Revue de presse avril 2013

Le 1er mai 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

De poissons en portraits cachés, nous vous invitons à une nouvelle balade mathématique illustrée, à travers le monde et le temps...

C’était pour rire !

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Le pot aux roses

Oui, faire rire, c’était bel et bien l’intention de quelques poissons d’avril mathématiques parus en début de mois… Peut-être certains nous ont-ils échappé ? Outre celui que nous relayâmes intentionnellement, on aura repéré un billet faussement enthousiaste sur le nombre d’or par Eljjdx : l’illustration visuelle de son ubiquité finit de manière franchement drôle et burlesque. À voir aussi, une soi-disant découverte de l’ensemble de Mandelbrot, un des plus célèbres ensembles fractals, dans des travaux datant du XIIIe siècle… Le pot aux roses fut dévoilé dès le lendemain par le même coyote. Enfin, c’est la conjecture de Goldbach (« tout entier pair supérieur à 2 peut s’écrire comme la somme de deux nombres premiers ») dont Norman Baillargeon annonça la démonstration, accompagnant son propos d’un ensemble de corollaires aussi fantaisistes que celui-ci : « Au sens strict, avant l’apparition des êtres humains, quand deux dinosaures se trouvaient dans une clairière et que deux autres dinosaures les rejoignaient, il n’y avait pas quatre dinosaures dans la clairière. » Gros comme une maison, n’est-ce pas ? Furieux de s’être fait mener en bateau, un certain « G. Howe, professeur de philosophie » n’y va pas par quatre chemins dans ce billet d’Obamaths : « Sciences : Faut-il proscrire les “poissons d’avril” ? » Et de conclure : « il est temps de conscientiser les uns et les autres, assainir et dépolluer les milieux scientifiques de toutes ces sottises qui, il est vrai, n’ont aucun fondement, ni en politique, ni en culture, ni en sciences et encore moins en religion. Le mensonge, gros comme petit, pour l’avril ou pour l’août, n’a jamais profité à personne ! »

Après les blagues, les bêtises

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Rire jaune ou ne pas rire du tout ?

Nathalie Rheims se fend d’un billet prétendument arithmétique dans Le point, intitulé « Des sondages insondables ». La chroniqueuse ironise : « comme depuis des semaines j’entends des moins cinq qui succèdent aux moins six, je me dis, naïvement, que le président devrait avoir atteint une cote de popularité négative ». S’agit-il de fausse naïveté ou faut-il lui conseiller de lire par exemple ce billet ?
Plus problématique encore, le « doute sur la fiabilité des neurosciences » que jette un article de Nature Review Neurosciences relevé par Pierre Barthélémy sur son blog. C’est simple : « la puissance statistique moyenne des études en neurosciences est comprise entre 8 et 31 %, soit bien loin de la barre des 80 %» (sachant qu’avec « une puissance statistique de 80 %, qui est une norme correcte, quatre études sur cinq mettront en évidence un phénomène et il y a, à l’inverse, assez peu de chances pour que ce qu’elles trouvent soit un artefact »).
Et pour vous faire passer définitivement l’envie de rire, mentionnons cette drôle de nouvelle : des économistes de l’université du Massachusetts mettent en question les résultats de l’article Croissance en période de dette, « publié en 2010 par deux économistes réputés de Harvard et anciens cadres du FMI ». D’après Anna Villechenon et Maxime Vaudano dans Le Monde, l’étude de
Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff a « été utilisée à tour de bras pour justifier des programmes d’austérité, du commissaire européen Olli Rehn évoquant une “recherche sérieuse” à l’ancien secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, pour qui c’est une “excellente étude”, comme le rappelle le site collaboratif Quartz dans un petit florilège [en anglais] des citations sur le sujet. » On y relève des omissions inexpliquées (Australie, Autriche, Canada, Danemark et Belgique non pris en compte dans l’analyse) ainsi… qu’une erreur dans un tableur Excel [1] ! L’article donne les résultats de l’étude une fois les erreurs corrigées. Des explications complémentaires sont à lire dans Le Point ou à écouter dans l’émission Du grain à moudre sur France Culture (ne manquez pas cette assertion qui, sortie de son contexte, a de quoi faire frémir : « c’est pas des maths, c’est des stats ! »).

De son côté, le quotidien helvétique Le Courrier dénonce et corrige de manière éclairée, en s’appuyant sur un article d’André Kuhn (professeur de criminologie et de droit pénal), le mauvais usage des statistiques en matière d’analyse de la criminalité, en particulier sur la question de la « surreprésentation des étrangers dans la criminalité ».

Tribulations

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Clair quand il parle, mais difficile à suivre...

« L’infatigable ambassadeur des mathématiques », Cédric Villani, est passé à Poitiers pour une conférence sur l’âge de la Terre annoncée par La Nouvelle République. Dans 7 à Poitiers, il précise à propos des programmes de lycée que « le contenu n’est pas important dans la démarche de découverte » par rapport à « l’essentiel : l’entraînement à la réflexion ». C’était avant de se poser à Georgia Tech pour une conférence annoncée sur le site du consulat de France à Atlanta sur « la rencontre de trois champs disciplinaires : la géométrie non-euclidienne, la dynamique des gaz et l’économie » et à Bruxelles, où il a été nommé au Conseil consultatif pour la science et la technologie (CCST) auprès de la Commission européenne, ce que salue la ministre de la Recherche.

Si vous n’avez pas croisé la route de Cédric Villani, vous pouvez suivre chez vous l’historienne des mathématiques Karine Chemla, qui explique sur RFI « pourquoi retourner aux sources mathématiques » et s’intéresser à la diversité des pratiques mathématiques dans les milieux non académiques. On y apprend par exemple comment les problèmes de mesure d’aires de l’administration babylonienne ont motivé l’introduction de systèmes de numération de position.

« Associer le plaisir aux maths », cela semblerait paradoxal à bien des journalistes de la RTS qui présentent en vidéo leur relation, volontiers conflictuelle, aux mathématiques. C’est pourtant le credo d’un grand nombre de manifestations. À commencer par le congrès national « MATh.en.JEANS » présenté par La Dépêche, qui veut « montrer le rôle des maths dans la vie concrète ». Les orateurs sont des élèves de collège ou de lycée qui ont été « placés dans la position du chercheur en situation » pendant un an et présentent leurs résultats. La Dépêche s’enflamme et consacre à ce congrès plusieurs articles, parlant de la joie, de l’ubiquité des maths ou encore de la hype des maths. Sud Ouest et Mediapart ne sont pas en reste. L’exposition réalisée à Issoudun par des lycéens, présentée par La Nouvelle République et annoncée ici poursuit le même but : faire faire pour faire aimer.

Plus fort que le plaisir, « l’amour des mathématiques » que veulent « cultiver » des étudiants de Roubaix. Pour cela, rapporte Nord éclair, ils invitent Stanislas Dehaene, « l’expert reconnu des bases des opérations mathématiques, un domaine dont il a été le pionnier ». Pour ceux qui ne seraient pas encore aficionados, L’Union explique comment « approcher autrement et ailleurs les mathématiques » avec « Déblocamaths » : il s’agit de « réconcilier et valoriser la relation de l’élève et ses écrits ».

Excellence, excellence...

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La classe à Djibouti

Beaucoup d’activité en ce moment, un peu partout dans le monde, autour des olympiades de mathématiques. Au Sénégal, ferloo.com, slateafrique.com et pressafrik.com parlent des sélections qui ont lieu « sur l’ensemble du territoire national », pour participer ensuite aux olympiades africaines et mondiales. Dans la péninsule arabique,
selon la traduction par Obamaths d’un article de Arab News, « le ministre saoudien de l’Éducation, le Prince Faisal ben Abdullah » se réjouit des « deux médailles d’or et quatre médailles d’argent » remportées par les écoliers saoudiens durant l’« olympiade mathématique inter-arabe du Qatar ». En France, un article de L’Aisne Nouvelle porte sur une « olympiade académique » qui a eu lieu à Tupigny.

Un peu partout aussi, des réformes de l’enseignement sont en cours. En
France, la fin annoncée des internats d’excellence est le sujet d’articles parus dans Le Figaro et Le Monde. On y apprend en
particulier qu’une étude portant sur « l’impact de l’internat d’excellence de Sourdun » a montré que « l’internat d’excellence fait progresser les élèves en maths, pas en français », pour une « dépense par élève scolarisé [...] environ deux fois supérieure à celle observée dans les établissements témoins ». Le journal L’Essentiel présente les grandes lignes de la réforme du lycée au Luxembourg. Ainsi, on apprend que « le lycéen devra choisir entre un cours de mathématiques fortes, plus théorique, ou un cours de mathématiques appliquées, plus concret. »

« Fortes » ou « appliquées », dites-vous ? En Algérie, à Béjaia, la grève des étudiants du département de mathématiques est traitée par les quotidiens El Watan et Liberté. Leur « principale revendication consiste en [la] régularisation de leur situation pédagogique », et ils exigent en particulier que soit portée sur leurs diplômes « la mention “Mathématiques Appliquées” au lieu de la mention “Mathématiques” ».

Selon le site Afriquinfos, il y a en Afrique du Sud une « grave pénurie de professeurs de mathématiques ». Ainsi, « 84 lycées n’ont pas offert de cours de mathématiques » ; des « experts appellent à augmenter les investissements dans le secteur de l’éducation. » Dans la même veine, le ministre indien Shashi Tharoor déclare (dans une traduction par Obamaths d’un article de The Hindu Business Line) que « l’Inde doit miser sur les mathématiques pour aller de l’avant et se hisser au sommet de l’économie mondiale. » Le site bulletins-electroniques.com présente les conclusions d’un rapport « visant à évaluer les bénéfices économiques de la recherche en sciences mathématiques conduite au Royaume-Uni ». On peut y lire que « la diversité de la [recherche mathématique] et le fait que les mathématiques sont présentes dans tous les secteurs de l’économie et de l’industrie, font de l’estimation de leur contribution à l’économie d’un pays un exercice très complexe » et que « cette analyse suggère que 2,8 millions d’individus sont directement impliqués dans la génération et l’application de [recherches en sciences mathématiques] au Royaume-Uni en 2010. »

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Cerveau en fuite

Dans un long article, Valeurs actuelles revient sur la « fuite des cerveaux », qui touche aussi le monde universitaire, en citant une « étude de l’Institut Montaigne de 2010 » selon laquelle « l’émigration scientifique française vers les États-Unis s’est accélérée en vingt ans ». L’article note en particulier que « la reconnaissance sociale et salariale de la recherche, les conditions de travail optimales, le temps que les chercheurs peuvent consacrer à leurs travaux sont au premier plan de cette attractivité américaine », et que les « rémunérations jouent un rôle crucial ». La revue L’Usine nouvelle s’intéresse à « une exception scientifique française », l’excellence dans le domaine de la simulation numérique, où « la puissance sans cesse croissante des calculateurs ouvre de nouveaux champs d’application. » L’article cite Grégoire Allaire, professeur de mathématiques appliquées à l’École polytechnique, qui déclare que « la recherche française reste bien placée en mathématiques appliquées ». Un des principaux défis à relever est celui du parallélisme, car « exploiter au mieux les architectures parallèles permettra d’effectuer des simulations multi-échelles et multiphysiques jusqu’ici impossibles. »

Un autre mathématicien, Martin Andler était une nouvelle fois invité par Stéphane Deligeorges sur France Culture, pour présenter une conférence du « médaillé Fields français le plus sympathique » … Vous avez deviné qui ? Wendelin Werner bien sûr ! Mais l’invité principal de cette émission Continent Sciences était Vincent de Gaulejac, qui nous ramène de façon dissonante au thème de l’excellence. Ce « sociologue clinicien » déplore en effet que les chercheurs « ne pensent plus qu’initiative d’excellence » et dénonce inlassablement la gestion actuelle de la recherche, à base de « management par projet » et « management par objectif ». Des méthodes venues des entreprises privées, fondées sur des « indicateurs de mesure d’une pauvreté absolue et terrifiante
qui légitiment des dispositifs d’évaluation, pas mis en question, pas discutés par la communauté des chercheurs ». C’est dit. Une autre cause, dont les enjeux sont d’ailleurs liés à la précédente, est le libre accès aux résultats de la recherche [2]. Le monde a perdu l’un de ses fervents militants, le jeune informaticien Aaron Swartz, qui était poursuivi pour avoir mis à disposition des internautes une bonne partie des articles archivés par JSTOR et auquel Télérama consacre un émouvant dossier.

Étonnant

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Terre cubique

Revenons aux mathématiques pour constater une fois de plus combien elles sont utiles, et souvent de manière inattendue.
L’Agence Science-Presse nous parle de la collaboration de la mathématicienne Ingrid Daubechies (connue pour son travail sur les ondelettes, et présidente de l’Union mathématique internationale) avec des géophysiciens. Elle a eu la surprise de constater que ceux-ci « modélisaient la Terre comme un cube ». Ils sont parvenus ensemble à utiliser les ondelettes dans « un nouveau modèle informatique, qui devrait améliorer notre compréhension de la planète ». Rappelons au passage que 2013 est l’année des mathématiques de la planète Terre.

Dans le domaine de la médecine, le Huffington Post présente des recherches sur la propagation des tumeurs, où sont utilisées « des formules mathématiques complexes comme la chaîne de Markov » (sic). En utilisant le « modèle mathématique du moteur de recherche le plus connu au monde pour calculer les probabilités de diffusion d’une tumeur au poumon », les chercheurs ont découvert que « le cancer du poumon ne prend pas qu’une direction dans le corps de la personne touchée ». Un scoop ? Bon, ils « surtout remarqué que ces cellules “tueuses” avaient tendance à se concentrer dans les glandes surrénales plutôt que dans les ganglions lymphatiques », et ce en appliquant leur algorithme à des rapports d’autopsie de l’entre-deux-guerres, où les patients offraient « un schéma plus clair de l’évolution de la maladie ».

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Profil connu
Madame Thatcher ?

Pas plus gai, un entretien sur Europe1 avec « Alain Bauer, conseiller spécial de la police de New York », nous révèle le rôle joué dans la recherche des responsables de l’attentat de Boston par des « formules mathématiques qui permettent d’identifier un visage par rapport aux banques de données », et ceci « même si on n’a pas totalement leur photographie de face ».

Dans le journal Le Soir, on peut lire un article daté du 1er avril, dans lequel le trader marocain Mostafa Belkhayate vante la « puissance des mathématiques pour maîtriser l’imprévisibilité des marchés financiers ». Il cite notamment l’exemple du richissime américain Jim Simons, mathématicien et surtout trader, en l’occurrence « le plus rentable trader de tous les temps : une moyenne de 38 % de rendement annuel sur une période de 30 ans ». M. Belkhayate dit avoir lui-même un « algorithme à la portée de tout le monde qui permet de prendre de manière imparable l’avantage sur un jeu pourtant à chances égales, comme le pile ou face ». À vous de juger si c’est sérieux !

Dans un texte repéré par le coyote, le site sur-la-toile.com présente le paradoxe de l’amitié, selon lequel « une personne donnée a souvent moins d’amis que ses amis en ont (en moyenne) ». Des chercheurs américains ont récemment montré que ce principe, « connu depuis longtemps par les psychologues », fonctionne aussi pour les liens sur le site Twitter, en analysant « 5,8 millions d’utilisateurs de [ce site] et leurs amis ».

On savait déjà que les ordinateurs quantiques pourraient servir à factoriser les entiers plus rapidement. On apprend dans un article approfondi de Futura Sciences qu’ils pourraient peut-être aussi permettre de montrer « que la fameuse hypothèse de Riemann sur les nombres premiers est fausse ». En effet, « deux chercheurs ont trouvé un algorithme quantique qui permettrait de calculer le nombre de nombres premiers compris entre 2 et $n$. »

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Paul Erdős et Terence Tao en 1985

Nombres premiers toujours, reconnaissez-vous les deux mathématiciens de la photo ci contre (indice : la théorie des nombres leur doit précisément des contributions majeures) ? C’est le blog-notes mathématique du coyote qui reprend cette image
remarquable, publiée par Terence Tao à l’occasion du centième anniversaire de la naissance du mathématicien d’origine hongroise Paul Erdős. On y voit les deux célèbres mathématiciens (dont un encore très jeune) en pleine réflexion, en 1985.

Un autre anniversaire d’un grand mathématicien a été célébré en ce mois d’avril, à la fois par la brève du jour sur le blog Mathématiques de la planète Terre et rien moins que par un logo de Google, répercuté sur un grand nombre de sites : les 306 ans de Leonhard Euler, « mathématicien et physicien suisse de génie ». Dans les nombreux articles sur le sujet, qu’il serait trop long de citer, on trouve notamment la phrase de Pierre-Simon Laplace « Lisez Euler, lisez Euler, c’est notre maître à tous » et le fait assez incroyable, rapporté par Maxisciences, selon lequel, « doté d’une mémoire exceptionnelle, Euler pouvait réciter l’Énéide de Virgile du début à la fin sans hésitation ». Pourquoi les 306 ans d’Euler, aussi grand fût-il, et pas le bicentenaire de la mort de l’éminent Joseph-Louis Lagrange, dont les travaux furent étroitement liés à ceux d’Euler et de Laplace ? Les mystères de la firme qui avait choisi de célébrer toute autre chose le 10 avril sont décidément impénétrables.

Énigmes

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Source d’énigmes mondialement connue(s)

Le Monde poursuit sa série de défis mathématiques : et de deux, trois, quatre et cinq. La RTS propose de son côté un problème intitulé « Euler et les œufs », dont le lien avec le célèbre Suisse ne semble être plus qu’une vague assonance. À vous de jouer ! [3]

Et voici des compétitions d’énigmes à la pelle, qu’on appelle rallyes. Le record de distance entre deux rallyes est battu : on va ce mois-ci de Hem avec La Voix du Nord, à Tahiti avec Les Nouvelles. L’Union se réjouit de la bonne performance de deux élèves de Charleville-Mézières. Ils n’ont pas peur des mathématiques, au moins ! C’est que, pour le président de la Société mathématique du Ghana, la peur serait la raison principale de l’échec dans sa discipline : on le lit dans un article en anglais traduit par Obamaths. Une idée d’ailleurs récurrente, dont on vous avait parlé ici, qui motive les infatigables tribulateurs : il faut dédramatiser les mathématiques !

Une autre personne qui n’a manifestement pas peur des mathématiques, c’est Pierre Deligne, qui a reçu le prix Abel le mois dernier. Ses travaux sont évoqués par Eljjdx, pendant que Le Monde nous le présente comme « le boss des maths » [4]. Et Pour la science lui consacre un joli article, qui non seulement énumère ses précédentes récompenses (« la médaille Fields en 1978, le prix Crafoord en 1988, mais aussi le prix Balzan en 2004 et le prix Wolf en 2008 ») mais nous parle aussi de courbes elliptiques et de corps finis, de la fonction zêta de Riemann et de cohomologies.

À propos, si quiconque en avait le moindre doute malgré les modèles que furent par exemple, Emmy Noether, Sophie Germain, Sofia Kovalevskaya et Olga Ladyzhenskaya, « les filles aussi peuvent avoir la bosse » des mathématiques ! Le site Santé log des professionnels de santé s’intéresse à un article spécialisé paru dans Psychology of Women Quarterly : « Alors que les femmes continuent à être sous-représentées dans les cours de mathématiques jusque dans les carrières scientifiques, cette disparité n’est en aucun cas le reflet fidèle de la capacité respective des hommes et des femmes. Plus surprenant, cette recherche met en avant les capacités supérieures, aux États-Unis, des étudiants des deux sexes d’origine asio-américaine. » Canoë et le coyote reprennent la nouvelle.

Enfin, même si vous êtes rétif aux plaisirs mathématiques, la carrière de scientifique ne vous est pas fermée pour autant. « Pas besoin d’être matheux pour être chercheur », dit E. O. Wilson, un biologiste américain de Harvard, grand chercheur mais mauvais en maths, au Wall Street Journal et repris par L’Express (belge). D’autres énigmes vous sont accessibles !

Parutions

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L’équation du millénaire en BD

Le blog-note du coyote fait la recension d’ouvrages parus il y a quelque temps déjà : Le dictionnaire de (presque) tous les nombres entiers, une promenade parmi les nombres de Daniel Lignon : on « y rencontrera le système de numération employé par les Shadoks, les solides de Platon, les nombres sociables, les jumeaux magiques, les nombres vampires, le cercle d’Euler, les nombres heureux, abondants ou colossalement abondants, les nombres premiers jumeaux, cousins ou sexy… » Pour ceux qui préfèrent la géométrie, quoiqu’y figurent aussi bien « l’histoire, la philosophie […] l’astronomie et la musique », les Mathématiques pédestres : Le monde pythagorique, un ouvrage de Mauricio Garay autour de Pythagore et de son entourage spirituel. Ce n’est pas sans résonance avec l’« éblouissement pythagoricien » dont parle Étienne Ghys dans Le Monde. Si les mathématiques vous ont toujours donné des sueurs froides, pourquoi ne pas essayer Petits meurtres entre mathématiciens ? Un roman, un « thriller », de Tefcros Michaelides qui « nous projette dans les coulisses du monde mathématique du début du XXe siècle » et nous offre une « visite du Paris Belle Époque ». Ou alors, si vous préférez la BD, en voici une « proposée par la Fondation Sciences Mathématiques de Paris » et intitulée L’équation du millénaire : sur les conseils de Claude Bardos et Jean-Yves Chemin, les auteurs (Camille Bouvard, Nicolas Rougerie et Gaël Octavia) racontent l’histoire des équations d’Euler (tiens, encore lui !) et de Navier-Stokes.

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L’hypercube séduit aussi les architectes !

« Le monde est mathématique » : Et de cinq ! À raison d’un ouvrage par semaine, la collection que nous vous laissons le soin de découvrir ici et devrait compter à terme 40 ouvrages. Après « Le Nombre d’or », « Codage et cryptographie », « Les nombres premiers », « La secte des nombres » voici « La Quatrième Dimension ». Chaque ouvrage est consacré à un thème particulier, ce qui en fera une véritable encyclopédie de vulgarisation des mathématiques. Agréables à lire, ces livres développent les sujets pour un large public avec des angles et des préoccupations variés (historiques, esthétiques, culturels …). « Mais attention : cette collection n’entraîne pas à la réflexion logique et à la pratique mathématique comme seul peut le faire un cours avec démonstrations et exercices » tenait à préciser Cédric Villani dans une interview accordée le mois dernier au Monde. C’est clair !

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L’ensemble de Mandelbrot

Les objets complexes : Courts à programmer, longs à calculer. Annoncé ainsi en première de couverture du numéro de mai du mensuel « Pour la Science » l’article de Jean-Paul Delahaye (titré « Qu’est-ce qu’un objet complexe ? ») emmène le lecteur vers la « profondeur logique de Bennett ». Ce principe de logique informatique a été développé il y a quelques décennies par le physicien et logicien américain Charles Henry Bennett. Selon ce dernier, « un objet est complexe si sa définition (par un programme) est relativement brève (ne comporte qu’un petit nombre d’instructions) et si sa production (par le même programme) résulte d’un long calcul ». C’est le cas par exemple pour l’ensemble de Mandelbrot. « L’idée de la complexification, objet de nombreux commentaires et d’autant de spéculations, devient ainsi un thème scientifique et mathématique fondé sur une théorie générale rigoureuse et qui, dans les cas les plus simples, produit des outils de mesure. »

La rubrique Mathématiques nous livre Les grappes de sphères collantes, version française de l’article publié par l’auteur, Brian Hayes, dans l’American Scientist sous le titre « The Science of Sticky Spheres ». Quel est le nombre maximal de contacts que l’on peut former dans une « grappe » de billes ? Un problème aussi ancien que celui de Kepler. « Ces trois dernières années, le nombre maximal de contacts a été déterminé pour les grappes comprenant jusqu’à 11 sphères. Pour ce faire, il a fallu recourir à des outils mathématiques empruntés à la théorie des graphes ou à la géométrie, ainsi qu’à de gros calculs et, à quelques étapes cruciales, à la construction de modèles de boules et de tiges. »

La Recherche a choisi d’interviewer Luc Illusie pour nous parler de Pierre Deligne dans la rubrique actualité, avec cet article : Un des fondateurs de la géométrie arithmétique reçoit le prix Abel.

Enfin le magazine Sciences et Vie consacre sa partie « perspectives » au logiciel Coq qui a permis, notamment, fin 2012 de certifier automatiquement que la preuve du théorème de Feit-Thompson était valide (voir par exemple cette brève).

Pour finir

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Oisiveté

Vous pouvez fêter le travail en relisant l’Éloge de l’oisiveté par
Bertrand Russell (mathématicien et prix Nobel de littérature 1950) : cet essai est remis au goût du jour sur scène par Dominique Rongvaux, comme le signale Ouest France. Question modernité, vous pouvez aussi apprécier
les « théorèmes mathématiques prouvés en un tweet » qu’ont repérés BFMTV et le coyote. Et puis finalement, peut-être que tout ça vous est « zégal » !

Post-scriptum :

La photo de « terre cubique » est reproduite avec l’aimable autorisation de Philippe Lucien.

Notes

[1À ne pas confondre avec les erreurs de calcul du FMI, toujours sur les questions de la dette et des politiques d’austérité, dont il était question par exemple dans cette précédente revue de presse !

[2Les mathématiques sont particulièrement concernées, voir par exemple ces billets.

[3Bon, si vous n’y tenez plus, les solutions sont parues pour les épisodes
2,
3 et
4, ainsi que pour le problème des œufs.

[4Un qualificatif guère original, attribué plusieurs fois à Villani, ou même aux Français dans leur ensemble, dans un élan d’enthousiasme de Télérama.

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