Revue de presse avril 2009

Le 27 avril 2009  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Mikhail Gromov obtient le Prix Abel 2009

Le 26 mars 2009, l’Académie norvégienne des sciences et des lettres a décerné le prix Abel à Mikhaïl Gromov, mathématicien français d’origine russe. Une partie de la presse s’est fait largement l’écho de cet événement [1].
La Tribune retrace quelques éléments bibliographiques de M. Gromov. « Né en Russie, le mathématicien âgé de 65 ans est citoyen français depuis 1992. Il est professeur permanent à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHÉS), professeur titulaire de la chaire de mathématiques Jay Gould au Courant Institute of Mathematical Sciences, à l’Université de New York et est, depuis 1997, membre de l’Académie des Sciences. »

Le Monde dresse un portrait de Mikhaïl Gromov récompensé non pas pour la démonstration d’une conjecture célèbre mais pour l’ensemble de son œuvre. Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’IHES, explique que M. Gromov « est plutôt un concepteur, quelqu’un qui, dans un seul article, aligne une centaine de théorèmes que la communauté des mathématiciens mettra dix ou quinze ans à absorber ».

Dans une interview recueillie par l’Express, J.P. Bourguignon, toujours, explique que M. Gromov « a pour habitude de penser différemment les questions les plus classiques. Alors que les autres scientifiques ont tendance à se focaliser uniquement sur certains aspects des objets, lui a su montrer qu’il fallait élargir le champ d’approche, utiliser d’autres outils de façon à résoudre les problèmes de façon différente. »

Sciences² retrace le parcours de M. Gromov et explique qu’il est « le maître incontesté de la géométrie symplectique ». Cette géométrie, inventée au XIXème siècle pour donner un cadre mathématique aux systèmes mécaniques, a été révolutionnée en 1985 par un article de Gromov.

Le Point et le Nouvel Observateur rappellent que le prix Abel a déjà récompensé deux autres mathématiciens français, Jean-Pierre Serre (2003) et Jacques Tits (conjointement avec l’Américain John Griggs Thompson, 2008), depuis sa création il y a six ans. Les deux articles reprennent l’hommage du comité Abel : « Les travaux de Gromov continueront d’être une source d’inspiration pour de futures découvertes mathématiques ».

Dans l’article du Figaro « Pourquoi la France est une terre de mathématiques », Laurent Laf­forgue (Médaille Fields 2002) affirme que Mikhaïl Gromov est « l’un des plus grands mathématiciens vi­vants ». Cet article propose une analyse de ce nouveau succès de la recherche française en mathématiques mettant en avant la mobilité dans l’évolution des carrières, qui favorise le dynamisme et les échanges, ainsi qu’une forte autonomie concernant le choix des recherches.

Médiapart a publié un communiqué de Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à la recherche et à l’enseignement supérieur. B. Monthubert explique notamment « qu’à l’heure où le président de la République attaque de manière indigne les chercheurs français, nous devons écouter ce que nous dit le nouveau lauréat : « En Amérique, beaucoup de mathématiciens deviennent rapidement limités car ils sont tenaillés par l’urgence de publier et d’obtenir des subventions ». »

La ministre de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, Valérie Pécresse, félicite Mikhaïl Gromov pour le prix Abel 2009 et explique que « cette nouvelle récompense pour un scientifique français fait suite à une série de nombreuses distinctions : prix Abel en 2003 pour Jean-Pierre Serre et en 2008 pour Jacques Tits, médaille Fields en 2006 pour Wendelin Werner, prix Clay en 2008 pour Claire Voisin, et prix Crafoord en 2008 pour Maxim Kontsevitch. Cette distinction conforte la place de l’école française de mathématiques au niveau mondial ».

Parutions

Pour la Science a mis en ligne sur son site dès le 26 avril un article de Philippe Ribeau-Gésippe, « Le Prix Abel 2009 décerné à Mikhail Gromov », accompagné de trois notices de vulgarisation en anglais : The contributions of Mikhail Gromov, suivie de Differential Geometry et Popularized description of Riemannian and symplectic geometry.

Le numéro de mai de Pour la Science revient sur l’événement, dans les actualités mathématiques, avec un nouvel article de Maurice Mashaal : « Mikhaïl Gromov, lauréat du prix Abel 2009 ». La rubrique mensuelle de Jean-Paul Delahaye, « logique et calcul », s’intéresse aux dictionnaires de nombres : Mille collections de nombres. « Les amoureux des nombres tentent de repérer les plus intéressants et les réunissent en collections. Ils doivent faire face à l’infini et y mettre de l’ordre. »

La Recherche d’avril 2009 (n°429) propose un article sur Euler (« Euler, infatigable explorateur »). Benoît Rittaud évoque « le nombre d’or, en trois lettres » à travers un court article. Les mathématiques financières sont également abordées à travers un encart des Cahiers de l’INRIA.

Notons que le 22 avril, La Recherche a mis en ligne un article de Benoît Rittaud sur une généralisation du théorème de Viviani
 [2] aux polygones convexes.

Fil rouge sur les réformes

Le conflit entre partisans des réformes gouvernementales et leurs opposants s’inscrit dans la durée. Après plus de dix semaines, de nouvelles formes de mobilisation ont tenté d’interpeller le gouvernement et le public, telle la ronde des obstinés évoquée dans l’Humanité du 18 avril.

Fin mars, le Nouvel Obs a relaté l’occupation du siège du CNRS par des chercheurs qui « exigent la restitution des 1.030 postes supprimés cette année dans l’enseignement supérieur et la recherche ». Dans le même temps, le blog Sciences² de Libération relayait les propos de quatre présidents
d’universités
(Paris 8 Vincennes, Paris Ouest Nanterre, Paris IV La Sorbonne et Lille 1) appelant à la poursuite et l’amplification de la mobilisation.

Début avril, L’Humanité et Le Monde font le même constat : « deux mois de mobilisation et les minces reculades du gouvernement n’ont pas entamé la détermination des enseignants-chercheurs ». Le Monde évoque « une remise en cause plus large [qui] émerge dans les cortèges. La loi LRU […] est au centre de toutes les critiques. »

Alors que Marianne2.fr souligne que les « médias sont à côté du mouvement », signalant que la « couverture médiatique du
mouvement des enseignants-chercheurs laisse franchement à désirer », Le Figaro décide d’évoquer les violences qui exaspèrent les présidents d’université et de dénoncer les manœuvres supposées de l’extrême
gauche
.

Libération évoque également « des facs débordées par leurs étudiants », en référence aux occupations des présidences
de l’université de Rennes 2, d’Orléans, de Strasbourg. Auparavant, Le
Monde avait évoqué des « facs mobilisées (qui) voient leur image se
dégrader
 ».

Récemment, Rue89 a tenté d’interpeller l’opinion publique en consacrant
un article aux interventions policières de plus en plus fréquentes dans les manifestations universitaires.

A l’origine du conflit actuel se trouve la réforme du statut des enseignants
chercheurs. Le Monde estime que cette réforme « passe mal », car elle touche à l’« indépendance des professeurs de l’enseignement supérieur [qui] est d’ailleurs un principe fondamental reconnu par les lois de la République ». Serge Cantat et Alain Herreman, mathématiciens à l’université Rennes 1, proposent une longue analyse de ce décret sur
Mediapart, suite « à une réécriture en plusieurs étapes ». Ce décret est
passé devant le Conseil d’État le 21 avril et a été adopté en conseil des ministres le lendemain. Comme le souligne Sciences², « cette attitude risque de se traduire par la poursuite d’actions de grèves ». Dans un article publié par Le Monde, Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à la recherche et à l’enseignement supérieur et mathématicien, évoque le « divorce [...] consommé entre les universitaires et le gouvernement ».

Le Monde revient sur ce conflit en abordant à travers un dossier complet la chronologie des événements, ainsi que les points de
désaccord
, le développement de la bibliométrie et l’état de la réforme des organismes de recherche. Dans un entretien avec Marcel Gauchet, historien et philosophe, la spécificité française
universités/grandes écoles est abordée, soulignant que "partout ailleurs,
le problème de l’université est vital puisqu’il y va de la formation des élites. Mais pas chez nous".

Actualités mathématiques

Maths et crise financière

La responsabilité des mathématiciens dans la crise est un sujet toujours d’actualité.

Denis Dupré, Professeur de finance et d’éthique à l’université Pierre Mendes-France Grenoble 2, dénonce dans Le Temps des « mathématiciens de la finance aveugles, sourds et muets » qui « n’[ont] souvent pas voulu réfléchir à intégrer les réalités du monde. »

Le Figaro mentionne que l’université Paris Dauphine a décidé de ne pas ouvrir son fameux master de finance en 2009. L’université préfère « s’abstenir de former des élèves qui risquent ensuite de ne pas trouver de débouché professionnel ».

Enfin, Le Monde réconcilie adversaires et défenseurs en énumérant les grands défis posés aux mathématiciens par la crise que nous vivons. Défis résumés par Pierre-Louis Lions de la manière suivante : « La crise est un cas magnifique pour un chercheur ; un cas intéressant, comme dirait un médecin d’un malade ».

Divers

Le Midi Libre consacre un article à la vie de Pierre-Frédéric Sarrus, mathématicien connu pour « ses travaux à propos du calcul des variations, la mécanique des pièces articulées ou la résolution des systèmes d’équations ».

Le quotidien sénégalais Le Soleil annonce la création prochaine d’un Institut africain des sciences mathématiques (Iasm) à Dakar. Cette annonce a été faite à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), au cours d’une conférence scientifique animée par Maxim Kontsevich (médaille Fields en 1998) et Klaus Von Klitzing (prix Nobel de physique 1985). L’un des buts officiels de cet institut est de permettre à l’Afrique « d’avoir cette nouvelle génération de chercheurs capables de sortir le continent du sous-développement ».

Notes

[1A ce sujet, sur le site, notre dossier : Mikhaïl Gromov, géomètre

[2« Au XVIIe siècle, un élève de Galilée, Vincenzo Viviani, a démontré un très joli théorème de géométrie qui porte aujourd’hui son nom : un triangle équilatéral étant donné, la somme des distances d’un point M aux côtés du triangle est toujours la même, quelle que soit le point M à l’intérieur du triangle. Plus précisément, cette somme commune est égale à la hauteur du triangle. Il existe diverses démonstrations élégantes de ce résultat élémentaire. »

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2009» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

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