Mathématiciens sans frontières

2 - Le Vietnam

Le 26 octobre 2010  - Ecrit par  Pierre Cartier Voir les commentaires (2)

Ceci est le deuxième d’une série de quatre billets [1] reprenant une conférence de l’auteur prononcée à Madrid, à la Residencia de Estudiantes, le 14 octobre 2010.

Les guerres du Vietnam

Si la guerre entre la France et l’Algérie fut si traumatisante pour nos deux pays, et si, après cinquante ans, la blessure n’est pas complètement guérie, à l’échelle mondiale la guerre du Vietnam — ou plutôt les deux guerres — est bien plus importante. Dans l’empire colonial français, l’Union Indochinoise comportait cinq parties. Trois d’entre elles — Tonkin, Annam, Cochinchine — forment le Vietnam actuel, le Laos regroupe assez artificiellement les royaumes de Vientiane et Luang-Prabang ; enfin, le Cambodge est le reste du grand empire Khmer, siège d’une brillante civilisation proche de celle de l’Inde.

Fin 1941, l’armée japonaise, alliée au gouvernement d’alors du royaume du Siam (aujourd’hui Thaïlande) prend le contrôle complet du Laos et du Tonkin. L’administration française est restée fidèle au gouvernement de Vichy (du Maréchal Pétain), et coexiste difficilement avec les Japonais, jusqu’à la prise de contrôle directe par ceux-ci en mars 1945. Après la défaite du Japon, une période d’occasions manquées et de jeux de dupe voit des négociations assez avancées avec Ho Chi Minh sabotées par des opérations militaires intempestives. Avec l’appui intéressé de la Chine de Chang Kai Chek, en utilisant l’hostilité de Roosevelt au colonialisme français (et britannique), Ho Chi Minh prend le contrôle du Tonkin. Répondra une escalade militaire française. En France, seul le Parti Communiste, grâce à ses relais dans les syndicats de marins et de dockers, s’oppose à la guerre croissante, et provoque des actions de sabotage (affaire Henri Martin). Plusieurs erreurs tactiques françaises, en face du génie militaire du Général Giap, aboutissent à l’infamante défaite de Dien Bien Phu. Il ne reste plus, en 1954, que la négociation pour la France. Mendès-France, appelé à la tête du gouvernement pour se sortir de l’impasse, doit signer les accords de Genève, sous la surveillance du Premier Ministre chinois Chou En Lai, et des diplomates américains.

Les accords de Genève ont reconnu l’indépendance du Vietnam, uni sous l’autorité de façade de l’empereur Bao Dai, fantoche rapidement écarté par tous. La réalité est que la ligne d’armistice (dite du 17$^{\rm e}$ parallèle) coupe en deux le pays, tout comme la Corée à la même époque. Le Nord-Vietnam est dirigé par Ho Chi Minh et ses communistes, le Sud-Vietnam est dominé par les catholiques autour de Ngo Dinh Diem et son frère l’archevêque. Le Nord se remet difficilement de la guerre contre les Français, avec peu d’appuis externes, tandis que le Sud, puissamment aidé par les États-Unis, réussit son envol économique [2]. La prospérité du Sud ne profite pas à tout le monde, et des oppositions diverses — nationalistes, bouddhistes, communistes, bourgeoisie libérale — se fédèrent peu à peu. Par la piste Ho Chi Minh (route masquée par la forêt le long de la frontière cambodgienne), les nordistes soutiennent l’action des guérillas viet-cong du Sud. Les État-Unis ripostent par l’envoi de « conseillers militaires » pour appuyer l’armée sud-vietnamienne (à partir de 1964). Ils s’impliquent de plus en plus dans une guerre directe contre le Nord, ce qui ne prend fin qu’en 1973. Quant au Sud, en partie abandonné par les États-Unis après 1972, il s’écroule le jour où la « troisième force », emmenée par les bouddhistes, fait une alliance tactique avec les communistes.

La violence et l’inhumanité de la guerre des États-Unis contre Ho Chi Minh — mais y a-t-il des guerres humaines ? — choquent l’opinion publique internationale. La guerre est menée avec des moyens terribles : usage du napalm pour brûler lieux et gens, utilisation de produits chimiques défoliants (l’« agent orange ») avec des séquelles graves pour les personnes contaminées, bombardements aériens ciblés sur les digues des rizières, écrasement des villes comme Hanoi par les tapis de bombes... Mais cela fournit aussi une occasion de fédérer des oppositions bien différentes :

  • Pour l’Union Soviétique, c’est un épisode de plus de la guerre froide : une nation communiste attaquée par le Satan impérialiste (comme la Corée dix ans plus tôt). De plus, la Chine est empêtrée dans le chaos absurde de la Révolution Culturelle voulue par Mao ; elle laisse le champ libre à la pénétration soviétique en Asie du Sud-Est. La propagande soviétique se déchaîne.
  • Aux États-Unis, les années 1960 voient une grande agitation politique, centrée sur la lutte des Noirs pour l’égalité civique. La lutte contre la guerre du Vietnam, surtout de 1965 à 1970, s’ajoute à ce combat de la « gauche » américaine. Le savoir-faire logistique des Américains — qui leur fit gagner la guerre contre Hitler — se mobilisa pour de gigantesques manifestations, comme celle de Washington fin 1969, à laquelle je participai.
  • En France [3], une certaine gauche a commencé, dès les années 1950, à soupçonner la vraie nature du régime soviétique ; elle est aussi dépitée de l’effondrement de la Quatrième République (et de Guy Mollet et de sa SFIO), et cherche de nouvelles voies. Lutter contre la guerre du Vietnam lui permet de se construire comme force politique sans se couper des communistes encore puissants (c’est toute la stratégie convergente de François Mitterand et de Michel Rocard).
  • Les pacifistes purs et durs, dont Bertrand Russell est l’icône, ont une excellente occasion de mobiliser l’opinion contre le militarisme et l’impérialisme.

L’opposition des mathématiciens à la guerre

Mais dans tout cela, où se situent les universitaires, emmenés le plus souvent par les mathématiciens ?

En Union Soviétique, l’opinion publique ne peut guère s’exprimer [4], l’intelligentsia est en général réservée devant le régime, et ne comprend guère pourquoi elle participerait à la défense d’un régime communiste qu’elle ne croit pas différent de celui de son pays. De plus, il règne un certain racisme « anti-jaune », que j’ai surpris parfois même chez mes amis russes les plus proches. Il y a des exceptions : Maslov a épousé une femme vietnamienne, dont le sort tragique a aggravé sa paranoïa, et Manin a eu un très brillant étudiant vietnamien [5]. Vers 1970, toute une génération de mathématiciens vietnamiens a été formée en Union Soviétique, pas toujours dans les universités les plus prestigieuses, mais je n’ai connaissance d’aucun collègue russe qui soit allé enseigner au Vietnam à cette époque.

Aux États-Unis, les campus universitaires sont le siège d’une grande agitation, et de nombreux mathématiciens s’engagent. Il me souvient de ma visite à Berkeley en 1965, avec ma femme, où l’on nous traîna de meeting en agape révolutionnaire pendant trois jours. La Société Mathématique Américaine fut le théâtre de polémiques acharnées, pour ou contre la guerre, et même dans la sage Princeton, j’ai vu frémir l’indignation. Le risque était, en retour, de régénérer un McCarthysme jamais tout à fait éteint. Les plus engagés furent Serge Lang, Steven Smale et Neal Koblitz, qui eurent à payer leur engagement par des entraves à leur carrière.

Ces trois collègues américains s’engagèrent de manière différente. Serge Lang était un polémiste-né, mais individualiste, incapable de participer à une action collective. Ses diatribes contre la guerre du Vietnam ne furent qu’un de ses exutoires ; à la fin de sa vie, il se lança dans une campagne douteuse de négation du sida. Steven Smale, un des gourous de Californie, était par tradition familiale un communiste convaincu. La médaille Fields lui fut décernée lors du Congrès International des Mathématiciens (ICM66) à Moscou en 1966. Il tint, sur les marches de l’Université Lomonosov, une conférence de presse sur le Vietnam, ce qui ne plut guère aux autorités moscovites [6]. Je n’ai pas de détails sur ses visites au Vietnam, mais après sa retraite de Berkeley, il s’établit à Hong Kong pour plusieurs années. Neal Koblitz est lui aussi un communiste convaincu. Avec sa femme (tout aussi communiste), il anime la « fondation Sofia Kovalevskaya [7] » qui s’emploie à soutenir en Amérique Latine et au Vietnam les jeunes femmes scientifiques. A eux deux, ils ont fait beaucoup de visites au Vietnam, où ils sont très chaleureusement accueillis, par les collègues et par les autorités.

En France, c’est là que les campagnes furent les plus structurées. Le Vietnam avait été une colonie française, et la première guerre du Vietnam se fit contre nous. Laurent Schwartz, que nous retrouverons souvent dans ce récit, était une figure majeure et respectée des mathématiques françaises, et il a été toujours très engagé politiquement [8]. Comme le disait André Weil, qui fut très lié à Schwartz, la porte de sa sœur, Simone Weil, était ouverte à tout ce que l’Europe comptait de Juifs communistes dissidents ; Schwartz rentrait bien dans cette catégorie. Dans les années 1965 à 1967, tous ceux qui seront les agitateurs et les meneurs de la révolution étudiante de mai 1968 fourbissent leurs armes militantes dans des « Comités Vietnam ». Les réseaux constitués lors de la guerre d’Algérie (Vidal-Naquet, Mandouze), souvent animés par les chrétiens progressistes de l’époque [9], sont restés mobilisés à propos du Vietnam. Schwartz et certains de ses élèves (Malgrange, Martineau) séjourneront à diverses reprises au Vietnam.

Le plus surprenant est la visite de Grothendieck au Vietnam. Lors de la guerre d’Algérie, Grothendieck s’était cantonné dans ses mathématiques ; on a publié de lui une lettre assez naïve à Henri Cartan, où il lui demande d’intervenir pour faire dispenser du service militaire les jeunes mathématiciens prometteurs (dont moi !). Est-ce l’effet de sa médaille Fields, décernée en 1966 en même temps que Smale ? Il n’a pas voulu se rendre à Moscou et y délégua Léon Motchane pour la recevoir en son nom. Est-ce le souvenir de son père, deux fois condamné à mort en Russie — par le tsar, puis par Lénine — qui rouvre la communication vers les idéaux anarchistes et pacifistes de ses parents ? Plus crûment, veut-il utiliser sa renommée nouvelle pour servir une cause politique ? En tout cas, sans prévenir personne, il part au Vietnam où il visite les mathématiciens de Hanoi, réfugiés dans les rizières pour fuir les bombardements américains. Sur la photo de groupe, il y a une jeune et fière milicienne de 17 ans, Hoang Xuan Sinh [10], qui fera sa thèse vers 1975 sous la direction de Grothendieck. Juste avant l’explosion de 1968, il fera un récit militant de cette visite, qui fait de lui un franc-tireur parmi les franc-tireurs.

Mais, ce qui eut le plus grand impact fut le « Tribunal Russell ». Bertrand Russell (1872-1970) [11] a toujours été engagé dans le mouvement pacifiste, ce qu’il a payé par un internement en Grande-Bretagne en 1918. Malgré les sarcasmes de Poincaré et de Dieudonné, il faut le considérer comme un mathématicien, ou en tout cas un philosophe des mathématiques et un logicien. Les « Principia Mathematica », écrits avec Whitehead, sont mieux compris aujourd’hui qu’il y a trente ans, car la théorie des types a repris de l’importance en informatique théorique.

Russell et Schwartz rassemblent les témoignages les plus accablants sur la façon dont les Américains mènent la guerre au Vietnam, et les font connaître à l’opinion publique. Bien sûr, cela vaudra à Russell et à Schwartz une grande reconnaissance de la part des dirigeants vietnamiens, et ce sera le départ d’une amitié personnelle entre Schwartz et Pham Van Dong. Ce dernier est un des plus proches compagnons de Ho Chi Minh, et à la mort de ce dernier en 1969, il partage la direction du pays, comme Premier Ministre, avec Le Duan, secrétaire général du Parti Communiste (mort en 1986). C’était un homme très fin, qui, au soir de sa vie, encouragea le Doi Moi (nouveau cours économique) et resta francophile malgré tout [12]. De ce fait, Schwartz était reçu comme un hôte d’État.

Le combat politique pacifiste, mené par Russell et Schwartz pour le Vietnam, n’était pas isolé. Du côté des physiciens, il y a eu depuis 1945, avec le soutien d’Einstein et Oppenheimer, une opposition à l’armement nucléaire. Les plus engagés se retrouvèrent au sein du Mouvement Pugwash, un forum indépendant où se côtoyaient des physiciens des deux côtés du Rideau de Fer. Du côté des mathématiciens se cristallisa une certaine opposition à la politique de l’OTAN, et surtout sa pratique de financer des rencontres scientifiques. Lors d’un congrès à Anvers en 1973, sur les fonctions automorphes, la tension fut forte. Le mode de financement opposa les organisateurs (Kuyk, Poitou, Serre) à un groupe de contestataires (Langlands, Godement, Lang, Tate et moi-même). Malheureusement, la possibilité d’une discussion publique civilisée entre les deux groupes fut ruinée par l’arrivée intempestive de Grothendieck, qui se livra avec son fils Serge à toutes sortes de clowneries, et retourna l’opinion du congrès contre la thèse qu’il prétendait défendre.

Agitation parisienne

Je ne suis pas parti pour le Vietnam en 1976 sur un coup de tête. Revenu de Strasbourg à Paris fin 1971, je me retrouvai au centre d’une fièvre militante. Ce que j’ai raconté plus haut, sur le Congrès d’Anvers en 1973, n’est qu’un des aspects. La guerre au Vietnam donnait une bonne occasion de fustiger le militarisme américain, qui était celui que nous subissions en Europe de l’Ouest. Le printemps de Prague de 1968 — ou l’espoir d’un autre socialisme, à visage humain — a été cruellement écrasé par le militarisme soviétique ; la « doctrine Brejnev » de la souveraineté limitée des pays d’Europe de l’Est est aussi monstrueuse que la « doctrine de Monroe » qui donne aux États-Unis le droit de régenter tous les pays d’Amérique Latine. Peu d’esprits sont assez lucides à ce moment pour se rendre compte que la fin des bombardements américains à Hanoi et la liberté à Prague ou à Varsovie relèvent de la même exigence et du même combat. Russell et Schwartz le savent et le disent, mais il faudra attendre 1978, avec le piège afghan pour l’Armée Rouge, et l’élection d’un Pape polonais [13], deux événements à la convergence historique étonnante, pour que l’opinion publique de gauche bascule vraiment — et que Mitterand soit élu président dans la foulée.

A Orsay, j’avais lié connaissance avec van Regemorter, un astrophysicien, et Markovich, un biologiste. Par eux, j’avais rencontré Raymond Aubrac. Ce dirigeant de la Résistance à l’occupation nazie, a toujours été l’agent de liaison entre de Gaulle et les communistes. A la Libération, il est « Commissaire de la République » (préfet avec pouvoirs exceptionnels) à Marseille. Il participe ainsi à la reconquête de la France par l’administration nationale, face à la double menace constituée par les milices communistes des FTP et le projet de Roosevelt d’imposer à la France un gouvernement militaire américain sur le modèle de Mac Arthur au Japon [14]. Avec le titre modeste de préfet honoraire, il jouera un rôle majeur dans la diplomatie « discrète » française, accueillant Ho Chi Minh chez lui en 1946 ; à en croire les mémoires de Mac Namara (ministre de la défense des États-Unis dans les années 1970), Aubrac fut, avec Markovich, l’un des relais essentiels entre Vietnamiens et Américains lors de la négociation finale de 1972. Que le consul américain ait été intrigué par ma fréquentation assidue d’Aubrac et Markovich, comme raconté plus haut, n’a donc rien de surprenant.

Henri van Regemorter était un franc-tireur qui se démena beaucoup pour développer l’informatique au Vietnam, en utilisant sa structure, le CCSTVN, autrement dit le « Comité pour la Coopération Scientifique et Technique avec le Vietnam ». C’était encore l’époque héroïque de l’informatique où trois vietnamiens doués, avec du matériel de récupération, pouvaient construire un prototype de microordinateur. L’informatique est devenue l’un des tout premiers acteurs technologique, industriel, économique (et même politique) au début du vingt-et-unième siècle. C’est là un bon paradigme historique.

Le dernier personnage de la bande était mon beau-frère. Médecin pédiatre, catholique progressiste, il a été l’élève de Neeman, un des pionniers de la pédiatrie en France, puis le collaborateur de Robert Debré, un des autres pionniers. On ne compte pas les hôpitaux Robert Debré en France ! Le père de Robert Debré fut rabbin de Neuilly, l’un des fils de Robert Debré est Michel Debré, qui fut premier ministre de 1959 à 1962, au début de la Cinquième République. L’un des petits-fils de Robert Debré est Jean-Louis Debré, qui fut un efficace président de l’Assemblée Nationale, et préside maintenant le Conseil Constitutionnel de notre pays. Et... la sœur de Robert Debré est la mère de Laurent Schwartz [15]. On ne sort pas de la famille, et l’on est au cœur de l’intelligentsia juive du début du vingtième siècle, très influente dans l’université, la médecine et la politique après l’affaire Dreyfus.

A cette époque, mon beau-frère travaillait pour l’OMS [16], branche médicale des Nations-Unies. Il fit plusieurs missions dans les deux parties du Vietnam, en liaison avec les deux grandes associations caritatives françaises : le Secours Catholique et le Secours Populaire Français. Cette dernière était contrôlée par le Parti Communiste Français, mais à l’époque la collaboration entre les deux organismes fonctionnait assez bien. Il faut dire que les séquelles de la guerre sur les enfants : amputations, brûlures, sous-alimentation, étaient effrayantes. Mon beau-frère était à Saigon peu de temps avant l’effondrement final du Sud-Vietnam, dernier héritier de l’empire de Bao Dai. Il put nous expliquer pourquoi et comment les héritiers de Ho Chi Minh l’avaient emporté.

Donc, à nous cinq, nous fîmes notre travail d’information militante dans ce qui sera prochainement fédéré sous le nom de Campus du plateau de Saclay : Université Paris-Sud, CNRS de Gif-sur-Yvette, Centre d’Énergie Atomique de Saclay,... et quelques années plus tard École Supérieure d’Électricité et École Polytechnique.

Mes voyages au Vietnam

Jusqu’à présent, je n’étais pas allé au Vietnam, malgré mon engagement de plusieurs années pour ce pays. L’occasion se présenta en 1976. Invité par la JSPS [17], je fis un long séjour au Japon. Le conseiller scientifique français voulait m’organiser une tournée en Corée du Sud (pays que je visiterai pour la première fois au printemps 2011). Je tins bon, et grâce à l’intervention de notre Ambassadeur au Vietnam, alerté par Laurent Schwartz, j’obtins in extremis un visa pour le Vietnam. Le voyage fut héroïque. Je fis escale à Pékin et à Nanning (dans le sud de la Chine) et dus psalmodier en chœur le « Petit Livre Rouge » de Mao Tse Dong dans l’avion. En 1976, la Chine était dans un chaos complet, six mois après la mort du grand mandarin Chou En Lai, image de la sagesse et de la maîtrise confucéenne, et six mois avant celle de l’empereur fou Mao Tse Dong (manipulé par sa sorcière de femme). Malgré un visa de transit, je ne pus donc visiter Pékin (ce que je ferai en 2001) ; les quelques heures d’escale à Nanning me permirent de flairer l’hostilité entre Chinois et Vietnamiens qui devait déboucher sur la guerre-éclair de 1979 [18].

Je débarquais dans un pays assommé par trente ans de guerre. La région d’Hanoi portait les lourds stigmates des bombardements les plus récents ; on se méfiait des occidentaux venus des pays impérialistes capitalistes. J’étais une sorte d’OVNI mathématique.

Les telex dont Schwartz avait inondé l’Ambassade de France me garantirent un accueil chaleureux de la part d’un ambassadeur fort attaché à sa mission de réconciliation entre Français et Vietnamiens. Je me souviens de son commentaire : « Il faut des franc-tireurs comme vous, pour ouvrir ensuite des voies plus officielles ». Les mathématiciens furent d’abord surpris, mais la glace fondit lorsque je m’offris à faire un panorama des développements récents en algèbre, géométrie, analyse et probabilités (un condensé du Séminaire Bourbaki). Je citai Bourbaki, Cartan, Serre, Schwartz, Grothendieck, Hörmander, Atiyah, Nelson... et les noms de Schwartz et Grothendieck furent le sésame.

Ce fut le premier d’une longue série de voyages (dix environ sur une trentaine d’années). Ce sont des souvenirs très riches, mais les détails en lasseraient le lecteur. Disons seulement que ces voyages me permirent de constater l’ouverture et la normalisation progressives du pays. Une étape importante fut la défaite soviétique en Afghanistan en 1986, qui initia le désengagement de l’URSS au Vietnam. Ce pays est dans une situation géographique difficile. La Chine a toujours été une menace, même si parfois la Chine communiste et le Vietnam communiste eurent une alliance réticente. L’Union Soviétique fut un allié, mais jamais un ami. Les Vietnamiens payèrent un lourd tribut pour l’armement ou l’aide économique fournis par les Soviets : une main-d’œuvre de 150 000 à 200 000 vietnamiens pour les grands projets en Sibérie, dans des conditions voisines de l’esclavage du Goulag ; une émigration à peine plus qualifiée vers l’Allemagne de l’Est ou la Tchécoslovaquie, qui s’évapora lors de la chute du mur de Berlin [19].

Si le Vietnam voulait sortir de l’isolement, il lui fallait se rapprocher de ses voisins. Les États-Unis avaient créé un pendant asiatique de l’OTAN, ou ANSEA [20], et une Société Mathématique de l’Asie du Sud-Est (en abrégé SMASE) en était un appendice. Si je m’étais battu en 1973 contre le financement d’un congrès mathématique par l’OTAN, je recommandai à mes collègues vietnamiens d’adhérer à la SMASE. En 2000, j’assistai à Saigon (devenue Ho Chi Minh Ville) à une rencontre dans ce cadre, avec des mathématiciens philippins, indonésiens, thaïlandais,... Les choses ont tellement évolué que le Vietnam fait partie de l’ANSEA et que Hanoi a accueilli l’un des derniers sommets de cette organisation.

Les conditions matérielles se sont considérablement améliorées, ce qui porte à la fois sur l’accueil qu’on me donnait, et sur les conditions d’enseignement (bien sûr, le climat tropical sera toujours là). La communication avec l’extérieur a aussi beaucoup changé. Le temps n’est plus où je sortais du Vietnam avec, de manière plus ou moins légale, 200 lettres à poster. Lors de mon dernier voyage (automne 2008), j’avais tout préparé grâce à des échanges maintenant standard par courriel, et je suivais les nouvelles sur les sites Internet de la presse française ou internationale, même lorsque les dépêches sur le Vietnam étaient politiquement sensibles (exemple : manifestation catholique au centre d’Hanoi).

Dans tous mes voyages, j’ai insisté pour visiter les trois capitales du pays : Hanoi, Hué, Saigon. L’atmosphère n’y est pas identique, et Hué reste fortement pénétrée de la spiritualité bouddhiste. C’est dans mon dernier passage à Hué que j’ai perçu le changement dans les mentalités. Lors d’une soirée fort officielle, du genre distribution des prix, en présence du recteur, le spectacle organisé par les étudiants comprenait danses traditionnelles en costumes, concert rock, et concours de beauté par couples ! Comme me le sussura à l’oreille un collègue : « Musique jaune ! [21] Il y a vingt ans, pour une réunion en petit groupe de ce type, nous finissions tous la nuit au poste de police ! ».

Le niveau des mathématiques vietnamiennes s’est beaucoup élevé. La remise de la médaille Fields, le 19 août 2010, à Ngo Bao Chau [22], vietnamien récemment naturalisé français, est un signe de reconnaissance éclatant. Le talent ne manque pas au Vietnam, mais il y fallait un jardin bien arrosé !

La situation actuelle au Vietnam

Il faut s’interroger sur le sens politique de toute cette action qui, aujourd’hui, s’est institutionalisée. Les échanges d’étudiants entre France et Vietnam sont codifiés, et la coopération est prise en charge par le Formath Vietnam, animé par mon collègue Lionel Schwartz. Diverses universités, l’École Polytechnique, ont signé des conventions avec le Vietnam.

Laurent Schwartz, pour son action publique lors du Tribunal Russell, bien que trotzkiste dans sa jeunesse, était vénéré par les autorités de Hanoi, et le tapis rouge était déroulé devant lui. Je profitai de ce tapis rouge, et je fus longtemps une sorte d’hôte d’État, mais dont on se méfiait à cause de ses réactions imprévisibles, et de ses efforts pour échapper à la propagande officielle, et rencontrer les gens ordinaires. Il fallut un ordre express de Pham Van Dong, alors premier ministre, pour me permettre de circuler à bicyclette dans Hanoi. Nous en avons ri ensemble vingt ans plus tard !

On m’a souvent reproché de cautionner l’un des régimes communistes les plus durs. Je n’ignore pas la dictature idéologique et policière, heureusement fort affaiblie aujourd’hui. J’ai rencontré des dissidents, et j’ai communiqué à la Croix-Rouge Internationale les photos que j’avais volées en passant devant un camp de rééducation. J’ai aidé un « boat-people » à émigrer légalement en France, j’ai servi de facteur entre des Saigonnais et leur famille installée en France... Je n’ai ni à me vanter, ni à me justifier de cela. Malgré une petite hésitation, je ne suis pas allé à Cuba vers 1965 ; je n’irai jamais en Corée-du-Nord (mais on ne voudrait pas de moi).

Au Vietnam, il y avait une possibilité d’évolution intérieure dans un sens libéral, et elle s’est réalisée. La situation actuelle est assez loufoque, et sur le modèle chinois. La structure politique reste celle du Parti Communiste, mais...

  • les dirigeants politiques, assez médiocres, effrayés par la Chine, sont très coupés, et du peuple, et de la nouvelle classe moyenne ;
  • la nouvelle classe des managers me semble dans l’ensemble compétente et relativement honnête ; l’un d’eux m’a expliqué crûment qu’il n’est plus nécessaire d’être membre du Parti Communiste pour faire carrière (!) ;
  • les couleurs du drapeau national communiste (étoile jaune sur fond rouge velours) correspondent au bonheur dans le code de couleurs de la tradition religieuse ;
  • la vénération de Ho Chi Minh a pris un tour religieux ; il fait partie du panthéon national pour les confucianistes, et c’est un boddhisatva pour les bouddhistes ;
  • l’équilibre entre villes et campagnes est délicat ; il ne faudrait pas voir le régime communiste abattu par une révolte « maoïste » du style népalais, venue du fond des rizières.

Je ne souhaite certainement pas une nouvelle révolution ou guerre civile au Vietnam. Espérons que la libéralisation actuelle se poursuivra pacifiquement, et que le pays ne retombera pas, après la fin du communisme, sous la coupe d’une autre clique idéologique ou militaire.

Figures exemplaires

En dehors des nombreux cours que j’ai donnés, de l’importante documentation mathématique dont j’ai fait don, des étudiants que j’ai formés, la partie la plus positive de mon action au Vietnam me semble le soutien donné à mes nombreux amis vietnamiens. Je n’en retiendrai que trois, en m’excusant auprès des autres.

Nguyen Dinh Tri est venu à moi par l’intermédiaire de Laurent Schwartz. Formé en mathématiques appliquées en Union Soviétique, il a été souvent invité à l’École Polytechnique, à l’époque où Schwartz, puis moi-même, y travaillèrent. Il était membre d’honneur de notre Centre de Mathématiques. A Hanoi, il était vice-recteur de l’Institut Polytechnique, où je donnai nombre de mes cours. Après sa retraite, il créa l’Institut Francophone d’Informatique, qu’il fit rattacher au réseau des universités francophones. A un certain moment, il offrit à ma fille un poste de professeur de français dans son Institut. Ma fille qui l’aimait beaucoup, et l’appelait « Oncle Tri », était tentée d’accepter, mais déclina sur mon conseil, pour des raisons pratiques (son fils était encore bébé !).

Le fils de Tri, qui fut l’un de mes étudiants les plus prometteurs (je fis publier sa thèse dans le journal « Topology » après avoir plaidé sa cause auprès de Michael Atiyah [23]), a fait une carrière administrative. Il est un très efficace sous-directeur (et de fait animateur) de l’Institut de Mathématiques de l’Académie des Sciences Vietnamiennes. Sa sœur, après des études à Odessa, s’est installée en France, et enseigne l’informatique à l’Université Catholique d’Angers, tout en élevant sa fille Li.

Lors de ma dernière visite à Hanoi (octobre 2008), j’eus avec Tri le dialogue suivant :

— Schwartz et toi, vous m’avez fait changer d’avis sur beaucoup de sujets.

— Nous le reproches-tu ?

— Non, je vous en remercie.

Je fus extrêmement touché de ce compliment. Il me rappelait la dernière conversation entre ma femme et son oncle et tuteur (qui fut pour moi un beau-père) :

— Monique, ma fille [24], tu sais que j’ai beaucoup évolué grâce à toi...

Mon beau-père fut une des figures marquantes du syndicalisme démocrate-chrétien, qui accoucha de la CFDT. Au cours de sa vie, il évolua depuis un catholicisme très rigide et très formel jusqu’à un libéralisme solide.

J’ai maintenant à parler de deux femmes libres. J’ai déjà mentionné Hoang Xuan Sinh, jeune milicienne étudiante dans le maquis, puis élève de Grothendieck. Quand je la rencontrai à Hanoi en 1976, elle était à peine de retour au Vietnam, et complètement fascinée par Grothendieck (qu’elle appelait Chourik, son surnom familier). Elle m’invita chez elle, avec quelques complices, ce qui était à la limite de la dissidence. Elle navigua longtemps dans l’entre-deux. D’un côté, elle fut la présidente de l’Union (communiste) des femmes du Vietnam, de l’autre, elle a développé graduellement, avec son ami Huynh Mui [25], une structure d’enseignement supérieur parallèle. Cela avec la bénédiction de la municipalité de Hanoi, et le soutien politique du Général Giap. Celui-ci, grand stratège, et artisan de la victoire militaire sur la France et les États-Unis, avait été mis dans un placard politique. Il était la référence de tous les libéraux du régime, et j’eus la chance de le rencontrer une fois. Quand la société vietnamienne commençait à s’ouvrir, Sinh n’hésita pas à venir me chercher à mon hôtel, et à s’afficher avec moi en public. Lors de mon dernier voyage, elle m’a fait les honneurs de sa toute nouvelle Université privée (8000 étudiants) remarquablement bien équipée. Elle ne m’a pas caché non plus ses réserves sur le régime politique.

C’est par mon beau-frère le pédiatre que j’entrai en relation avec ce personnage de légende qu’était le Docteur Duong Quynh Hoa, chef de service à l’hôpital pédiatrique n$^{\rm o}$ 2 de Saigon (Nhi Dong Hai, en vietnamien), d’origine sino-vietnamienne comme l’atteste son prénom Hoa, supérieurement intelligente et courageuse. Elle était typique de cette « Troisième Force » de Saigon, la bourgeoisie libérale et humaniste ralliée aux communistes pour abattre le régime de Ngo Dinh Diem, qui fut suivi de la dictature des généraux Minh, puis Thieu. Elle avait rejoint les guérillas dans les rizières, et y perdit en bas âge son unique enfant (victime de la dioxine répandue par les Américains). A la fin de la guerre, elle fut promue vice-ministre de la Santé dans le premier gouvernement du Vietnam réunifié. Elle en démissionna rapidement avec ce commentaire : « Je serai plus utile dans mon hôpital, qu’à faire de la paperasserie, et censurer les revues médicales étrangères. »

Lors du premier Symposium international de pédiatrie, organisé à Ho Chi Minh Ville, en 1988, je pris la place de mon beau-frère empêché (!). C’est là que j’entendis Hoa prendre à partie un haut responsable de Hanoi : « Camarade, nous sommes ici entre médecins. La propagande ne nous intéresse pas... ». Inquiet, je demandai : « Hoa, que va-t-il se passer ? — Rien ! » A de nombreuses reprises, elle me rencontra à la terrasse des grands cafés, où nous parlions très librement en français, voire en anglais à l’occasion, sans nous soucier des mouchards qui nous entouraient. Je la vis pour la dernière fois sur la chaine de télévision francophone TV5 Monde (accessible au Vietnam), disant en particulier : « Mes anciens amis politiques... — C’est-à-dire, Madame ? — Les communistes évidemment ». Puis elle expliqua ses nouveaux engagements socio-médicaux au service des minorités ethniques... Cette femme, d’un tel talent, d’un tel courage et d’un tel humanisme, brillait au milieu des décombres du vingtième siècle.

Je ne veux pas infliger au lecteur dix autres récits du même genre. Ce serait autant d’humanistes courageux que je pourrais décrire, et je m’excuse de ne pouvoir ici rendre hommage à chacun d’eux. Si le Consul américain de Paris me demandait aujourd’hui le sens de mes voyages au Vietnam, je répondrais sans hésiter :

Utiliser mon talent et ma réputation de mathématicien pour conforter les hommes et les femmes libres de ce pays martyr et donner l’espoir aux plus jeunes.

N’est-ce pas une bonne définition d’un mathématicien sans frontières ?

A suivre (mardi prochain) ...

Notes

[2Encore aujourd’hui, le développement de Saigon est beaucoup plus ordonné que celui d’Hanoi.

[3Et aussi en Israël, après le procès Oren à Prague.

[4Elle ne commencera à le faire que lors de la déroute d’Afghanistan, vers 1985, sous Gorba$\check{\rm c}$ev.

[5En général, les Soviétiques rencontrés au Vietnam avaient un comportement de colonialistes.

[6Pour faire diversion, elles lui organisèrent une « visite guidée des musées de Moscou », avec deux anges gardiens du KGB.

[7Sur Sofia Kovalevskaya, on peut voir cet article (NDLR).

[8Jusqu’à se présenter, à Grenoble en 1947, comme candidat trotzkiste à une élection.

[9Ceci est contemporain du Concile Vatican II, qui s’efforça de réformer en profondeur l’Église Catholique !

[10«  En ce temps-là, j’étais communiste », m’a-t-elle avoué récemment.

[11Sa vie romancée fait l’objet d’une intéressante bande dessinée : « Logicomix » (voir ce billet).

[12On peut le comparer à Chou En Lai, lui aussi éminent mandarin confucianiste.

[13Comme me l’a dit un ami mathématicien et jésuite : « Pour une fois, l’Esprit Saint n’était pas aux abonnés absents lors de l’élection d’un Pape ! ».

[14Sommes-nous dans le camp des vainqueurs — ou celui des vaincus ?

[15Dans ses mémoires, Schwartz parle avec admiration et respect de « l’oncle Robert ».

[16Organisation Mondiale de la Santé.

[17Japan Society for the Promotion of Science.

[18J’y assistais depuis Hanoi, alors que mon frère le sinologue visitait Pékin.

[19Ce qui à Paris serait l’exploitation capitaliste d’un travailleur africain était, à Prague, de la solidarité entre pays socialistes !

[20Association des Nations du Sud-Est Asiatique, ASEAN en anglais.

[21Le jaune est la couleur traditionnelle du mépris ; les communistes désignaient ainsi toute la culture populaire actuelle.

[22Voir Des médailles pour les maths ! ainsi que Les travaux de Ngô Bao Châu sur notre site (NDLR)

[23Au sujet de Michel Atiyah on peut lire ce billet sur le site (NDLR)

[24Il l’appelait toujours ainsi !

[25Spécialiste de topologie algébrique, il avait passé quinze ans de formation au Japon !

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Pour citer cet article :

Pierre Cartier — «Mathématiciens sans frontières» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

  • Libéralisme

    le 26 octobre 2010 à 21:34, par Rémi Peyre

    Cher Pierre,

    J’ai lu vos deux premiers texte avec intérêt. Un détail m’y a frappé, à savoir la récurrence de l’adjectif « libéral » (dans le sens philosophique du terme). Vous considérez-vous vous-même comme libéral ? Et si oui, est-ce pour vous une facette inséparable de la qualité de mathématicien « sans frontières » ?

    Cordialement,
    Rémi Peyre (de Goutelas)

    Répondre à ce message
    • Libéralisme

      le 2 novembre 2010 à 09:54, par Pierre Cartier

      Cher intervenant ,

      Vous me demandez le sens du mot « libéral » dans mon billet ; c’est bien entendu celui utilisé par Evariste Galois et Sophie Kowalevska, dans ces mêmes « Images des Mathématiques ». Si vous relisez le début de mon premier billet, vous trouverez la référence commentée à la liberté selon Cantor. Bien entendu, le mot « liberté », et toutes ses déclinaisons, est le mot central. Il s’agit de la liberté de pensée (malgré la caricature offerte par certains « libres-penseurs » professionnels), de jugement, d’opinion, d’action ou du libre examen. Le refus des dogmes, qu’ils soient politiques, religieux, ou même mathématiques, en fait partie. Les axiomes mathématiques peuvent être remis en cause, voir par exemple la géométrie non-euclidienne. Ne parlons pas des modes mathématiques. L’histoire de la recherche mathématique combine de manière subtile l’effort collectif (les « écoles mathématiques ») et les surprises qui sont souvent l’oeuvre de francs-tireurs. C’est toute cette tradition que je revendique, ainsi que l’exportation dans le domaine social ou politique.

      Merci de me permettre d’enfoncer ces portes ouvertes,

      Pierre Cartier

      Répondre à ce message

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