bien connue, maintes fois embellie
et déformée par les biographes : Sophie voulut acquérir plus de connaissances
en mathématiques que sa condition de femme bourgeoise ne le lui permettait.
Elle osa même lire Euler et Newton ! Sa famille, qui eut vent de ses projets, fut
épouvantée par l’excentricité de cette démarche. Vouloir développer une pensée scientifique, une activité réservée au seul cerveau masculin, plus résistant, était
indigne d’une jeune dame. Les mathématiques étaient supposées mener les
femmes à la folie, leur cerveau n’étant pas capable de supporter un tel effort. Ses
parents étaient bien décidés à détourner Sophie des mathématiques : puisqu’elle
travaillait la nuit, ils lui confisquèrent ses vêtements, si bien qu’elle ne pouvait
sortir de son lit. Elle se vit également privée de bougies, de candélabres, de
lampes, ou de quelque objet permettant d’éclairer et de chauffer sa chambre. Sans
succès, car Sophie trouvait toujours une quelconque couverture pour se maintenir
au chaud et réussissait à se procurer des bougies. Cette bataille dura un temps,
jusqu’à ce que la partie la moins décidée abandonne. Le lecteur aura deviné de
laquelle il s’agit. Voilà comment Sophie Germain, mathématicienne amatrice,
atteignit un excellent niveau de connaissances.

[...]

L’École polytechnique, dont les enseignements étaient à peu près similaires
à ceux de l’Académie militaire de West Point aux États-Unis, ouvrit ses portes
en 1794. Elle formait les futurs officiers et experts dont les excellentes connaissances
en mathématiques devaient être mises au service des grands enjeux militaires.
Il va sans dire que l’École polytechnique n’acceptait pas les jeunes femmes.
Rien d’insurmontable pour Sophie Germain. Un de ses amis, Antoine Auguste
Le Blanc, y était élève et permit à Sophie d’utiliser son nom pour avoir accès
aux cours et aux textes dispensés par l’école. Elle se servit également du nom de
Le Blanc comme nom de plume. Elle devint un mathématicien hermaphrodite,
faute de pouvoir exercer en tant que femme.

[...]

Extrait du Chapitre 4 - Le XIXème siècle

Sofia Kovalevskaïa (1850-1891)

  • De l’immensité russe au voisin européen

Sofia était une élève vive. Un ami de la famille, le professeur Tyrtov, lui offrit un
jour un live de physique qu’il venait d’écrire. La partie consacrée à l’optique regorgeait
de formules trigonométriques et, face à l’auteur stupéfait, Sofia déchiffra son
contenu et perça des secrets trigonométriques auxquels le livre lui-même ne faisait
pas référence. Toute seule, la fillette avait appris la trigonométrie élémentaire. Tyrtov,
quelque peu décontenancé, parla au père de Sofia, qui était plutôt de la vieille école
et, du haut de sa méfiance de Russe, de militaire et d’homme du xixe siècle, voyait
d’un mauvais œil qu’une femme fasse des études, surtout s’il était question de mathématiques.
Toutefois, devant l’insistance générale, il se laissa convaincre de laisser sa fille
aller étudier à Saint-Pétersbourg, sans pour autant renoncer à l’idée de la voir devenir
une jeune fille au sens où lui l’entendait.
Sofia commença alors à comprendre, enchantée, les symboles d’Ostrogradski
qui ornaient les murs de sa chambre et s’en alla gaiement étudier en quête de nouvelles
connaissances. Outre son talent en mathématiques, Sofia avait également une
plume remarquable. Un beau jour, elle se retrouva sans le sou ; elle souhaitait continuer
à voyager, à apprendre et poursuivre sa formation, mais sa famille lui interdisait
de quitter Saint-Pétersbourg.
C’est là qu’intervint Fiodor Dostoïevski, célèbre écrivain qui connaissait déjà
la soeur de Sofia, Aniuta. L’intelligentsia était une classe sociale très influente
en Russie
à l’époque ; le nihilisme, entre autres idées progressistes, était à la mode,
et Dostoïevski en était l’un des chefs de file. Les hommes libres avaient découvert la
clef de la liberté : le mariage blanc.

[...]

La légende raconte que Sofia trouva sa moitié par tirage au sort. Il s’agissait
d’un jeune homme prénommé Vladimir Kovalevski (Kovalevskaïa est, en russe, le
féminin de Kovalevski), étudiant prometteur en géologie qui connaissait Darwin
et avait envie de voyager, d’étudier et de partager la vie de Sofia.

[...]

PDF - 196.8 ko
Sommaire du livre

Pour aller plus loin

Voici quelques articles sur ce sujet :

Post-scriptum :

L’extrait proposé est choisi par le préfacier du livre : Sylvie Benzoni. Celle-ci répondra aux commentaires éventuels.

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Pour citer cet article :

Joaquín Navarro — «Les femmes et les mathématiques» — Images des Mathématiques, CNRS, 2013

Commentaire sur l'article

  • Les femmes et les mathématiques

    le 12 novembre 2013 à 18:10, par Antoine Chambert-Loir

    Je profite de ce billet pour signaler une exposition (à New York...) sur les femmes de sciences et, pour ceux qui ne pourront pas y aller, un article du New York Times qui en parle.

    Répondre à ce message

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