Revue de presse août 2013

Le 1er septembre 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Accro des écrans, accrochez-vous ! La moisson du mois vous propose un grand choix de vidéos : baby-boomers, générations X, Y, …, il y en a pour tous les goûts ! Et au fait, maths modernes et travail en groupe, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Si vous préférez les jeux, il y a aussi de quoi faire… Bonne rentrée et bonne lecture !

Comprendre le monde

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La « loi des séries », c’est fou !

Les catastrophes ferroviaires se sont répétées cet été : Lac-Mégantic au Canada, de Brétigny-sur-Orge, de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Granges-près-Marnand en Suisse. Doit-on croire à l’apparente loi des séries qui se manifeste ? C’est ce que demandent, entre autres, Direct Matin, Le Populaire, Le Point et Marie-Claire. « Là où les probabilités deviennent intéressantes, c’est justement dans l’étude des séries de coïncidences ». Vous souvenez-vous de l’été 2005, où l’on avait vu se succéder cinq catastrophes aériennes ? Qu’en est-il de la probabilité d’une telle série de coïncidences ?
Les différents articles ci-dessus font quelques calculs, en se référant à un article de 2008 du Figaro où l’on pouvait trouver cette estimation : une série noire dans l’aviation comme celle de 2005 aurait environ une chance sur 10 de se produire [1].

Il est d’autres domaines où psychologie et mathématiques se trouvent confrontées. Le site sur-la-toile a choisi de parler du dilemme du prisonnier, fameux problème de la théorie de jeux dans lequel deux prisonniers peuvent ou non adopter un comportement coopératif, avec des peines de prison en conséquence. C’est plus ici le côté humain que mathématique qui est mis en avant, avec ce test en grandeur réelle effectué par « deux économistes de l’Université de Hambourg » dans un groupe d’étudiants et un groupe de prisonniers. Lesquels montrent un comportement le plus coopératif ? Le coyote nous le fait aussi découvrir [2]… Dans une forme plus condensée, cet antagonisme entre entendement et raison est au cœur des paradoxes. Une liste commentée est parue durant les vacances sur le site Obamath. Un exemple ? « Je n’épouserai qu’une femme assez intelligente pour ne pas m’épouser. »

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Paradoxe du mariage

La nouvelle saison de football a commencé, et avec elle de savants calculs mathématiques. Selon Les Échos en effet, « le recours minutieux à la technologie et aux mathématiques qui fait grincer les dents des vétérans du base-ball dans le film Moneyball, avec Brad Pitt, est une réalité dans le football professionnel européen ». L’analyse de données intervient également lors du « mercato » [3], « un enjeu financier considérable pour des clubs qui n’ont pas le droit à l’erreur ».

Cryptographie maintenant. Vous saviez peut-être que les boîtes noires des avions (qu’ils tombent ou pas) étaient … orange ! Mais saviez-vous que « le téléphone rouge était une grosse machine grise » ? C’est le mathématicien Hervé Lehning, « auteur de L’univers des codes secrets, de l’Antiquité à Internet », qui le dit dans une courte émission sur France Inter. De son côté, le site Développez.com relève cette analyse d’universitaires irlandais et américains, déposée sur arXiv [4]. Les auteurs, spécialistes de la théorie de l’information, démontrent que les algorithmes de décodage « brutaux » ont un coût moins élevé qu’estimé auparavant : « “C’est toujours difficile, mais exponentiellement plus aisé que nous le pensions.” explique Ken Duffy, de la National University of Ireland (NUI), qui a coécrit les résultats de ces recherches. » Le coût de décodage lui-même reste toutefois exponentiellement grand. La découverte a-t-elle donc une incidence pratique ? Les articles ci-dessus ne nous l’apprendront pas vraiment.

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Léon Walras (1813-1910)

Connaissez-vous Léon Walras ? Probablement pas, puisque ce « génie français méconnu » a dû s’exiler en Suisse pour officier. Le quotidien Les Échos en fait un portrait détaillé : Walras « ce “libéral socialiste” à la fois adepte du libre-échange et attaché à la justice sociale [a bâti] la théorie de l’équilibre général ». Walras meurt en 1910 « Il faudra [toutefois] attendre la Grande Dépression des années 1930 pour que des économistes reprennent le raisonnement de Léon Walras sur l’équilibre général. Après-guerre, les théoriciens Gérard Debreu et Kenneth Arrow, dotés des instruments nécessaires, montreront que le modèle walrasien a une solution, parachevant ainsi cette belle construction mathématique. »

Question souvent abordée, mais récemment creusée avec une approche scientifique : « Pourquoi certains autistes sont-ils brillants en maths ? ». C’est le sujet d’une étude américaine reprise dans la presse (ici, mais aussi ici, et encore ). Dans des tests mathématiques, dix-huit « jeunes autistes ont obtenu de meilleures performances que les [dix-huit] autres [candidats, non diagnostiqués autistes]. […] Ils ont expliqué leurs méthodes de calcul. Bien plus souvent, ils avaient recours à des stratégies de décomposition, contrairement à leurs homologues qui utilisaient davantage leur mémoire. Ainsi, pour déterminer par exemple le résultat de la somme 9 + 5, les autistes découpent plus volontiers l’équation en 9 + 1 + 4, de manière à obtenir 10 + 4, pour rendre plus évident le résultat, 14 ». Sage conclusion dans l’article de futura-sciences : « il faut rester prudent quant aux conclusions de cette étude et surtout éviter la généralisation. Les participants ont été triés sur le volet et ne sont absolument pas représentatifs de la population d’autistes. Mais ce travail prouve malgré tout que ce qui peut être considéré comme un handicap cache parfois un potentiel étonnant ».

Grands esprits

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Polymath à l’œuvre

Non seulement les grands esprits se rencontrent, mais ils cherchent ensemble ! C’est ce que nous rapporte dans Le Monde le mathématicien bien connu de nos lecteurs, Étienne Ghys. Terence Tao annonce sur son célèbre blog qu’il est temps de rédiger le huitième polymath. Qu’est-ce qu’un polymath ? C’est ça. Mais encore ? Cette idée d’écriture et de recherche massivement collaborative a été lancée par Tim Gowers sur son blog en 2009. Le principe est celui d’une démonstration collaborative. Le dernier avait ainsi pour but d’améliorer la percée de Zhang sur les écarts entre nombres premiers successifs. La question est la suivante : trouver un nombre H tel qu’il y ait une infinité d’écarts inférieurs à H. Le passage par polymaths a permis d’abaisser ce seuil de 70 000 000 à 4680 ! L’article fait le parallèle avec la démarche bourbakiste, tout en rappelant quelques différences (les membres du groupe Nicolas Bourbaki sont, en principe, anonymes et leurs travaux ne relèvent pas à proprement parler de recherche).

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Al-Bīrūnī

Grâce à Saphir news, nous pouvons souhaiter un joyeux 1040ème anniversaire à Al Biruni, un des « des plus grands scientifiques de tous les temps ». Cet immense savant, a non seulement « découv[ert] la force d’attraction terrestre 7 siècles avant Newton », mais aussi envisagé « à la suite d’Aristote et de Ptolémée, la rotation de la Terre sur elle-même, mais aussi autour du Soleil, réflexion qui précède donc de 5 siècles la théorie copernicienne. » Il a « également calculé par triangulation le rayon de la Terre » avec une erreur de 0,24% sur la valeur calculée avec les moyens actuels et déterminé une longueur de l’année tropique d’une « valeur inférieure d’à peine deux minutes à celle obtenue avec les appareils et méthodes de calculs actuels. » Un autre grand mesureur, Gaspard Monge a les honneurs de Bien Public. Dans cette courte biographie (vous pourrez trouver ici ou plus de détails encore sur sa vie et son œuvre), il est rappelé que « jamais Monge ne se limitera aux pures mathématiques académiques, il s’intéressera également aux aspects pratiques, techniques et même artistiques de son domaine d’élection. » Sont également évoqués son soutien au mouvement révolutionnaire, son « rôle essentiel dans la création de l’École Polytechnique » et son admiration pour Napoléon « qui sera indéfectible », sans occulter son intérêt pour l’armement à la fin de sa vie quand « il a rédigé et enseigné de nouvelles méthodes de fabrication de poudre à canon », ce que l’auteur décrit comme des dernières années « plutôt sombres ». Mais on trouve aujourd’hui des mathématiciens encore plus éclectiques. En témoigne le portrait dans Le Temps de Vincent Brayer, « jeune Français venu à Lausanne pour étudier la topologie algébrique à l’EPFL » et qui « après un diplôme et un début de thèse, [...] a quitté ce premier amour pour une formation d’acteur à la Manufacture. » Pour « l’un des metteurs en scène les plus prometteurs du territoire avec ses spectacles-puzzles sur la famille et l’identité », « le pont entre maths et théâtre » est « la quête sans limite. » Tandis que France Culture consacrait de longues heures à Albert Einstein, commentées dans ce billet par Étienne Ghys, Jeune Afrique insistait sur l’ambition des centres AIMS (African Institute for Mathematical Sciences ) :
la recherche et la formation du futur Einstein africain ! Dans ces centres, « les étudiants sélectionnés bénéficient des enseignements de chercheurs importants, comme des lauréats de la médaille Fields. » Après AIMS-Sénégal (dont nous vous parlions de l’inauguration en 2011), « AIMS-Ghana a ouvert ses portes en 2012 et AIMS-Cameroun devrait voir le jour en 2014. »

Attractions

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Ordinateur en briquettes

« Tout ou presque a déjà été construit en Lego », peut-on lire sur le site largeur.com. « En témoigne, par exemple, l’exposition The Art of the Brick qui se tient à New York et présente des œuvres d’art réalisées uniquement au moyen des pièces danoises. La science vient faciliter ces petits exercices ludiques, qui ne seront plus placés sous le signe du bricolage, de la patience, des erreurs et de la sueur : un étudiant de l’EPFL a en effet trouvé l’algorithme ultime, qui transforme tout objet en une construction à base de briques Lego. » Romain Testuz, âgé de 22 ans, a relevé le défi : « mettre en équation toutes les formes de constructions possibles réalisées à partir des pièces produites par [Lego] ». On apprend qu’il a opté pour une approche nouvelle utilisant la théorie des graphes, l’article scientifique (en anglais) est disponible ici. À propos de cette théorie, le duo du blog Presque Partout nous raconte comment une association phocéenne recycle le problème du voyageur de commerce.

En cette période de rentrée scolaire, « [v]ous rêvez [...] d’un professeur de mathématiques à domicile capable de résoudre au pied levé les soucis de votre écolier. Un soir, il pourrait réexpliquer la technique de la division à retenue, le lendemain reprendre avec patience et clarté l’addition des fractions... » Le Monde vous l’assure : « votre solution pourrait bien s’appeler Salman Khan. » Comme on peut le lire dans Le Nouvel Observateur ou Challenges, « Bibliothèque sans frontières, une ONG œuvrant pour l’accès au savoir, lancera le 4 septembre sur son site internet la version francophone de la plate-forme Khan Academy, qui regroupera [pour commencer] plus de 250 leçons vidéos de mathématiques. » La Khan Academy, créée en 2006, est une plate-forme d’apprentissage en ligne qui propose plus de 4.500 leçons vidéos gratuites (visionnées plus de 280 millions de fois ces deux dernières années).

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Bien avant Khan, un tour de l’ensemble vide au CNAM.

Bibliothèque sans frontières « est en contact “avec les institutions, les écoles” pour expérimenter ce projet dans certaines classes ». L’idée de Salman Khan, « ce geek de 36 ans, diplômé du MIT (Massachusetts Institute of Technology) et de Harvard, est de profiter de la révolution informatique pour bouleverser la pédagogie avec le concept de “classe inversée” : l’élève apprend sa leçon chez lui sur son ordinateur et il fait les exercices en classe avec un professeur à ses côtés. » Dans son livre, L’éducation réinventée, à paraître le 4 septembre chez JC Lattès, Salman Khan dit rêver « d’apprentissages adaptés à chaque élève. Quand il bute sur une notion, il peut revoir sa leçon autant de fois qu’il le souhaite sur Internet et s’entraîner grâce aux exercices. » « Aujourd’hui, environ 20.000 écoles américaines ont choisi d’utiliser la Khan Academy pour accompagner leurs élèves. » « Au Brésil, le système a pris comme un feu de savane ».

« Les temps ont bien changé », pense le coyote à la lecture de ce billet, présentant les cours télévisés du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) : si le style est de fait un peu différent, l’idée de base n’est-elle pas la même ?

« Le calcul et vous, ça a toujours fait deux ? Ne désespérez pas : une association francilienne bienfaisante s’est fixé pour objectif de vulgariser les mathématiques auprès du public le plus incrédule. » Ma chaîne étudiante vante le travail de l’association Animath dont les membres « déploient leurs talents multiples [...] : conférences, résumés d’entretien, ateliers, tournois sportifs, promenades sous forme d’expo comme à la BnF »... Le site rappelle que « les métiers qui ne sauraient se passer des bons vieux théorèmes et autres calculs de dérivée sont bien plus nombreux qu’on ne le pense » et cite entre autres « le cinéma ou la photo qui demandent des notions d’optique ou de savoir calculer le périmètre d’ouverture d’un diaphragme ».

« Avez-vous peur des maths ? » À Chambéry, depuis cet été (et jusqu’en novembre), l’exposition Mathissime essaie de vous convaincre que « Pourtant vous en faites quotidiennement, depuis votre naissance ! » La Vie Nouvelle nous prévient : pour commencer, les visiteurs « vont mettre leur cerveau à rude épreuve ! Conservation, équivalence numérique, réversibilité, proportionnalité, classification, sériation... les différents outils mathématiques utilisés au quotidien – sans s’en rendre compte –, ont été rassemblés, sous forme de jeux, sur chacun des douze bureaux. » Ils apprendront ensuite "à décrypter les techniques de numérations des différentes civilisations : celle des Romains, des Égyptiens, des Sumériens, des Indiens, des Mayas... »

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Machine Grillet du CNAM

L’agence Reuters nous apprend qu’une calculatrice française du XVIIe siècle sera mise aux enchères à Londres (chez Christie’s) en octobre prochain. Cette calculatrice de (grande) poche est un modèle de l’horloger René Grillet « plus compacte et plus légère que le robuste modèle en cuivre inventé par Blaise Pascal en 1642. » Elle utilisait « un logarithme [sic] appelé “bâtons de Napier”, du nom de son inventeur, le mathématicien écossais John Napier [inventeur des logarithmes], capable de réaliser des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions. »

Dans La Recherche, c’est encore d’une piste pour attirer les jeunes vers les mathématiques dont il est question : le jeu, qui « facilite l’accès au savoir ». Marie-José Pestel « qui a longtemps enseigné en classe préparatoire aux écoles d’ingénieurs, milite pour que les mathématiques soient un outil d’intégration sociale. » Le Comité international des jeux mathématiques (CIJM) organise depuis quatorze ans le salon « Culture et jeux mathématiques » à Paris : « on reçoit de 20 000 à 25 000 visiteurs [...] Les mathématiques se glissent dans toutes sortes de jeux, dès lors qu’il y a une part de stratégie. » Par exemple, le poker : « pour être un bon joueur de poker, il faut connaître les probabilités pour estimer ses chances de gain avec le jeu que l’on a en main. »

La Fédération française des jeux mathématiques (FFJM) organise quant à elle le Championnat des jeux mathématiques et logiques 2013, dont la finale s’est déroulée les 29 et 30 août à Paris. Les journaux québécois ont repéré deux jeunes participants. L’hebdo du Saint Maurice se félicite du fait que « Patrick Boulanger, étudiant en génie mécanique au Collège Shawinigan » soit « l’un des heureux élus de la délégation québécoise ». « En premier lieu, je fais le défi pour m’amuser » déclare le jeune homme. Le Courrier a quant à lui repéré Félix Auger. « “Il avait seulement six ans et il terminait mes Sudoku, les plus difficiles que je mettais de côté[...]”, s’exclame sa mère. »
Une délégation de jeunes algériens sera aussi présente à cette finale. Liberté Algérie nous dit que « l’équipe algérienne sera composée d’un élève du primaire, de deux collégiens et de douze lycéens qui vont, ainsi, se frotter aux matheux les plus forts du monde. »

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Tasse à mate

Autre compétition de l’été, les très sérieuses Olympiades internationales de mathématiques ont eu lieu fin juillet en Colombie. On peut découvrir dans Vietnam+ l’excellente performance de l’équipe vietnamienne, qui se classe septième. « Le président Truong Tan Sang vient d’adresser ses félicitations à l’équipe [...] pour ses six médailles d’or et d’argent. [...] Il s’agit de la meilleure performance du pays depuis 2008 et de la 26e fois sur 37 participations que l’équipe vietnamienne figure parmi les 10 premières de ces olympiades. » Le Matin nous relate que la Suisse obtient quant à elle son meilleur résultat depuis 2006 avec trois médailles de bronze. « Bien que deux médailles d’argent n’aient été manquées que de peu, aucune déception n’est décelable. La concurrence aux IMO est acharnée ». On pourra noter que certains jeunes médaillés d’or à ces Olympiades sont devenus des mathématiciens de premier plan, comme Terence Tao ou Grigory Perelman.

Sans réelle surprise, le blog du coyote nous fait part d’une étude faite par des psychologues américains de l’université du Missouri, qui viennent de « montrer que les jeunes enfants qui sont moins capables d’estimer le nombre d’objets dans un groupe sont 2,4 fois plus susceptibles d’avoir des soucis avec les mathématiques plus tard [...] Les parents doivent réellement faire des efforts pour initier très tôt les enfants à la numération et à compter des objets et comment ces quantités sont reliées les unes aux autres. »

Parutions

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Un ruban de Möbius fractal
© Jean-François Colonna

Mathématiquement vôtre poursuit sa trajectoire. Un journal d’excellente facture consacré aux mathématiques, publié en ligne et réalisé tous les trimestres par des élèves, des anciens élèves, des parents, des enseignants c’est un défi qu’il fallait oser lancer. Essai largement transformé depuis trois ans : bravo ! Mi-août c’est donc le treizième numéro, sous-titré « A quoi servent et que sont les mathématiques », qui a été « livré ». Toujours aussi varié et passionnant avec des jeux, des reportages, des interviews et des articles écrits par des mathématiciens. Il y est question au fil des 144 pages (quand même !), entre autres, des mathématiques d’Hawaïi, de la circulation océanique, des codes à barres 2D, des codes Reed-Solomon et du transport de l’information, de la suite de Fibonacci … et bien sûr du nombre 13 ! Sans oublier la rubrique Maths & Sports : Basketball, ou quand équipe rime avec mathématiques et Maths & Mode : Et si la mode avait un lien avec les mathématiques ?. La rubrique « Maths & Littérature » est en fait, ce trimestre, un article de Vincent Borrelli et Jean-Luc Rullière sur la conjecture de Kakeya.
On attend avec impatience le numéro 14.

Le numéro spécial 500 ans de controverses scientifiques publié en août par La Recherche consacre l’un de ses articles à l’invention du calcul différentiel : L’infiniment petit devient mathématique. Car, plus de trois siècles après sa naissance, la paternité du calcul différentiel reste toujours un sujet de discussion qui passionne les historiens. Loin de s’éteindre avec la mort de Leibniz et Newton la querelle a marqué les esprits et traversé l’histoire des mathématiques pendant des décennies. L’article retrace quelques aspects de ce duel qui empoisonna les relations entre ces deux « géants ». En encart, dans une interview, Jean Dhombre donne son point de vue : « C’est Euler qui a eu le dernier mot ».

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La fille spirituelle des pères du calcul infinitésimal

En septembre la rubrique « actualités Mathématiques » de La Recherche publie une interview de Damien Stehlé qui a prouvé avec Zvika Brakerski, Adeline Langlois, Chris Peikert et Oded Regev que le problème LWE, Learning with Errors, est difficile. Complété par une chronologie des recherches et des encarts explicatifs l’article apporte un éclairage sur un problème d’algèbre linéaire très intéressant en cryptologie. En permettant de construire des fonctions à la fois injectives et difficiles à inverser, LWE est particulièrement bien adapté à l’élaboration de protocoles de chiffrement. C’est aussi le bon outil pour faire du chiffrement homomorphe, un type de chiffrement qui retient toute l’attention des cryptographes car il permettra de manipuler des données sans savoir ce qu’elles contiennent.

Au-delà de la loi de Moore ? s’interroge Jean-Paul Delahaye dans le numéro de septembre du mensuel « Pour la Science ». Cette loi, on devrait plutôt dire cette « conjecture », totalement empirique a été énoncée par Gordon Moore il y a plus de quatre décennies. Depuis on vérifie bien, par exemple, que le nombre de transistors présents dans les processeurs double tous les dix-huit mois environ. Pour combien de temps encore ? « La réalisation d’un transistor à un seul atome en 2012 … nous place devant le mur » explique l’auteur. Faut-il s’en inquiéter ? « Les conséquences économiques d’une rupture de la loi seraient graves, tant l’industrie électronique est habituée à ce taux d’accroissement qui lui sert de base pour programmer son développement et décider de ses investissements ». En fin d’article JP Delahaye évoque les travaux récents du généticien Alexei A. Sharov qui (avec un autre collègue, Richard Gordon) a appliqué une sorte de loi de Moore à la vitesse avec laquelle la vie sur Terre croît en complexité. En remontant jusqu’au point d’origine il suggère que la vie serait apparue dans l’univers bien avant la Terre. « La méthode est discutable et discutée par les spécialistes ; cependant, elle n’est pas absurde quand on la confronte aux idées que l’informatique théorique propose pour mesurer la complexité structurelle. » Des encarts complètent comme à l’habitude l’exposé et détaillent les points importants.

Pour finir

« Un petit sourire scientifique » de Pierre Barthélémy dans Le Monde, qui renvoie au quotidien britannique The independent : d’après de très sérieuses études statistiques, « les personnes croyantes seraient moins intelligentes que les autres ». Voilà qui risque de ne pas faire plaisir à tout le monde ! Cependant, une petite visite à la page du professeur Miron Zuckerman, qui a conduit ces recherches, nous invite à la prudence. La conclusion précise serait plutôt celle-ci : plus on est intelligent, moins on a de chances de croire en Dieu. Nous ne doutons pas que nos lecteurs auront compris la nuance.

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Racine de x

Et pour vraiment finir sur une note plus légère, voici qu’un charmant rappeur aimant le verlan sort un nouvel album dont le titre n’est autre qu’un symbole mathématique, et qu’il est salué par la
critique. Formidable !

Post-scriptum :

L’image de ruban fractal est reproduite avec l’aimable autorisation de Jean-François Colonna.

Notes

[1On rappelle ici à nos lecteurs bourlingueurs ou aérodromophobes que la probabilité pour un avion de s’écraser reste toutefois très faible : de l’ordre d’une « chance » sur cinq cent mille (1/500000).

[2Et à noter aussi ce mois-ci, cet article, sans plus de modélisation mathématique, sur la morale et ses facteurs sociaux.

[3Faut-il expliquer qu’il s’agit du « marché » des joueurs de football professionnel qui se déroule à l’inter-saison et, dans une moindre mesure, pendant la trêve hivernale ?

[4Archives de prépublications scientifiques.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse août 2013

    le 1er septembre 2013 à 10:29, par Karen Brandin

    À signaler peut-être qu’une nouvelle encyclopédie « à construire » intitulée « Grandes idées de la science » vient intersecter « Le monde est mathématique » dont chaque volume est présenté sur ce site. Je l’ai découverte ce matin chez un marchand de journaux. La physique, la chimie et les mathématiques seront tour à tour à l’honneur avec une disctinction maths pures/maths appliquées qui ne manquera pas d’en navrer certains ;-) et d’en réjouir d’autres !

    Le format, la présentation générale, la parution tous les 15 jours, tout ou presque est à rappocher de sa consoeur spécialement dédiées aux maths.
    Le premier volume est consacré à Einstein dont les travaux et la personnalité sont à l’honneur en cette rentrée littéraire notamment avec la parution de
    l’ouvrage : « Mileva Marci Einstein - Vivre avec Albert Einstein » (acheté hier mais seulement feuilleté) et le cycle proposé par France Inter début Août et présenté avec enthousiasme par Étienne Ghys il y a quelques jours/semaines.

    Je signale aussi la parution du dernier hors série du magazine Tangente intitulé « L’intégrale : passer à la limite ... près sommation ». C’est un document qui semble vraiment bien construit notamment en cette période de rentrée lorsque l’on s’apprête à enseigner peut-être pour la première fois en terminale S où ce chapitre reste présent même s’il a été largement sacrifié.

    Enfin, plus proche des sciences humaines, j’ai débuté hier la lecture d’un ouvrage de Christian Gérondeau : « La poule aux oeufs d’or ou la renaissance de Polytechnique ». C’est tout sauf un document austère ; certains témoignages « d’époque » sont au contraire très raffraichissants sans compter une comparaison judicieuse entre l’enseignement en France et aux États-Unis. À lire donc. Il est paru aux éditions du Toucan.

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  • Mieux vaut citer cet ouvrage

    le 1er septembre 2013 à 21:09, par Samuel

    « La loi des séries, hasard ou fatalité » aux éditions des petites pommes du savoir (Belin), paru en 2007 donc avant l’article du figaro, qui traite exactement et de manière bien plus pédagogique que l’article cité, du calcul de la probabilité d’une série de 5 crashes d’avion en 3 semaines.

    http://www.editions-belin.com/ewb_pages/f/fiche-article-la-loi-des-series-hasard-ou-fatalite-7737.php

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