Revue de presse avril 2020

Le 1er mai 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Sans grande surprise, le coronavirus emporte tout avec lui ce mois-ci. Bien sûr, il domine l’actualité et, comme il est souvent question de modélisations ou de statistiques liés à la pandémie, de nombreux articles qui en parlent tombent ipso facto dans le cadre de cette revue de presse. De plus, il empêche beaucoup d’activités scientifiques, de recherche ou de diffusion, ce qui réduit d’autant les autres rubriques. Quelques sujets surnagent quand même, non dénués d’humour à l’occasion.

Modélisation et coronavirus

Un peu de vulgarisation

Ouest-France signale la création d’un site type FAQ appelé CoVprehension, sur lequel on peut poser des questions et qui est régulièrement mis à jour avec les réponses de chercheurs en modélisation, informatique, géographie et économie principalement.
On trouve aussi en ligne des vidéos qui expliquent les modèles et les enjeux, comme celle de la chaîne Science4All autour du rôle du paramètre $R_t$ de reproduction effective, ou la série Diffusons la science… pas le virus de vidéos du CNRS.

Dans The Conversation, un article original fait le lien entre modélisations et scénarios d’épidémies au cinéma. L’article passe en revue plusieurs films et plusieurs modèles, et insiste en conclusion sur l’importance des modèles, qui « à la différence d’un film qui est basé sur un seul scénario auquel le spectateur doit adhérer... [peuvent] donc servir à tester plusieurs scénarios et simuler une variété de résultats ».

Modélisation et recherche

Les modèles ont beaucoup été critiqués ces derniers temps, mais les choses sont claires :

« Ce modèle SIR à trois compartiments représente-t-il le Covid-19 ?
Non, les spécificités de ce virus nécessitent des modèles plus complexes »

a répondu dans une interview sur Sciences et Avenir le chercheur Pascal Crépey, de l’École des hautes études en santé publique de Rennes. Il précise ensuite que ce n’est pas pour autant que l’étude des modèles de propagation d’épidémies est inutile : « un modèle est par définition une abstraction de la réalité, une simplification majeure de celle-ci. Son rôle n’est pas de reproduire la réalité mais d’essayer de mieux la comprendre, d’évaluer des hypothèses pour indiquer une tendance ».

Penchons-nous alors sur les modèles les plus étudiés : les modèles à compartiments. Ce sont des modèles où l’on divise la population en plusieurs catégories, et où l’on suit l’évolution de chacune de ces catégories. Dans le modèle SIR, le plus simple, on suppose que la population totale est constante et qu’on a trois inconnues $S$, $I$ et $R$ (d’où le nom) qui varient dans le temps : $S$ désigne la population saine et à risque, $I$ la population infectée et contagieuse, et $R$ la population retirée, comprendre immunisée (ou morte).
Système d'équations du modèle SIR {JPEG}

Encore une fois, bien qu’il soit assez simpliste, ce modèle peut quand même être utilisé pour comprendre certains comportements. Il est alors important de bien définir les paramètres dont il dépend : les taux de transmission $\beta$, de guérison $\gamma$ et de personnes infectées au temps initial. Pour se rendre compte de l’importance de ces paramètres, on peut lancer les simulations numériques interactives du site Experimentarium Digitale, hébergé par le CNRS, ou regarder cette vidéo de Maximath, qui propose un « voyage dans le passé et retour vers le futur » pour comprendre comment valider un modèle mathématique, code Matlab à l’appui. Si vous préférez jouer avec ce modèle en utilisant le langage R, un package covidix a été créé par Marc Lavielle (Inria et École polytechnique). Enfin, alors que beaucoup attendent le déconfinement avec impatience, le mathématicien et directeur-adjoint de l’INSMI Jean-Stéphane Dhersin, spécialiste de la modélisation des épidémies, parle du sujet dans une interview par L’Humanité.

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Micrographie électronique à transmission de particules du virus SRAS-CoV-2 isolées d’un patient

Mais il y a d’autres phénomènes qui peuvent être étudiés à l’aide de modèles. On peut aussi étudier les effets du Covid-19 sur l’organisme, comme le fait Morgan Craig, chercheuse de l’université de Montréal. C’est d’ailleurs pour étudier « les interactions entre le virus SARS-CoV-2 et des médicaments potentiels à l’échelle atomique » qu’un projet de recherche en HPC de Sorbonne Université vient d’obtenir six mois de ressources en supercalcul allouées par un consortium européen, comme nous l’apprend Industrie & Technologies. Ou encore la propagation des aérosols, quand quelqu’un tousse dans un supermarché par exemple. D’ailleurs, les avis divergent sur les mesures à prendre en tenant compte de ces modélisations, comme le relève Futura Sciences ici et .

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Séquences françaises (en rouge) parmi la phylogénie mondiale de SRAS-Cov-2

Un autre exemple, la modélisation peut aussi servir à estimer la surmortalité, alors que les données officielles ne sont que partielles. On trouve dans Libération le lien vers une note de l’Insee, qui insiste sur la difficulté d’estimer le nombre de décès lié au Covid-19. Pour finir, on trouve dans Le Monde un article sur un nouveau champ qui fait intervenir les mathématiques : c’est la phylodynamique.

Mobilisation internationale

Pour tenter de donner des réponses à toutes ces questions posées par le Covid-19, des données biologiques ont été partagées au niveau international, et surtout de nombreux groupes de travail se sont formés.

Au Royaume-Uni, le groupe de Ferguson à l’Imperial College (voir la revue de presse de mars, ou ce portrait dans le Nouvel Obs) continue de plancher sur l’épidémie et publie régulièrement des rapports traduits en plusieurs langues.

En Tunisie, l’Académie des sciences Beit al-Hikma a créé une cellule de veille qui publie régulièrement des communiqués et documents de recherche.

Au Canada, un projet à l’échelle nationale a été lancé sur au moins 2 ans pour assurer une continuité dans la recherche sur la santé publique et la modélisation de maladies.

En Espagne, le Comité Español de Matemáticas a aussi mis en place un groupe de recherche, propose des données téléchargeables, et relaie des appels à hackaton anti-Covid et autres projets participatifs.

En France, l’INSMI a mis en place une plateforme pour coordonner les recherches en modélisation, ModCovid-19. À une échelle plus locale, un groupe de l’université de Montpellier qui travaille habituellement sur « la modélisation de l’évolution des micro-organismes responsables de maladies infectieuses » s’est mis à travailler sur le Covid-19. Leur site internet propose de nombreux documents, allant de rapports grand public à des publications scientifiques en passant par des logiciels et des notes sur le paramètre de reproduction $R_t$, l’origine de l’épidémie et la sévérité de l’infection.

Pour s’y retrouver dans toutes les recherches menées sur ce sujet, il est possible d’utiliser la version bêta de l’application NETSCITY développée par des géographes de Paris et de Toulouse pour cartographier les collaborations ou les publications. De manière plus classique, la liste tenue par le CNRS avec des articles et podcasts sur le sujet et mise à jour quotidiennement peut aussi être intéressante.

Polémique sur l’application StopCovid

Pour finir cette section sur le Coronavirus, soulevons la délicate question des données personnelles. Bruxelles, à l’instar du commissaire au marché intérieur Thierry Breton, est convaincue que « les technologies numériques, les applications mobiles et les données mobiles ont des atouts formidables qui peuvent nous aider à comprendre le mode de propagation du virus et à réagir efficacement », comme le relève Notre Temps. Mais Les Jours, dans un article plus critique, relèvent la mise en garde de la CNIL elle-même : « Ces applications reposent sur deux postulats forts : il existe une procédure de test certifiée et contrôlée permettant de dépister en masse les cas suspects ; il est possible d’identifier avec précision les personnes avec lesquelles un individu contaminé a été en contact. Or, d’une part, les modalités de dépistage ne sont pas exemptes de biais, et, d’autre part, la précision limitée des systèmes de localisation dans les zones denses risque rapidement d’indiquer à de nombreuses personnes qu’elles ont été en contact avec une personne contaminée. » Une « efficacité hasardeuse » donc, mais aussi « des libertés inutilement sacrifiées » selon une note où La Quadrature du Net rassemble ses arguments pour rejeter le projet français StopCovid.

Moyens de la recherche

Vingt-sept sociétés savantes, dont les trois mathématiques (SMF, SMAI, SFdS) demandent dans une tribune du Monde « un véritable plan d’urgence pour la recherche scientifique » pour limiter autant que possible les conséquences des retards provoqués par la crise du coronavirus – fermeture des laboratoires et des bibliothèques, arrêt de nombreuses expériences et de recherches de terrain, conséquences agravées pour les « personnels contractuels » les plus jeunes, dont les contrats doivent être prolongés. Les signataires souhaitent que les « paroles [du président de la République] soient urgemment concrétisées par des actes forts. »

Sur le même thème, mais dans un registre syndical, Force ouvrière rappelle, à l’occasion de la célébration des quatre-vingts ans du CNRS, qu’il « doit faire face à la concurrence du privé et à un manque récurrent de moyens ».

Autres modélisations

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Nuage des incendies en Ukraine

D’autres désastres donnent lieu à des modélisations. Le Huffington Post présente « une modélisation en couleurs » du « nuage de fumée qui s’est dispersé dans toute l’Europe, y compris en France » à la suite des feux de forêt de Tchernobyl début avril, étude parue dans une note de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). À la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris, le CNRS a publié un « double numérique », « une modélisation 3D du monument » repéré par 20 minutes.

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Pour passer dans un registre moins sérieux mais toujours brûlant, allez donc lire cette traduction sur Breaking News d’un article de Science News sur la meilleure façon de cuire un steak. « Les simulations numériques [indiqueraient] un bon accord avec les données expérimentales », indique la publication originale, même si, malgré l’expertise qu’elle a acquise par ce travail, la première auteure préfère « laisser à [son] mari le soin de cuire le steak ». Un candidat pour les [Prix Ig-Nobel] x2021 ?

Évoquant des applications encore plus farfelues des mathématiques – comme la chasse au lion dans le désert, ou plutôt Ralph P. Boas, alias Hector Pétard, un spécialiste d’humour mathématique, Hervé Lehning propose un billet aigre-doux sur Futura Sciences.

Recherche

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Shinichi Mochizuki

La conjecture abc a été évoquée au moins six fois dans cette revue de presse. Énoncée en 1985 par Joseph Oesterlé et David Masser, la conjecture abc occupe une place importante dans la recherche en théorie des nombres. Elle a de « vastes conséquences », parmi lesquelles le théorème de Fermat-Wiles. En 2012, le mathématicien japonais Shinichi Mochizuki en a publié une démonstration de plus de cinq cents pages fondée sur un langage et des méthodes très particuliers et très difficiles à comprendre, même pour les spécialistes. Une controverse « longue et acrimonieuse » s’est développé, dont Nature raconte le dernier épisode en date dans un article traduit par Breaking News : la démonstration va paraître aux très sérieuses Publications of the Research Institute for Mathematical Sciences, ont annoncé les éditeurs en chef de la revue le 3 avril. Pourtant, deux grands experts, Peter Scholze et Jacob Stix, ont pointé une faille qu’ils estiment majeure et que Mochizuki n’a pas daigné ou réussi à combler. À part chez quelques zélotes, le scepticisme domine le reste de la communauté.

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Peter Scholze

Sur des thèmes très proches, une page étrange de Japan FM traduit partiellement en français un intéressant article en anglais de Quanta Magazine. Il porte sur les progrès récents sur les extensions des méthodes de Wiles dans sa preuve du théorème de Fermat, au sein du plus large programme de Langlands. Même sans comprendre les mathématiques, le suspense rend la lecture amusante : en 2016, grâce à un groupe de travail secret à l’IAS de Princeton, dix mathématicien⋅nes – parmi lesquel⋅les figure Scholze – progressent au-delà de leurs espérances. Il en résulte une prépublication de trois cents pages. Par hasard, l’obstacle sur lequel le groupe bute est contourné par un mathématicien français, Vincent Pilloni le week-end juste après le groupe de travail ! Une nouvelle collaboration conduit à une prépublication de deux cents pages sortie quelques jours après la précédente. Ensemble, elles montrent le « potentiel » de méthodes imaginées en 2012 par Frank Calegari et David Geraghty et, même si elles sont loin de clôturer le programme de Langlands, elle en sont à ce jour le « pinacle de l’accomplissement »

Enseignement

Un ministre exposé

Jean-Michel Blanquer est sur la sellette depuis le début de la crise du Covid-19.
Il a accumulé les déclarations contradictoires ; les médias et les syndicats ne se sont pas privés de les lui rappeler.
Le 3 mars, le ministre de l’Éducation nationale déclarait dans la matinale de LCI : « Une fermeture générale des écoles, ça ne se produira pas parce que ça n’aurait pas de sens ». Et le 12, à 9 heures du matin, sur France Info : « Nous n’avons jamais envisagé la fermeture totale, car elle nous semble contre-productive. ». Le même 12 mars, L’Express rapporte et commente les propos tenus à 20 heures par Emmanuel Macron : « Dès lundi et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés. »

Les médias publieront plusieurs articles commentant les incertitudes et les contradictions de Blanquer, qu’il s’agisse du confinement ou du futur déconfinement. Citons par exemple Voici, Libération, Les Échos et, à titre de clin d’œil, Le Gorafi.

Pas d’épreuves écrites au bac ni au brevet pour la session 2020. Celles-ci seront remplacées par du contrôle continu. C’est l’annonce faite le 3 avril par le ministre de l’Éducation nationale, détaillée et commentée par la plupart des médias, notamment Le Figaro et Le Parisien. De son côté, Le Monde répond aux questions que lui ont posé des lecteurs à ce propos, et précise que cette décision permettra au gouvernement de ne pas être contraint à changer de stratégie en cas de prolongement du confinement.

Une long entretien donné le 10 avril par Jean-Michel Blanquer à Brut montre que, en matière d’éducation, le gouvernement a essentiellement navigué à vue, laissant ouvertes toutes les options imaginables. La seule annonce précise du ministre concernait les dates des vacances !

Enseignement post-bac

Les étudiants ne reviendront pas dans les universités avant la rentrée de septembre. Le Parisien et L’Étudiant font partie des nombreux médias qui ont rapporté cette annonce faite par le chef de l’État dans son allocution du 13 avril. Plusieurs universités avaient d’ailleurs anticipé cette décision, comme en Corse (Le Figaro) ou à Nantes (Le Parisien).

Les grandes écoles ont, chacune à sa façon, adopté des aménagements pour l’organisation de leurs concours d’entrée. Une présentation détaillée de ces diverses dispositions est proposée sur le site de L’Étudiant.

Pour les concours de recrutement d’enseignants (CAPES, agrégations...), le ministère a décidé de nouvelles modalités pour la session 2020 (par exemple le report de certains oraux à 2021, à l’issue de l’année de stage) : elles sont détaillées notamment par Le Monde et par Le Huffington Post.

Enseignement à distance, école à la maison : accentuation des inégalités

Un article de Slate pointe plusieurs obstacles rencontrés par parents et élèves chargés de faire « l’école à la maison ». L’auteure constate que « les cours au sein du foyer creusent les inégalités devant l’enseignement, que l’école de la République est pourtant censée compenser ». Le même Slate enfonce le clou deux semaines plus tard avec une enquête auprès de plusieurs familles modestes où l’on s’astreint à faire faire aux enfants du travail scolaire, en dépit des nombreux obstacles (équipement informatique, réseau...).
Ces inégalités sont de plus en plus difficiles à supporter pour de nombreuses familles, que les suites du confinement inquiètent beaucoup. Le Monde s’en fait l’écho.

Les difficultés de l’enseignement à distance touchent tout aussi bien le post-bac. C’est encore Le Monde qui évoque « le spectre du décrochage [qui] pèse sur les étudiants en licence ».

« Pour équiper 10 000 jeunes coupés de l’école » d’ordinateurs et de connexions internet, Emmaüs lance avec des partenaires un appel aux dons. Cette action est « soutenue par les secrétaires d’État Adrien Taquet, en charge de la Protection de l’enfance et Cédric O, chargé du Numérique ainsi que le Haut Commissariat à l’Inclusion dans l’Emploi et à l’Engagement des entreprises ».

Des cours en ligne fort hétéroclites, en France...

Le Monde a eu la bonne idée de proposer une vidéo dans laquelle des usagers et des spécialistes d’horizons divers qui ont une expérience de l’apprentissage à distance apportent leur témoignage et leurs conseils à ceux qui se trouvent brusquement confrontés à cette contrainte en raison du confinement.

L’offre de cours (ou plus généralement d’activités éducatives) en ligne, dont nous avions suivi ici au fil des mois le développement régulier, a connu avec le confinement une véritable explosion !
Mais la qualité n’est pas nécessairement au rendez-vous et il est très difficile d’évaluer la multitude de sites existants dans ce domaine. Nous nous sommes contentés d’un petit échantillon, laissant par exemple délibérément de côté tout ce qui était payant. Il nous a semblé en effet inconvenant de proposer des ressources onéreuses (même de qualité !) comme substitut à l’école publique, gratuite par définition.

On notera tout d’abord les émissions quotidiennes et les ressources en ligne offertes par les radios et télévisions publiques, qui se sont associées au ministère de l’Éducation nationale pour l’opération « Nation apprenante » (admirez la novlangue !) : Arte, France Culture, France Musique, France Bleu, France Télévision, TV5-Monde.

La qualité des émissions de Lumni est très variable. Présent quotidiennement sur France 2, France 4 et France 5, Lumni propose souvent des séquences très bien conçues et attrayantes, avec des animateurs à la fois compétents et dynamiques. Mais on y trouve aussi parfois, hélas, des cours soporifiques, débités sur un ton monocorde par des enseignants qui ont l’air de s’ennuyer profondément. Plus embêtant, le contenu n’est pas toujours fiable et peut même être incorrect (du moins en ce qui concerne les mathématiques).

Il y a ensuite des vidéos mises en ligne par des professeurs. Ainsi, Le Courrier Picard nous parle d’Olivier Garde, professeur de mathématiques au lycée Jean Calvin à Noyon (Oise), qui s’est mis en scène pour proposer à ses élèves des séances de cours ou d’exercices (les corrigés des exercices sont un peu trop sommaires à nos yeux : les calculs mériteraient plus d’explications). Le journal écrit que c’est « une première sur YouTube », ce qui est évidemment faux : il y a belle lurette que l’on trouve des dispositifs du même genre sur YouTube et ailleurs.

L’association Sésamath met à la disposition des professeurs une interface qui permet de programmer des exercices interactifs pour les élèves, avec une pédagogie différenciée. Appelé Labomep, cet outil dispose d’une vidéo de présentation détaillée et d’une documentation en ligne. Labomep est une des ressources utilisées par Stéphane Le Boulch, professeur de mathématiques au collège Jean Moulin de Gacé (Orne), auquel le site actu.fr consacre un article.
Ouest-France s’est intéressé à une enseignante de petite section de maternelle qui a créé une chaîne YouTube où elle fait chaque jour en direct une séquence de classe.

France 3 Nouvelle Aquitaine salue l’initiative de trois étudiants en L3 de mathématiques et statistiques de l’université de Poitiers qui ont créé une plateforme de soutien scolaire pour les collégiens et les lycéens. L’application Discord, initialement destinée à la faire se parler les joueurs de jeux vidéos, a été utilisée pour créer des « salles de classe virtuelles » qui ont attiré plus de 300 élèves.

Il y a aussi, bien entendu, des ressources pour les étudiants au delà du bac. Benoît Rittaud, connu par ailleurs pour être un excellent ambassadeur des mathématiques auprès du grand public, a mis en ligne sur YouTube des cours sur différents chapitres du programme de mathématiques de première année de licence qu’il enseigne aux étudiants de première année de la licence « Physique, chimie et sciences de l’ingénieur » de l’université Paris Nord.

et à l’étranger

Au Maroc, le site MAP Express signale que l’université de Fès a mis en ligne plusieurs milliers de ressources pédagogique (textes, diaporamas, vidéos...) à l’intention des étudiants confinés.
Le même site indique que « l’université Mohammed VI polytechnique met sa plateforme digitale à la disposition des élèves des classes préparatoires ».

Dans notre revue de presse de juin 2019, nous évoquions en termes peu flatteurs la plateforme Mathscan, dont l’objectif est de combattre les lacunes en mathématiques des élèves marocains. Nous lui reprochions essentiellement de n’être accessible que moyennant finance. Nous nous devons donc de saluer la mise en accès libre du site, signalée par L’Économiste. Le slogan de Mathscan est « L’Intelligence Artificielle au Service de l’Excellence en Mathématiques », mais malheureusement, la consultation de quelques unes des vidéos proposées ne fait pas apparaître l’excellence attendue...

En Algérie, le ministère de l’Éducation nationale a mis à la disposition des élèves du primaire et du secondaire et de leurs parents des chaînes YouTube (23 au total, évidemment en langue arabe) pour travailler pendant le confinement. Le site ObservAlgerie décrit le dispositif en donnant tous les liens vers les vidéos correspondantes.

Au Sénégal, c’est à l’intention des élèves du primaire que la chaîne de télévision TFM (Télé Futur Média) propose l’émission Salle des Profs. L’information est donnée par le site Sénénews. Il en a également été question sur RFI.

La firme Casio a décidé de donner gratuitement accès à son site ClassPad.net, d’ordinaire uniquement disponible sur abonnement payant. Le site canadien École branchée indique que les élèves et étudiants confinés pourront ainsi disposer des outils de calcul et de graphique les plus avancés qu’offre ClassPad ainsi que toutes les ressources. Il ajoute que, pour leurs cours en ligne, les enseignants pourront accéder gratuitement, jusqu’au 31 août 2020, à deux applications (un gestionnaire et un émulateur) et les utiliser pour une durée de six mois.

Ressources culturelles, sportives... et toujours mathématiques

Signalons deux sites qui contribuent à enrichir notre culture mathématique et dont enseignants, étudiants, élèves et grand public pourront tirer un grand profit. Il y a d’une part un remarquable site d’histoire des mathématiques conçu et réalisé par Bernard Ycart et Rémy Drouilhet. D’autre part l’Institut Henri Poincaré propose des films documentaires scientifiques qu’il a produits (consacrés entre autres à Einstein, Lagrange ou Shannon). Science et Vie recommande ce site, qui est en accès libre jusqu’au 17 mai.

Le site franc-comtois macommune.info nous parle de Learn-O, « un concept éducatif permettant d’allier activité physique et mentale ». Il s’agit d’inciter les enfants confinés à « faire des maths en bougeant dans la maison ». Parmi les concepteurs de Learn-O, on trouve des spécialistes de plusieurs discipline : EPS, formation musicale, mathématiques. Le mathématicien est Arnaud Simard, maître de conférences à l’université de Franche-Comté, très actif dans le réseau des IREM. C’est une garantie de qualité pour le contenu mathématique des activités proposées dans Learn-O. Cependant, une réserve importante s’impose : ces activités supposent que l’on dispose d’un logement suffisamment vaste (les vidéos présentées sur le site sont dans une grande maison, dans un gymnase...) ; on ne voit guère comment des enfants confinés dans de petits appartements pourraient en tirer profit.

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Puisque nous sommes dans le domaine sportif, restons-y pour signaler, avec Ouest-France, l’opération « fondaction du football » qui propose aux jeunes de 10-12 ans des activités éducatives à domicile, présentées par des joueuses de l’équipe de France de football. Voici par exemple une fiche de mathématiques.

La perspective du déconfinement ?

Les annonces faites par le premier ministre le 28 avril en ce qui concerne la reprise progressive des activités dans l’éducation nationale ont suscité des réactions plutôt hostiles, entre autres parce qu’elles sont jugées beaucoup trop complexes et, pour la plupart, incompréhensibles. Dans Le Café pédagogique, François Jarraud analyse l’intervention d’Édouard Philippe et conclut que la sécurité sanitaire a été sacrifiée par rapport à des impératifs économiques. Le même site rapporte les réactions des syndicats, « unanimes à exiger des règles sanitaires ». Les annonces sur l’école sont également présentées dans Le Parisien, dans Le Monde et dans 20 minutes.

Honneurs

John Horton Conway

Le coronavirus a emporté un des mathématiciens contemporains les plus remarquables et les plus connus du grand public : John Horton Conway s’est éteint ce 11 avril 2020. De nombreux médias lui ont rendu hommage comme le New York Times ou La Recherche.

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John Conway à l’école d’été Momiss (2014)

Une brève pourrait aider à se repérer parmi ses nombreuses découvertes et donne de nombreux liens vers des ressources au sujet de « Génie magique », comme certains l’appelaient. Les principaux domaines de ses contributions sont les suivants : théorie des groupes, combinatoire, théorie des nombres, mathématiques récréatives. Il avait surtout une envie toujours présente d’aller vers les autres, en particulier vers les jeunes, pour discuter de mathématiques. C’est le cas sur cette photo prise à Lyon lors d’une école d’été pour jeunes mathématiciens en 2012.

Si on voulait résumer sa vie mathématique en quelques mots choisis arbitrairement, ce serait les suivants : empilement de sphères, réseau de Leech, jeu de la vie et de la mort, classification des groupes finis simples, nombres surréels, phutball, problème de Waring, Monstrous moonshine [1] et nous vous renvoyons à la brève ci-dessus pour en savoir un peu plus sur ce qui se cache derrière ces mots.

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Maryam Mirzakhani

Maryam Mirzakhani est la première, et actuellement unique, femme à avoir reçu la médaille Fields. En 2017, trois ans après avoir reçu la médaille, elle est morte des suites d’un cancer du sein. Le MSRI a produit un film retraçant son parcours depuis ses études en Iran, où elle se révèle lors des olympiades internationales, jusqu’à sa vie à Stanford et ses travaux avec Alex Eskin qui lui ont valu entre autres la médaille Fields.

Ce film, Secrets of the surfaces, est visible gratuitement sur internet grâce à l’initiative May 12, et ce jusqu’au 19 mai, pendant le confinement. On en apprend un peu plus sur les surfaces et leurs géodésiques de manière assez élémentaire et, bien sûr, sur sa vie exceptionnelle. La date du 12 mai correspond à sa date anniversaire et elle a été choisie pour célébrer les femmes en mathématiques chaque année.

Secrets of the Surface - official trailer 2020 from Zala Films on Vimeo.

L’Institut Henri Poincaré a aussi mis à disposition ses films documentaires pendant cette période de confinement sur sa chaîne Youtube. Vous pourrez par exemple voir le dernier film de l’institut : Man Ray et les équations shakespeariennes sorti en 2019.

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Sabrina Ouazzani

L’Institut Henri Poincaré et la maison Poincaré, qui ouvrira en 2021, lancent un nouveau podcast mathématique : « L’Oreille mathématique ». Le premier entretien a eu lieu avec Sabrina Ouazzani qui parle de logique, d’informatique et d’esthétisme en mathématiques. Les quatre premiers épisodes sont disponibles et il est question du lien entre mathématiques et philosophie, physique et mathématiques ainsi que du sens des mots en mathématiques.

Diffusion

La diffusion fait les frais de la pandémie avec le confinement généralisé de toutes les activités. Hervé Lehning sur son blog en profite pour faire un rappel de la loi des grands nombres qu’il oppose à la loi des petits nombres, biais cognitif classique qui a pu pousser certains gouvernements à faire l’impasse sur les masques, comme d’autres font l’impasse sur leur assurance, lorsqu’ils n’ont pas eu de sinistre pendant quelques années.

Le salon « culture et jeux mathématiques » ne pourra pas se tenir cette année place Saint-Sulpice mais le comité d’organisation a décidé qu’il se démathérialise ! Un salon virtuel aura donc lieu aux dates prévues du 28 au 31 mai, signale Le Café pédagogique. Retrouvons-nous nombreux sur le site du salon.

D’ici là, nous prendrons quelques minutes pour écouter le podcast sur « le testament d’Évariste Galois, mathématicien maudit » diffusé par Science-et-Vie et la masterclass donnée à la Sorbonne par Marjane Satrapi à l’occasion de la sortie éphémère de son film Radioactive sur Marie Skłodowska-Curie. L’émission est l’occasion de discuter de l’émancipation féminine et des femmes en sciences. Nicole El Karoui, invitée sur le plateau comme mathématicienne, se livre, entre autres, à un plaidoyer pour les écoles normales supérieures de jeunes filles dont la mixité en 81 a eu pour conséquence prévue, l’effondrement du nombre de femmes s’engageant en sciences, notamment mathématiques et physique.

Parutions

Saluons les rédactions de nos périodiques scientifiques qui poursuivent leur travail malgré les obstacles. Outre la difficulté d’organiser une salle de rédaction à distance, l’arrivée de la pandémie a entraîné à la fois une focalisation sur le virus et une accélération de l’actualité scientifique difficile à appréhender pour le public.

Maurice Mashaal décrit bien le problème dans son éditorial de Pour la Science. Il explique que son « équipe s’est pleinement mobilisée afin de proposer en ligne, et en libre accès pour tous, sur www.pourlascience.fr, de nombreux articles sur les développements les plus récents relatifs à l’épidémie de Covid-19 ». Malgré la pagination quelque peu réduite, on retrouve dans le numéro de mai l’essentiel des rubriques habituelles. En particulier le rendez-vous mensuel de Jean-Paul Delahaye permet de « dessiner un éléphant avec un seul paramètre ». Il vous fera découvrir une fonction paramétrisée par un unique nombre réel qui permet de « reproduire n’importe quel jeu de données en nombre fini, par exemple des points qui esquissent la silhouette d’un animal ». Sa conclusion ? « Le monde infini des mathématiques recèle des merveilles et procure des étonnements bien au-delà, du moins c’est mon point de vue de mathématicien, de tout ce qu’on peut trouver dans le monde physique qui, en comparaison, apparaît parfois terne et ennuyeux !« 

Dans le numéro d’avril de La Recherche, Roger Mansuy publiait une chronique au titre volontairement provocateur pour interroger le lecteur : « Augmenter l’espérance de vie sans soigner ». « Il s’agit d’un point de statistiques élémentaires que l’on a baptisé “phénomène de Will Rogers” » consistant à augmenter la moyenne des scores de deux groupes d’individus en en faisant passer un d’un groupe à l’autre.

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Temari

Nous le savons tous, cette période est particulièrement éprouvante pour ceux qui ont dû faire face à un surcroît de travail dans des conditions difficiles et inhabituelles, pour ceux qui partent tous les matins « la peur au ventre », ceux qui se sont retrouvés du jour au lendemain en télétravail tout en gérant « l’école à la maison », les obligations familiales, les imprévus, ceux qui ont perdu leur emploi ou pire, ceux qui ont perdu des proches... Cependant les moins mal lotis ont pu « profiter » du confinement pour se livrer à la découverte d’occupations qu’ils n’avaient jamais eu le temps d’explorer jusque-là comme, par exemple, « confectionner des témari », agrémentés ou non de motifs mathématiques, avec Le Journal de Saxe. Faire des mathématiques avec la tête et les mains ? Les origamis, en vogue depuis plusieurs années, illustrent bien la chose. Eh bien, le dernier numéro du trimestriel Quadrature, tout juste sorti (il couvre avril, mai et juin), nous invite à construire et colorier un dodécaèdre, à l’aide d’un article présenté en deux parties. D’abord comment construire un dodécaèdre par origami (c’est à dire en utilisant uniquement le pliage et l’assemblage de trente petites feuilles de papier carrées, sans découpage ni collage) et ensuite déterminer quel est le nombre minimal de couleurs qu’il faut pour obtenir un dodécaèdre « bien colorié ». Pour la construction l’auteure, Marie Hézard, s’appuie sue le « module Phizz » proposé par Tom Hull. De nombreux tutoriels en ligne existent. La phase de construction terminée, vous êtes prêts à passer à la seconde étape ! Notons que les femmes sont présentes dans ce numéro à plusieurs endroits. Herta Freitag dans l’article de Jean-Paul Truc, « Herta Freitag et les nombres de Fibonacci ». Sofia Kovalevskaïa dans l’article de Mauricio Garay, « oscillation Kovaleskaïenne » et dans celui de Roger Mansuy (chronique Numis-Math-ique), « Sofia (et Gösta) ». Toujours dans sa chronique numismatique, ce dernier évoque également Emmy Noether qui est représentée sur une plaque de bronze commandée par l’Union mathématique internationale à l’artiste Stephanie Magdziak pour les lauréates du prix éponyme. D’autre part, la rubrique « forum » rappelle que l’American Mathematical Society a décerné le Bôcher Memorial Prize 2020 à Laure Saint-Raymond (prix partagé avec Camillo de Lellis de l’Institute for advanced study de Princeton, et Lawrence Guth du Massachusetts Institute of Technology) pour ses « contributions transformatrices à la théorie cinétique, à la dynamique des fluides et au sixième problème de Hilbert ».

Le numéro d’avril-mai de Tangente titre « Les polynômes cachés du quotidien ». Un pari audacieux ? Le sujet peut paraître aride ou du moins peu engageant pour des lycéens, voire réveiller des souvenirs plus ou moins agréables chez leurs parents. Avant de passer votre tour, feuilletez donc la revue. D’autant plus que, comme d’habitude, ce numéro recèle bien d’autres richesses que le dossier à la une : un dossier sur l’histoire de la traduction des textes mathématiques de l’Antiquité à l’aube de la Renaissance et, dans un autre ordre d’idée, l’émergence du calcul des probabilités ou l’histoire de Katherine Johnson. Les amateurs de foot seront intéressés par l’article de Léo Gerville-Réache, Et si on refaisait le match ?. De son côté, le trimestriel Tangente Education propose aux enseignants un dossier sur « les pédagogies alternatives du primaire au lycée ».

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La peste de Marseille (1720)

Dans cette période sombre, les librairies sont fermées, les sorties littéraires suspendues, les nouveautés en attente... C’est le moment de redécouvrir les classiques, en littérature comme dans les domaines scientifiques. L’ouvrage qui a été le plus vendu d’après Le Monde ces dernières semaines nous dit, c’est La Peste.

À la fin d’une vidéo qui remporte un grand succès, Étienne Ghys nous propose de (re)lire L’Histoire universelle des chiffres de Georges Ifrah.

Paolo Giordano, l’auteur de La Solitude des nombres premiers, a écrit Contagions juste avant que l’Italie n’entre en confinement. Le Monde en avait publié à ce moment les bonnes feuilles. Le texte devait sortir début avril aux éditions du Seuil qui ont alors décidé de l’offrir en libre accès. Il sera disponible en librairie plus tard. L’auteur reversera une partie de ses droits pour la gestion de l’urgence sanitaire et la recherche scientifique.

Pour finir

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Tournesol : saurez-vous y trouver le nombre d’or (ou presque) ?

Le dernier album du pianiste de jazz Olivier Collette s’intitule PHI, d’après le nombre d’or $\varphi=(1+\sqrt5)/2$. La RTBF vante l’album et propose un teaser où l’artiste explique comment il s’est plié à des contraintes oulipiennes pour structurer le disque.

Enfin, Ouest-France propose « des énigmes de maths à résoudre en famille », de même que Normand Baillargeon, qui y ajoute des « paradoxes » dans Le Devoir.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1Littéralement : monstrueuse sornette.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse avril 2020» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse avril 2020

    le 3 juin à 00:24, par LASSALLE Philippe

    J’ai été émerveilé par le film « Secrets of the surface » en l’honneur de Maryam Mirzakhani !...

    C’est un film très délicat et très fin, d’un bel esprit scientifique et qui relie la communauté des mathématiciens qui portent la mémoire de sa vie et de son oeuvre lumineuse. Ainsi, il est très chaleureux.Il a aussi l’élégance de mettre en lumière les jeunes femmes iraniennes d’aujourd’hui de son collège et de son lycée.

    Merci beaucoup de nous l’avoir fait connaître !

    C’est un document qui ouvre de nombreuses portent.
    Il montre aussi que l’oeuvre de Maryam Mirzakhani est bien vivante.

    Document joint : meije_0.jpg
    Répondre à ce message
    • Revue de presse avril 2020

      le 3 juin à 00:31, par LASSALLE Philippe

      « C’est un document qui ouvre de nombreuses portes ».

      La correction n’a pas fonctionné

      Répondre à ce message

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