Les mathématiques peuvent-elles jouer un rôle dans l’éducation à l’égalité ?

Le 18 septembre 2014  - Ecrit par  Jean-Pierre Raoult Voir les commentaires (10)

Les nombreux problèmes qui se posent dans l’enseignement des mathématiques ne laissent personne indifférent. Beaucoup de gens en parlent, mais peu les posent de façon concrète. C’est que le débat est déjà difficile à porter auprès de la communauté mathématique, et il l’est encore plus au niveau du public. C’est à cet effet que le site Images des Mathématiques souhaite offrir un espace de discussions ouvert à tous ceux qui se sentent touchés par ces questions. Ils pourront y échanger leurs idées, leurs points de vue et éventuellement apporter des éléments de réponse. Le débat sera « provoqué » chaque mois par la publication d’un billet portant sur un point précis, écrit par l’un des responsables de la rubrique ou par toute autre personne qui le souhaiterait.

A. El Kacimi, F. Recher, V. Vassallo

En annonçant, en juin 2014, l’abandon de l’expérience des ABCD de l’égalité menée durant l’année 2013-2014 devant plus de 600 classes, le ministre de l’Éducation Nationale Benoit Hamon, accompagné de la ministre des Droits des Femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a affirmé que les enseignants et les futurs enseignants bénéficieraient, en formation continue et en formation initiale, d’apprentissages sur la manière de traiter avec les élèves, depuis l’école maternelle jusqu’au lycée, les questions de différenciation sociale entre les genres et les moyens de lutter contre les stéréotypes et contre les discriminations, essentiellement au détriment des femmes, que ceux-ci engendrent encore. Cette intention a été réaffirmée lors de sa conférence de presse de rentrée par Najat Vallaud-Belkacem, devenue entre-temps ministre de l’Éducation Nationale.

Dans un billet mis en ligne sur Images des Maths le 18 juillet, Jean-Pierre Raoult, situant cette question dans le cadre des rapports produits, également en juin et juillet 2014, par le Conseil Supérieur de Programmes (Socle commun, Enseignement moral et civique, Ecole maternelle), a proposé que les enseignements de mathématiques contribuent à ce projet éducatif, ce qui suppose l’élaboration et la mise à disposition des enseignants (primaire et secondaire) des outils présentant de manière concise et accessible des données chiffrées mettant en évidence les préjugés et les inégalités entre femmes et hommes (ou, dans l’enfance, entre filles et garçons) et proposant des exercices de calcul ou de statistique (selon les niveaux) amenant les élèves à les manipuler. Ces outils pourraient soit être pris en main par les enseignants, soit servir dans le cadre de la formation initiale ou continue des enseignants, selon les intentions affirmées par les ministres.

Cette proposition peut susciter un débat. En effet, au-delà d’un « consensus mou » sur le besoin de lutter en faveur de l’égalité, plusieurs questions surgissent : l’enseignement des mathématiques a-t-il bien un rôle à jouer ici (certains peuvent craindre que ce soit aux dépens de la réalisation des programmes) ? dans le secondaire, les enseignants de mathématiques sont-ils armés pour s’intéresser à des questions sur lesquelles leurs collègues d’économie ou de sciences naturelles ont reçu plus de formation ? existe-t-il des exemples instructifs de collaborations pluridisciplinaires, avec participation des professeurs de mathématiques, sur de tels sujets ? quelle forme pourraient prendre les documents élaborés dans ce cadre ?

Ce sont ces questions – et sans doute d’autres – qui pourraient être abordées dans ce débat. Il serait heureux que la dernière d’entre elles suscite (comme souhaité dans le « billet » du 18 juillet) des propositions élaborées de documents. À titre d’exemple on trouvera ci-dessous un exemple de fiche documentaire envisageable. Les contributions peuvent soit figurer sur le site d’IdM en contributions à ce débat, soit être adressées à jpraoult orange.fr. Leur rassemblement sur un site dédié à cet effet est prévu, sur le portail des IREM, dans la rubrique de la Commission Inter-IREM « Statistique et Probabilités ».

Exemple de fiche

Fiches d’exercices de calculs ou de statistique pour la classe :
« Egalité entre femmes et hommes (et filles et garçons) »
Fiche 1, 30 août 2014
Auteur(e)(s) de la fiche : Jean-Pierre Raoult
Contact : jpraoult orange.fr


Nature du document de référence : article sur site internet
Titre : Chômage : l’apparente égalité entre hommes et femmes
Auteur(e)(s) : Mathilde Guergoat-Larivière et Séverine Lemière, économistes
Référence : Observatoire des inégalités
Date : août 2014

Résumé : (Recopié sur le document) Les taux de chômage des hommes et des femmes se sont nettement rapprochés ces dernières années. Mais d’autres indicateurs permettent de mettre en évidence les inégalités qui persistent entre les hommes et les femmes sur le marché du travail.


Niveau scolaire (France) où ce texte semble utilisable : Fin de collège, lycée
Outils en jeu : pourcentages, analyse de courbes (variations temporelles), analyse critique de tableaux

Qualités du texte pour la formation des élèves :

Rigueur dans la présentation des définitions des notions et indicateurs en jeu (population active, taux d’activité, taux d’emploi, taux de chômage ...) et variations selon les sources (INSEE selon la définition du BIT, statistiques de Pôle emploi qui distingue les catégories A, B et C).

Bonne présentation des courbes d’évolution d’indicateurs de 2009 à 2013.

Prise en compte dans un tableau détaillé du paramètre « configuration
familiale » mettant en évidence son impact différencié sur l’emploi des hommes et des femmes.

Exemples d’exercices réalisables :

Retrouver des données non spécifiées à partir de celles fournies, par exemple pour chaque année la population en âge de travailler à partir des taux d’emploi et des effectifs de demandeurs d’emploi (donnés en distinguant catégorie A d’une part, catégories B et C d’autre part) ; comparer avec les mêmes données cherchées sur internet.

Lisser des courbes, données ici avec comme unité de temps le bimestre : quelles tendances feraient apparaître des moyennes sur 12 mois ? peut-on interpréter les variations saisonnières que le lissage gomme ? ces variations sont elles de même ampleur pour les différentes données ?

Traduire graphiquement le tableau de données selon la configuration familiale. Remarquer que dans chaque ligne de ce tableau le chiffre dans la colonne
« ensemble » n’est pas la moyenne arithmétique des chiffres dans la colonne
« femmes » et dans la colonne « hommes » ; pouquoi ? qu’est-ce que ces données permettent de savoir sur les effectifs d’hommes et de femmes dans chaque configuration ? (réponse : non leurs valeurs mais leur rapport ; commenter ces rapports).


Pour les enseignants qui voudraient en savoir plus

Séverine Lemière (directrice de la publication). L’accès à l’emploi des femmes : une question de politiques … Rapport pour le ministère des droits des femmes. Décembre 2013.

Post-scriptum :

Quelques sources documentaires :

Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de la maternelle à l’enseignement supérieur, édition 2013, Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance, Ministère de l’Education Nationale, France.

Observatoire des inégalités.

Observatoire des inégalités hommes/femmes.

Prévention et lutte contre les stéréotypes, Ministère des Droits des femmes, France.

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Pour citer cet article :

Jean-Pierre Raoult — «Les mathématiques peuvent-elles jouer un rôle dans l’éducation à l’égalité ?» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

Crédits image :

Image à la une - Image extraite du site fond-ecran-image.com (Auteur : Taratata31 - Id : 191417).

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  • Les mathématiques peuvent-elles jouer un rôle dans l’éducation à l’égalité ?

    le 23 septembre 2014 à 13:43, par le_cheveulu

    HISTOIRE

    Cet été je suis allé voir une amie à Saint Lo. Elle a dans sa bibliothèque un vieux manuel d’exercices de mathématiques pour préparer le certificat d’étude. En lisant ce manuel, on s’aperçoit que tous les exercices ont un ancrage dans le quotidien réel ou supposé des élèves. On y trouvait des exercices liés aux courses chez le marchand, au calcul de volume de bois coupé et même des exercices sur des actions et obligations de bourse.

    Lorsque j’étais au collège et au lycée (grosso modo années 90), et il me semble que c’est toujours le cas aujourd’hui, les exercices avec un contexte concret étaient rares. On les trouvaient en fin de chapitre parfois, y compris les exercices de proba.

    Il me semble qu’avant de se lancer dans une entreprise de recontextualisation des exercices de mathématiques, il faudrait questionner l’histoire et se poser la question : « Pourquoi a-t-on abandonné la contextualisation dans l’enseignement mathématiques ? » y répondre serait un premier point pour ne pas commettre d’impair. Ma première question est donc : Y-a-t-il un historien dans la salle pour nous éclairer ?

    ESPRIT CRITIQUE

    Il me semble que la première qualité de l’enseignement des mathématiques est d’apprendre à bien raisonner et de manière abstraite. Dans la pratique cette qualité permet d’extraire des données d’un contexte, d’en produire des résultats pour qu’il soient réexploités dans ce contexte. La force des mathématiques est donc d’avoir une même technique abstraite exploitable dans plusieurs situations concrète. On peut apprendre cette qualité en partant de l’abstrait ou du concret au gré du bon vouloir de l’enseignant et de son auditoire. Mettre du concret dans l’enseignement des mathématiques relève donc plus de l’approche pédagogique qui doit être mis en lien avec les objectifs d’apprentissage. Ma première inquiétude est de se voir imposer pour des raisons idéologiques plus que pédagogique une certaine forme d’exercices comme le laisse suggérer le précédent commentaire de TheBarber : « il ne s’agit pas de saupoudrer une fois dans l’année (...) Il faudrait que ce genre d’exercices soit au coeur de l’enseignement mathématique. ».

    Mais ce qui m’inquiète le plus est la confusion des genres (sans mauvais jeu de mots). Un simple calcul sans esprit critique est une des pires choses qui soient. On ne peut pas se contenter de demander aux élèves de faire un calcul et de constater en faisant l’économie d’un discours sur l’histoire, le contexte économique, le contexte social. Je donnerai juste un exemple très provocateur, mais aussi très révélateur :

    Exercice : Citation du sénateur Xavier Raufer : « le tabou majeur en matière de délinquance urbaine concernait l’origine des auteurs d’infractions. Il a fait part d’une enquête des renseignements généraux mettant en évidence que sur 3 000 auteurs de violences urbaines, une cinquantaine seulement avaient un patronyme “gaulois” ».

    Calculer le pourcentage d’auteurs de violences urbaines au patronyme non gaulois.

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