Math.en.Jeans et à Bobigny

Le 7 avril 2011  - Ecrit par  Michèle Audin Voir les commentaires (5)

Quatre cent cinquante élèves ont fait des mathématiques à Bobigny pendant trois jours.

Vous l’avez vu dans ce billet d’Étienne Ghys, le Congrès de Math.en.Jeans s’est tenu les 1er, 2 et 3 avril. Dans ce même billet, il vous a été rappelé ce qu’était le principe de Math.en.Jeans, je n’y reviens donc pas.

Sachez quand même que l’association et ses activités existent depuis les années 1980 et qu’il s’agit de faire faire des mathématiques en groupes, à des élèves, en associant des professeurs de lycées et collèges et des chercheurs. Durant le Congrès, les élèves présentent leurs recherches à leurs camarades, comme dans un congrès de mathématiciens. Comme l’a dit Étienne dans son billet, c’est un tel succès que le Congrès de cette année s’est éclaté (au sens propre aussi).

C’est pourquoi je suis allée...

... le 1er avril, à Bobigny...

Commentaires d’ambiance. Il faisait assez beau et il y avait foule à la sortie du métro (La Courneuve-8 mai 1945, à un bout de ligne 7 du métro parisien, contrairement à ce que vous pourriez croire en regardant l’illustration, qui évoque une station de la ligne 5) à cause du grand marché qui se trouve là. À dix minutes à pied, l’IUT de Bobigny, où l’Université de Paris-Nord accueillait un des éclats du Congrès.

Les élèves—spectateurs, d’abord. Un énorme amphithéâtre, 600 places, 250 de plus que le grand auditorium de la BNF [1], tout neuf et très bien équipé. Lorsque j’y suis entrée pour y installer mon ordinateur, il était complètement vide. Rien de plus terrifiant qu’une telle salle vide : et s’il ne venait personne ? Finalement 450 élèves, de la sixième (aïe !) à la terminale, plus leurs professeurs, qui écoutèrent sagement les discours d’inauguration, puis une conférence sur les nombres de Queneau (pour l’adéquation géographique).

Les élèves acteurs : le tétraèdre de Sierpinski

Puis est arrivé le moment qu’ils attendaient vraiment, celui d’exposer leur travail à leurs camarades. Les deux amphithéâtres où ces exposés étaient donnés en parallèle étaient moins grands, certes, mais quand même impressionnants.

Je vous raconte le premier exposé auquel j’ai assisté. Il y était question de colorier un tétraèdre de Sierpinski... qui est au triangle de Sierpinski [2] (comme sur cette figure) ce que le tétraèdre est au triangle. On peut le considérer comme un grand tétraèdre dans lequel on a creusé des trous de forme octaédrique [3]. Le tétraèdre en tickets de métro qui est le logo de ce billet est une approximation du tétraèdre de Sierpinski, réalisé par les élèves qui présentaient l’exposé et qui tenaient aussi un stand dans lequel on pouvait « fabriquer soi-même son tétraèdre de Sierpinski » en tickets de métro, en boules colorées ou autres, comme ceux que l’on voit sur les photographies...

L’exposé présentait d’abord la question que les élèves s’étaient posée : comment colorier un tétraèdre de Sierpinski de façon que deux faces adjacentes n’aient pas la même couleur et que les quatre couleurs soient représentées en chaque sommet ? Vous auriez dû entendre le ton sur lequel l’une d’elles répondit à la question d’un professeur

"Pourquoi avez-vous utilisé quatre couleurs ?

— Mais enfin, c’est un tétraèdre !..."

Puis elles résumèrent les résultats auxquels elles étaient arrivées.

Bobigny, en banlieue

Le matin de ce même jour, j’avais écouté un exposé de séminaire à Jussieu (sur la ligne 7 du métro parisien) et un de mes collègues, à qui je disais que j’allais à Bobigny, me répondit : « je ne saurais même pas placer Bobigny sur une carte de France ». Au bout de la ligne de métro, tout simplement [4].

Pendant l’inauguration du Congrès, certains discours firent allusion au fait que, oui, bien sûr, on était dans la Seine-Saint-Denis, mais, oui, le labo de maths était quand même très bien. Bourrés de complexes !

Certes le labo de maths est excellent, mais il n’y a pas que lui.

Nadra, Sandrine et Janany, les trois spécialistes du tétraèdre de Sierpinski, sont élèves de première S au lycée Louise Michel [5] de Bobigny (c’est un hasard, le groupe qui parlait après elles venait de Bordeaux).

Après les avoir écoutées, je me suis demandé si ces complexes avaient bien lieu d’être...

Pourquoi ce billet aujourd’hui ? Eh bien, je devais écrire un billet vendredi dernier, tout de suite, en sortant du congrès, j’avais pris des photos, demandé aux élèves leur accord pour mettre leurs photos dans l’article (j’avais fait beaucoup de publicité pour le site Images des mathématiques pendant la conférence), j’avais noté leurs prénoms... et en arrivant à la maison, je me suis aperçue que j’avais oublié [6], en particulier, le câble de mon appareil photo à Bobigny. J’ai donc annoncé que je n’écrivais pas le billet et attendu de récupérer ma « connectique »...

Post-scriptum :

Je remercie Nadra, Janany et Sandrine pour l’autorisation de publier les photos qui illustrent cet article.

Notes

[1Où se donnent les conférences de mathématiques « grand public » du cycle Un texte, un mathématicien.

[2Du nom du mathématicien polonais Waclaw Sierpinski (1882—1969).

[3C’était passé inaperçu, j’avais écrit « traédrique », mais les trous ont bien huit faces. Merci à François Gaudel pour la correction.

[4J’avoue que ce genre de réflexions m’exaspèrent, peut-être parce que j’ai vécu mon adolescence et la période du lycée dans la ZUP (qu’on n’appelait pas encore une « cité ») d’Argenteuil... en banlieue.

[5J’ai vraiment choisi l’exposé de ces élèves complètement par hasard, mais j’avoue que le nom de Louise Michel m’a enchantée, comme les lecteurs de ce billet d’Aurélien Alvarez (et d’ailleurs aussi de notre article du 1er Avril) s’en doutent peut-être.

[6La journée avait été longue et difficile !

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Pour citer cet article :

Michèle Audin — «Math.en.Jeans et à Bobigny» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

Crédits image :

Image à la une - Nadra, Janany et Sandrine pour la fabrication, MA pour la photo. Citez les !

Commentaire sur l'article

  • Math.en.Jeans et à Bobigny et avec des tickets de métro

    le 7 avril 2011 à 12:30, par Bernard Hanquez

    J’aime bien ce tétraèdre de Sierpinski en tickets de métro, c’est un peu normal ; j’aime les maths et je collectionne les tickets de métro.

    Existe-t-il un document expliquant sa construction ?

    Fin 2009 il y a eu à Nantes un « défi » dans le même esprit pour fabriquer une « éponge de Menger » en tickets de tramway, il en fallait 66048 !

    http://www.defi66000.fr/accueil.php?acces=V&bckgcol=FFFF00&fsize=16pt&charcol=000000&fweight=plain

    Cela avait attristé mes amis collectionneurs de tickets de voir tous ces tickets perdus à jamais pour leur collection, mais ils ont vite oublié et se sont consolés depuis :-)

    Merci pour ce compte-rendu.

    Répondre à ce message
  • Math.en.Jeans et à Bobigny

    le 7 avril 2011 à 21:52, par Martin Andler

    Oui, il fallait dire à l’inauguration du congrès Maths en Jeans que le département de mathématiques de l’université Paris XIII est de premier plan. J’assume totalement l’avoir fait. Je l’aurais dit à propos d’une autre université, et même de Strasbourg ou : le message selon lequel les universités françaises, et notamment les labos de maths, sont réputés dans le monde entier, doit être dit et redit, surtout quand on s’adresse à des collégiens et lycéens

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    • Math.en.Jeans et à Bobigny

      le 9 avril 2011 à 06:30, par Michèle Audin

      Cher Martin

      Les universités françaises sont excellentes, c’est entendu, et nous sommes tous très forts. Je te remercie de l’avoir rappelé, une fois de plus, sur ce site.

      Ma remarque ne visait pas ton intervention : en tant que versaillais, il va sans dire que tu n’as pas le « complexe neuf-trois ».

      Mais tu n’étais pas seul à l’inauguration, et je pensais à un autre discours officiel (de la Seine-Saint-Denis, lui).

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      • Math.en.Jeans et à Bobigny

        le 20 avril 2011 à 15:34, par Claire

        Certes cette intervention peux manquer d’objectivité... mais elle n’en demeure pas moins pertinente.

        Bruno MarsJessie JColonel Reyel

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        • Math.en.Jeans et à Bobigny

          le 20 avril 2011 à 16:03, par Michèle Audin

          Elle manque d’objectivité, en effet : puisqu’elle est

          • pour les mathématiques,
          • pour la créativité des élèves,
          • contre le racisme social,
          • pour les tétraèdres en tickets de métro,
          • pour Raymond Queneau,
          • pour le métro parisien, etc.

          Et, si j’espère qu’elle est pertinente, j’espère aussi qu’elle est impertinente !

          Répondre à ce message

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