Revue de presse décembre 2016

Le 1er décembre 2016  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

Une nouvelle étude démontre les piètres performances en mathématiques des élèves français. Un regard plus critique sur l’utilisation des données massives. Comment écrire une démonstration au XXIe siècle ? Voici quelques-uns des thèmes qui ont intéressé les médias ce mois-ci.

Enseignement

PNG - 912.9 ko
Encore un voyant rouge

Si les résultats de la nouvelle enquête PISA [1] n’étaient pas encore rendus publics au moment où nous écrivons ces lignes, le rapport TIMSS [2] fraîchement tombé fait craindre le pire. Cette étude internationale s’est intéressée aux performances en maths et en sciences des élèves de CM1 et de Terminale S. Au sujet des premiers, Le Figaro assène : « en maths, les élèves de CM1 affichent les plus mauvais résultats en Europe ». Pour les seconds, le niveau est « en chute libre », renchérit Le Point. Le Monde porte le coup final : « On pensait notre école certes inégalitaire, mais capable au moins de produire une élite ; TIMSS tend à montrer que les scores de toutes les catégories d’écoliers, même les plus forts, ne s’éloignent pas du bas du classement. »

Mme Vallaud-Belkacem, reprise par le Figaro, attaque et évoque « une génération sacrifiée qui paye les choix du gouvernement de Monsieur Fillon ». A contrario, selon le Monde, « au ministère de l’Éducation nationale, on fait profil bas » et « on invoque plutôt la formation et le profil des professeurs ». Car, « les enseignants du primaire viennent plus souvent de filières littéraires que scientifiques ». Ces derniers « savent qu’ils peuvent gagner bien mieux leur vie ailleurs », réagit Dominique Seux sur France Inter,

Parlons-en ! Le nombre de candidats inscrits aux concours de recrutement du professorat connaît une légère progression (+5%) pour la session 2017, annonce Le Monde, qui souligne que cela concerne plus particulièrement les disciplines déficitaires, comme les lettres classiques, les lettres modernes et les mathématiques, ce dont notre ministre ne manque pas de se réjouir.

Le journal ne remarque pas qu’il n’y a pas forcément là de quoi pavoiser. En mathématiques, par exemple, sur les 5373 candidats inscrits à la session 2016 du CAPES externe, 1137 ont été reçus (alors qu’il y avait 1440 postes). Les candidats malheureux ne disparaissent pas dans la nature ! Beaucoup d’entre eux (combien ?) retentent leur chance en 2017, ce qui peut expliquer un accroissement du nombre de candidats plus sensible dans les matières déficitaires : ce sont celles où les postes sont le moins pourvus et où le taux de « redoublement » est donc plus élevé. Il faut ajouter à cela que plus d’inscrits ne signifie pas toujours plus de candidats : ces deux dernières années, si le nombre des inscrits a été en augmentation, celui des présents aux épreuves écrites n’a pas suivi. Il a diminué entre 2014 et 2015 et n’a que très légèrement augmenté l’année suivante, alors que le nombre d’inscrits explosait (+15,7%). Les raisons de ce phénomène n’ont pas, à notre connaissance, été analysées. Le grand laps de temps qui sépare l’inscription (novembre) du début des épreuves (avril) incite en tout cas à la prudence dans l’interprétation des données relatives aux inscriptions.

Le ministère souligne aussi le fait que le nombre d’inscrits retrouve son niveau de 2008, soit celui d’avant la réforme dite de la « mastérisation » et les suppressions de postes qui l’accompagnèrent. Il eut été utile de relever un fait essentiel : en 2008, les postes mis au concours étaient tous pourvus ! C’était le cas depuis le milieu des années 90, et ce le fut encore en 2009 et 2010. Mais 2011 voit un effondrement du nombre d’inscrits, et surtout du nombre de présents à l’écrit (respectivement 29% et 52% de moins qu’en 2010), ce qui contraint le jury à ne pourvoir que 60% des postes offerts, faute de candidats de niveau acceptable. Ce pourcentage s’est un peu amélioré depuis, mais on est encore loin de couvrir les besoins en enseignants de mathématiques, et la progression annoncée du nombre d’inscrits n’indique malheureusement pas que la grave crise du recrutement touche à sa fin.

JPEG - 221.7 ko
Après les classes sans professeur...

Aussi, la situation d’une classe sans prof de math décrite par Le Dauphiné risque de rester banale encore un certain temps. Et il ne fait pas de doute que le principal du collège Pierre et Marie Curie de Montmélian aurait accueilli avec empressement un professeur « envoyé spécial », dont Francetvinfo rappelle la supercherie. (A lire aussi sur notre site ce billet et le débat du 18 novembre).

L’ampleur de cette crise, pressentie par toute la communauté éducative dès l’annonce des projets de réforme de la présidence Sarkozy, aurait nécessité des mesures que l’actuelle équipe au pouvoir n’a pas voulu prendre. Le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) vient de publier un rapport sur les difficultés de recrutement, dont l’OBS relève quelques recommandations importantes : nécessité d’une politique de recrutement stable (et donc de plans pluriannuels) ; incitation à candidater en dehors du profil classique de l’étudiant d’université (reconversions, élèves de classes préparatoires…) ; accompagnement (ou « mentorat ») pendant les deux premières années d’exercice ; instauration de primes pour enseigner en zone difficile ; accès au logement social ; enfin mise en œuvre d’une « formation continue obligatoire et de qualité ». Toutes ces mesures sont réclamées depuis bien longtemps par la plupart des formateurs, mais, quelle que soit la couleur politique des décideurs, ces demandes restent sans écho. On peut simplement regretter qu’il n’y ait pas trace d’une demande également récurrente des formateurs, des associations professionnelles et des sociétés savantes de mathématiques : l’instauration d’un prérecrutement à bac + 1 ou bac + 2, semblable à l’ancien système des IPES (Instituts de Préparation aux Enseignements de Second degré) qui, après avoir largement fait ses preuves, en fournissant à l’éducation nationale plusieurs promotions de professeurs très bien formés, a été abandonné au début des années 80.

Culture mathématique

JPEG - 72 ko
Des lauréats aux Olympiades 2016 « Informatique, Mathématiques et Physique »

Cherchons des nouvelles plus réjouissantes du côté des concours mathématiques.

Peut-être l’ignoriez-vous mais les treizièmes olympiades internationales des mathématiques et des sciences ont eu lieu du neuf au treize novembre 2016 dans la ville de Tangerang en Indonésie. Concours destiné aux élèves âgés de moins de 13 ans, « l’IMSO-2016 a vu la participation de plus de 400 candidats venus de 23 pays et territoires ». Le Vietnam a remporté un vif succès lors de ces rencontres comme le relate Le Courrier du Vietnam. Douze élèves dans la délégation : douze médailles. La France n’est pas en reste puisqu’une quinzaine de lycéens ont honoré leur pays « dans les Olympiades Internationales d’Informatique (à Kazan), de Mathématiques (à Hong Kong) et de Physique (à Zürich) », comme l’indique le site de l’Institut Henri Poincaré. Notons que ce succès est aussi celui des associations les ayant préparés : « Animath », « l’Association France-IOI » et le dispositif ministériel « Sciences à l’École ».

Et c’est une association étudiante guadeloupéenne, Donner du sens aux maths (2DSMaths), qui est à l’origine de la vidéo Clash Math, lauréate du troisième prix du concours de vidéos mathématiques « Les maths et moi » lancé par la FSMP (Fondation sciences mathématiques de Paris, relate France-Antilles. Les autres vidéos primées peuvent être regardées sur le site de la FSMP. Pour rester dans la vidéo, Educavox évoque la websérie Simplex, « co-produite par France Télévision et Universcience dont l’objectif consiste à développer la culture mathématique chez les plus jeunes ». Une façon d’atténuer la douleur que certains ressentent en faisant des mathématiques. En effet, « Des chercheurs du département de psychologie de l’Université de Chicago ont d’ailleurs constaté, avec l’aide de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire que les régions du cerveau activées pendant un épisode d’anxiété des mathématiques semblent être les mêmes que pour la perception de la douleur », selon Sciences et Avenir.
Houssenia Writing a le mérite de souligner les limites statistiques de cette étude.

La vidéo Clash Math, lauréate du troisième prix du concours de vidéos mathématiques

« Toutes les deux semaines, le lundi, le blogueur anglais Alex Bellos soumet aux lecteurs du Guardian un problème à « résoudre » ». Repris par Ouest-France, un récent problème était dédié à la logique. Pour résumer, trois enfants (Alice, Bob et Charlie) portent des chapeaux rouges ou bleus. Alice voit ceux de Bob et Charlie. Bob voit celui de Charlie et Charlie n’en voit aucun. Et, en fonction des chapeaux vus (deux pour Alice, un pour Bob et zéro pour Charlie), il faut deviner la couleur de son propre chapeau. Serez-vous à la hauteur ?

Si « les mathématiques ont longtemps eu un rôle utilitaire », elles se sont progressivement détachées du monde réel pour former un univers abstrait. Cette genèse faisait l’objet d’un numéro de l’émission La Tête au carré sur France Inter.
Dans un billet sur son blog, le professeur Djalil Chafaï tient un discours légèrement différent. Sans renier l’abstraction dans laquelle a plongé la science mathématique, il souligne la concomitance de l’avancée mathématique avec le progrès technologique. Prenant pour exemple « les travaux d’un jeune chercheur sur les algorithmes stochastiques, il conclut : les résultats de Pierre Monmarché ont la particularité de mêler des univers et des influences multiples, entre théorie des probabilités, physique statistique, analyse des équations aux dérivées partielles et ingénierie ».

« Musique et mathématiques », c’est le nom d’un programme proposé en licence à l’université de Franche-Comté . On peut aussi écouter Madame Chandelier, musicien rendant hommage à Sophie Germain, « mathématicienne de la fin du XVIIIe, début du XIXe siècle (…) obligée de publier ses travaux sous le nom d’Antoine Leblanc, un homme donc, pour qu’ils soient pris au sérieux  », selon L’Orient Le jour .

On a également affaire ce mois-ci à une curiosité étonnante : Ginjfo relate que la calculatrice de Windows 10 est incapable de faire correctement le calcul 2+2*3 car elle adopte une démarche séquentielle (sans les priorités usuelles pour les opérations) et donne donc comme résultat 12 !

JPEG - 73 ko
Des indices pour le résoudre dans le dossier de Futura Sciences

Et on arrive enfin à notre coup de cœur qui se trouve sur le site Futura Sciences. Si vous voulez en savoir plus sur le côté mathématique du Rubik’s Cube ou encore sur la théorie des catastrophes, allez voir ce dossier avec de beaux petits textes de vulgarisations qui sont - ce qui ne gâche rien ! - joliment illustrés.

Recherche et applications

GIF - 8.4 ko
Un algorithme célèbre

Dans une série d’articles, Les Echos (cf. aussi ici) s’intéressent aux rapports entre mathématiques, algorithmes et big data. Jean-Louis Davet, DG de la MGEN [3], propose un questionnement sur les limites de la modélisation mathématique, alors que celle-ci prend « une place essentielle dans la configuration du monde numérique tel que nous le vivons aujourd’hui ». Prenant pour exemple les mutations profondes en cours dans le domaine de l’assurance, il renvoie dos à dos le mythe du « tout mathématique » et le cliché des mathématiciens « enfermés dans leur tour d’ivoire ».

L’utilisation aveugle des données massives est aussi au coeur d’un article d’Usine Digitale. On y lit un témoignage intéressant de Cathy O’Neill, passée du monde universitaire à celui de la finance puis celui de l’analyse de données, et membre du mouvement Occupy Wall Street. Elle pointe le risque de perpétuation des préjugés qu’induit le big data : ainsi de l’algorithme qui encouragerait le recrutement d’ingénieurs masculins, parce que ce biais existait déjà dans les bases de données qu’il analyse. Le « serment d’Hippocrate prêté par les data-scientists » qu’elle propose suffira-t-il à éviter ces écueils ?

Sur la même lancée, Slate pointe du doigt les dangers de la criminologie prédictive, utilisée dans plusieurs grandes villes américaines, mais aussi à Munich. Objectif : envoyer plus de policiers dans « les quartiers repérés comme « les plus chauds » par l’outil informatique et (…) les inciter à surveiller davantage certains profils susceptibles de commettre une infraction. »

Dernière réjouissance sur ce chapitre, une brève de la revue TTU explique comment l’armée américaine espère tirer profit de l’analyse statistique pour « alerter les fantassins des dangers imminents qui les menacent à quelques mètres de leurs positions ».

JPEG - 191.9 ko
Artériographie révélant la circulation sanguine dans le cerveau.

Le ouèbe francophone fait la part belle aux applications relevant des sciences du vivant. C’est ainsi que Radio Canada propose un portrait de la physicienne médicale Christine St. Pierre, dont le métier est transversal et méconnu. Euronews parle quant à lui de l’usage de la réalité virtuelle pour aider les patients schizophrènes. Quant au Journal du CNRS, il évoque un espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer : des « modèles numériques de l’écoulement du sang dans un vaisseau mais aussi dans des réseaux composés de 15 000 à 1 000 000 de vaisseaux ».

Le Monde se fait l’écho de recherches expliquant le phénomène de « forêt courbée ». Et Les Echos expliquent comment les mathématiques peuvent servir à limiter l’utilisation des pesticides dans la viticulture.

JPEG - 1.6 Mo
Viticulture : réduire les pesticides grâce aux mathématiques

Egalement ce mois-ci, un article de fond très intéressant dans Interstices sur les failles de sécurité dans les systèmes informatiques qui sont dues aux composants physiques et ne relèvent pas de la théorie de l’information. Vous saurez par exemple « pourquoi les algorithmes de vérification de code PIN doivent se faire en temps constant ».
Sciences et Avenir se penche, quant à lui, sur un sujet loin d’être anodin pour les chercheurs : la percolation. En effet, « les mathématiques appliquées s’étaient jusque là peu penchées sur les cafetières à filtre, qui représentent pourtant 55 % des machines à café vendues en Europe ». Signalons finalement une brève de Ca m’intéresse sur l’origami et un nouvel article sur les coïncidences, proposé par Atlantico cette fois-ci.

Honneurs

Les mathématiciens sont à l’honneur à la radio ; France Culture nous offre un portrait de Grothendieck et sur RFI Jean-Paul Delahaye nous parle de Claude Shannon, en occasion du centenaire de sa naissance. Si Shannon est certainement un des pionniers de la théorie de l’information (père du codage binaire, comme nous rappelle le Journal du CNRS) Epoch times remonte bien plus loin dans le temps en nous expliquant comment la fille de Lord Byron a participé à la conception de la machine analytique de Charles Babbage.

Dans la presse francophone on trouve quelques remises de prix ; Lakoom Info nous informe que le mathématicien Ahmed Djebbar a reçu le prix David Eugène – Smith pour ses travaux en histoire de mathématiques et Radio Canada que Donald Violette a remporté le prix Adrien Pouliot 2016 de la Société mathématique du Canada (SMC), destiné aux personnes ayant apporté une contribution significative et durable à l’enseignement des mathématiques au Canada. Et on découvre aussi sur Le temps que dans les salles de cinéma suisses est enfin sorti « The Man Who Knew Infinity » sur Ramanujan ; à quand en France ?

N’oublions pas enfin les interventions Villaniques. Ce mois-ci, Cédric Villani parle de la créativité dans La Tribune, rend hommage à la tradition mathématique tunisienne sur Radio Express FM et intervient dans l’émission Ping Pong sur France Culture. Sur le site Zone Bourse, on apprend le lancement d’Atos Quantum, « un ambitieux programme visant à développer des solutions de calcul quantique qui offriront des puissances de calcul inédites ». Cédric Villani fait partie des scientifiques de renom accompagnant ce projet, en compagnie entre autres d’Alain Aspect et de Serge Haroche.

Parutions

JPEG - 107.2 ko
Polyèdre et origami

Voici un faire part de naissance : le CNRS a lancé Carnets de science, sa première revue d’informations scientifiques, semestrielle, destinée au grand public, le 3 novembre 2016. Nous souhaitons longue vie et beaucoup de succès à cette nouvelle revue.

Il y a 101 ans, Albert Einstein soumettait à la section de mathématiques et de physique de l’Académie royale des sciences de Prusse le manuscrit de la théorie de la relativité générale qui sera publié le 2 décembre 1915. Accromath a fait coïncider la sortie de son numéro « été - automne 2016 » avec l’anniversaire de l’évènement. Un dossier est consacré à la chute des corps, un autre à « la gravité selon Einstein ». Signalons aussi une invitation à comprendre la théorie de la relativité restreinte, proposée par « Etienne Klein, notre premier physicien-écrivain » dont le dernier livre a visiblement plu à Roger-Pol Droit dans Le Monde.

Trois autres dossiers d’Accromath traitent des mathématiques de l’Origami (plus précisément des constructions que l’on peut faire à la règle et au compas et de celles que l’on peut faire en Origami), de « Glanures mathématico-littéraires » (qui constituent la suite du dossier commencé dans le numéro précédent) et de « Mathématiques et art », dossier qui traite des mosaïques de Thiele. Thorvald Thiele a montré le premier comment l’utilisation de congruences dans l’ensemble des entiers de Gauss permet de construire facilement des mosaïques d’une grande beauté. Avec l’habituelle Rubrique des Paradoxes de Jean-Paul Delahaye et la section problèmes, cela fait une belle diversité de sujet ! On ne saurait trop rendre hommage à la qualité du travail réalisé par la sympathique équipe de la revue.

Leslie Lamport, prix Turing 2013, prononçait début octobre la conférence « Comment écrire une démonstration au 21e siècle » pour la rentrée du séminaire Mathematic Parc : il y expose une nouvelle manière d’écrire les démonstrations avec laquelle il devient plus difficile de démontrer des résultats faux. Près d’un tiers des articles de rechercher contiennent des erreurs et pire les manuels universitaires n’en sont pas exempts… Roger Mansuy dans La chronique mathématique de La Recherche reparle de cet évènement sous le titre « Parlons maths en langage informatique ». Il nous explique que Leslie Lamport préconise une écriture plus formelle avec une disposition hiérarchisée et l’utilisation des capacités du format hypertexte inspiré des pratiques en informatique.

Dans son numéro de décembre, Pour la Science nous livre dans la rubrique Réflexions & débats un entretien avec Stella Baruk (repris par Refletafrique.net) : Il faut donner du sens aux nombres dès la maternelle. Le point de vue et le témoignage d’une spécialiste en pédagogie des mathématiques connue depuis longtemps. Dans le même numéro nous retrouvons dans la rubrique mensuelle de Jean-Paul Delahaye les formes et ensembles autopavables, un sujet que l’auteur a abordé à différentes reprises sous différents angles. « Un miracle géométrique : avec des copies de chaque forme d’un ensemble autopavable, on reconstitue chacune des formes en plus grand ».

Avec l’approche des fêtes de Noël, les rayons des librairies regorgent de titres divers pour les lecteurs de tout âge… Dieu est-il mathématicien ? ne peut qu’interroger le public ! Le titre de l’ouvrage de Mario Livio éveille la curiosité et incite à se poser des questions. L’auteur s’interroge (à son tour) sur la stupéfiante adéquation des mathématiques au monde dans lequel nous vivons. Existe-t-il une réalité mathématique intrinsèque ou les mathématiques ne sont-elles qu’une construction de l’homme ? Un débat ancestral qui n’est pas prêt de s’éteindre.

JPEG - 53.4 ko
Alain Badiou en 2010

Avec L’Invention du nombre : des mythes de création aux Éléments d’Euclide, Olivier Keller complète une « trilogie » consacrée à la préhistoire des mathématiques : « Aux origines de la géométrie : Le Paléolithique et le Monde des chasseurs-cueilleurs » et « Une archéologie de la géométrie : Peuples paysans sans écriture et premières civilisations ». Il nous explique que l’origine de l’arithmétique n’est pas plus dans le commerce et la comptabilité que l’origine de la géométrie n’est dans la mesure des terrains. Un ouvrage à l’intersection de l’histoire et de l’épistémologie que l’on pourra lire et relire.

Passionné de diffusion mathématique, Mickaël Launay nous régale depuis quelques années avec son Micmaths - Bric-à-brac mathématique, ses conférences et son approche ludique des activités mathématiques. Sorti début novembre, son second livre, Le grand roman des maths. De la préhistoire à nos jours, pourra se mettre dans toutes les mains. « La plupart des gens aiment les maths. L’ennui, c’est qu’ils ne le savent pas ». Un livre qui replace les questions que les élèves se posent tous les jours dans une perceptive historique pour leur donner du sens nous explique Europe1.

Avant de terminer, nous venons d’apprendre que le prix Tangente du livre 2016 vient d’être décerné au philosophe Alain Badiou et à Gilles Haéri pour l’ouvrage « Eloge des mathématiques » déjà présenté sur ce site.

Article édité par Louis Dupaigne

Notes

[1qui évalue tous les trois ans les performances des systèmes scolaires du monde entier

[2Trends in Mathematics and Science Study

[3Mutuelle Générale de l’Education Nationale

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse décembre 2016

    le 1er décembre 2016 à 12:34, par B !gre

    Concernant l’ouvrage d’Étienne Klein, on peut mentionner que malheureusement celui-ci a pris quelques libertés avec la rigueur en plagiant apparemment un certain nombre d’auteurs. Et ils semblerait que ce ne soit pas la première fois. C’est détaillé dans l’Express, avec une réponse assez honnête de l’auteur.

    Répondre à ce message
  • Concours et nécessité d’une évaluation non-bienveillante...

    le 2 décembre 2016 à 12:39, par ROUX

    Il s’agit de réagir à la nécessité de former les professeurs qui me semble sous-entendre que nous serions, dans le primaire, des brêles en calculs ce qui expliquerait la chute de la France aux tests PISA.
    Non.
    Et je le prouve, avec quelques conjectures à démontrer.
    Dans de nombreux pays, les postes dans la Fonction Publique sont obtenus à la suite de la réussite à un concours anonyme : cela garantit l’équité d’accès.
    Pour les études de Médecine, plusieurs voies existent : le concours qui consiste à accepter tout le monde après la fin des études secondaires et à massacrer à la fin de la première année, des examens très difficiles après quelques années après avoir accepté selon les résultats obtenus à la fin des études secondaires ou des examens difficiles après n’avoir pris que les meilleurs à la fin des études secondaires : dans les trois cas, l’excellence est garantie.
    Donc, essentiellement, Fonction Publique et Médecine, par concours.
    Notre pays étend l’utilisation des concours à tous les postes de cadres dans les entreprises privées puisque ces postes sont tenus par des ingénieur-e-s (anciens élèves des Grandes Écoles) ou des ancien-ne-s élèves des Écoles de Commerce.
    Conjecture 0 : la France est le seul pays à pratiquer de manière massive les concours pour le recrutement de cadres dans les entreprises privées.
    Un concours est un massacre organisé : on chute d’au moins un ordre de grandeur entre le nombre de places et le nombre de postulants et on laisse ces derniers s’entretuer. Un pays qui prévoit la mort des rêves de ses enfants lorsqu’elles et ils ont entre 20 et 21 ans ne peut pas prôner une évaluation bienveillante. Si si, celles et ceux de nos élèves qui rêvaient d’être vétérinaires savent qu’il se réalisera, ou pas (et alors jusqu’à la fin de leur vie) à 20 ou 21 ans.
    L’école française est une raffinerie qui raffine vers les Grandes Écoles ou les Écoles de Commerce. Comme dans toute opération de raffinage, les sous-produits sont nombreux et, parmi ces sous-produits, des enfants en souffrance, qui deviennent des adultes.
    Attention, les relations entre produits et sous-produits peuvent être généreusement intriquées : un sous-produit de la raffinerie de pétrole qui produit l’essence qui nous permet d’alimenter nos voitures est le goudron qui permet de faire les routes sur lesquelles roulent icelles…
    Un enseignant qui aurait pratiqué une évaluation bienveillante n’aurait pas permis à ses très rares élèves susceptibles de réussir les concours de les réussir. Les enseignants français sont donc formés à l’évaluation non-bienveillante : en effet, ils ne sont quand même pas formés à une évaluation malveillante.
    Seulement non-bienveillante.
    Conjecture 1 : dans un pays dans lequel la mort des rêves de ses enfants est organisée pour prendre effet vers 20 à 21 ans, l’évaluation bienveillante par un professeur est une faute professionnelle.
    Conjecture 2 : en dehors des médecins confrontés professionnellement à la souffrance humaine, les pédagogues de l’évaluation bienveillante sont des sous-produits de la raffinerie ; en d’autres termes, aucun de ces pédagogues n’a réussi un concours d’une Grande Ecole ou d’une Ecole de Commerce.
    Un des items sur lequel les élèves français sont faibles est, en gros, ce qu’ils font quand ils savent qu’ils ne savent pas, ce qu’ils risquent dans cette situation d’ignorance connue. Les élèves français ne font essentiellement rien : ils ne risquent pas et ils ne tentent presque rien.
    Ah ?
    Oui, risquer, c’est risquer de commettre une erreur, ce qui n’est pas grave en soi mais un pays qui organise la mort des rêves de ses enfants lorsqu’ils atteignent 20 à 21 ans génère le fait qu’une erreur est un risque énorme et doit donc être perçue comme une faute (pas morale, mais sociale puisqu’elle risque d’interdire la réussite aux concours).
    Bon... Pour qu’ils risquent, il faut qu’ils pensent faire des erreurs, et seulement des erreurs : seule une évaluation bienveillante permet cela.
    Comment organiser une évaluation bienveillante par des professeurs dont la mission est de raffiner vers la réussite aux concours et qui ne peuvent donc pas faire vraiment autre chose qu’une évaluation non-bienveillante ? Comment organiser cela à l’insu de leur plein gré ?
    En supprimant des programmes toutes les connaissances et les compétences pas faciles à acquérir sans efforts par un trop petit nombre d’enfants. Reformulation : en supprimant des programmes toutes les connaissances et les compétences très difficiles à acquérir même avec des efforts par un grand nombre d’enfants.
    En terminale S, sans l’intégration par parties, les exercices de recherche de primitives se bornent à chercher la correspondance dans sa mémoire entre le tableau des fonctions et de leurs dérivées et, pour le professeur, il n’y a alors plus aucun intérêt à faire une évaluation non-bienveillante.
    Conjecture 3 : l’appauvrissement des programmes en connaissances et compétences pointues permet de ne pas faire faire de fait de l’évaluation non-bienveillante par des professeurs.
    Cet appauvrissement des programmes est réalisé par les pédagogues de la conjecture 2 qui sont donc sincères dans leurs démarches car ils ont soufferts, ces connaissances et ces compétences trop difficiles ne leurs ont au fond servi à rien et ils n’entendent pas rester sans agir face aux nouvelles cohortes d’enfants en souffrance dans lesquels ils se reconnaissent si évidemment.
    Mais alors l’évaluation est-elle pour autant bienveillante ? Pas forcément : les enseignants n’ont pas été formé à cela et il peut être possible de rencontrer de la résistance de leurs parts car, au fond, il reste toujours ces concours vers 20 à 21 ans pour leurs élèves.
    Conjecture 4 : les professeurs ne font pas vraiment plus d’évaluation bienveillante et, de ce fait, ne permettent toujours pas vraiment aux enfants français de ne pas vivre une erreur comme une faute. Reformulation : les professeurs ne font pas vraiment plus d’évaluation bienveillante et, de ce fait, les enfants français continuent à vivre les erreurs possibles comme des fautes.
    Conjecture 5 : le nombre d’enfants qui, heureux de ne vivre que des erreurs et pas des fautes et qui vont donc se libérer joyeusement et donc prendre des risques dans les tests PISA, ce qui va améliorer ainsi le score de la France dans leur cohorte est inférieur aux nombres d’enfants qui auraient pu appliquer les connaissances et les compétences pas faciles dans les tests PISA.
    Le score de la France ne peut sincèrement que diminuer.
    CQFD
    Remarque : il reste suffisamment de professeurs hors-la loi qui pratiquent les anciens programmes dans les grands lycées des grandes villes françaises pour garantir la réussite de leurs élèves aux concours des Grandes Écoles et des Écoles de Commerce (et en Médecine et en Vétérinaire).
    Les élèves des autres lycées ont alors de moins en moins de chance de réussir ces concours. Or, les élèves de ces grands lycées de ces grandes villes françaises sont dans une grosse proportion des enfants de parents raffinés : les inégalités d’accès aux postes de cadres dans les entreprises privées française est sans doute en augmentation depuis un bon bout du temps de l’appauvrissement des programmes.
    Et ce n’est donc plus un paradoxe !

    Répondre à ce message

Laisser un commentaire

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Suivre IDM