Mathérialisation

Le 3 juin 2011  - Ecrit par  Pierre Gallais Voir les commentaires

Math et réalisation dans une galerie d’art.

Si j’énonce : « considérons un plan coupant l’espace intérieur de la galerie ».

Intellectuellement, si vous avez une habitude de la géométrie et une appréhension de la géométrie dans l’espace, vous concevrez une image du résultat. Les murs qui délimitent la galerie seront coupés selon des droites et les éléments qui se trouvent à l’intérieur, selon leur place, leur forme, seront ou non coupés par des lignes droites ou courbes. Mathématiquement : toutes ces lignes étalées dans le volume de la salle seront en relation ; celle qui caractérise l’objet « plan ».

Ceci, à première vue, pourrait sembler si banal ou sans grand intérêt que nous n’y accorderions pas d’attention. Cependant cette relation, indiscutable, peut être difficile à concevoir selon la complexité du lieu et des objets qui l’occupent.

Imaginons que nous soyons dans une obscurité suffisante qui ne permette plus de discerner les objets qui habitent la salle. Le seul moyen de nous repérer dans cet espace étant de nous appuyer sur les éléments visibles, si ceux-ci ne sont que les segments définis par ce plan sécant, notre œil — par nécessité et absence de distraction — va découvrir et goûter une information sensible et plastique ; qui n’est qu’une matHérialisation ou manière de rendre concret un concept banal, dans une situation particulière. Tout l’art demeure dans la manière de rendre cela poétique et/ou émouvant.

Nous ne percevons visuellement que par la lumière qui vient frapper notre rétine. En général les rayons lumineux de la source partent dans toutes les directions, s’en vont réfléchir sur les objets, puis finissent par aboutir sur notre rétine. C’est la raison pour laquelle nous les percevons. Les flux de lumière reçus par la rétine nous renseignent sur leur forme. Si la source est très localisée et unidirectionnelle (comme un rayon laser) nous ne percevons qu’un point [1]. Imaginons, par un procédé technique, d’avoir une source qui ne soit plus un seul rayon laser mais un plan de rayons lumineux [2].

Lorsque la rétine captera de la lumière ce sera alors une ligne fine qu’elle percevra… et rien d’autre : l’intersection de ce plan avec la surface qui lui fera obstacle. [3] Si la salle est vide nous ne verrons que la trace sur les murs.

Imaginons qu’une personne (différente de vous qui observez) se déplace dans la salle : vous percevrez un segment de ligne courbe (mobile dans l’espace) et ce qui reste de l’intersection avec les murs (immobile). Si nous avons la chance d’avoir un ensemble de personnes en un mouvement chorégraphié nous aurons un ballet de lignes dans un plan. Nous pouvons multiplier les plans de lumière et ainsi complexifier ce ballet.

Cette intervention est minimale et nécessite un certain silence intérieur, pour en goûter la saveur. Par expérience lors des essais j’ai constaté que, selon l’état ou la disponibilité dans lesquels je me trouvais, le résultat pouvait me sembler d’une grande banalité ou se révéler très émouvant … dans ma perception de ce grand inconnu qu’est l’espace.

L’espace : ce vide dans lequel je me déplace sans trop y prêter attention ; cet infini que rien ne vient arrêter quand, m’allongeant sur le sol, je fixe un ciel bleu pur, sans nuage. Alors je songe à l’émotion que je retrouvais, un jour, face aux monochromes bleus d’Yves Klein ou bien encore les surfaces en creux d’Anish Kapoor. Sans repère je me sens perdu et lorsque tout est égal je suis pris de vertige.

La salle où cette pièce va être réalisée mesure 18 x 13 m au sol et 3 m sous plafond. Les segments auront une épaisseur d’environ 5 mm.

Photos

Dans la deuxième salle de cette galerie de 6,5 x 6 m je réaliserai la pièce ci-dessus : les tangentes à l’ellipse seront matérialisées par des fils fluorescents de 1 mm éclairés en ultraviolet. Le plan sera incliné et occupera toute la salle. Si, pour réaliser la pièce ci-dessus j’avais dû fabriquer une petite machine, car je me trouvais dans une grotte, pour la nouvelle je n’utiliserai qu’une procédure géométrique.

Post-scriptum :

L’exposition étant à Montréal je me devais d’imaginer une proposition qui me permette de voyager léger et de remplir tout l’espace … quelques petits modules lasers et une grosse bobine de fil suffiront. Pour information : (des fois que ?) l’exposition se déroulera du 11 juin au 9 juillet au centre d’exposition CIRCA, 372 rue Sainte Catherine – ouest, Local 444, Montréal.
Les images présentées ont été prises dans mon petit local pour donner une idée, mais ne peuvent pas rendre compte de l’effet produit dans un grand espace alors que nous y sommes plongés.

Notes

[1Si il n’y a pas de fumée ou brouillard. Lorsque le laser est assez puissant et que l’atmosphère est chargée de poussières ou de fines gouttelettes d’eau, nous percevons la ligne droite du rayon.

[2un exemple, fréquent maintenant : les traceurs lasers que l’on trouve dans le commerce pour tracer l’horizontale en remplacement des niveaux à bulle

[3Il faudrait certainement enfoncer plus loin le bouchon pour être précis. L’objectif n’est pas, dans ce cas, de faire de la science mais d’en user à des fins émotionnelles et ces remarques sont suffisantes.

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Pour citer cet article :

Pierre Gallais — «Mathérialisation» — Images des Mathématiques, CNRS, 2011

Crédits image :

Photos - Toutes les images appartiennent à l’auteur.

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Cet article fait partie du dossier «Mathématiques et arts plastiques» voir le dossier

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