Revue de presse avril 2017

Le 1er avril 2017  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Prix Abel pour Yves Meyer, une semaine des maths de folie, des énigmes pour extra-terrestres, voici un échantillon de ce que nous avons trouvé pour vous dans la presse ce mois-ci.

Culture mathématique

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PiDay à Lyon

Pi-day
La semaine des maths (voir ci-dessous) commence par le « Pi-day » le 14 mars, c’est-à-dire le 3.14 pour les anglosaxons. À cette occasion, il était possible d’assister à un spectacle musical à Paris et en tournée à Lyon et Marseille, « la tournée de pi », conçu par des doctorants marseillais, et repéré par Science et Vie et Étienne Ghys dans Le Monde, qui nous livre d’autres anecdotes sur cette constante fascinante. C’est aussi l’occasion pour Ouest-France de publier un test pour savoir si vous êtes si nul en mathématiques : toujours ce côté négatif bien français !

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Bravo ! Bravo !

La semaine des mathématiques
Du lundi 13 au vendredi 17 mars avait lieu la semaine des mathématiques autour du thème « Mathématiques et Langages », dont le programme officiel est disponible sur le site du ministère de l’Éducation. De nombreuses manifestations ont eu lieu partout en France. Des expériences autour des mathématiques dans les élections et une exposition autour des femmes en sciences et en maths à Narbonne, selon La Dépêche, des ateliers créés par des lycéens pour des collégiens à Issoudun, selon La Nouvelle République, une porte ouverte autour des mathématiques dans l’école de la deuxième chance de Maubeuge, relate La Voix du Nord, un festival pour « enfin aimer les mathématiques » à Castanet-Tolosan selon La Voix du Midi Lauragais, en Guyane également où Élisabeth Baste-Catayée, inspecteur d’Académie, citée par France TV Info, insiste sur le rôle essentiel des mathématiques dans la formation des citoyens.

On retient aussi ces autres tentatives pour « rendre les maths plus attrayantes », mission officielle de la semaine des maths : un entretien sur France Bleu avec un professeur de collège pour contrer les idées reçues sur les maths (c’est abstrait, c’est difficile, ce n’est pas amusant), une conférence à Beaumont-de-Lomagne de Pierre López, Agnès Rigny, rapportée par La Dépêche intitulée « parlez-vous maths ? », qui traite de l’influence du double sens des termes mathématiques (en maths et dans la vie courante).

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Mathématiques Vivantes dans le vieux Lyon

Clôturant cette semaine, VousNousIls annonçait la tenue du forum des Mathématiques vivantes, qui propose des activités pour les élèves ainsi que des formations pour les enseignants dans quatre villes.

Il y avait aussi des mathématiques à la radio.
Sur France Info d’abord, où la moyenne arithmétique est comparée à la moyenne harmonique, sur France Culture où une fois encore les nombreuses médailles Fields françaises étaient opposées au faible niveau de nos élèves en mathématiques, sur RCF pour annoncer la création par deux étudiants stéphanois d’une plate forme collaborative Eklera, sur RTL enfin, dans un registre oubliable, puisque les Grosses Têtes recevaient Cédric Villani.

Des énigmes
Le site fredzone expose une énigme, célèbre et difficile à résoudre, conçue par Raymond Smullyan au début du vingtième siècle, concernant Tee, Eff et Arr, des extra-terrestres qui ne répondent que par deux mots « ulu » et « ozo » ! Plus d’informations dans la vidéo.
Sciencepost nous parle aussi d’énigmes, plus précisément de carrés magiques à base de nombres au carrés, imaginés par Christian Boyer. Le but est de montrer que leur construction est possible, ou impossible. Il y a des euros et du champagne à la clé.

Enseignement

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Charb nous manque

Quatre sociétés savantes interpellent les candidats à l’élection présidentielle sur « leurs propositions pour améliorer la formation des futurs scientifiques ». Dans une tribune publiée par Le Monde, la SFP [1], la SIF [2], la SMAI [3] et la SMF [4] posent leurs questions : quels moyens pour donner à la population un socle solide de connaissances scientifiques ? Pour encourager les jeunes à s’engager dans les études de science et d’ingénierie ? Comment valoriser les études universitaires scientifiques et notamment le doctorat ? Quelles mesures prendre pour la formation scientifique des futurs professeurs des écoles et la formation continue des enseignants ? Pour attirer assez de jeunes vers ces métiers ? Quelle politique « durable » d’investissement mener pour la recherche scientifique ? Enfin, quelle politique d’« excellence locale » et comment « négocier la nécessaire structuration européenne de la recherche et de l’enseignement supérieur » ?
D’aucuns jugeront que l’état peu reluisant de l’enseignement supérieur et de la recherche, en particulier dans le domaine des sciences, aurait justifié un texte nettement plus percutant et regretteront le style feutré et la prudence du propos : on ne lira pas ici une contestation forte de l’ordre établi. D’autres se féliciteront au contraire que les représentants de trois disciplines qui souvent s’ignorent, voire se font concurrence, aient pu s’entendre pour cette démarche commune, et y verront justement un signe de la gravité de la situation. Il est à craindre qu’avec des questions formulées en des termes si généraux et vagues, les candidats interpellés pourront sans difficulté apporter des réponses empreintes de bonnes intentions mais qui ne les engageront pas vraiment.

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Extrait du rapport « L’état de l’école 2016 »

Car les rapports alarmistes sur l’état des systèmes éducatifs s’accumulent.
C’est encore en Afrique qu’on en signale ce mois-ci. L’Obs nous parle du Maroc, où la presse est implacable : L’économiste juge que « le système continue à fabriquer des cancres » tandis que le site d’informations en ligne yabiladi parle d’« agonie de l’école marocaine ».
À Dakar, Le Soleil revient sur le baromètre Jangandoo 2016, dont nous vous parlions le mois dernier. Sans surprise, on nous indique que les résultats varient, dans le sens qu’on imagine, avec le milieu social, la situation géographique, le niveau de culture de la famille ; l’enseignement privé a de meilleurs résultats que le public. Mais d’autres affirmations sont plus inattendues : les enfants de ménages « dirigés par une femme » ont de meilleures performances que les autres ; il n’y a pas de différence significative entre les résultats des garçons et des filles, quelle que soit la matière considérée. On aimerait y voir un effet de l’instauration à Saint-Louis des concours « Miss Mathématiques » et « Miss Sciences » dont Ndarinfo.com met les lauréates à l’honneur. Cette égalité des performances entre filles et garçons est à rapprocher d’un indicateur de L’état de l’école 2016, publié par le ministère français de l’Éducation nationale et extrait par L’Étudiant. Il en ressort qu’« en français comme en maths, les filles sont plus fortes que les garçons » !
Pendant ce temps, à Boké, en Guinée, des élèves ont des préoccupations plus terre à terre : ils sont en terminale, série « sciences mathématiques », et n’ont pas d’enseignant dans cette matière. Pour guineematin.com, ils sont victimes de la fuite des enseignants de l’intérieur vers la capitale.
Dans un article sur la lutte contre la violence scolaire en Algérie, lexpressiondz.com associe curieusement ce sujet et la création d’une sorte de filière d’excellence pour les mathématiques, mais sans expliquer le lien entre les deux.
Revenons en France, où on apprend que « l’école fonctionne mal pour 69% des Français ». Rares sont ceux qui seront surpris par ce résultat d’un sondage réalisé par l’IFOP pour Sud-Radio et LCP, et dont Lyon Capitale donne une présentation plus détaillée. Le collège suscite, de loin, le plus de mécontentement. Les mesures préconisées pour que ça aille mieux ? Priorité aux savoirs fondamentaux, assouplissement de la carte scolaire, augmentation des salaires des professeurs, autonomie des établissements, suppression du collège unique, école obligatoire dès 5, voire 3 ans, assouplissement de la réforme des rythmes scolaires, mise en place d’un service public du soutien scolaire. Il faut dire que les questions posées par les sondeurs ne semblent guère laisser de place à autre chose que ces idées qui reviennent en boucle dans les médias... et dans beaucoup de programmes politiques. Ainsi, on n’échappe pas à la question du port de l’uniforme, ni à celle, archi-classique, du baccalauréat (là c’est 50/50). Mais pas un mot, par exemple, sur la formation des enseignants. L’autonomie des établissements est perçue comme synonyme de pouvoir donné à leurs chefs de promouvoir et de recruter les enseignants. Que cela puisse être en contradiction avec le souhait de voir les salaires augmentés et avec le principe d’égalité de tous devant l’école ne semble pas gêner les concepteurs du sondage.
On trouve des choses plus originales dans les 30 préconisations pour améliorer l’enseignement en France, émises par le Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire (CNESCO) et reprises par La Croix et par dossierfamilial.com. Le recours au sondage y est utilement remplacé par des études scientifiques. Parmi les mesures proposées, on peut noter le recrutement de professeurs surnuméraires pour mieux accompagner les élèves en français et en mathématiques dès le CP, la formation continue obligatoire pour tous les professeurs, la création de stages d’été pour les élèves, le renforcement de la mixité sociale.

La Suisse est un autre endroit où l’état de l’école préoccupe. Thomas Schädler, directeur général du Collège du Léman, décrit dans Bilan.ch un « système [qui] faillit chaque jour un peu plus à sa mission », déplorant que l’enseignement traditionnel ne prépare pas bien nos enfants aux métiers de demain.

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Tout est bon pour que les journaux évoquent les mathématiques ! Au début de ce mois de mars, c’était pour beaucoup d’élèves le centième jour de classe. L’occasion pour des élèves du cycle 2 d’aborder de façon ludique des propriétés du nombre 100, et donc de faire un peu de mathématiques. Devenue un classique en quelques années, cette activité est pratiquée un peu partout, de la Lorraine au Tarn-et-Garonne en passant par le Loiret ou le Nord.
Pour que nos journaux parlent des mathématiques, il y a une autre recette assez efficace : donner des problèmes mettant en scène des personnages célèbres, par exemple des sportifs.
Après Paul Pogba, c’est au tour de Martin Fourcade de venir à la rescousse des profs de maths !
Si notre pays fait pâle figure en mathématiques dans les classements internationaux (comme PISA), pourquoi ne pas importer les manuels en usage dans les pays les mieux placés ?
C’est ce qu’ont dû se dire les responsables anglais de l’éducation, puisque l’on apprend dans people.cn que « la maison d’édition HarperCollins Publishers compte traduire des manuels de mathématiques utilisés dans les écoles chinoises et les publiera au Royaume-Uni ». À nous les manuels coréens ou finlandais ?

Honneurs

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Yves Meyer

Yves Meyer reçoit le prix Abel

La nouvelle n’a pas encore reçu l’écho qu’elle mérite. Le mathématicien français Yves Meyer (ENS Paris-Saclay, ex-ENS Cachan) a reçu le prestigieux prix Abel « pour son rôle central dans le développement de la théorie mathématique des ondelettes », comme le narre Le Monde. Rappelons que, par de nombreux aspects (moment de la carrière, dotation), ce prix attribué par l’Académie des Sciences de Norvège s’apparente plus au prix Nobel que la plus médiatisée médaille Fields. Le Monde évoque également une application peu connue des ondelettes : non seulement elles sont utilisées pour le standard de compression d’images JPEG, mais elles ont contribué à « [la] première détection sur Terre d’ondes gravitationnelles ». Le même journal évoque un autre objet « découvert » par Yves Meyer et ayant des applications intéressantes en chimie : les quasi-cristaux. Une émission de France Inter était consacrée à la récompense reçue par Yves Meyer. Au sujet de son œuvre, on pourra également consulter Science et Vie et Pour la Science ; le site de cette dernière revue souligne l’aspect touche-à-tout du mathématicien, qui a « d’abord travaillé sur des problèmes en théorie des nombres avant de s’intéresser à l’analyse harmonique, qui consiste à décomposer un objet mathématique complexe en une série d’ondes plus simples ».

Deviendra-t-il un jour comme ses illustres prédécesseurs, un mathématicien dans la Lune ? Fourier, Lebesgue ou encore Poincaré ont chacun donné leur nom à un cratère du satellite terrestre, comme s’en fait écho la presse régionale, notamment L’Yonne Républicaine, Le Républicain Lorrain et Le Courrier Picard.

Plus près de nous, il y a cinq ans, l’ENS de Lyon décernait un doctorat honoris causa au grand mathématicien américain John Mather, disparu en janvier dernier. Dans un portrait dressé par Albert Fathi, on trouve cette anecdote. « À la question : « Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’étude des mathématiques ? », il répond : « Parce que ça m’a toujours paru facile ! » ». Les spécialistes apprendront qu’il a « marqué les mathématiques actuelles dans le domaine des singularités, des feuilletages, de la mécanique céleste, des applications de type « twist », ainsi que des systèmes lagrangiens ».
Votre site préféré parle quant à lui de la disparition de Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie 1972. Il avait notamment prouvé [qu’]« il n’existe pas de méthode de choix qui permette de façon cohérente d’agréger les préférences des individus d’une société ». Le site d’Animath évoque quant à lui la mort de l’ancien directeur du département de mathématiques du Palais de la Découverte Jean Brette, « un des maîtres à penser de la vulgarisation mathématique en France ». Mentionnée par le site de l’INSMI, évoquons enfin une conférence organisée en l’honneur de l’algébriste poitevin François Courtès, auquel nous avions rendu hommage en octobre dernier, suite à sa disparition brutale.

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Béatrice de Tilière

Quittons maintenant la rubrique nécrologique et parlons des récompenses du CNRS. Le site de l’organisme met à l’honneur les récipiendaires de la médaille de cristal. (…) Elle récompense celles et ceux qui, par leur créativité, leur maîtrise technique et leur sens de l’innovation, contribuent aux côtés des chercheurs à l’avancée des savoirs et à l’excellence de la recherche française. Dans le domaine des mathématiques, la récompense est attribuée à Laurent Azéma, ingénieur à l’Institut de Camille Jordan (Lyon). Le site de l’INSMI évoque Béatrice de Tilière, récipiendaire de la médaille de bronze du CNRS pour ses travaux sur les « modèles issus de la physique statistique [qui] cherchent à rendre compte du comportement de systèmes comportant un grand nombre d’atomes ».
Le même site fait le portrait de Christophe Breuil qui reçoit la médaille d’argent pour son travail sur le programme de Langlands : il établit « des ponts entre la théorie des nombres et d’autres parties des mathématiques, notamment la théorie des représentations des groupes et la théorie de certaines fonctions nommées formes automorphes ». À noter que « ces idées [...] ont permis de démontrer nombre de résultats importants au fil des ans, à commencer par le théorème de Fermat en 1994 par Andrew Wiles ».

Acrimed accuse Sciences et Avenir de favoritisme à l’approche de l’élection présidentielle. La revue roulerait pour le candidat d’ « En Marche », son « candidat privilégié ». Sciences et Avenir publiait un entretien entre Emmanuel Macron, Cédric Villani, Jean-Claude Ameisen, Claudine Hermann, Axel Kahn et Hubert Reeves, toutefois préalable au ralliement explicite du second au premier. M. Villani faisait aussi campagne pour son champion sur LCI. En attendant peut-être de plus hautes fonctions, le même a été nommé conseiller au sein du Boston Consulting Group, spécialiste du conseil aux directions générales d’entreprises, révèle les Echos. Il a été reçu pour une soirée du Centre des jeunes dirigeants de Besançon, à côté de l’ex-sélectionneur de l’équipe de France de rugby Marc Lièvrement, comme évoqué par L’Est Républicain. Enfin, dans le journal Le Monde, le médaillé Fields 2010 parle beaucoup de lui-même et évoque sa jeunesse, l’ENS et les broches-araignées ; mais pas les beaux exposés de math qu’il continue, malgré tout le reste, de donner parfois.

Applications, recherche

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pour les manifestations de 50 000 et moins

Depuis maintenant quelques années, les studios d’animation s’intéressent aux mathématiques pour rendre leurs films plus réalistes. En effet, que dirait un spectateur devant une ombre mal rendue ou un océan dont la forme des vagues défie l’entendement ? Le Courrier International consacre un article à ce sujet. Il parle notamment de Joseph Teran, chercheur en mathématiques à l’Université de Californie à Los Angeles et consultant pour le cinéma d’animation. Bien que les dessinateurs ne soient que très modérément enclins à assister à des conférences de mathématiques, « ils sont de plus en plus nombreux à reconnaître que la qualité de leurs animations dépend souvent de calculs complexes ». Et pour la musique ? Tout le monde s’accordera à dire que certaines chansons sont plus mélancoliques que d’autres. Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui fait la mélancolie d’une chanson ? C’est la question que pose Numera. Un certain Charlie Thompson, présenté comme mathématicien, aurait mis en équation la tristesse d’une chanson. Du moins, pour la discographie du groupe Radiohead. Seuls les amateurs d’analyse de données risquent d’être convaincus. Autre art : la comédie. Et là, il est difficile de jouer la comédie au risque des mathématiques. Le rassemblement de soutien à François Fillon au Trocadéro ne pouvait pas réunir les 200 000 personnes annoncées par ses organisateurs. MCE fait la démonstration géométrique que « le nombre réel de participants est (…) d’environ 50 000 personnes ».

Certains diront qu’il s’agit juste d’une affaire de zéros. Justement, parlons-en. Tout mathématicien s’accorde à dire que le développement des mathématiques n’aurait pas atteint un tel niveau de perfectionnement sans l’introduction du zéro. Qui peut s’attribuer la paternité de ce chiffre ? France Inter consacre un article à ce sujet. A priori, l’inventeur du zéro serait Aryabhata, originaire d’Inde. « Or, il se trouve que d’autres revendiquent cette invention... » Ainsi, les Mayas disputent aux Indiens la paternité du zéro. Ce genre de dispute est fréquent dans l’histoire des mathématiques. Le Point nous rappelle ainsi la guerre que se sont livrés Newton et Leibniz : « ils vont se déchirer durant cinq ans par lettres, communications, mémoires de leurs partisans afin de prouver qui est le véritable inventeur du calcul intégral ». Résultat de ce vain match : ex aequo. Newton aurait été le premier à publier ses travaux mais la méthode de Leibniz eut plus de succès.

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Le bateau des philosophes, des mathématiciens russes expulsés à son bord

Paris tient-elle sa réputation de capitale mondiale des mathématiques de là ? En 1917, alors que la révolution rouge fait rage en Russie, de nombreux mathématiciens russes émigrent. « Les bolcheviks refusaient notamment de laisser l’éducation de la jeunesse aux mains de cette ancienne intelligentsia bourgeoise qui nuisait à l’instauration de la société socialiste ». Dans The Conversation, Thomas Perfettini, doctorant de Laurent Mazliak, évoque ses recherches sur quelques-uns d’entre eux : Serguei Evguienevitch Savitch, Erwand Grigorevitch Kogbetliantz et Dmitri Pavlovitch Riabouchinsky.

On parle beaucoup de mathématiciens, mais pas assez de mathématiciennes. Madame Figaro s’intéresse ainsi aux femmes qui ont changé le monde (sans qu’on les connaisse pour autant). Le journal évoque Ada Lovelace, dont le goût pour les mathématiques lui permit de participer à l’avènement de l’informatique. Il mentionne également Margaret Hamilton, « celle qui a envoyé Armstrong sur la Lune ». À l’occasion de la sortie du film « Les figures de l’ombre », une femme scientifique, Isabelle Khan, rappelle que les femmes sont sous-représentées dans les emplois scientifiques comme la physique, l’informatique et l’ingénierie dans Les Echos.

L’utilité des mathématiciens ne sera plus une question pour les entrepreneurs. Ceux-ci peuvent maintenant bénéficier des maisons de la modélisation, de la simulation et de l’optimisation (MSO). « Grâce au réseau MSO, une entreprise confrontée à un verrou technologique, ou cherchant à optimiser un processus, trouvera un centre d’expertise local capable de la mettre en relation avec l’expert le plus approprié », vantent le CNRS et Agence Maths Entreprise. Voir aussi ce lien sur le MSO. Pour ce qui est de la recherche pure, la France dispose notamment de l’Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES). Le Point consacre un article à ce temple de la recherche en mathématiques. « Tout commence dans les années 1960. Léon Motchane (1900-1990), un industriel russe arrivé en France en 1924, redoute que l’Europe de l’après-guerre ne voie, comme l’Allemagne, ses cerveaux s’enfuir aux États-Unis. En s’inspirant du modèle de l’Advanced Study de Princeton (IAS), il fonde en 1958 l’IHES, qu’il veut dédier aux sciences théoriques – mathématiques et physique – et à leurs interactions ». Mais la recherche mathématique française maille aussi tout le territoire. C’est le cas du laboratoire de mathématiques de Reims, connu bien au-delà de sa région comme le rapporte L’union : « Pour preuve le partenariat scientifique qui sera signé, jeudi prochain, avec l’université de Nagoya, la 3e université du Japon ».

Parutions

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Femme enseignant la géométrie

Un texte, un mathématicien ? Il ne s’agit pas ici du cycle bien connu de la Société Mathématique de France (SMF). Le point Référence vient de publier un numéro hors série, « Comprendre les mathématiques. Les textes fondamentaux », entièrement consacré aux mathématiques à l’exception des huit dernières pages. Il s’agit d’un vaste panorama du monde mathématique de l’antiquité à l’époque actuelle et de l’importance cruciale qu’il joue dans des domaines très différents. La démarche choisie est originale : alterner des articles courts d’une page rédigés par des mathématiciens, des historiens des mathématiques ou des philosophes des sciences, qui commentent une page, choisie dans un texte historique, mise en regard. Le fil directeur est l’histoire de l’antiquité à nos jours en suivant l’ordre chronologique. La liste des contributeurs est aussi impressionnante que la qualité des textes qui ciblent un large public. Un exercice probablement difficile pour les auteurs ! L’ensemble est complété par une chronologie, un lexique incluant de courtes biographies et une bibliographie.

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Une emprise grandissante

Dans le numéro d’avril du mensuel « Pour la Science » Jean-Paul Delahaye nous brosse un tableau peu rassurant de l’état actuel de la sécurité informatique. « Big Brother à nos portes (dérobées) » permet d’avoir un état des lieux des moyens utilisés pour cette « cyberguerre » qui se déroule depuis quelques années sous nos yeux et de discuter les enjeux pour les libertés individuelles. A travers quelques exemples puisés dans l’actualité de ces dernières décennies, l’auteur nous explique quelles sont les techniques utilisées pour attaquer les systèmes et quels sont les moyens de défense des grandes firmes informatiques. Les pirates ne sont pas les seuls en lice. Depuis quelques années les services de sécurité multiplient leurs efforts pour pénétrer, à l’insu des utilisateurs, dans les logiciels ou les systèmes d’exploitation des ordinateurs ou des téléphones (même éteints). « La situation de domination et d’intrusion généralisée de systèmes étrangers (notamment américains) dans le monde numérique est un danger non seulement pour la vie privée de tous, mais aussi pour les entreprises dont les secrets techniques et commerciaux risquent de tomber dans des mains concurrentes ou adverses » conclue l’auteur. Bref, une situation des plus inquiétantes. Le temps des illusions est bien fini.

Mathématicien et romancier ? Ce n’est pas si courant ! Gérald Tenenbaum conjugue les deux avec bonheur. Professeur de mathématiques à l’Institut Élie Cartan depuis 1981, auteur d’une demi-douzaine d’ouvrages de mathématiques et de plus de 150 articles de recherche il a reçu le prix Gaston Julia en 1976, la médaille Albert Châtelet d’algèbre et théorie des nombres en 1985 et, conjointement avec Michel Mendès France, le prix Paul Doistau-Émile Blutet de l’information scientifique de l’Académie des sciences en 1999. À ce travail scientifique Gérald Tenenbaum ajoute un talent indéniable pour la littérature : poésie, critiques cinématographiques (notamment pour la revue belge Regards), scénarios de courts et longs métrages… Son roman L’Ordre des jours a reçu l’année même de sa parution le prix Erckmann-Chatrian (le Goncourt Lorrain). L’Affinité des traces a été sélectionné par le jury du prix Jean Giono 2012, et Peau vive a été finaliste du prix Écritures et spiritualité 2015.
Son dernier roman, Les Harmoniques, est sorti en février 2017 aux Éditions de l’aube. Nous vous laissons le plaisir de le découvrir. « Un voyage initiatique de France en Argentine où, d’amour en amitié, entre quête et nostalgie, le lecteur apprendra que les sentiments, comme les ondes, peuvent résonner entre le fini et l’infini… ».

Article édité par Louis Dupaigne

Notes

[1Société Française de Physique

[2Société Informatique de France

[3Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles

[4Société Mathématique de France

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2017» — Images des Mathématiques, CNRS, 2017

Crédits image :

Image à la une - Jocelyne Alloucherie, “Géométrie ”, vidéo, 2016. Copyright Jocelyne Alloucherie / Co-production « La bande vidéo », avec l’aimable permission de la galerie Topographie de l’art.
PiDay à Lyon - Michel Cuny, UCBL
PiDay : que des sourires ! - Michel Cuny, UCBL
Il n’y a pas d’âge pour PI - Henrique Vilas Boas, formateur à l’IREM de Lyon
Bravo ! Bravo ! - Régis Goiffon
Une emprise grandissante - Wikipédia
Yves Meyer - B. Aymann, copyright Académie des Sciences
Charb nous manque - Charb
Le bateau des philosophes, des mathématiciens russes expulsés à son bord - Wikipedia
img_16968 - Centre France
Ada Lovelace - Wikipedia
Mathématiques Vivantes dans le vieux Lyon - Régis Goiffon
Femme enseignant la géométrie - Détail d’une enluminure du XIVe siècle. Wikipédia.

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