Revue de presse avril 2019

Le 1er mai 2019  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

La revue de presse du mois réserve quelques jolies découvertes à la frontière entre mathématiques et informatique, de sombres inquiétudes sur l’avenir de la recherche exprimées par des dizaines de scientifiques au Président et relayées sur France Culture par un éminent physicien, des inquiétudes non moins sombres sur la formation des enseignants et la réforme du lycée en France et une belle vitalité des mathématiques en Afrique, sans oublier bien sûr quelques hommages et une rubrique « diffusion » bien fournie.

Recherche et applications

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La multiplication per gelosia passe de mode

Côté découvertes, le résultat le plus frappant du mois est un algorithme pour multiplier deux entiers dont parle Futura Sciences [1] L’algorithme est théoriquement beaucoup plus efficace que ce qui était connu ; il a permis de faire sauter un verrou important. En pratique... comme le nouvel algorithme ne s’applique pas pour des nombres plus petits que $2^{1729^{12}}$, on ne pourra pas le mettre en place en l’état – le simple stockage de tels nombres est impossible ! Pour (un peu) plus de détails, voir cette brève. The Conversation offre avec binaire un entretien également à cheval entre mathématiques et informatique avec François Baccelli, spécialiste de « la modélisation et le contrôle des réseaux de communication », un domaine qui mêle probabilités, théorie de l’information et informatique. Sur Interstices, dans un autre métissage math.-info., on explique comment, partant de la théorie mathématique développée par Joseph Fourier pour étudier la chaleur, on peut compresser efficacement images et vidéos.

Un peu étonnamment vu le positionnement du journal, Business Insider semble vanter la recherche pure, ici l’[équation de Navier-Stokes] qui est l’un des problèmes du prix du millénaire de l’institut Clay. Deux journalistes de RMC Sport, en revanche, se désolent de la prégnance des mathématiques dans le poker, qui en est « déshumanisé ». Verraient-ils d’un aussi mauvais œil la critique des symboles mathématiques et numérologiques de Game of Thrones que l’on trouve dans Brain damaged ? Trust my science raconte la découverte d’une expression de $33$ comme somme de trois cubes par Andrew Booker, évoquée le mois dernier.

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Écoulement d’une foule : l’obstacle accélère la sortie !

Le Journal du CNRS offre dans une vidéo de cinq minutes un aperçu des travaux de Bertrand Maury sur la modélisation de la foule qui souhaite quitter un lieu clos. On y voit des effets étonnants, connus des architectes, tels que le blocage de toute la foule quand la pression pour sortir devient trop forte, ou le fait qu’un obstacle devant une porte peut accélérer le vidage d’une salle.

Intelligence artificielle

Pour Contrepoints, qui salue le prix Turing décerné à trois experts du domaine du « Machine Learning, le futur de l’IA est déjà là ». L’article évoque en particulier « de nombreux fantasmes », que Cédric Villani souhaite « démystifier [...] pour dépasser le réflexe de peur » dans La Dépêche.
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Yann LeCun, Yoshua Bengio, George Hinton, prix Turing 2019

L’IA au présent connaît de beaux succès mais aussi des échecs : l’IA « de Google rate un contrôle de mathématiques pour des élèves de 16 ans », se gausse la RTBF ; l’événement est repris par les sites Android Pit, Be Geek, Le journal du geek et Presse citron. Même si « le PSG mise sur l’IA pour optimiser ses performances en Ligue des champions », comme le rapporte Europe 1, il est sans doute trop tôt pour mettre sur le dos de l’IA les déboires que le club connaît cette saison en Ligue ou dans la Coupe de France.

Côté applications, la liste s’allonge encore. L’AGEFI voit monter « le pouvoir d’analyse des gestionnaires d’actifs » grâce aux « modèles mathématiques et [à l’]intelligence artificielle ». « Au risque d’être supplantés un jour par les machines ? » En art, Actu AI présente « MuseNet, une intelligence artificielle capable de générer des compositions musicales » dans des styles prédéfinis.

Faut-il une sous-rubrique « honneurs » spéciale IA ? La Dépêche relate la remise du prix « Startup Challenge » de la région à Adagos, qui pratique « l’intelligence artificielle avec “parcimonie” ». Fondateur d’une startup, Sébastien Loustau est invité sur BFM Business pour la présenter. Le site Maroc diplomatique loue « un Marocain de 23 ans [qui] enseigne l’IA » à Stanford.

Dans une chronique du Point, Aurélie Jean affirme que les méthodes utilisées pour la traduction automatique montrent, comme l’affirmait Ludwig Wittgenstein, que « le langage fonctionnerait sur des règles logiques, voire mathématiques ». Il n’est peut-être pas si clair que les logiciels de traduction disent grand-chose de la nature du langage. Une chronique des Échos compare la modélisation que réalise le data scientist au modelage que fait le sculpteur pour créer un avatar de la réalité.

Mathématiques et société

Politique de la recherche

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Serge Haroche

Fin mars, sur France Culture, Serge Haroche répète ce qu’il a dit au Président. Il s’inquiète du décrochement de la recherche française et en liste les causes principales : part du PIB consacré à la recherche stagnant vers 2,2 % (quand il atteint 3 % environ aux États-Unis ou en Allemagne et 4 % en Israël), salaires d’embauche des jeunes chercheurs faibles, qui découragent les vocations ou les conduisent à l’étranger, mauvaises conditions de travail qui leur sont offertes, trop faible part des financements récurrents incitant à des recherches à court terme, trop grande importance apportée au classement de Shanghaï et à la bibliométrie, etc.

Les mathématiques sont un outil de développement : c’était l’objet d’une journée spéciale à l’Unesco et Jean-Pierre Bourguignon, président du European council for Research, en parle sur RFI. C’est aussi le credo développé par « Mohammed Jaoua, mathématicien tunisien et acteur de la scène scientifique internationale » dans Le Journal du CNRS. Dans cette direction, l’APS rapporte que « le Sénégal vient de bénéficier d’un appui financier de la Banque mondiale destiné à renforcer la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche appliquée dans les domaines des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques ». Les objectifs de Google sont-ils philanthropiques ? Toujours est-il que l’entreprise « lance son premier laboratoire de recherche en IA en Afrique », annonce Les Échos.

De la politique des maths, aux maths pour la politique : Slate explique que « les machines de vote électronique ne sont toujours pas fiables, mais les maths peuvent arranger ça ». Il s’agit de la théorie des sondages et des intervalles de fluctuation, qui permet de calculer combien de machines il suffit de vérifier pour attester de la sincérité de l’élection.

Parité

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Trou noir photographié grâce à Katie Bouman

France Inter se demande « pourquoi nos sociétés deviennent irrationnelles ». Dans une tribune du Journal de Montréal, Lise Ravary fait un constat analogue sur la montée d’opinions irrationnelles a- ou anti-scientifiques alors que la science « connaît un âge d’or avec la recherche sur l’intelligence artificielle ». Elle voit un espoir dans l’engouement pour les premières photos du trou noir publiées ce mois. Elle relève qu’une jeune femme, Katie Bouman (voir aussi dans la section suivante), a conçu l’algorithme qui a permis de produire cette image et appelle de ses vœux à une plus forte représentation des femmes dans les « STEM » (sciences, technologie, ingénierie, mathématiques). Dans cette veine, mais plutôt sur le versant pessimiste, Madame Figaro présente « l’exposition Computer Grrrls, visible jusqu’en juillet à la Gaîté Lyrique à Paris, [qui] met à l’honneur les femmes » et montre « comment les femmes ont été éclipsées de l’histoire de l’informatique ». Elles y étaient particulièrement présentes jusque dans les années 70 : quand les hommes étaient plus présents dans la conception matérielle, beaucoup de femmes programmaient. Ce domaine s’est masculinisé quand les hommes se sont aperçus de son caractère stratégique. Peut-être des manifestations comme la journée « Filles et mathématiques », organisée au Liban et relayée par L’Orient Le Jour, permettront d’inverser cette tendance.

Honneurs

Pour son supplément du week-end du 27 et 28 avril, qui contient plusieurs articles sur les mathématiques et leur enseignement, Le Parisien a aussi interviewé Artur Avila, lauréat de la médaille Fields en 2014, ancien professeur d’université à Paris et Rio et désormais à Zurich. Il parle de son parcours, des mathématiques dans la vie de tous les jours ainsi que de l’enseignement des mathématiques.

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Dominique Barbolosi est professeur de mathématiques à l’université d’Aix-Marseille et corse d’origine. La radio corse Alta Frequenza l’a invité tout au long d’une semaine. Ces entretiens radiophoniques détaillent comment la médecine, en particulier la cancérologie, peut bénéficier d’une analyse mathématique. Une modélisation probabiliste peut fournir des solutions médicales efficaces et non-intuitives. Sans rentrer dans les détails, Dominique Barbolosi arrive très bien à expliquer les enjeux de ses recherches.

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Tim Gowers

Timothy Gowers est un mathématicien anglais, récipiendaire de la médaille pour ses travaux en analyse fonctionnelle et en combinatoire. Il est aussi connu pour les projets de recherche collaboratifs « Polymath » et pour la défense des journaux mathématiques en accès libre, sans frais d’auteur. Le 17 avril dernier, il donnait une conférence dans le cadre du cycle « Un texte, un mathématicien » de la SMF. Son exposé portait sur un texte de George Pólya portant sur la manière de découvrir des preuves longues et complexes. La vidéo est en accès libre sur le site de la SMF.

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Portrait chinois d’un grand mathématicien

Jean-Pierre Kahane était un mathématicien français très célèbre pour ses travaux autour de la transformation de Fourier et ses extensions. Ce mathématicien très apprécié avait été président de l’université Paris-Sud et académicien. Il est décédé en juin 2017 et la SMF publie un numéro spécial de la Gazette des mathématiciens en son honneur.

La première photographie d’un trou noir a fait le tour de tous les médias. Une autre photographie a aussi circulé très vite sur les réseaux sociaux, il s’agit de celle de Katie Bouman très émue, découvrant cette première photographie. Très rapidement, elle est devenue l’icône des femmes en sciences et la photo de Katie a été partagée de très nombreuses fois.

Une controverse est alors née reprochant de trop mettre en avant Katie Bouman au détriment des autres membres du projet. Au point que la page Wikipedia de Katie Bouman, créée après l’évènement, a été supprimée pendant quelques heures. Cette suppression a lieu parce que Katie Bouman ne serait pas une personne assez importante. Parmi les nombreuses sources qui ont parlé de cette photo, on peut regarder la page de France Culture qui contient un lien vers l’exposé TEDx de Katie Bouman où elle explique son travail de reconstruction d’images à partir de plusieurs sources bruitées.

Enseignement

En ce mois d’avril, l’actualité de l’enseignement des mathématiques est plutôt internationale et en particulier africaine.

Beaucoup de nouvelles d’Afrique

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Logo de l’association

L’association Animath veut « favoriser le développement scientifique des pays en voie de développement en aidant à faire émerger des groupes de lycéens très motivés susceptibles d’entreprendre des études supérieures scientifiques » et « dynamiser l’enseignement des mathématiques dans ces pays ». En partenariat avec Campus France, Animath vient d’inaugurer une série de stages pour lycéens d’Afrique subsaharienne. Les deux premiers ont eu lieu à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) et à Dakar (Sénégal). Ce dernier, qui comportait 35 heures de formation pour 85 élèves en provenance de 8 lycées, a fait l’objet d’un reportage dans La vie sénégalaise. Après le Sénégal et le Burkina Faso, il y aura la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, puis la République du Congo, et enfin le Cameroun et le Bénin.

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Kinshasa illuminée

Le site Média Congo rend compte de la sixième édition de la « semaine de la science et des technologies (SST6) » organisée à Kinshasa par le gouvernement de la RDC, sous l’égide de la Banque mondiale. Sa directrice sectorielle de l’éducation pour l’Afrique de l’Ouest et du centre se félicite « de l’engouement et de l’intérêt suscité dans le milieu des jeunes » par cette manifestation. L’article de Média Congo indique que le thème de cette semaine SST6 est « L’ancien et le nouveau monde », en précisant qu’il s’agit « d’établir le lien entre l’ancien monde, caractérisé par le cerveau humain et le nouveau monde où la machine prend de plus en plus de l’ampleur et travaille davantage en lieu et place de l’humain ». Nous vous laissons méditer sur cette caractérisation de l’« ancien monde »...

La « Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC » est célébrée tous les ans le quatrième jeudi d’avril dans tous les pays membres de l’Union internationale des télécommunications. À cette occasion, une journée de formation destinée aux filles a été organisée au Tchad le 25 avril, comme le rapporte Tchad infos.com.

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Un outil d’équité en guise de bienvenue

Restons sur le site Tchad infos pour y lire que les étudiants de l’université de N’Djamena « ont manifesté ce mardi 30 avril devant les locaux de l’université pour contester les frais d’inscription fixés à 50 000 francs (un peu plus de 76 euros) pour tous les étudiants » (alors que jusqu’ici les anciens étudiants ne payaient que 28 000 francs, soit un peu moins de 43 euros). Il est intéressant de noter que ces droits d’inscription de 28 000 francs avaient été fixés il y a moins d’un an dans le cadre de mesures d’austérité sans précédent, qui comportaient aussi la suppression des bourses pour la plupart des étudiants, et qui avaient déjà provoqué de fortes protestations (voir cet article dans Mediapart). Nous ignorons si ces nouvelles mesures concernant les frais d’inscription entrent dans le cadre d’un projet du gouvernement tchadien qui s’intitulerait « Bienvenue au Tchad ».

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Shanghaï : un horizon brumeux pour l’université ?

Comme on le sait, la recomposition du paysage des universités françaises a donné naissance à de grands pôles universitaires dont le premier souci est la visibilité sur le plan mondial et l’obtention d’un bon classement dans les divers palmarès. L’une des conséquences de cette course au prestige est la création par plusieurs de ces grands pôles français d’antennes dans des pays étrangers encore mal pourvus dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans le sillage de Sorbonne Université (fusion de Paris 4 – Sorbonne et Paris 6 – Pierre et Marie Curie), qui dispose d’une antenne à Abu Dhabi, l’université PSL (Paris Sciences Lettres, composée entre autres de l’université Paris Dauphine et de l’ENS de la rue d’Ulm) s’implante en Tunisie, où, sous le label Paris Dauphine Tunis, elle propose désormais une licence de mathématiques appliquées. Un article est consacré à cette initiative sur le site Web manager center.

Avant de quitter l’Afrique pour l’Asie, signalons avec le journal algérien El Watan un colloque international à Hammamet « organisé par l’Association tunisienne de didactiques des mathématiques ».

Enseignement en Asie

Le site Francsjeux, qui se présente comme le « premier média francophone dédié au mouvement sportif international », nous apprend qu’un manuel de mathématiques dédié aux Jeux olympiques de 2020 organisés à Tokyo sera distribué dans les écoles élémentaires à 100 000 élèves de Tokyo et à 36 000 élèves dans quatre autres préfectures du Japon. « Il est censé aider les écoliers du pays à améliorer leurs connaissances tout en découvrant les athlètes et les épreuves des Jeux de 2020. ». Toutes les disciplines olympiques (33) et paralympiques (22) y sont abordées. La question est de savoir si ce manuel pourra stimuler les élèves pour leur apprentissage des mathématiques. L’exemple d’exercice extrait du manuel n’est pas très convaincant de ce point de vue.

Avant de rentrer en France, faisons une étape à Singapour avec Le Parisien, qui nous explique (ou du moins tente de le faire) la méthode pédagogique venue de ce pays et qui serait la solution miracle à tous nos problèmes. Il y avait quelques mois que les médias n’en avaient plus parlé !

Retour en France

Il est bien dommage que l’article du Parisien ne fasse pas la moindre allusion à une des caractéristiques de l’enseignement à Singapour qu’il serait le plus utile d’imiter chez nous : la qualité de la formation des enseignants et l’importance des moyens qui lui sont consacrés. C’est en tout cas, nous dit France Info (repris notamment par le journal lausannois Le Matin) le constat que font Charles Torossian et Cédric Villani, co-auteurs du rapport sur l’enseignement des mathématiques. Le premier indique que le nombre d’heures de formation initiale, qui était jusqu’en 1987 de 400, est aujourd’hui pour certains enseignants passé à 60. Quant à Villani, il note que le nombre d’heures de formation initiale d’un enseignant est aujourd’hui cinq fois plus élevé à Singapour qu’en France ! Torossian et Villani étaient en l’occurrence invités à commenter les résultats d’une enquête de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance au ministère de l’Éducation nationale) qui montre une baisse dramatique des compétences en mathématiques des écoliers français : en 30 ans, le nombre d’élèves entrant au collège en maîtrisant les quatre opérations arithmétiques a diminué de moitié. À partir de cette enquête, Le Monde présente très clairement l’évolution en 30 ans des taux moyens de réussite des élèves de CM2 pour chacune des quatre opérations.

L’insuffisance de la formation des enseignants en mathématiques est particulièrement flagrante chez les professeurs des écoles, comme le souligne Le Point, ou encore Le Monde.

Deux cents professeurs des écoles de l’académie de Montpellier se sont réunis à Frontignan (Hérault) pour « échanger sur les nouvelles méthodes à adopter pour rendre les mathématiques plus ludiques ». La séquence que viàOccitanie a consacrée à cette manifestation est intéressante mais la question de la formation des enseignants n’y est absolument pas évoquée. On regardera aussi avec intérêt les séquences suivantes (vidéos extraites du JT de TF1) qui suivent.

Dans ces conditions, et tant que l’on ne s’attaque pas à ce problème de formation (initiale et continue) des enseignants, parler d’« école de la confiance » n’est pas très convaincant. Le projet de loi du ministre Jean-Michel Blanquer, qui doit venir devant le Sénat au mois de mai, continue de susciter des protestations des enseignants. Le début d’avril a été marqué par une journée de grève et de manifestations, plus suivies dans le primaire que dans le secondaire, comme le rapportent L’Union, la radio Hit west et Le Figaro.

Un remède inédit à l’insuffisance de la formation des enseignants en mathématiques a été proposé par Doug Ford, premier ministre de l’Ontario au Canada. Il a déclaré, selon Radio Canada, qu’il envisageait de faire passer « des examens de mathématiques annuels obligatoires pour tous les enseignants de la province, même si ceux-ci n’enseignent pas cette matière ». Comment faire passer chaque année un examen de mathématiques à un professeur d’histoire pourrait relever le niveau des élèves en maths ? Mystère !
Le Monde a quand même rencontré, à Cergy-Pontoise, de futurs professeurs qui veulent y croire et préparent activement leur concours de recrutement (CAPES).

La réforme du lycée, mise en place en classe de première dès la prochaine rentrée, continue de susciter de vives protestations des enseignants de toutes disciplines et des inquiétudes chez les élèves (et leurs parents). Ceux qui sont actuellement en seconde doivent faire leurs choix d’options pour la rentrée, et ils se posent beaucoup de questions... C’est ce qu’ont constaté entre autres L’Alsace à Ribeauvillé et France 3 Nouvelle Aquitaine à Poitiers. Le site Digischool essaye d’aider les élèves à y voir plus clair pour leurs choix d’options. Dans une vidéo de France Info, une représentante du Syndicat national des enseignements du second degré (SNES-FSU) explique qu’avec la nouvelle réforme, « la situation se dégrade pour les filles et les élèves des milieux populaires ».

L’absence des mathématiques dans le tronc commun obligatoire de la classe de première continue elle aussi d’inquiéter, même les enseignants d’autres disciplines. Marianne consacre un article à ce sujet. Dans un blog de Mediapart, Dominique Lecomte, professeur à la retraite qui a enseigné les mathématiques « trente années dans un lycée général technologique à Hénin-Beaumont, avec des élèves issus pour la plupart de classes populaires », publie une lettre à Cédric Villani, dans laquelle il réfute minutieusement les arguments avancés par le mathématicien député qui prétend que les mathématiques n’auraient pas disparu du tronc commun. Villani s’est en effet prêté à une campagne publicitaire du ministre de l’Éducation nationale en intervenant dans plusieurs spots, seul ou aux côtés de Jean-Michel Blanquer : La nouvelle ambition mathématique pour l’école ; Bac 2021 : Les mathématiques au cœur du nouveau lycée ; Quelles mesures pour l’enseignement des mathématiques en France ? ; Enseignement des mathématiques : le Vrai/Faux. Le député de l’Essonne a également développé ses arguments dans les médias, par exemple sur Europe 1. Mais cette intense action promotionnelle n’a pas dû paraître suffisante à Cédric Villani, puisque, d’après Ouest-France, il a écrit une lettre à son ministre pour l’inciter à « bien expliquer quelle sera la place des maths dans la réforme du lycée ». Le message a été bien reçu, puisque le ministre a aussitôt fait publier un communiqué, repris et commenté par Le Figaro et La voix du Nord.

La place des mathématiques au lycée a retenu l’attention de très nombreux médias, parmi lesquels BFMTV, Ouest-France et France 3 Nouvelle Aquitaine.
Le Parisien veut faire de la pédagogie en expliquant « pourquoi les maths sont indispensables ».
Dans une tribune de Libération, Karina Gerdau, docteure en anthropologie biologique, se livre à un plaidoyer en faveur de « l’indispensable enseignement des mathématiques » !

La philosophie ne trouve pas non plus son compte dans cette réforme du lycée. Telle est en tout cas la conviction exprimée par Thomas Schauder dans une chronique du Monde. Ce professeur de philosophie déplore la fin de la filière L ainsi que le fait que la nouvelle réforme éloigne cette discipline des sciences. Il rappelle la phrase inscrite par Platon au fronton de son Académie : « Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre ».

À la mi-avril, on estimait qu’environ 70 % des lycéens de seconde avait choisi une option de mathématiques pour l’année prochaine. Ce fait est rapporté par Le Parisien, Le Monde et Le Figaro. Le ministère en tirera évidemment argument pour répondre à ses détracteurs qui annonçaient la disparition des mathématiques, ou tout au moins une forte diminution de la place qu’elles occupaient jusqu’ici.

Ce n’est pourtant pas si simple et on peut parier que ce choix est essentiellement dicté par la volonté de préserver un maximum de portes ouvertes pour de futures études supérieures, ce qui n’augure évidemment pas d’une diminution du rôle joué par notre discipline en tant qu’instrument majeur de sélection au lycée.

Des spécialistes du soutien scolaire de Montluçon ont aussi un avis, plutôt négatif, sur la réforme du lycée. Elles l’ont donné à La Montagne.

Pour prolonger la réforme du lycée, le ministère en prépare une pour les CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles). EducPros fait le point sur les premières réunions des groupes de travail constitués à cet effet (et dont les syndicats sont pour le moment exclus).

Elle est mathophile est le titre d’un spectacle conçu par Anne Rougée, qui a pour but de montrer les mathématiques sous un jour attrayant et d’inciter les jeunes filles à ne pas hésiter à s’engager dans des études scientifiques. La Dépêche a assisté à deux représentations données à l’espace Descazeaux de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) à l’intention des élèves (de la troisième à la terminale) de la cité scolaire Jean de Prades. Anne Rougée leur a notamment raconté « ses difficultés d’être une jeune femme dans le milieu masculin des mathématiques, de la classe prépa au prestigieux Massachussets Institute of Technology de Boston (États-Unis) ».

Le désengagement de l’État dans tous les services publics est patent. Santé publique, transports publics, énergie, télécommunications, éducation et recherche… les exemples abondent. Dans tous les cas, non seulement les budgets alloués sont en forte baisse, mais, sous prétexte d’autonomie, ils ne sont plus « fléchés », c’est-à-dire que les chefs d’établissements peuvent en disposer à leur guise et déshabiller Pierre pour habiller Paul. Si on sait toujours parfaitement qui est Pierre, déterminer qui sera habillé à sa place est souvent plus ardu. À l’université de Nantes, ce sont les bibliothèques qui viennent d’être dépouillées : de 20% si l’on en croit EducPros. Cela a provoqué l’indignation des enseignants-chercheurs, mais leur protestation est restée symbolique et le titre de l’article (« Les enseignants-chercheurs au secours des BU ») est trompeur. Le désengagement de l’État est également pointé par « un collectif d’enseignants, parents et anciens élèves du lycée Jacques-Brel (La Courneuve, Seine-Saint-Denis) » qui publient une tribune dans Libération.

NB : Cette rubrique a été modifiée le 3 mai.

Diffusion

Grand public

Les actions de diffusion des mathématiques à destination du grand public mettent les mathématiques en scène dans plusieurs approches artistiques. Ainsi, Sciences et Avenir consacre un article à Florent Hivert du LRI sur l’art de la jonglerie, discipline qu’il a découverte dans un club de cirque pendant ses études et dont on peut revoir un ancien exposé fait à l’IHP en 2018. La Dépêche du Midi rend compte de la journée consacrée à la rencontre entre les mathématiques et les arts à Beaumont-de-Lomagne, ville natale de Pierre de Fermat autour de la danse, de la musique et des chants, du théâtre, des contes et de la bande dessinée. La Nouvelle République vous propose de participer au Kafémath qui se développe maintenant à Poitiers. Quant à l’Est Éclair, il se fait l’écho du spectacle de la compagnie Les Arts Pitres pour découvrir les mathématiques autrement au théâtre de La Madeleine. Le spectacle retrace l’aventure du zéro en partant de l’histoire de Momo, élève cancre qui collectionne les zéros. Voilà de quoi donner des idées au maire de la commune d’Eaubonne, dans le Val d’Oise, qui travaille sur un projet de centre culturel d’apprentissage des mathématiques par le jeu, dans le but de vulgariser les mathématiques et de lutter contre le décrochage scolaire en mathématiques. Dans le même ordre d’actions, on retrouve dans l’Est Républicain la relation sur les championnats de Lorraine de bridge auxquels ont participé de nombreux collégiens et lycéens. On ne manquera pas de signaler aussi les 20 ans du CIJM du 23 au 26 mai place Saint-Sulpice.
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« Il pleut » – calligramme de Guillaume Apollinaire

Le quotidien helvétique Le Temps, consacre quant à lui un article à un long entretien avec Jean-Pierre Luminet sur les rapports entre mathématiques et poésie qui partagent l’art de dire beaucoup de choses en peu de mots.

Étienne Ghys a ce mois-ci accordé un entretien au magazine Pour la Science, dans lequel il développe son enthousiasme pour l’unité des mathématiques. L’image du développement des mathématiques comme un arbre ne lui apparaît que peu pertinente, puisqu’elle masque la possibilité de faire des passerelles dans tous les sens. Il prend ici l’exemple des nombres et de la géométrie dont les analogies n’ont pas fini de montrer leur inventivité depuis que Descartes dont on a fêté le 423e anniversaire le 31 mars dernier comme le rappelle la chronique historique et patrimoine du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

Pour finir, Jacques Attali se risque dans l’Express à trouver des explications et des remèdes à la baisse du niveau des élèves français dans les dernières évaluations. Si certaines des qualités qu’il juge indispensables à l’apprentissage des mathématiques, comme la concentration, l’entêtement, la répétition ou la coopération pourront faire l’objet d’un consensus, il n’échappe pas à l’engouement actuel pour la méthode dite de Singapour, dont on risque de trop attendre.

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Poisson d’avril

Que serait le mois d’avril sans ses poissons ? Les mathématiques n’y échappent pas et le magazine en ligne Interlude s’est amusé à propos d’un combat de rappeurs nommé Octogone qui causerait des émeutes dans les salles de classe au point que selon le magazine, le ministère de l’Éducation nationale a décidé d’enlever ce polygone des programmes. La Recherche met au défi ses lectrices de déterminer l’aire d’un joli poisson dessiné dans un disque (et reproduit ci-contre).

Diffusion en milieu scolaire

Le 30e congrès MATh.en.JEANS a lieu de mars à mai dans douze villes en France et dans le monde. On ne présente plus cette association qui fait découvrir le monde de la recherche en maths à des centaines d’élèves de tous les niveaux scolaires. Étienne Ghys, dans sa chronique pour Le Monde, détaille le contenu de quelques-uns des projets abordés par les chercheur·euse·s en herbe. La presse locale s’enthousiasme pour les différentes éditions du congrès : France 3 Hauts-de-France à Amiens, France 3 Bretagne à Rennes et IMAZ Press et Clicanoo à Saint-Denis de La Réunion, où 200 élèves venant de 5 pays étaient réuni·e·s. Enfin, La Dépêche décrit le partenariat entre des collégien·ne·s du Lot et des lycéen·ne·s marocain·e·s dans le cadre d’un projet M.e.J.
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Le logo des Olympiades internationales de mathématiques

Le printemps apporte aussi une belle brassée de concours de mathématiques aux quatre coins du monde. Le 24 avril avait lieu la finale des Olympiades belges de mathématiques à Namur, rapporte DH. Le Courrier du Vietnam relate la cérémonie de remise de prix du 16e Concours de mathématiques de Hanoï élargie, qui réunissait plus de 600 participant·e·s de 14 pays. HuffPost, Femmes du Maroc et L’Économiste saluent la performance du Maroc aux Olympiades africaines de mathématiques, qui avaient lieu au Cap ce mois-ci : pas moins de six médailles, ainsi que la première place du classement féminin, octroyant à la lycéenne Inass Bouzidi Tyali le titre de « Reine des mathématiques d’Afrique 2019 ». L’équipe marocaine n’a qu’à bien se tenir : APS signale la préparation d’une équipe sénégalaise pour l’édition 2020. Au Sénégal, APS encore interviewe une lauréate régionale du concours sénégalais « Miss Maths ». Revenons en France : palmarès corse des Olympiades de maths sur Corsenetinfos, rallye maths pour des élèves de CM1, CM2 et 6e à Montauban dans La Dépêche, concours Kangourou pour les CE2 et les CM1 à Ploemel dans Le Télégramme, témoignages d’élèves lors de la finale du rallye maths de l’Académie de Guyane dans FA Guyane, et le lycée varois ayant réalisé la vidéo gagnante du concours Vidéodimath à l’honneur dans L’Humanité.

De nombreuses initiatives pour « faire des maths autrement » en milieu scolaire ont, comme tous les mois, été relevées par la presse. Chez les plus jeunes : des jeux mathématiques en maternelle à Saint-Pons-de-Thomières (34) pour la semaine des mathématiques dans le Midi Libre ; le nombre 100 écrit dans la cour par des élèves de primaire à Renève (21) dans Le Bien Public ; des jeux mathématiques dans le cadre du programme Erasmus + à Fontenay-sous-Bois (94) dans Le Parisien ; et un apprentissage des maths à travers des jeux de société anciens dans des écoles primaires montréalaises sur RCI.

Côté collège, le site de la mairie des Herbiers (85) exhibe une grande fresque géométrique mêlant maths et arts plastiques, réalisée sur le sol de leur cour par des élèves de 5e ; à Châteaulin (29), Le Télégramme suit d’autres élèves de 5e prenant part à un projet interdisciplinaire sur les grands explorateurs ; à Castanet-Tolosan (31), La Dépêche recueille les témoignages de collégien·ne·s ayant participé au Festival des maths ; et à Beaumont-de-Lomagne (82), La Dépêche encore présente le programme de la manifestation Femmes et sciences, destinée à combattre les stéréotypes de genre dans le milieu scientifique, et à laquelle ont participé plus de 350 élèves.

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Leonardo Pisano alias Fibonacci

Enfin, chez les plus grand·e·s, la semaine des maths a battu son plein au lycée de Saint-Christol-lès-Alès, comme le rapporte le Midi Libre : même les repas à la cantine étaient servis en l’honneur de Fibonacci ou d’Archimède. À Charleville-Mézières, L’Ardennais met à l’honneur les participant·e·s au projet interdisciplinaire Erasmus+ mêlant maths et anglais. Abidjan.net rapporte le lancement des deux premiers Clubs de mathématiques dans deux lycées ivoiriens. L’initiative est soutenue par l’association Animath, qui a également contribué, avec l’université Nazi Boni, à mettre en place une campagne de promotion des mathématiques et des études scientifiques à Bobo-Dialousso, au Burkina Faso, selon l’Express du Faso.

Pour finir hors des murs des écoles, France 3 Grand Est consacre un reportage à deux professeurs youtubeurs, dont un de mathématiques, Yvan Monka.

Histoire et arithmétique

L’agence Science Presse revient sur les nombres triangulaires ($1$, $1+2$, $1+2+3$, etc.) étudiés par l’école pythagoricienne, et plus généralement « polygonaux », pour les relier à des problèmes plus contemporains étudiés par Fermat ou Lagrange. Dans un registre plus élémentaire, L’Éveil de la Haute-Loire raconte la découverte d’un cahier de mathématiques d’école datant de 1765 environ. Il est amusant qu’au même moment soient apparus des tableaux d’une école d’Oklahoma City, tableaux remontant aux années 1900 et toujours recouverts d’inscriptions, contenant entre autres des leçons de mathématiques, comme nous l’apprend Epoch Times. Hervé Lehning nous propose un retour sur « Les lois de Mendel et le principe de Hardy » dans son blog.

Parutions

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Dans les entrailles du tore plat

La sortie du numéro hors série de Pour la Science « L’ordre caché des nombres » (sous-titré « Un champ mathématique en pleine effervescence ») ne devrait pas passer inaperçue. Si vous recherchez dans les archives de la revue, les numéros consacrés aux mathématiques ne sont pas si fréquents. L’avant-propos d’Étienne Ghys excite déjà les papilles : « Les mathématiques sont jubilatoires quand des branches indépendantes se rencontrent pour en faire une nouvelle. »

Ensuite c’est à vous de voir par quel article vous préférez commencer. Voulez-vous jouer avec des palindromes ? vous amuser à chercher des énigmes numériques ? découvrir les protocoles zéro connaissance, un nouveau miracle de la cryptographie ? vous amuser avec la conjecture de Syracuse ? retrouver les nombres premiers jumeaux ? en savoir un peu plus sur le travail d’Akshay Venkatesh, un mathématicien bâtisseur de ponts ? avoir les dernières nouvelles sur le nombre Pi ou sur le nombre d’or ? Vous trouverez treize articles principaux en tout.

Signalons l’annonce, en seconde page de couverture de la sortie de Mathématiques récréatives - Éclairages historiques et épistémologiques (paru chez UGA éditions). Les auteurs, Nathalie Chevalarias, Michèle Gandit, Marcel Morales et Dominique Tournès, sont membres de la commission Épistémologie et histoire des mathématiques du réseau des IREM (Instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques). Nous aurons l’occasion de reparler plus longuement de cet ouvrage qui a fait l’objet d’un communiqué de presse de l’APMEP.

On parle souvent des monnaies virtuelles (celles que vous n’aurez jamais dans un fond de poche) et de leurs évolutions rapides. Jean-Paul Delahaye a écrit de nombreux articles et présentations sur le sujet. En mai, sa colonne mensuelle dans Pour la Science va « Au-delà du bitcoin » pour faire un nouveau point sur la montée en puissance des industries liées aux crypto-monnaies.

Les mathématiques ont joué un rôle crucial dans le développement des techniques de la navigation et de la cartographie. Dans ce même numéro, Élisabeth Hébert, présidente de l’Association d’histoire des sciences (ASSP) de l’IREM de Rouen) signe « Le monde selon Jacques Devaulx ». À la fin du XVIe siècle ce jeune marin havrais, « pilote pour le Roy en la Marine », rédige un traité de navigation, d’hydrographie et de cartographie à l’usage des marins dans lequel il compile, en s’appuyant sur les traités les plus récents, tout le savoir et savoir-faire des pilotes et cartographes. « Il proposa aussi une piste nouvelle pour déterminer la longitude en mer, la grande difficulté des marins de l’époque », explique Élisabeth Hébert. Ceux qui souhaiteraient en savoir plus peuvent consulter les beaux ouvrages Les premières Œuvres de Jacques Devaulx et Le traité de navigation de Denoville (dont le manuscrit est partiellement en ligne sur le site de la bibliothèque municipale de Rouen).

La Recherche nous propose en mai un article, Contrôler le mouvement des fluides, de Jean-Michel Coron, Frédéric Marbach et Franck Sueur. Ces chercheurs ont obtenu le prix « La Recherche 2019 » pour la « contrôlabilité de l’équation de Navier-Stokes ». « En combinant des techniques de la théorie du contrôle et une compréhension fine des phénomènes de la mécanique des fluides, Jean-Michel Coron et ses collègues sont parvenus à mieux comprendre cette équation de la mécanique des fluides, notamment la manière dont elle se comporte dans les zones limites. » Cet article est une présentation pour un large public de l’article “Controllability of the Navier-Stokes equation in a rectangle with a little help of a distributed phantom force”". Ce numéro consacre bien sûr aussi une bonne place à Karen Uhlenbeck, première femme à recevoir le prix Abel, déjà évoquée ici et . Toujours dans le même numéro, Roger Mansuy vous propose de compter les points d’intersection des diagonales d’un polygone régulier. Pas si facile car, attention, dans certaines configurations, plusieurs diagonales peuvent passer par le même point. Par exemple « pour le polygone régulier à $41$ sommets, il y a $101\,270$ points d’intersection, mais pour celui à $42$ sommets, il n’y en a que $84\,841$ »...

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Surfaces mathématiques au crochet

Tangente propose toujours une moisson impressionnante d’articles sur tous les sujets au jeune public et à tous les curieux.
En mars-avril les grands dossiers portent sur la zététique et les enveloppes de familles de droites. Ils s’accompagnent d’articles d’information variés.

Le numéro hors série d’avril, passionnant aussi, est consacré aux surfaces. Quatre grandes parties : pour commencer, fabriquer, étudier, imaginer. Vous y découvrirez par exemple des surfaces tricotées, des surfaces d’exception en architecture, d’exquises surfaces minimales, le géoïde, une surface unique, la révolution des fractales lisses et bien d’autres sujets. Chaque article est accompagné de références et de liens vers des compléments.

La Bibliothèque Tangente continue de s’agrandir avec « Les secrets des dimensions » ! Chaque ouvrage est une précieuse ressource pour la culture mathématique et la documentation non seulement des élèves ou des enseignants mais aussi pour tous les curieux.

Les amateurs de « mathématiques pures et épicées » vont se réjouir : le dernier numéro de la revue trimestrielle Quadrature est arrivé début avril. Créée en 1989 par Jean-Pierre Boudine, animée par Jean-Paul Truc, cette revue originale occupe une place à part dans le paysage de la diffusion des mathématiques, en se situant entre des magazines grand public et des revues spécialisées. Le forum présente l’exposition Art & Math, Voyage(s) entre deux mondes, présentée à Rabat fin 2018 et à Casablanca début 2019 – L’Économiste en parle.
Le journal propose ce trimestre une dizaine d’articles « où se mêlent l’analyse, la théorie des nombres, l’algèbre, la mécanique quantique et la géométrie. » La collaboration avec l’Institut de Mathématiques de Toulouse se poursuit avec l’article de Corentin Lunel, Hugo Fages et Quentin Rembert, lauréats du prix Fermat junior 2017 sur la théorie des nœuds. On se souvient par ailleurs que Quadrature avait proposé fin 2012 un numéro hors série (toujours disponible) à l’occasion du centenaire de la mort d’Henri Poincaré, « ce mathématicien multicarte de génie dont la vision et les intuitions guident encore la recherche d’aujourd’hui » comme l’écrivait Jean-Paul Truc.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Le titre de l’article, qui vous incite à « oublie[r] vos tables de multiplication », est un peu malheureux : pour des nombres plus petits que $2^{1729^{12}}$, comme le nouvel algorithme ne s’applique pas, il faudrait au contraire apprendre les tables beaucoup plus loin...

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2019» — Images des Mathématiques, CNRS, 2019

Crédits image :

Image à la une - Gorges du Brahmapoutre (Yarlung Tsangpo), Chine. Photo utilisée pour annoncer une conférence sur « la géométrie des rivières » par la BM de Lyon.
Source : NASA/GSFC/LaRC/JPL, MISR Team.
Dans les entrailles du tore plat - Equipe Hévéa (http://hevea-project.fr)
Surfaces mathématiques au crochet - Réalisation : Bérénice Delcroix-Oger (https://www.irif.fr/ bdelcroix/) ; photo Eric Le Roux (UCBL)
Portrait chinois d’un grand mathématicien - Photo de Damien Gayet (DR)
La multiplication per gelosia passe de mode - Wikimedia Commons
Yann LeCun, Yoshua Bengio, George Hinton, prix Turing 2019 - Source : Wikimedia Commons
Serge Haroche - Source : Wikimedia Commons
Kleroterion : la plus ancienne machine à voter ? - Source : Wikimedia Commons
Trou noir photographié grâce à Katie Bouman - Source : Wikimedia Commons
Logo de l’association - Source : site d’Animath
Kinshasa illuminée - Wikimedia Commons
Shanghaï : un horizon brumeux pour l’université ? - Wikimedia Commons
Un outil d’équité en guise de bienvenue - Photo de Patrick Oter sur Wikimedia Commons
« Il pleut » – calligramme de Guillaume Apollinaire - Source : Wikimedia Commons
Écoulement d’une foule : l’obstacle accélère la sortie ! - Source : Journal du CNRS (capture d’écran de la vidéo)
MATh.en.JEANS : « ne subissez pas les maths, vivez-les ! » - Wikimedia Commons
Le logo des Olympiades internationales de mathématiques - Wikimedia Commons
Leonardo Pisano alias Fibonacci - Wikimedia Commons

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