1er janvier 2010

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Revue de presse décembre 2009

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Cactus de Noël

Commençons par souhaiter à nos lecteurs une bonne et heureuse année 2010 ! En guise de cadeau, nous vous offrons cette entrée d’un blog dédié à un arbre de Noël peu commun, le cactus ! Intéressé par l’auto-organisation dans le monde naturel et par les motifs biologiques (tâches, rayures, ramifications), l’auteur de ce billet très bien écrit réussit à présenter de manière claire
certaines connexions entre les mathématiques et la biologie. Pour ne rien gâcher, l’article est très joliment illustré.

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Maths à Venir

Les tout premiers jours du mois de décembre ont vu se dérouler à Paris un événement mathématique d’importance : la tenue du colloque Maths à venir 2009 [1]. Plus de vingt ans après le précédent colloque de ce type, il s’agissait d’ouvrir un grand débat public sur le rôle, la place et l’utilité des mathématiques dans notre société. La presse généraliste s’est bien sûr fait l’écho de cette manifestation singulière organisée à l’initiative de nombreuses sociétés savantes.

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Après avoir rappelé la qualité de la recherche mathématique en France, AgoraVox fait un constat : la désaffection des jeunes générations pour les sciences en général et les mathématiques en particulier commence à devenir inquiétante. L’auteur passe en revue les raisons qui, selon lui, peuvent expliquer un tel désintérêt. L’allègement des programmes est pointé du doigt : « lorsqu’on veut fabriquer un champion sportif, en général, on ne lui allège pas le programme d’entraînement ». Des phénomènes sociétaux plus profonds sont également mis en avant : « Dans la méritocratie républicaine, le mathématicien avait initialement une position sociale enviable, une considération importante de la part de ses concitoyens. [...] dans une société où on valorise de la même façon ceux qui dissertent sur l’air du temps à leurs moments perdus et ceux qui passent des heures penchés sur des copies difficilement compréhensibles, alors oui, le parcours de facilité est tentant, [...] il devient la norme. » L’auteur, qui ne mâche pas ses mots, finit sur ces phrases : « notre idéal, dans les sociétés démocratiques, c’est la liberté, celle de penser, d’agir, de s’exprimer. Or l’ignorance est un frein à la liberté. [...] Ainsi, l’ignorance de certaines lois de la physique [...] empêche de faire des avions et donc de voler [...]. Que peut bien être une démocratie dans laquelle le peuple est ignorant ? » Bref, on l’aura compris, un article pertinent dans ses interrogations et radical dans ses analyses.

Pour La Croix et Le Matin, le colloque Maths à venir 2009 est l’occasion pour les mathématiciens de changer leur image face à la crise des vocations. Interrogé, Jean-Yves Chemin, directeur de la Fondation Sciences Mathématiques de Paris, revient sur la perception des mathématiques par le grand public : « mal aimées et souvent mal connues, elles sont vues comme une matière figée. » Ceci est d’autant plus surprenant qu’elles sont pourtant omniprésentes dans notre quotidien : « la recherche la plus fondamentale [peut] avoir des applications insoupçonnées. Un cas d’école est celui des nombres premiers, dont la compréhension est fondamentale en cryptologie, une branche des maths cruciale pour la sécurité aussi bien des transactions financières que de questions touchant à la défense ». L’article se termine par une mise en garde : « Les mathématiques françaises sont mises au défi de tenir leur rang face à l’arrivée en force des Indiens et des Chinois. » Ces informations sont également développées par Le Nouvel Obs, L’Express et Les Echos.

Le Monde, quant à lui, donne la parole aux acteurs du colloque. Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques commence par un constat : « En France, il y a environ 6 000 mathématiciens. Tous ne travaillent pas dans le monde académique : environ un tiers d’entre eux sont en entreprise. Il y a aujourd’hui une grande variété de métiers réservés aux matheux. » Pourtant, Le Monde rappelle qu’en occident « les mathématiques séduisent [...] de moins en moins [alors que les] pays émergents, singulièrement l’Inde et la Chine, connaissent une tendance inverse. » Marie-Françoise Roy, professeur à l’université Rennes I, enfonce le clou : « Au niveau L3 (bac + 3), nous sommes passés en six ans de 6 000 étudiants [en mathématiques] à 4 000 environ ». Cette désaffection ne semble pas due à la crise des subprimes, en effet « les mathématiques financières fourniraient à elles seules, au niveau master, jusqu’au quart des étudiants en mathématiques français. » Ce serait plutôt du côté des étudiants qui choisissent la recherche publique qu’il faudrait s’alarmer. Son « organisation [...] et surtout ses modes de financement “tendent à s’uniformiser”, explique en effet M. Bourguignon, vers “un contrôle toujours plus tâtillon des financements” », alloués de plus en plus souvent sur des durées jugées trop courtes. Etienne Ghys, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon renchérit : « Si on demande à un mathématicien ce qu’il aura démontré dans trois ans, il est obligé de mentir ! » Et Jean-Pierre Bourguignon de conclure « le virage pris ces dernières années en Europe est potentiellement “assez catastrophique” pour les mathématiques. »

Mathématiques et société

Maths à Venir aura également été l’occasion de discuter de la place des femmes en mathématiques.

Libération a donné la parole à Véronique Chauveau, vice-présidente de l’association « Femmes et mathématiques », à l’occasion d’un tchat avec les lecteurs du journal. Selon elle, une partie de la méfiance des femmes envers les mathématiques vient de la société qui véhicule « de très nombreux stéréotypes » (pas seulement pour les mathématiques, mais pour les sciences en général) et le résultat est le suivant : « On n’a pas beaucoup d’exemples de scientifiques femmes dans le passé, même quand elles existent on ne les connaît pas toujours ». Une illustration de ce phénomène, en cette période de fêtes de Noël, est apportée par Slate.fr : les publicités pour les cadeaux de Noël orientent la vision que les enfants ont du monde et d’eux-mêmes, « en offrant à la petite fille des chariots de ménage, on va façonner son genre féminin. C’est en associant son sexe, donnée biologique, au ménage, donnée sociale, qu’on crée donc le genre. Une détermination qui n’est pas sans conséquence. » Diverses expériences, dont celle menée par Claude Steele, montrent « pourquoi les jeunes américaines réussissaient moins bien les tests de mathématiques à l’entrée en fac que leurs collègues hommes ». Il a suffit de présenter le test en ne mentionnant pas le terme « mathématiques » pour que les filles obtiennent des résultats équivalents à ceux des garçons. Ainsi, « pour réussir en mathématiques, les filles doivent donc surmonter un handicap psychosocial (et non biologique) auquel les garçons n’ont pas à faire face. »

La sous-représentativité des femmes dans les emplois scientifiques a été évoquée par Ouest-France. Dans la lutte contre les préjugés, on peut mentionner par exemple qu’ « en France, il y a 20% de femmes en mathématiques, contre 60% en Italie ». Conclusion : « il doit y avoir du culturel là-dedans ». Les associations Femmes et Sciences, Femmes Ingénieurs, et Femmes et mathématiques luttent pour « montrer que des femmes font ces métiers [ndr : les emplois scientifiques] et ont du plaisir à le faire ».

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René Descartes,
à droite sur cette toile de Dumesnil ; à gauche, la reine Christine de Suède.

A l’occasion de la journée mondiale de la philosophie (19 novembre) dont le thème était « philosophie et citoyenneté », un article sur agoravox.fr s’interroge sur un tout autre sujet : les liens entre mathématiques et citoyenneté. Il s’agit pour l’auteur de comparer les qualités nécessaires à l’exercice de la citoyenneté et à la pratique des mathématiques. L’exercice est hasardeux et se conclut sur une note dans l’air du temps : « l’apport fondamental de la Mathématique à la citoyenneté est donc surtout manifeste à travers le sens du devoir envers la nation. »

« Le plus illustre penseur français de tous les temps », Descartes, est à l’honneur dans un entretien donné par Denis Kambouchner, professeur à la Sorbonne et spécialiste du philosophe, au journal Le Point. Même si le « mathématicien » est largement caché derrière le « philosophe », on notera que ce symbole de l’identité nationale « avait choisi de vivre en Hollande » et que l’histoire de la référence à Descartes – la construction du mythe du « philosophe national », qui remonte au moins au XIXème siècle – est « conflictuelle » et d’une « complexité historique » exemplaire. A méditer.

Mathématiques et finance

Ce mois-ci les mathématiques se sont encore invitées dans l’actualité par le biais de la finance et de la crise.

A l’occasion du colloque Maths à Venir (encore !), Sylvestre Huet interroge Jean-Pierre Bourguignon sur son blog Sciences², notamment à propos du rôle des mathématiques dans la crise financière : « [Tout a dégénéré en raison d’] un déséquilibre entre recherche appliquée et recherche fondamentale. Il aurait fallu se pencher sur ces outils utilisés par les banques [...] Ce qui était impossible puisque les banques gardaient pour elles les données qu’elles collectaient dans un contexte de compétition féroce [...]. Bref, pour anticiper la crise au plan mathématique, il aurait fallu un partage des connaissances, une vue d’ensemble et la construction d’un sous-bassement théorique sérieux comme bien public. En résumé, une bonne recherche fondamentale ».

Dans un entretien accordé au Monde le 14 décembre, Thomas Mariotti, prix du meilleur jeune chercheur en finance, suggère de réconcilier « la finance d’entreprise et la finance de marché ». Dans le même esprit que Jean-Pierre Bourguignon, il réaffirme que les modèles mathématiques restent indispensables : « En s’en privant, on perdrait la possibilité de savoir en quoi la situation réelle est différente de celle que prévoit l’économie classique. »

L’intérêt de l’outil mathématique pour la théorie économique est rappelé par Alternatives Economiques à l’occasion du décès, le 13 décembre dernier, de Paul Samuelson. « Economiste précoce, prolifique et généraliste, [...] prix Nobel en 1970, il a transformé la manière de faire de l’économie à partir du milieu du XXème siècle, en formalisant, au moyen des mathématiques, tous les domaines de la théorie. » Dans une nécrologie qui lui est consacrée, Le Monde rappelle que « son approche scientifique s’inspire de la physique. La thermodynamique le fascine et [...] il défend l’usage des mathématiques, seul moyen d’éviter la confusion des idées. »

Du côté des « mathématico-sceptiques », Hubert Rodarie et Christian Walter suggèrent avec emphase sur latribune.fr de « quitter l’univers rassurant du modèle brownien, et assumer l’incertitude non brownienne d’un monde qui connaît ruptures et chocs », qualifiant le « postulat brownien » d’idéologie. Dans l’Expansion, un article intitulé Au risque du chaos reprend la même analyse et annonce s’attaquer à « l’idéologie mathématique » alors qu’il s’en prend en réalité au « laisser-faire ». Cet article mentionne également Paul Samuelson, qui aurait « déterré les théories d’un mathématicien français de la fin du XIXème siècle totalement oublié, Louis Bachelier ».

A titre récréatif, une dépêche Reuters intitulée « Le geek, nouvelle figure, algorithmique, de Wall Street », reprise par la plupart des journaux du oueb (Le Point, Le Monde, le Nouvel Obs, L’Express, ...), nous livre un florilège de préjugés consternants sur les mathématiciens et informaticiens. Extrait : « Ce sont des introvertis, parfois des inadaptés sociaux, qui fuient toute publicité. C’est exactement le genre de types qu’on retrouve dans une convention Star Wars. »

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Source : wikipedia
Licence : Creative Commons

Divers

Le rêve de Neil Turok. Il y a quelques années, là où se dressait il y a peu un hôtel délabré, Neil Turok, cosmologiste titulaire de la chaire de physique mathématique de l’université de Cambridge, fondait l’African Institute for Mathematical Sciences. Le Monde revient ce mois-ci sur l’histoire de cet institut, qui « sélectionne, chaque année, une cinquantaine d’étudiants africains des plus brillants dans les domaines des mathématiques et de la physique théorique », accueille des chercheurs étrangers, et fait des émules : « un institut frère est en cours de création au Sénégal, porté par Vincent Rivasseau et le mathématicien sénégalais Mamadou Sangharé ; il devrait ouvrir en 2011 ».

Prix de La Recherche 2009. « Depuis 2004, le Prix La Recherche récompense chaque année la diversité et l’excellence scientifique. Ouvert à toutes les disciplines, ce prix distingue les chercheurs selon quatre critères : recherche, pluridisciplinarité, francophonie et diffusion des connaissances. » Cette année, les travaux de David Gérard-Varet, Didier Bresch, Benoît Desjardins, Emmanuel Dormy et Emmanuel Grenier intitulés « Mathématiques et Écoulements Géophysiques : paramétrisations et petites échelles » ont été récompensés pour la mention « Energie ».

Parutions

Non, la géométrie du triangle n’est pas morte ! « Le triangle ressuscité illustre la singulière capacité de renouvellement et la possibilité de trouver, à propos de la plus simple des structures géométriques, des problèmes inconnus... et difficiles. » Dans le numéro 387 de Pour la Science, la rubrique Logique et calcul est consacrée à un problème présenté dans l’ouvrage du mathématicien Alexander Soifer « How does one cut a triangle » (Comment peut-on couper un triangle ?). Jean Paul Delahaye explique pourquoi « l’espacement optimal des points à l’intérieur d’une figure est un problème de géométrie élémentaire qui fait l’objet d’intéressantes recherches » avant de conclure sur le rôle grandissant joué par l’outil informatique dans le traitement de certains problèmes.

Dans le bloc-notes du même numéro, Didier Nordon explique les points de vue des mathématiciens français qui adjectivent leur spécialité et substantivent leur pays pour se regrouper dans une Société Mathématique de France alors que les physiciens se regroupent dans une Société Française de Physique ...

Le numéro de janvier 2010 de La Recherche présente son palmarès 2009 des dix découvertes de l’année. Pour les mathématiques, c’est le calcul avec des données cryptées qui a été retenu. « En chiffrant les données que l’on confie à un tiers, on s’assure qu’elles seront conservées en sécurité. Mais jusqu’à présent il était impossible de faire des calculs à distance sur ces données. Le premier algorithme de chiffrement permettant de les manipuler à loisir a été découvert cette année. »

Parmi les événements scientifiques attendus pour 2010 le journal cite le prochain congrès international des mathématiciens qui se déroulera du 19 au 27 août 2010 en Inde à Hyderâbâd.
C’est au cours de ce congrès organisé tous les quatre ans que sont remis les prix de l’Union Mathématique Internationale. Pour la médaille Fields, La Recherche évoque les noms de quatre mathématiciens, Artur Avila, Ngô Bao Châu, Irit Dinur et Cédric Villani, comme possibles récipiendaires.

Enfin, dans la rubrique Image des sciences 2009, « La spirale logarithmique dans l’espace » présente une des illustrations d’un article du mathématicien roumain Marian Ioan Munteanu publié en mars 2009.

Dans la cour du Palais

Nous vous parlions le mois dernier d’une exposition visible jusqu’au 31 décembre au Palais de la Découverte, musée parisien des sciences depuis 1937. Ce dernier vient de changer de statut. Il est désormais regroupé avec la Cité des Sciences en un établissement public à caractère industriel et commercial. Lepost.fr s’est ému de cette situation, qui crée « une entité énorme, difficilement gérable, et onéreuse », au détriment d’« une approche unique, drôle, humaine, vivante, de la Science ».

P.S. :

En illustration de cette revue de presse : les belles images de cactus proviennent du blog Le cactus heuristique, avec l’aimable autorisation de Fabrice Cendrin ; l’image de Dark Vador provient de Wikimedia Commons.

Notes

[1Voir ce billet sur notre site.

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Commentaires sur l'article

Pour citer cet article : L’équipe Actualités, « Revue de presse décembre 2009 »Images des Mathématiques, CNRS, 2010.

En ligne, URL : http://images.math.cnrs.fr/Revue-de-presse-decembre-2009.html

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