Mai vu du quai Conti

L’Académie des sciences et la Commune de Paris

Le 3 avril 2011  - Ecrit par  Aurélien Alvarez Voir les commentaires (1)

Du 13 mars au 5 juin, retrouvez le feuilleton des séances de l’Académie des sciences pendant la Commune de Paris. C’était il y a 140 ans.

Chers lecteurs, j’aimerais dans ce billet faire un peu de publicité pour le blog Mai quai Conti sous la plume de Michèle Audin.

La Commune de Paris fut la réaction du peuple parisien après la défaite de la guerre contre la Prusse de 1870. Le 4 septembre de cette année, à la suite d’une journée d’émeute parisienne, l’Empire de Napoléon III est renversé : c’est le début d’un siège qui n’en finira pas d’affamer le peuple parisien durant l’hiver 1870-1871. Le peuple français est encore plus humilié le 18 janvier 1871 quand l’Empire allemand est proclamé dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles, rien que ça ! [1]

L’un des événements qui mit le feu aux poudres fut l’envoi d’une troupe sous le commandement du général Vinoy chargée de s’emparer des canons de la butte Montmartre. Ce 17 mars 1871, le gouvernement de Thiers ne réalise pas que les parisiens considèrent les 227 canons entreposés à Belleville et à Montmartre comme leur propriété, après la guerre contre la Prusse. Les origines de la Révolution de 1848 sont dans toutes les mémoires et il n’est pas question pour les parisiens de se faire dépouiller de ces canons ni des $500 \, 000$ fusils dont ils disposent. Le soulèvement du peuple de Paris commence au petit matin du 18 mars 1871 et se terminera par la Semaine sanglante du 21 au 28 mai.

Que faisaient les scientifiques pendant la Commune de Paris ? [2] Voici ce qu’écrit le journaliste Prosper-Olivier Lissagaray, témoin et acteur des événements, qui se livrera à un véritable travail historique tout au long de sa vie sur la Commune de Paris.

Remontons les quais somnolents dans leur calme inaltérable. L’Académie des sciences tient toujours ses séances du lundi. Ce ne sont pas les ouvriers qui ont dit : « La République n’a pas besoin de savants ». M. Delaunay est au fauteuil. M. Élie de Beaumont dépouille la correspondance et lit une note de son collègue, M. J. Bertrand, qui s’est enfui à Saint-Germain ; ce mathématicien stérile n’est pas pour les audaces créatrices n’ayant jamais pu avoir un théorème naturel. Nous trouverons demain le compte rendu dans l’Officiel de la Commune.

Michèle Audin s’est donc lancée dans une lecture minutieuse des Comptes Rendus de l’Académie des sciences datés du printemps 1871. Les savants de l’époque tenaient séance tous les lundis après-midi. Qui était présent ? Quels ont été les sujets débattus en séance ? Et dans l’antichambre de l’Institut pendant qu’ils signaient le registre des présents ou échangeaient quelques nouvelles, ces messieurs s’interrogeaient-ils sur la révolution en marche ?

Chaque semaine, du 13 mars au 5 juin, le récit de Michèle Audin retrace la marche de ces scientifiques. Ce n’est donc pas un roman puisque l’histoire et la science y sont traités avec rigueur. Ce qui n’empêchera pas le lecteur de trouver dans le texte plein de pastiches, sextines, tautogrammes, monovocalismes, lipogrammes et autres…

Et puis dans ces récits, il y est aussi question de mathématiques. Disons plutôt qu’au fil de la lecture et des figures on voit apparaître l’un des très beaux théorèmes de Pascal. Dans son Traité des coniques, Chasles le formule tout simplement ainsi :

Théorème. Quand un hexagone est inscrit dans une conique, les points de concours des trois couples de côtés opposés sont en ligne droite.

Tout ça mériterait un dessin et même plusieurs, n’est-ce pas ? Eh bien vous en aurez un chaque semaine en même temps que vous découvrirez ce que nos académiciens faisaient il y a 140 ans. Si vous aimez les mathématiques, la littérature et l’histoire des sciences, ce feuilleton est fait pour vous. :-)

Notes

[1On pourra relire ce billet quand il était question de sciences dans le même palais.

[2Pour des instantanés de quelques mathématiciens pendant la Commune de Paris, on pourra relire cet article.

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Pour citer cet article :

Aurélien Alvarez — «Mai vu du quai Conti» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

Commentaire sur l'article

  • Mai vu du quai Conti, du nouveau

    le 19 mai à 08:34, par Michèle Audin

    Je me permets d’ajouter deux informations :
    • Mai quai Conti se trouve ici (cliquer),
    • Sur la Commune de Paris, les scientifiques et les autres, voir aussi ce site (cliquer).

    Répondre à ce message

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Cet article fait partie du dossier «Mathématiques et littérature» voir le dossier

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