Revue de presse avril 2012

1er mai 2012  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

L’arithmétique électorale
dont il est question une fois de plus dans cette revue de presse
a peu à voir avec la conjecture de Thurston ou le théorème de Nyquist-Shannon.
Peut-être leur préfèrerez-vous le tore plat qui n’en a pas l’air, le « jeu de la vie » ou encore le cube éphémère. Surtout, vous rencontrerez des personnalités hors du commun, et pas seulement des mathématicien-ne-s…

Quoi de neuf ?

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Trafic organisé

Le cœur de l’actualité récente, nous allèguera-t-on, est à chercher du côté des moments et moyens d’expression démocratiques. Commençons cependant par une petite promenade : le site Techno-Science (voir le quotidien en ligne Localtis.info d’autre part) rapporte cette étude des « instabilités dans l’organisation spontanée du trafic de piétons ». Les mathématiques associées à la physique, à l’éthologie et à l’informatique manifestent « du phénomène de formation de files » et surtout de ses « phases de désorganisation, [...] d’autant plus fréquentes que les vitesses de marche entre les piétons sont différentes ». La bonne marche du progrès technologique profite aussi des mathématiques : Kandou, entreprise liée à l’EPFL, a mis au point un système qui « permet de réduire sensiblement l’énergie nécessaire à l’échange de données entre les composants des dispositifs électroniques », annonce le webzine Enerzine.com. « La consommation électrique mondiale des ordinateurs » étant de « 150 milliards de kWh par année », on conçoit qu’il s’agit d’ « une petite révolution dans le domaine de l’informatique » et que « la solution vient…des mathématiques ! ».

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Ceci est un tore plat

Toujours dans l’actualité mathématique récente, voici la solution pour marcher sur un tore sans être floué sur les distances. Le site Techno-Science (voir aussi le communiqué du CNRS, ou cette brève) reproduit les premières images élaborées par des mathématiciens des universités de Grenoble et de Lyon, qui permettent de visualiser une représentation du « tore plat » qui respecte les distances (les mathématiciens parlent de « plongement isométrique »). Par ailleurs, dans le webzine israélien SiliconWadi, Patrick Fisher décrit la révolution initiée par Yonina Eldar, « professeur dans le Département d’Ingénierie Electrique du Technion Institute of Technology à Haïfa ». « Mêlant théories mathématiques et développements technologiques Yonina Eldar et son équipe ont réussi à construire des échantillonneurs (appareils permettant d’échantillonner des signaux continus) travaillant sous la fréquence de Nyquist et sans perte d’information », et « la palette des applications possibles est extrêmement large » (GPS, radar, imagerie médicale).

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Votons !

« Le scrutin, science démocratique » titre un article du Monde, qui rapporte les critiques du système du vote uninominal à deux tours présentes dans « des articles scientifiques rédigés par des économistes [...], des chercheurs en sciences politiques ou encore des mathématiciens ». « Contrairement à ce que le poids des habitudes et des rituels électoraux peut faire penser, il n’y a pas qu’une seule manière de choisir ses représentants. [...] L’art des mathématiciens et des économistes consiste justement à étudier et à analyser les propriétés de tous ces modes de scrutin. » Une discipline, nous dit-on, qui « remonte en fait aux mathématiciens français Nicolas de Condorcet et Jean-Charles de Borda au XVIIIe siècle » (voir aussi ce billet). Cependant, conclut l’article, en notant « une forte réticence de certains élus », « le véritable changement ne sera pas pour demain » , d’autant qu’« il n’est pas certain non plus que ces discussions passionnent tant que cela l’électeur ». Si, malgré tout, les caractéristiques des autres modes de scrutin vous intéressent, le site voteaupluriel, élaboré par des scientifiques canadiens et français, vous permet de les tester sur le premier tour de l’élection présidentielle française. Quant au second tour, vous pouvez jouer avec les pourcentages sur divers sites recensés par Slate, pour simuler les reports de voix et en déduire des prévisions. Attention aux erreurs de calcul toutefois : par exemple, le blog ABC maths relève les libertés prises avec les pourcentages au JT de France 2. Prévisions toujours, les sondages et leurs techniques sont discutés par Cédric Villani dans Le Monde, son article faisant lui-même l’objet d’un débat d’experts sur le blog Politbistro. Prévisions encore, outre-Atlantique cette fois-ci : « Barack Obama doit gagner l’élection de 2012, c’est mathématique », « c’est en tout cas ce que prédit une modélisation mathématique fondée sur l’analyse des présidentielles américaines de 1860 à 1980, selon son co-inventeur Allan Lichtman, professeur d’histoire à l’American University » rapporte L’Express.

Terminons avec le Lab d’Europe 1, qui reproduit quelques conclusions d’une analyse statistique des discours du président en place par le statisticien Arthur Charpentier : un des mots préférés du président est « heureux » —« il s’agit de l’un des mots dont l’emploi aura le plus augmenté sur 2007-2012, avec un rapport de 1 à 3 en cinq ans »— ainsi que le mot « guerre » : « en 2007, le terme figure parmi ceux les plus fréquemment employés dans les discours du président de la République » et « semble être revenu dans la bouche du Président au cours des derniers mois. » On peut imaginer qu’une dernière mise à jour révélerait la fréquence soudaine du mot « vrai », par exemple...

Mathématiciens aux manettes ?

Le Wall Street Journal place le (vrai) métier de mathématicien en dixième position dans son classement, « du meilleur au moins bon [métier] sur la base de cinq critères : les exigences physiques, l’environnement de travail, le revenu, le stress et les perspectives d’embauche » (repéré par Apprendre en ligne). Et attention, pas de cliché, les mathématiciens ne vivent pas dans un monde à part.

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En route pour Mars

Certains font même de la politique. Au Mali, le nouveau Premier ministre est un mathématicien de formation, Cheick Modibo Diarra, ancien chercheur à la NASA : « Le monde entier le connaît comme celui qui a envoyé la sonde Pathfinder sur Mars en 1997. Ce mathématicien devra faire preuve d’ingéniosité pour résoudre l’équation qui sortira son pays de l’ornière ». Un long portrait est à lire dans le Journal du Cameroun.
En France, s’il n’y a pas de mathématicien pressenti à Matignon, deux professeurs de mathématiques ont été récemment élus à la présidence de leurs universités :
Bertrand Monthubert à l’université Paul-Sabatier de Toulouse (La Dépêche) et François Germinet à Cergy-Pontoise (VOnews).

Lorsqu’ils sont aux manettes de la finance, les mathématiciens font l’objet de vives critiques ces derniers temps. Selon Le Point, « les ingénieurs français, gavés de mathématiques abstraites, font merveille dans les salles de marchés. Pour le meilleur et le pire. » Et d’interroger « Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’Institut des hautes études scientifiques (IHÉS) », pour qui « près d’un quart des analystes quantitatifs de haut niveau dans le monde seraient français ». On a trouvé le responsable à la crise de 2008 : Bourbaki !

La relève est-elle assurée ? Rien n’est moins sûr. Les polémiques et les inquiétudes quant à la désaffection des jeunes pour les filières mathématiques en particulier et scientifiques en général sont déjà anciennes, mais toujours d’actualité et pas seulement en France.
Le blog
reprend un article du quotidien El watan, dans lequel un universitaire algérien s’inquiète de l’extinction des mathématiques en Algérie. Pour tenter d’y remédier,
une initiative originale est lancée par le ministère de l’Éducation, d’après
Liberté Algérie. Le quotidien annonce en effet l’ouverture à la prochaine rentrée scolaire d’un « lycée dédié à l’enseignement des mathématiques », initiative motivée par « l’impérieuse nécessité de valoriser les filières scientifiques, notamment par l’amélioration de la qualité de l’enseignement des mathématiques et par la prise en charge des meilleurs candidats sur la base de leurs résultats scolaires ».

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Un mathématicien en vue
© Hervé Thouroude

En France, le mathématicien chouchou des médias, Cédric Villani, a fait une véritable tournée de conférences grand public au mois d’avril, largement rapportées dans la presse régionale : Dijon (Le bien public), Nice (Nice Matin), Futuroscope (La Nouvelle République). Comme nous le dit Dijonscope : « Force est de constater dans tous les cas que le mathématicien de génie fait mouche auprès du public ».

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Cédric et Lapo sont dans une auto

Gageons en effet qu’il aura su « rendre les maths sexy » auprès du plus grand nombre, comme le dit Lapo Elkmann dans un entretien croisé avec C. Villani au Figaro Madame.
Séduit, l’« héritier (petit-fils de Giovanni Agnelli, PDG mythique de Fiat) », affirme :
« [S]on potentiel marketing est incroyable. Ce talent est inestimable. [Il] pourrai[t] l’exercer chez Alfa Romeo ou chez Goldmann Sachs et [s]e faire beaucoup d’argent ».

Les maths restent pourtant un moyen de sélection en France, ce qui ne cesse de faire débat. La question est posée notamment par Olivier Rollot, rédacteur en chef du Monde Étudiant. Indéniablement, les maths restent une bête noire pour de nombreux élèves. Le Progrès interroge le didacticien Alain Mercier et souligne avec lui
une « difficulté majeure » dans l’apprentissage des mathématiques, relevée dans
un rapport de l’Inspection générale : « l’insuffisance de l’automatisation des procédures de calcul qui empêche les élèves de libérer la mémoire de travail nécessaire pour se concentrer sur la résolution réelle du problème »
Y aurait-il explication psychanalytique au blocage en maths ? C’est ce que soutient Anne Siety dans un reportage sur Francetv ainsi que dans La Croix. Le quotidien interroge par ailleurs
Jean Pézennec, « chercheur en mathématiques à l’université de Nantes », conscient « que sa spécialité ne laisse personne indifférent », précisément parce que « les maths sont un instrument de sélection et [que] cet enjeu peut bloquer des élèves ». De plus, c’est « une matière qui fonctionne comme une pyramide que l’on construit d’année en année. Si on rate une étape, on a du mal l’année suivante. ».
De là à s’en remettre aux psys...

À quand des mathématiciennes aux manettes ? Les femmes sont toujours peu nombreuses dans les filières mathématiques (des chiffres sont à lire dans le billet d’Olivier Rollot évoqué plus haut, où l’on voit que la proportion de filles dans les filières scientifiques en France stagne, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres pays).
Si ce constat n’est pas nouveau, les stéréotypes perdurent malgré tout : « même les profs pensent que les filles sont nulles en maths ! », ou plus exactement sous-estiment le niveau de leurs élèves filles, selon une étude publiée ce mois-ci dans la revue Gender and Society, dont Slate.fr se fait l’écho. Les filles elles-mêmes sous-estiment leurs compétences en mathématiques, comme on peut le lire sur le site du Nouvel Obs : « on a fait passer un test de mathématiques assez basique à des adolescents. À un premier groupe, on a dit qu’il s’agissait d’un test de maths. À un second d’un test cognitif, sans jamais employer le mot « mathématiques ». Les garçons réussissaient le test de manière équivalente. Mais les filles ont moins bien réussi lorsqu’elles savaient qu’elles passaient un test de maths. »

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Siège de l’« University of Mauritius Academic Staff Union »

Un bel exemple de réussite est pourtant relaté par le quotidien mauricien L’Express : « Preethee Nunkoo Gonpot finit par être agacée du fait que les enseignantes soient cantonnées aux petites classes et les enseignants aux grandes classes. Elle décide alors de poursuivre des études supérieures en mathématiques. ». Après une
« maîtrise en mathématiques appliquées et modélisation » puis un doctorat à l’université de Loughborough, elle est aujourd’hui
« professeur et chef du département de mathématiques à l’université de Maurice » et en tant que « nouvelle présidente de l’« University of Mauritius Academic Staff Union » », elle entend défendre l’idée, qui ne semble pas évidente pour tout le monde y compris sous nos latitudes, « que sans les universitaires pour transmettre le savoir, il n’y aurait pas d’université, ni d’experts ».

Si, la relève arrive !

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Un génie, jeune.

Mathématicien à 14 ans : « Je ne suis pas un génie ! » Libération ou 20minutes nous narrent le parcours hors normes de Moshe Kai Cavalin, sur le point d’obtenir sa licence de Mathématiques à l’Université de Californie (Los Angeles). On apprend que « Moshe Kai savait faire des additions et des soustractions à l’âge de 4 ans. C’est à ce moment que ses parents ont mis en place un programme d’éducation intensif en mathématiques, musique, arts martiaux et lecture. » Le qualifier de génie revient donc, selon lui, à nier tout ce travail accompli... Il a d’ailleurs publié un livre, We can do (Nous pouvons le faire), en chinois puis en anglais, « pour aider les parents à encourager leurs enfants ».

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Rallye : une affaire d’équipe

Les rendez-vous annuels des apprentis mathématiciens sont les Olympiades de Mathématiques, et les Tunisiens s’y préparent, d’après le journal électronique Tunisia IT : « 33 élèves des gouvernorats
de Monastir, Mahdia et Sousse ont participé à cette rencontre dont le programme comportait algèbre, arithmétique, géométrie et calcul ». Les Suisses ne sont pas en reste et le quotidien valaisan Le Nouvelliste
a repéré « deux espoirs qui vont à présent tenter de se qualifier pour la finale internationale qui aura lieu en Argentine ». À noter que les filles ont maintenant leur propre compétition ! Ainsi trois élèves luxembourgeoises ont participé à la première « European Girls’ Mathematical Olympiad » à Cambridge. De nombreux rallyes mathématiques sont organisés dans toute la France, et la presse régionale s’en fait copieusement l’écho : par exemple Le Bien Public
indique que « le Rallye Mathématique, organisé par l’institut de Recherche sur
l’Enseignement des Mathématiques (IREM) a connu un franc succès en Côte-d’Or ». Ce même rallye est commenté dans deux
articles du Journal de la Saône-et-Loire, et l’implication de l’IREM y est aussi soulignée ! D’autres rallyes et divers concours de jeux mathématiques sont rapportés à
Tours,
Agen, Rimouski, Amboise,
Reims, Armentières et enfin, la finale à Lievin.

Plus original, La Dépêche raconte comment une compétition de calcul mental dans l’Aude a mis 170 participants au défi de réaliser 30 opérations en 7 minutes. Toujours dans La Dépêche, on lit que
l’association Fermat Science a organisé « le circuit des sciences dans la maison natale du mathématicien Pierre de Fermat », à Beaumont-de-Lomagne. Et si le billard réconciliait les collégiens avec la géométrie ? La Voix du Nord nous relate une initiative originale avec un module « Mathématiques et billard » au collège ! « Le billard est un outil sans égal pour redécouvrir la notion de droites, pour appréhender les angles, les tangentes, les sphères ». Un club de Lens lance une « opération séduction » analogue, « un exemple de pédagogie innovante qui fait partie de l’arsenal permettant de raccrocher certains élèves en difficulté ».

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Go !

Jeux et maths font bon ménage ! Un article très intéressant de Techno-Sciences laisse envisager des progrès dans
l’intelligence artificielle au jeu de go : deux physiciens du CNRS ont appliqué des modèles statistiques de physique
théorique pour « capturer une partie de la stratégie locale du jeu ». L’article compare le « réseau complexe du jeu de go » aux réseaux sociaux. On peut aussi comparer le go au jeu de la vie, magistralement décrit par J.-P. Delahaye dans une conférence reprise sur Lille1tv. Cet innocent automate cellulaire permet « des prouesses de plus en plus folles... dont celle du calcul, décimale par décimale, des chiffres
du nombre pi ». Quant à lui, le poker ravira les adeptes des probabilités : ainsi La Dépêche dresse le portrait d’un coach de poker : « Le poker c’est tout sauf du hasard. C’est des maths et de la psychologie, tout ce que j’aime. »

Mais le jeu préféré des matheux est peut-être le Rubik’s cube ! Le Pays interviewe un prof de maths en préparation pour le championnat de France, qui la joue modeste après avoir résolu le célèbre casse-tête en une vingtaine de secondes : « Ne dites surtout pas que nous sommes des extraterrestres ou des geeks : il suffit d’apprendre et de s’entraîner pour y arriver ». Ça vous rappelle quelqu’un ?

Portraits

La presse de ce mois montre décidément que les mathématiques sont une
affaire de personnes. La Tribune dresse un portrait d’Arturo Sangalli, professeur à Sherbrooke, « un homme d’exception », dont les moteurs sont « passion + soif de savoir infinie ». Outre leur « beauté fascinante », il apprécie qu’« en mathématiques, il n’y [ait] pas de races ou de nationalités. » « Un autre aspect très beau des mathématiques est sa démocratie. N’importe qui peut utiliser les résultats mathématiques. Sur un théorème, il n’y a pas de droit d’auteur. » Il utilise les mots « imagination » et « inspiration » pour rapprocher son activité de mathématicien de celle de l’auteur de roman qu’il est aussi (La Revanche de Pythagore, 2009). Et se réjouit du caractère « universel » des vérités mathématiques.

Cette idée est centrale dans la tribune que le CRIF consacre à Georges Ifrah, « chantre d’un universel et d’une tolérance bien compris ». Ce « mathématicien hors pair au parcours exceptionnel, érudit féru d’histoire, se réclamant d’une triple culture juive, arabe et occidentale » donnait à l’Institut du monde arabe une conférence sur « l’histoire des sciences arabes médiévales ». Comme le rapporte Le Point, dans le même esprit, Jean-Luc Mélenchon fait d’un de ses meetings de campagne une « ode à la Méditerranée et au “métissage” », dans laquelle il a « rendu hommage aux “Arabes et Berbères” par qui sont venus en Europe “les mathématiques ou la médecine” au temps où “l’obscurantisme jetait à terre l’esprit humain”. »

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Jean-Marie Souriau

Le site Enquête et débat consacre une nécrologie au « grand mathématicien français Jean-Marie Souriau » [1], auteur de « nombreux travaux, dont des traités de relativité et de mécanique » et « un des fondateurs de la géométrie symplectique ». L’article inclut un entretien de vingt minutes réalisé il y a deux ans. Bien qu’il se soit éteint le 15 mars dernier, la nouvelle n’était pas parue dans la presse : l’auteur de la dépêche s’agace du « fait que la disparition de people insignifiants de la télé-réalité génère des dépêches AFP mais pas la mort de grands savants comme M. Souriau ».

La presse régionale semble plus attentive. Ouest-France n’a pas manqué de rendre hommage à un « poète mathématicien » : « À 72 ans, Guy Le Berre cultivait toujours le polyèdre, comme d’autres les roses. » La Dépêche relève que « La vie aventureuse de René Descartes, philosophe » fait l’objet d’une comédie musicale « à la sauce d’outre-Atlantique » au Petit Bleu (Lot-et-Garonne). C’est que « sa vie est un tel tourbillon que René Descartes ne peut être cantonné dans le seul rôle de penseur et de mathématicien ». Et le cinquantenaire de la mort Gaston Bachelard, ancien professeur de physique connu pour ses écrits sur l’épistémologie des sciences en général, de la logique en particulier, a été le prétexte d’une conférence dans sa ville natale de Bar-sur-Aube, relayée par Dijonscope.

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Ancêtre de l’iPad

Si ces lectures ne vous suffisent pas, profitez avec O1net d’« une appli iPad géniale pour célébrer les grands mathématiciens. IBM met depuis peu à disposition une application gratuite qui célèbre les grands mathématiciens de notre civilisation, de l’antiquité à nos jours. Un régal ! »

Engagements

Le Monde
rend compte d’une forte polémique suite à la condamnation pour « contrefaçon » d’Alain Riazuelo, chargé de recherches au CNRS, en raison d’une plainte de Grichka Bogdanov. L’article raconte que « l’astrophysicien avait publié sur son blog –pour en faire une vigoureuse critique– une “pré-thèse” de l’animateur et auteur à succès » et rapporte
plusieurs commentaires de la part de spécialistes, mathématiciens et physiciens, tendant à prouver que
les écrits scientifiques des Bogdanov relèvent de l’« escroquerie intellectuelle ».
La communauté scientifique ressent effectivement un « “malaise profond” à l’idée que les thèses des deux animateurs, soutenues en 1999 et 2002, aient bénéficié d’“une validation institutionnelle de l’Université” ». Après la colère de onze scientifiques publiée par Sylvestre Huet sur son blog SCIENCES2, ce sont 170 physiciens et mathématiciens qui s’indignent dans une lettre ouverte publiée par Ciel et espace : « la communauté scientifique a le droit, voire le devoir de blâme, lorsqu’il s’impose, et doit avoir la liberté de pouvoir argumenter ses jugements comme il lui semble, liberté qu’aucune pression, médiatique, policière ou judiciaire, ne doit altérer ». C’est dit.

Les mathématiciens s’engagent à propos de science mais aussi, plus généralement, dans la cité. Contre la circulaire Guéant conduisant à limiter drastiquement leur séjour en France, Michel Broué continue son combat (dont nous vous avions parlé ici) avec
le collectif du 31 mai et « parraine un étudiant étranger ». On peut le voir dans une vidéo de Libération (malheureusement parasitée par la publicité et coupée après 48 s).

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Maurice Audin
par Mustapha Boutadjine
Paris 1996
Graphisme-collage
Extrait de « Partisans »
Collection de Mme Josette Audin

Ils s’engagent parfois jusqu’à en mourir. Après les révélations parues dans la presse en mars, évoquées le mois dernier, Liberté Algérie nous informe que la Ligue des droits de l’homme « a demandé aux plus hautes autorités de l’État français de répondre enfin à la demande de sa veuve, Josette Audin, qu’on lui dise la vérité sur la disparition de son mari. Le jeune mathématicien Maurice Audin, arrêté à son domicile à Alger par les parachutistes durant la guerre de Libération nationale, en juin 1957, et transféré au centre d’interrogatoire d’El-Biar, n’a jamais été revu vivant. Un manuscrit du colonel Godard, alors ancien commandant de la zone Alger-Sahel, contient, dans un passage qui a été rendu public par l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, de nouvelles informations sur la mort de Maurice Audin. Contredisant la thèse officielle selon laquelle Maurice Audin se serait évadé. » La nouvelle est reprise dans TSA Algérie et mentionnée dans cette recension d’un documentaire consacré à la disparition de Maurice Audin.

Expositions

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Le minimalisme est mort
Nikolas Fouré

Nous vous parlions il y a deux mois de l’exposition mathématique Imaginary à Madrid. L’Indépendant invite maintenant à la visiter à Barcelone, dispersée dans plusieurs endroits : elle explique “que les mathématiques et la géométrie ont fondé l’architecture, la peinture et les instruments”. Une formation « art et mathématiques » s’est déroulée à Montjean (Charente), et est décrite comme une « comète » en pays du Ruffécois par La Charente libre. Elle a permis à plusieurs dizaines d’écoliers d’être « sensibilisés à l’art contemporain ». Peut-être pourrait-elle aussi aider à comprendre le commentaire de Paris-art sur la « Recherche élémentaire d’une géométrie affective » de Nikolas Fouré : « Ses œuvres proposent une véritable décolonisation des perceptions démontrant ainsi qu’une géométrie affective se rit des théorèmes mais ne saurait être simplement nominaliste. ». Mais qu’importent les commentaires. Les sculptures mettent en « dualité » la perfection géométrique des formes et le caractère éphémère des matériaux (allumettes, viande) : « l’ambition de confronter des éléments [qui ?] semblent a priori opposés mais fondent notre relation au monde et son équilibre tant recherché. » L’exposition est présentée également dans Ouest-France. On semble s’être un peu éloigné des mathématiques mais La voix du Nord suggère, expérimentations en classe à l’appui, que l’on peut « travailler la géométrie à travers l’étude d’œuvres d’art, ... »

Parutions

La malédiction de la mauvaise file. Vous avez souvent l’impression que dans une file d’attente ou dans les « bouchons » la file d’à côté avance plus vite … Une impression très répandue que Jean-Paul Delahaye analyse dans le numéro de mai du magazine Pour la Science.

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Trafic désorganisé

Dans la rubrique de l’actualité mathématique en ligne sur le site de la revue nous trouvons en avril deux articles.
Tout d’abord, sachez que « la conjecture de fibration virtuelle a été démontrée ! ». Une solution de cette conjecture énoncée par William Thurston [2] (médaille Fields 1982) a été proposée par Ian Agol en mars à l’Institut Henri Poincaré.
Puis
« le tore plat bien tordu » : le tore dont il est question au début de cette revue de presse est passé au peigne fin dans un article destiné à un large public (avec un lien vers l’article scientifique des Proceedings of the National Academy of Sciences).

Les multizêtas sortent de l’ombre. L’actualité mathématique dans le numéro de mai de La Recherche est consacrée à une interview de Francis Brown qui a démontré récemment la conjecture de Deligne et Ihara. L’étude des nombres multizêtas remonte à la première moitié du dix-huitième siècle. Euler a introduit les nombres « zêtas » et calculé la valeur de ζ(2), puis envisagé les nombres multizêtas comme leur extension. Ces nombres suscitent un regain d’intérêt depuis les années 90, notamment grâce à Hoffmann et Zagier, et interviennent dans la physique des particules.

Sous le titre Où en sont les maths modernes ? Science et Vie propose en mai un point en dix pages qui survole l’évolution des mathématiques depuis Évariste Galois. Pour votre information, cet article aurait « 30 ans de retard » d’après Cédric Villani. Dans le journal suisse
Le Temps, le mathématicien le plus en vue actuellement souligne que « nous sommes revenus de cette révolution des maths modernes, promue dans les années 1960-1970 » :
« cela fait des années que l’on tend vers plus de concret, que l’on n’appelle plus une droite une « variété affine en bijection avec l’ensemble des nombres réels » ». Ouf !
Enfin, le National Geographic Sciences sort son second numéro avec une rubrique sur deux pages, Étranges statistiques, qui décrit cinq paradoxes amusants inspirés de l’ouvrage de Nicolas Gauvrit intitulé Statistiques, méfiez-vous !.

Pour finir

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Psychédélique

Selon le site atlantico.fr, certains grands mathématiciens, dont Paul Erdős, auraient été accros à d’illicites substances. Le café ne serait donc pas la seule poudre à théorème [3] ?

Post-scriptum :

Le logo a été composé sur une idée originale de Christian Mercat : ce jour de « fête du travail » est l’occasion de montrer la « formule du travail », qui exprime en physique que le travail est égal au produit de la force par le déplacement.

L’image du tore plat a été aimablement fournie par Vincent Borrelli.

Le portrait de Cédric Villani est reproduit avec l’aimable autorisation d’Hervé Thouroude.

Le portrait de Jean-Marie Souriau est reproduit avec l’aimable autorisation de son fils, Jérôme Souriau.

Le portrait de Maurice Audin est reproduit avec l’aimable autorisation de Mustapha Boutadjine.

Notes

[1Voir sur ce site l’hommage qui lui est rendu par Patrick Iglesias-Zemmour.

[2Voir ce billet sur sa conception des mathématiques.

[3Les germanistes apprécieront la saveur de la phrase de Alfréd Rényi : « Ein Mathematiker ist eine Maschine, die Kaffee in Sätze verwandelt. » Les autres liront la traduction en français.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2012» — Images des Mathématiques, CNRS, 2012

Crédits image :

Image à la une - Wikimedia Commons / PRA pour le muguet.
Go ! - Wikimedia Commons / Fred Bradstadt
En route pour Mars - NASA
Votons ! - flickr / clémentine gallot
Psychédélique - Wikimedia Commons / Hendrike
Rallye : une affaire d’équipe - Dessin réalisé par un élève du lycée professionnel Hélène Boucher (Vénissieux)
Trafic organisé - Wikimedia Commons / Bantosh
Ceci est un tore plat - V. Borrelli, S. Jabrane, F. Lazarus, B. Thibert.
Un mathématicien en vue - Hervé Thouroude (portrait de Cédric Villani paru dans le le numéro 276 du magazine Valeurs Mutualistes)
Trafic désorganisé - Wikimedia Commons
Maurice Audin - Mustapha Boutadjine, Paris 1996, Graphisme collage, extrait de « Partisans », Collection de Mme Josette Audin
Le minimalisme est mort - Nikolas Fouré
Siège de l’« University of Mauritius Academic Staff Union » - University of Mauritius Academic Staff Union
Jean-Marie Souriau - Jérôme Souriau

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse avril 2012

    le 3 mai 2012 à 12:44, par Karen Brandin

    Un grand merci tout d’abord pour ce tour d’horizon très complet qui permet de s’approprier d’un coup d’oeil ou presque l’actualité des mathématiques telle qu’elle est en particulier relatée ce mois dans les différents magazines de vulgarisation (je pense au tore plat, nombres multizêtas, et à l’article « Maths : jusqu’où iront-elles ? »).
    L’ouvrage d’Anne Siety qui m’a bien davantage séduite que le précédent. Néanmoins même les enseignants en fin de carrière que j’ai pu interroger ont heureusement rarement eu l’occasion de rencontrer des élèves traumatisés par les mathématiques. C’est toujours une rude épreuve d’être mis en difficulté, voire (pour un temps au moins) en échec mais il faut un contexte très particulier pour qu’un traumatisme en résulte. Je n’ai jamais enseigné au collège donc il est possible que certains enfants, qui ont une tendance à être de petites éponges à émotions identifient un enseignant maladroit à la matière jusqu’à en être « dégoûtés » mais a priori rien n’est irréversible. Avec les années et la maturité, on apprend à aimer les choses pour elles mêmes, heureusement.
    Merci aussi pour ce rayon de soleil voire l’invitation au voyage contenus dans ces quelques lignes que je désespérais de lire un jour :
    « Le quotidien annonce en effet l’ouverture à la prochaine rentrée scolaire d’un « lycée dédié à l’enseignement des mathématiques », initiative motivée par « l’impérieuse nécessité de valoriser les filières scientifiques, notamment par l’amélioration de la qualité de l’enseignement des mathématiques et par la prise en charge des meilleurs candidats sur la base de leurs résultats scolaires. »

    On en rêvait et ils vont le faire ; l’Algérie terre d’asile, terre d’accueil pour les profs de Métropole découragés, qui sait ?
    Justement je conclus par une remarque autour de la phrase :
    « Cela fait des années que l’on tend vers plus de concret, que l’on n’appelle plus une droite une « variété affine en bijection avec l’ensemble des nombres réels »

    Je n’ai pas connu (ou devrais-je dire « subi ») cet enseignement et il est évident qu’il était déséquilibré car c’est important pour s’attacher aux objets de s’en faire une représentation intuitive, affective même si elle n’est qu’un pâle reflet de la réalité et sera appelée à être enrichie au fur et à mesure que l’on progresse mais il faut trouver une juste mesure. On ne peut pas faire croire aux élèves que les maths sont faciles, qu’elles consistent seulement à calculer des taux d’intérêt, des intervalles de fluctuation, à maximiser des bénéfices, minimiser des coûts.
    Il faut leur donner la chance, l’opportunité d’apprendre des choses abstraites car certains sont fait pour çà ; il faut aussi de plus en plus leur en donner le courage car ils n’en ont jamais eu plus besoin (c’est une anecdote mais je n’ai pratiquement pas un seul terminale S cette année qui a souhaité faire le sujet du bac de Pondichéry du 18 Avril ; j’ai dû insisté ce qui ne m’était jamais arrivée. Il faut les tirer vers le haut sans jamais faiblir).
    Sinon d’ici quelques années des ouvrages entiers (je pense à la double page dans Science et vie de ce mois où l’on voit une pile de magnifiques livres et de livres magnifiques) deviendront inaccessibles sauf pour quelques érudits survivants d’un autre monde, çà me semble terrible.
    Je ne travaille jamais avec les manuels des élèves lorsqu’il s’agit de soutien scolaire (les nouvelles éditions tiennent plus du magazine selon moi que du livre mais il faut vivre avec son temps paraît-il ;-() mais il y a un mois environ, je n’ai pas eu le choix. L’exercice (de seconde) portait sur les fonctions, je ne me souviens malheureusement pas du texte dans son intégralité mais il commençait ainsi : « Charlie veut racheter la chocolaterie de son oncle. » Il y avait 7 ou 8 lignes de textes d’un niveau de langue moins évolué qu’en primaire au point que j’ai retourné le bouquin pour vérifier que c’était bien le sien. Tous les mots mathématiques étaient soigneusement évités. « On a tracé en vert la recette ». Qu’est ce que çà veut dire ?
    Nous avons été tellement nombreux il y a quelques années à rire du pamphlet intitulé Le problème de la mémorable phrase : « Souligne les mots pommes de terre et parles-en avec toi voisin ». Encore un petit effort et on y sera (ce sera plutôt « et envoie un sms à ton voisin » mais ...).
    À moi l’Algérie ;-).

    PS : Pour un moment de nostalgique détente, Véronique et son cancre ...

    http://www.youtube.com/watch?v=56TWuOmNFTw

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