Maths au maquis

Piste verte 25 octobre 2014  - Ecrit par  Julien Barré Voir les commentaires

Au Plan de la Vache…

En cette fin d’automne 1943, les maquisards de la compagnie Bernard se trouvent dans le massif de Belledonne, au nord-est de Grenoble. Ils sont provisoirement installés aux chalets du Plan de la Vache (photo d’époque) :

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Ils viennent d’un peu partout en France et parfois d’ailleurs, de tous les milieux. Ils s’entraînent et préparent le déclenchement de l’insurrection contre l’occupant, lorsque les alliés débarqueront. Mais la Résistance, ce n’était pas que cela. Le soir, parmi ceux qui ne jouent pas aux cartes, on trouve souvent le tout jeune Hippolyte, 17 ans, fils d’ouvrier italien immigré en France ; il n’a pas pu faire d’études, mais il sent qu’il aurait aimé...

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Portrait d’Hippolyte, par Abdon (1943)

Il y a aussi Taupin : on ne sait pas grand-chose de lui, mais son pseudonyme indique qu’il est ou a été étudiant en mathématiques [1].

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Portrait de Taupin, par Abdon (1943)

Maths au maquis

Hippolyte demande de l’aide à Taupin, et, en cette fin d’année, dès qu’ils auront un moment de libre, ces deux-là se retrouveront. Taupin fera découvrir les équations à Hippolyte, et lui apprendra à lire les signes bizarres des livres de maths. Ils seront rapidement séparés : pendant l’hiver, les chalets seront évacués, et certains maquisards prendront leurs quartiers aux Sept Laux, plus haut dans la montagne. Taupin continuera ensuite la guerre dans la compagnie Stéphane. Mais les graines plantées pendant ces soirées au Plan de la Vache germeront plus tard...

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Les maquisards au Plan de la Vache (dessin Abdon)

Épilogue

Après la guerre, Hippolyte (Bruno Alberti) fut cheminot, et prépara seul le bac pendant son temps libre. Il étudia ensuite deux ans les maths à l’Université de Lille. Bien obligé de travailler pour vivre, il s’arrêta là et devint professeur de mathématiques en collège et lycée. Il continua sa carrière comme principal de collège à la Réunion, au Burkina-Faso et en Polynésie. Il vit aujourd’hui dans la Meuse.

Taupin (Jean Lamorlette) est mort au combat le 22 août 1944, la veille de la libération de Grenoble : c’est le dernier mort de la compagnie Stéphane. Il venait de Coutances, en Normandie.

Aujourd’hui, j’aimerais parfois avoir autant de foi en la transmission, l’avenir et la fraternité que le professeur Taupin ; et j’aimerais parfois que mes étudiants aient autant de foi en les maths que le jeune Hippolyte !

Post-scriptum

Mon grand-père Jacques Barré (Abdon) a fait partie de la compagnie Bernard, puis de la compagnie Stéphane. Lui aussi jouait peu aux cartes : il dessinait, et est l’auteur des illustrations de cette histoire.

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Autoportrait d’Abdon, dans un éclat de miroir (1943)

Un demi-siècle plus tard, alors que j’étais adolescent, il m’a raconté cette histoire. Par la suite, devenu moi-même enseignant, j’ai cherché à en savoir plus. Mon grand-père a retrouvé Hippolyte, et j’ai pu le rencontrer chez lui. En revanche, j’ai trouvé peu de renseignements sur Taupin.

Post-scriptum :

Je remercie chaleureusement M. et Mme Alberti pour leur accueil, et pour avoir partagé leurs souvenirs.

Merci aux relecteurs Sébastien Peronno et Serma pour leur relecture attentive et leurs remarques constructives.

Article édité par Michèle Audin

Notes

[1Un taupin est un élève de classe préparatoire scientifique

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Pour citer cet article :

Julien Barré — «Maths au maquis» — Images des Mathématiques, CNRS, 2014

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