Revue de presse avril 2011

1er mai 2011  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Les thèmes qui ont eu l’honneur de la presse le mois dernier sont tout à la fois éclectiques et multicolores : on y trouve la science de la complexité, les rallyes mathématiques, le calcul distribué, les studios Pixar, un entretien philosophique et même du poker ! Bref, un feu d’artifice de sujets différents... décidément, les maths sont partout.

Des ordis et des maths

Les « sciences de de la complexité ont le vent en poupe » mais « servent-elles à quelque chose ? En clair, peuvent-elles prédire ? » Le Monde pose la question sans détour et tente d’y répondre au travers des récents résultats de Dirck Helbing
(dont le projet n’est rien moins que de créer un “simulateur de monde”)
et de ceux de Yaneer Bar-Yam concernant la prédiction des crises économiques. Ces travaux, qui impliquent des moyens de calculs herculéens, « appartiennent à une nouvelle branche qu’on appelle l’éconophysique, autrement dit l’application au domaine social des comportements observés dans le monde matériel. » Après un développement conséquent mettant en exergue la capacité fondamentale des systèmes complexes « à créer de la nouveauté sans avoir à recevoir d’information du monde extérieur », Le Monde conclut : les théories de Bar Yam ne sont pas « révolutionnaires », mais elles constituent « un clou supplémentaire dans le cercueil de l’économie classique. Cette recherche présente également l’intérêt de reposer sur un calcul assez simple (enfin, assez simple pour des mathématiciens), impliquant un paramètre unique. »

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Le supercalculateur Jade

BOINC ! Cet acronyme ne vous dit rien ? Rue89 nous apprend qu’il s’agit d’un logiciel libre qui permet à tout un chacun de participer à la recherche scientifique.
« Chaque internaute-citoyen peut participer à des avancées scientifiques en offrant du temps de travail de son processeur. » Ainsi, grâce à ce « calcul distribué participatif », des dizaines de milliers d’ordinateurs peuvent travailler en réseau et effectuer d’immenses calculs qui servent directement « dans de nombreux domaines comme la médecine, la climatologie et les mathématiques fondamentales. » Une nouvelle forme d’engagement puisque les supercalculateurs nécessaires à certains projets scientifiques coûtent plusieurs millions d’euros : « une somme inaccessible pour la plupart des laboratoires. »

Un attracteur étrange

ITR.Manager publie un article improbable dressant un parallèle entre la démarche des studios Pixar —qui sépare « irréversiblement le dessin animé de la main humaine tenant le crayon »— et le projet Mathematical Components de Assia Mahboubi qui vise à abolir la frontière entre la programmation et la pratique des mathématiques ; une démarche qui a déjà connu un succès important avec la mise au point réussie d’un programme informatique auto-certifiant démontrant le théorème des quatre couleurs [1]. Aujourd’hui, le projet est passé à une toute autre échelle puisqu’il s’attaque au célèbre théorème de Feit-Thomson. Laissons l’auteur exprimer, dans sa verve, son étonnement : « Mis en coupe réglée par l’approche orientée objet traditionnelle du programmeur bien élevé mais appliquée à une matière première mathématique, le théorème n’a pas résisté au certificateur de preuves numérique et est en bonne voie d’exfiltration vers le cyberespace. Les ordinateurs commencent enfin à faire des maths (...) » Rien que ça !

Maths en jeans... ou en culotte courte

La presse régionale fait la part belle ce mois-ci aux multiples actions visant à promouvoir l’enseignement et la pratique des mathématiques en milieu scolaire, de la maternelle au lycée. Pour L’Union de Champagne-Ardennes, les maths en culotte courte sont souvent des « problèmes avec un support visuel, des images, des couleurs. Des exercices du type “vrai ou faux”, qui font surtout appel à la mémoire visuelle et à la réflexion ». Un peu plus tard, il s’agira de « recomposer des tangrammes, répondre à des énigmes, dessiner des formes géométriques, faire des calculs complexes ».

Vient alors le moment de faire des Maths en jeans. Là, les choses se corsent car, comme le relèvent Sud-Ouest et La Voix du Nord, les élèves « sont confrontés à des problèmes de recherche » ; « certains ont découvert une partie de la solution, mais tous sont passionnés par l’expérience ». On pourra en savoir plus en (re)lisant deux billets récents de Michèle Audin et Étienne Ghys sur ce sujet.

Logo du Rallye mathématique de Savoie

Outre-Atlantique, en Acadie, un mathématicien ne s’en fait pas attenir [2] pour inciter les jeunes francophones à étudier les mathématiques. Le journal L’Étoile dresse le portrait de Donald Violette, professeur à l’Université de Moncton et créateur du tout nouveau Concours de mathématique Poincaré, qui vise à « démystifier les mathématiques et essayer d’implanter et de maintenir une culture des mathématiques en Acadie ». Le gagnant recevra une médaille et de l’argent ; il obtiendra en outre une bourse s’il entame des études de mathématiques. Cette initiative n’est pas une première : depuis 2001, une école acadienne décerne tous les ans la bourse « Docteur Donald Violette d’excellence en mathématiques », soit 600$ offerts par l’universitaire qui met tout dehors [3] pour susciter des vocations.

Au lecteur frustré de n’avoir pu participer à l’une ou l’autre de ces manifestations, nous offrons un lot de consolation ; compléter la question achevant cet article et y répondre... Le comité de rédaction d’IdM ne garantit pas qu’un prix sera décerné !

En fait, rappelle le quotidien québecois La Presse, tout commence à l’âge des couches : « les enfants commencent à apprendre les mathématiques dès l’âge de 1 ou 2 ans, et ceux qui sont le plus avancés à la maternelles le restent généralement pour le reste de leur scolarité ». Telle sont les conclusions d’une étude récente conduite par une psychologue de Chicago, qui souligne l’importance d’une familiarisation précoce avec le dénombrement d’objets. « Ça permet d’apprendre le lien entre la mise en ordre des mots que sont les chiffres et le but de la numérotation, qui est de compter. Ce lien est généralement acquis vers l’âge de 4 ans. Il est aussi important d’exposer l’enfant aux chiffres élevés, par exemple entre 4 et 10. Pour la plupart des gens, compter moins de trois ou quatre objets se fait en un coup d’œil. Mais au-delà, il faut compter les objets un à un. C’est une capacité différente. »

Le coin du philosophe

Pour une politique mathématique ! Le philosophe français Alain Badiou répond aux questions pertinentes et parfois tranchantes d’un journaliste du Point. Badiou s’insurge contre les relativismes, et considère qu’il existe une Vérité qui semble fortement structurée par les mathématiques : « Les mathématiques, et elles seules, permettent de comprendre ce qui est ˗˗ sans faire appel à Dieu ˗˗ ». Une preuve ? « On le voit en physique : c’est seulement quand on peut expliquer les phénomènes par les mathématiques qu’on les comprend vraiment. » Mais Badiou refuse de restreindre le champ des mathématiques aux sciences : « La science de l’Ȇtre en général, l’ontologie que je propose, se sert aussi des mathématiques, mais à un niveau plus abstrait ». Et de citer un exemple un tantinet obscur et désuet, celui des liens entre la « Multiplicité » et la théorie des ensembles. Pour le moins, l’universalité des mathématiques sert d’encouragement pour d’autres champs de la pensée et de l’action, soumises, selon Badiou, à un relativisme pernicieux, comme la politique : « Je pense, en effet, qu’il y a des événements et des vérités politiques universelles ». La suite de l’interview est plus fourre-tout mais instructive. Elle concerne l’idée de communisme, le passé maoïste du philosophe, Mai 68, Platon, les révolutions, les cafés-philo, Saint Paul et le bonheur...

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Le penseur de Rodin

Trésor incroyable ou vieux papiers moisis ? Un universitaire de Cambridge a découvert un stock d’écrits du philosophe Ludwig Wittgenstein, l’un des fondateurs de la philosophie analytique et grand amateur de démonstrations philosophiques calquées sur le modèle mathématique.
Actualitte.com se fait l’écho d’un article du Guardian (en anglais) qui décrit la teneur de cette découverte. Côté biographique, on apprendra tout des relations de Wittgenstein avec son amant et secrétaire Francis Skinner, mort pendant la seconde guerre mondiale. Côté mathématique de ces archives, des milliers de calculs couchés sur le papier par Wittgenstein autour du petit théorème de Fermat. L’universitaire qui a découvert ces textes semble hésiter entre fétichisme de fan et réel intérêt : « C’est une série extraordinaire, et même bizarre, autant qu’originale de calculs ». Pour le côté philosophique, « les archives montrent que des problèmes imprévus et révolutionnaires nous attendent encore dans la philosophie de Wittgenstein, de même que des connaissances scientifiques que nous pensions, mais à tort, déjà connaître. » On attend ça avec autant d’impatience que de perplexité !

Parutions

Turbulences sur les équations des
fluides

 : la rubrique synthèse - mathématiques du numéro de mai de Pour la
science
nous propose un dossier sur les équations de Navier-Stokes,
les questions qui y sont liées et les enjeux actuels d’un problème dont l’histoire
remonte au XVIIIe siècle. « L’un des problèmes mathématiques les plus en vue porte sur les écoulements des liquides ou des gaz. Les équations dites de Navier-Stokes utilisées pour les décrire et les prévoir sont-elles valides ? ». L’article est d’ailleurs présenté dans l’éditorial titré Le temps des
turbulences
et sous titré « Le modèle n’a aucune imagination ». Dans les deux cas les auteurs rappellent que si l’histoire a retenu le nom de Claude Louis Marie Henri Navier, celui de Adhémar Barré de Saint-Venant « qui a pourtant notablement amélioré la formulation de ces équations » est tombé injustement dans les oubliettes de l’histoire.

Un vortex créé par un avion

Géométrie : L’art des figures infinies et
impossible
 : la rubrique Logique et calcul de ce même numéro s’intéresse aux figures impossibles répétées indéfiniment : « Placer une infinité d’impossibilités dans un seul dessin peut sembler un peu futile. Cela produit pourtant de troublantes images où l’œil est mis à rude épreuve ». Illustré par de nombreuses figures de Jos Leys [4], l’article propose une
promenade dans les récentes contributions sur le sujet. L’auteur invite à la fin le
lecteur à lui envoyer d’autres constructions impossibles infinies. Les plus
intéressantes seront publiées dans les prochaines rubriques. A suivre …

La Recherche comme Pour la
science
ou Science et avenir reviennent dans leurs pages Actualités à John Milnor, récipiendaire du prix Abel, et à ses travaux. Sous le titre « John Milnor, topologue multicarte », La Recherche présente une interview du mathématicien Laurent Siebenmann accompagnée d’une chronologie des activités scientifiques de John Milnor.

Changements climatiques et développement durable : le volume 6 d’Accromath vient de sortir avec deux dossiers « Mathématiques et développement durable ». Le premier nous parle de la météorologie, du climat, de l’impact des gaz à effet de serre et de la loi de Stefan-Boltzmann. La biographie du physicien slovène Jozef Stephan et celle du physicien autrichien Ludwig Boltzmann font d’ailleurs l’objet d’un dossier « Grands physiciens mathématiciens ». Le second traite de la modélisation mathématique de l’écoulement des eaux souterraines et des aspects statistiques de la gestion forestière. Dans les rubriques traditionnelles Grands mathématiciens est consacré à Jean le Rond d’Alembert et la Rubrique des paradoxes présente « Le paradoxe des Dupont ». Une bibliographie termine le numéro.

Les théorèmes du poker

Pour les jeux combinatoires et sans hasard, comme le morpion ou les dames, les mathématiciens ont démontré qu’il existe toujours une stratégie gagnante. Quand le hasard entre en jeu, l’application des mathématiques doit inclure nécessairement le calcul des probabilités, et l’on est jamais certain de gagner. Mais peut-être peut-on minimiser systématiquement les pertes ? Avec l’explosion récente du poker sur internet, l’espoir de trouver des méthodes « mathématiques » pour gagner se répand à grande vitesse. Le site Pokernews énonce un certain nombre de « théorèmes » du poker, tous assez récents. Néophytes, n’essayez même pas de lire l’article : savoir ce que c’est qu’un full ne vous sera que de peu d’utilité ! Certes, l’énoncé de ces fameux théorèmes ressemble à : « Aucun joueur n’est capable de jeter un full quelque soit le tour d’enchère, quel que soit le montant de la mise ». Mais dans la vraie vie des joueurs, les corollaires sont de la forme : « Si vous avez KK et que votre adversaire met all-in avec AA, vous “auriez dû” fold selon le théorème. Pourtant, si votre adversaire est capable de mettre all-in avec un éventail de mains tel que JJ+,AK, AQs, vous aviez raison de payer ». Personnellement, je me couche.

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A Waterloo dogs playing poker

Un livre basique à 18 millions de dollars, c’est l’histoire incroyable que nous raconte le site Zigonet. Deux gros concurrents vendent un même livre épuisé et d’occasion, mais chacun détermine son prix en fonction de l’autre. Grâce à un algorithme élémentaire, le premier fixe son prix juste en dessous du prix du second, mais celui-ci, curieusement (il faut lire l’article pour comprendre cette stratégie), fixe en retour le sien bien au-dessus du prix du premier... le résultat, c’est une montée absurde et exponentielle du prix. Tout ça grâce aux mathématiques ? Surtout à la stupidité des humains qui s’en servent aveuglément... ça ne vous rappelle rien ?

Notes

[1Voir aussi cet article d’Images des Mathématiques

[2Voir ici un Lexique

[3Lexique

[4Jos Leys a également sa page sur notre site.

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