Les symétries du scénario hollywoodien

3 septembre 2011  - Ecrit par  Olivier Courcelle Voir les commentaires

Au Festival des curiosités cinématographiques fut projeté le film le plus long du monde. Il durait six mois et montrait en plan fixe l’hibernation d’un ours. Au bout du troisième mois, l’ours se retourna sans prévenir. Grand mouvement de réprobation dans le public : « Concession ! Concession ! »

Sitôt la projection achevée, le scénariste du film fut invité à défendre son choix artistique. S’il reconnut volontiers que le retournement de situation brisait cette espèce de symétrie absolue que constitue l’immobilité perpétuelle, il fit aussi remarquer qu’il avait été introduit pile au milieu du film, qui de ce fait présentait encore une puissante symétrie.

Le milieu d’un film est appelé « pivot central » par Blake Snyder, l’un des spécialistes du scénario hollywoodien [1].

Snyder découvrit l’importance du pivot central de manière tout à fait fortuite, alors que tout jeune scénariste il enregistrait des films sur des cassettes audio pour les écouter et les analyser en voiture. Ses cassettes duraient 45 minutes et il devait donc les retourner à la mi-film. Il constata ainsi d’expérience que la dynamique d’un film bien fait changeait en son centre.

Mais c’est de part et d’autre de ce pivot central, au quart et aux trois quarts du film, que se situent les deux « pivots dramatiques » les plus importants.

Depuis les travaux de Syd Field dans les années 1970 [2], un film est classiquement découpé en trois actes. Leurs noms parlent d’eux-mêmes : Exposition, Confrontation, Résolution. Le premier pivot dramatique, au quart du film, est la scène (ou la séquence) qui fait passer de l’Exposition à la Confrontation, le second, aux trois quarts, fait passer de la Confrontation à la Résolution.

C’est volontairement que je reste un peu abstrait, préférant renvoyer l’aspirant scénariste aux ouvrages cités en note. Celui de Snyder, notamment, passe en revue tous les temps forts que se doit de posséder un scénario hollywoodien et montre comment le structurer à l’aide d’un tableau de quatre lignes de dix post-it.

Pour ce qui concerne la symétrie, une règle veut encore que la dernière scène réponde toujours à la première. Les mauvaises langues prétendent qu’une telle contrainte permet de juger un scénario en moins de trois secondes. Un coup d’œil sur la première page, un coup d’œil sur la dernière, et hop, dégage... Le genre de détail à connaître pour qui voudrait aller tenter sa chance à Hollywood.

Une option d’ailleurs choisie par notre ami des plantigrades. Son projet de remake du film le plus long du monde s’ouvre sur les yeux de l’ours qui se ferment et se ferme sur les yeux qui s’ouvrent. Pour le reste, il préfère prévenir la critique qu’il a fait une concession de plus : au quart du film, un moustique entre en tourbillonnant dans la tanière...

Notes

[1Snyder (Blake), Les règles élémentaires pour l’écriture d’un scénario, trad. B. Gauthier, Dixit, 2007.

[2Field (Syd), Scénario, trad. N. Eddaïra, Dixit, 2008 ; 1re éd. originale : Screenplay, New York, 1979.

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Pour citer cet article :

Olivier Courcelle — «Les symétries du scénario hollywoodien» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

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