Revue de presse décembre 2018 (*)

El 1ro enero 2019  - Escrito por  L’équipe Actualités Ver los comentarios (1)

La théorie du complot a pris de l’ampleur ces dernières semaines. Par exemple, l’attentat de Strasbourg a fait fleurir des rumeurs de machination d’État. Thomas Legrand évoquait ce phénomène dans son édito politique sur France Inter le 13 décembre. La défiance face aux médias et aux institutions se nourrit de ces théories complotistes et du relativisme généralisé. En sciences, et particulièrement en mathématiques, la charge de la preuve revient à la personne qui affirme quelque chose. Face à une rumeur, au contraire, c’est celle qui dément qui est mise à contribution, et elle sait qu’il restera fatalement une part de soupçon. La pratique des sciences renforce la valeur de la vérité et nous incite à la méfiance, surtout face aux insinuations et aux affirmations sans preuve. Comme le recommande Gérald Bronner, pour combattre «la rupture avec le sens commun», «la meilleure chose n’est pas d’attaquer la croyance mais les processus intellectuels qui y ont mené, les erreurs de raisonnement.»

Finalement, l’événement mathématique de ce mois de décembre, c’est peut-être l’absence dramatique de tout esprit scientifique dans le brouhaha ambiant.

Cela n’empêche pas l’équipe de la revue de presse de souhaiter à ses lecteurs et lectrices une excellente année 2019.

Recherche

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Rachid Guerraoui au Collège de France

Il est essentiellement question de calculs ce mois-ci. France Culture diffuse la leçon inaugurale de Rachid Guerraoui, professeur d’informatique à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, titulaire de la chaire annuelle d’informatique et sciences numériques du Collège – déjà évoquée le mois dernier. Rachid Guerraoui constate que «l’hypothèse que l’ordinateur obéit au modèle universel du mathématicien-informaticien Alan Turing», «le modèle d’un ordinateur qui pouvait exécuter tous les algorithmes possibles et imaginables», est fortement remise en cause par l’utilisation d’ordinateurs branchés en vastes réseaux et de processeurs de taille relativement modeste qui fonctionnent en parallèle dans chaque ordinateur. C’est l’«universalité» des ordinateurs qui est compromise, et qui est pourtant recherchée dans «ce fascinant voyage dans l’histoire des algorithmes , des premiers calculs humains aux super ordinateurs ultra-rapides et dans les problèmes que pose la “science algorithmique répartie”».

Le Great Internet Mersenne Prime Search («grand projet Mersenne sur internet de recherche de nombres premiers, GIMPS) consiste justement à distribuer la recherche de nombres premiers entre un grand nombre de participants. Le GIMPS fait part de la découverte du 51e nombre de Mersenne premier, à savoir $2^{82\,589\,933}-1$ (un nombre à $24\,862\,048$ chiffres), battant ainsi le record établi un an auparavant. Cette jolie annonce n’a pas franchi la barrière de la presse francophone, alors que le Scientific American, l’indien Newsd., der Standard allemand, l’argentin Infobae ou le danois DR et d’autres s’en font écho.

L’Expression montre «les mathématiciens en conclave» à l’occasion du «premier Colloque national sur les mathématiques appliquées et les équations différentielles» à El Tarf, «[portant] essentiellement sur les avancées récentes dans le domaine des équations différentielles et leurs applications». Ce sont des outils précieux pour la modélisation des phénomènes physiques, qui permettent donc de faire des prédictions théoriques vérifiables par l’expérience.

Applications

Les modèles mathématiques pour les événements sociaux sont à l’honneur en ce mois de décembre. Bien sûr, les gilets jaunes ne sont pas oubliés et Europe 1 nous apprend que des algorithmes policiers viennent prédire les mouvements de foule, émeutes, etc.
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Mésange sur un ciel saphir

Pour les foules virtuelles, les robots, peut-être intelligents, semblent bien placés pour envahir la sphère sociale de Twitter. Une équipe italienne a étudié la proportion et l’influence de ces robots dans la campagne pour l’indépendance de la Catalogne en 2018! Enfin, selon Le Revenu, Bercy exploite nombre d’algorithmes aux noms d’oiseaux et de pierres précieuses pour prédire le taux de chômage, la hausse du cours du pétrole – ça intéresse les gilets jaunes – ou l’effet des cotisations sociales.
Plus prosaïquement, on apprend ici, que Colis Privé fait appel à une entreprise spécialisée dans l’aide à la décision pour réduire la durée d’acheminement de ses colis et le coût des transports. Auront-ils pris en compte les ronds-points occupés par les gilets jaunes?

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Une photo pour une modélisation 3D

Quant à la revue en ligne Pixees, elle rappelle que le format de compression d’images JPEG s’invitera au 250e anniversaire de Joseph Fourier.
Pour rester dans le domaine des images, le magazine en ligne Réalité Virtuelle note qu’une équipe de chercheurs espagnols et coréens ont produit une application qui a été présentée au salon SIGGRAPH début décembre et qui permet de virtualiser des objets 3D avec un simple smartphone et un appareil photo.

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Modélisation des gammes et des rythmes: de la théorie à la pratique

Enfin, une application qui nous mettra de bonne humeur, en musique et en rythme pour finir l’année 2018. Marc Chemillier nous invite dans une vidéo d’Audimath à un voyage dans l’océan indien où les intervalles des touches noires et blanches des claviers de la gamme pythagoricienne se retrouvent dans les rythmes malgaches. Un problème sur une notion combinatoire appelée «mots de Christoffel» permet d’unifier l’ensemble [1]. Côté bonheur, la compétition sera rude avec «la recette de pomme de terre parfaite» obtenue «grâce à une formule mathématique» et généreusement transmise par BFM TV.

L’intelligence artificielle est encore très présente dans la presse. Signalons brièvement un numéro hors-série publié fin novembre par Libération et France Inter, une analyse bibliométrique des publications en IA réalisée par l’éditeur scientifique Elsevier et analysé dans Le Monde, qui montre la vigueur actuelle du sujet et la «domination de l’Europe». Challenges retrace un «sommet de l’économie: l’intelligence artificielle est-elle avec ou contre l’homme?» Développez.com et Siècle digital s’inquiètent du recrutement de trente jeunes Chinois talentueux pour «travailler sur des armes basées sur l’IA». Plus marginalement, Le Nouvelliste vante l’IA pour la peinture (industrielle).

Enseignement

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Carlos Ghosn en 2013

Vous ne vous attendiez pas à croiser Carlos Ghosn dans la rubrique Enseignement? Nous non plus! Mais les petites misères que fait subir la justice japonaise au président de Renault-Nissan font beaucoup de peine au MEDEF. Et le responsable de l’organisation patronale dans le Loir-et-Cher a vu dans l’opération «Les boss invitent les profs» une bonne occasion de redorer l’image des chefs d’entreprise, un peu «salie» par cette affaire! La Nouvelle République décrit complaisamment cette opération promotionnelle à laquelle s’est prêté un professeur de mathématiques de Blois, accueilli dans une entreprise qui vend (pardon: «déploie») des tablettes numériques dans les collèges du département. L’enseignant justifie notamment sa démarche en expliquant que «dans le cadre de la réforme du lycée, les élèves devront être accompagnés dans la “participation à des temps forts” relatifs aux métiers».

Collège cherche prof de maths, désespérément! Nous le savons, cela devient une banalité, mais la presse continue de s’en faire l’écho ici ou là. Cette fois, c’est à La Hague (Manche) et c’est Ouest-France qui s’en émeut. Rappelons aux élèves et aux parents inquiets qu’une solution radicale à ce problème est en train de se dessiner, au fil des réformes de l’éducation nationale: la diminution massive du nombre d’heures d’enseignement de mathématiques!

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Des gilets jaunes aux stylos rouges

Moins d’heures de mathématiques, voire pas d’heures du tout! C’est ce qui est en germe dans la future réforme du lycée et du baccalauréat. On le sait, l’opposition à cette réforme est un des sujets qui mobilisent lycéens et enseignants depuis quelques semaines. Le Figaro a noté que, dans le sillage des «gilets jaunes», des enseignants se sont constitués en «stylos rouges» pour faire connaître leurs revendications. S’agissant de la réforme du lycée et du bac, Ouest-France a interrogé des professeurs du lycée André Malraux à Allonnes (Sarthe). Ils estiment que si une réforme était nécessaire, ce n’était «pas comme ça». Ils jugent celle-là «trop précipitée» et «trop inégalitaire». Le président de l’Union des Professeurs de classes préparatoires Scientifiques (UPS), interrogé par Studyrama, est beaucoup plus optimiste. Contrairement à la plupart de ses collègues scientifiques, il juge positivement les contenus des futurs programmes de mathématiques et de sciences physiques, qui, selon lui, «répondent à une certaine exigence de qualité». D’autres voient au contraire un risque de disparition pure et simple des mathématiques. France Info explique ainsi que, si «elles seront d’un niveau relevé», les mathématiques ne feront pas partie du tronc commun et pourront donc être absentes du «menu» d’un grand nombre d’élèves. Quand on sait que l’un des problèmes majeurs actuels, amplement souligné par le rapport Villani-Torossian, est l’indigence de la formation en mathématiques d’un grand nombre d’élèves, et tout particulièrement de ceux qui se destinent au métier de professeur des écoles, il y a là de quoi être sérieusement inquiet. Le site Daily geek show propose un sondage en ligne où les internautes sont invités à dire si, selon eux, les maths doivent ou non être obligatoires au bac. Un peu plus d’un millier de personnes y ont pris part et 90 % d’entre elles se seraient prononcées pour des maths obligatoires. Évidemment, la signification de ces chiffres et la crédibilité d’un tel sondage sont plus que douteuses! Beaucoup estiment que cette réforme du baccalauréat est porteuse de fortes inégalités, notamment territoriales. France Inter s’est penché sur ce «bac des territoires» qui se dessine et sur les risques qui en découlent.

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Notre enseignement secondaire prépare-t-il convenablement tous les élèves qui le souhaitent à des études supérieures scientifiques solides? Beaucoup en doutent et on voit naître ici et là des initiatives pour proposer aux élèves de terminale des compléments de cours destinés à mieux les armer pour la suite de leur cursus. Un reportage de La Dépêche du Midi décrit le dispositif adopté au lycée Georges Leygues de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), mais ne donne aucune indication sur les moyens utilisés pour organiser ces cours optionnels. On y apprend seulement qu’ils s’adressent «aux élèves de terminales S ayant un niveau très solide en mathématiques, physique-chimie, sciences de la vie et de la terre et/ou sciences de l’ingénieur et étant en capacité d’assumer certaines semaines 2 heures supplémentaires dans leur emploi du temps». Le journal régional n’évoque pas non plus les risques de rupture du principe d’égalité d’accès à l’éducation que peuvent receler de tels dispositifs.

Les laboratoires de mathématiques sont au cœur de l’actualité éducative. Le ministre de l’Éducation nationale en a inauguré un début décembre au lycée Paul Cézanne d’Aix-en-Provence. Il était accompagné de Charles Torossian et Cédric Villani, auteurs du rapport sur l’enseignement des mathématiques (voir notre revue de presse spéciale du 1er mars 2018) qui préconisait la création de ces laboratoires. Annoncée sur le site du ministère, cette visite ministérielle n’a pas été du goût du SNES-FSU de l’académie d’Aix-Marseille. Des laboratoires de mathématiques se mettent en place dans un certain nombre de lycées. Sud-Ouest annonce qu’il y en aura dix en Aquitaine en 2018 et présente celui du lycée Max Linder de Libourne (Gironde). Une carte répertorie les premiers laboratoires existants. Elle révèle une assez grande disparité territoriale. Par exemple, l’ouest et le nord-ouest du pays (Bretagne, Pays de Loire, Normandie) semblent pour le moment bien mal desservis. Des inégalités, il risque d’y en avoir pas mal, et pas uniquement territoriales. Déjà, on constate une grande diversité dans les moyens attribués, suivant les académies ou les établissements. Cela ressort d’échanges qui ont eu lieu à ce sujet lors des journées annuelles de l’APMEP à Bordeaux fin octobre. Les laboratoires de mathématiques sont décrits comme des lieux d’échanges et d’autoformation pour les professeurs. Le risque est grand de voir les moyens de la formation continue institutionnelle, déjà bien mal en point, disparaître progressivement au profit du financement de ces laboratoires. Le CNRS s’intéresse à ces laboratoires de mathématiques et les soutient par l’intermédiaire d’une «mission nationale de coordination et de soutien envers les mathématiques», dont s’est doté son Institut de mathématiques, l’INSMI.

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Jean-Michel Blanquer n’emporte pas l’adhésion de tou⋅te⋅s

Jean-Michel Blanquer a présenté le 5 décembre 2018 en Conseil des ministres son «projet de loi pour une École de la confiance» (qui reprend le titre d’un livre publié par le ministre en mai dernier). Une première version du projet avait été rejetée par le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE) à la mi-octobre. La dernière mouture est vivement critiquée par Sylvie Plane, professeure émérite de sciences du langage, spécialiste des questions d’éducation, dans une tribune de Libération. Sous le titre «L’Éducation nationale sous contrôle», l’universitaire reproche au ministre son «obsession de la performance», sa «prétention de maîtriser la formation des enseignants» et sa volonté d’«empêcher toute pensée critique». Enfin, Sylvie Plane relève que le recours aux étudiants en cours de formation recrutés comme «assistants d’éducation» permettra d’assurer les tâches d’un professeur pour un salaire inférieur au SMIC. Les Échos se contentent d’un compte rendu neutre, signalant simplement que «les syndicats ne cachent pas leur opposition à l’égard de ce projet de loi». Et en effet, les syndicats s’opposent au projet! Même la FAGE, syndicat étudiant que l’on voit rarement en pointe de la contestation, exprime son «rejet massif d’un projet non concerté». La Gazette des communes, quant à elle, se penche sur les conséquences du projet de loi pour les collectivités locales, évoquant un coût accru pour celles-ci et un impact sur leur organisation, mais également «davantage de souplesse pour adapter l’école aux spécificités de leur territoire». Le texte intégral du projet de loi est disponible sur le site de l’Assemblée Nationale.
On notera enfin les états d’âme des IA-IPR (inspecteurs d’académie) qui, se plaint leur syndicat, seraient les derniers informés des décisions d’un ministre qui «n’a pas confiance en [eux]» et choisit de «faire passer [ses réformes] en catimini»!

L’École de la confiance, chère à notre ministre, doit-elle limiter la liberté d’expression? C’est la question que posent plusieurs médias suite à l’incident survenu à Dijon, où une enseignante a été convoquée par le rectorat pour avoir publié une critique virulente de l’intervention télévisée du président de la République du 10 décembre. L’information a été reprise par France Info, par mediapart et par le site Rebellyon.info.

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Politique de la chaire vide

Aux États-Unis, le taux de démissions dans le secteur de l’éducation est à un niveau encore jamais atteint (83 ‰), si l’on en croit le Wall Street Journal. L’article (en anglais) est repris et commenté par Slate qui voit là «des symptômes [qui] rappellent trait pour trait la situation française». À noter que ces démissions ne concernent pas uniquement les enseignants, mais toutes les catégories de personnels.

Faire des maths en jouant au bridge. L’idée fait son chemin et séduit de plus en plus d’enseignants. Un accord entre la fédération française de bridge et l’éducation nationale permet à tous les enseignants et à leurs élèves d’accéder facilement et rapidement aux rudiments de ce jeu de cartes et de se l’approprier à des fins à la fois ludiques et pédagogiques. Sous l’impulsion de Michel Gouy, IA-IPR dans l’académie de Lille et passionné de bridge, un grand nombre de stages sont organisés. Le Parisien a suivi l’un d’entre eux. Le soutien de Cédric Villani à cet outil pédagogique est évidemment un atout maître!

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Forte du succès des éditions précédentes, l’ENS de Lyon propose une nouvelle saison de son MOOC «Enseigner et former avec le numérique en mathématiques (eFAN Maths)». Elle annonce que le contenu du cours a été adapté pour tenir compte des changements de programmes. Début de la session le 8 janvier 2019. De son côté, le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) organise un MOOC «Socle en mathématiques» mais visant un public beaucoup plus large: pas de prérequis, utile pour aborder des études d’ingénieur ou simplement pour le plaisir.

On trouvera dans un blog du Monde un panégyrique des classes préparatoires aux grandes écoles de commerce. Une professeure du lycée parisien Janson de Sailly réfute l’image usuelle de la «voie royale», citant Euclide: «En géométrie, il n’y a pas de chemin direct réservé aux rois.» Mais elle ajoute aussitôt qu’il s’agit peut-être d’une «voie impériale, celle de la patience, de la fréquentation régulière et progressive des axiomes et des droites, des figures et des volumes que leur agencement génère.»

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Bienvenue en France ! Il vous en coûtera...

La protestation contre l’augmentation brutale des droits d’inscriptions pour les étudiants étrangers dans les universités françaises est toujours aussi forte et fait presque l’unanimité au sein de la communauté éducative. Le président de l’université de Poitiers, qui s’était déjà exprimé sur France-Info (voir notre revue de presse du mois dernier), a publié une tribune dans Le Monde. Il estime que cette décision «heurte les fondements de l’université française». France 3 Nouvelle Aquitaine indique que les étudiants étrangers de Poitiers et de La Rochelle sont «angoissés par la future réforme». Dans une tribune de Libération, Denis Merklen, professeur de sociologie à l’université Sorbonne Nouvelle, dénonce aussi cette décision, en s’adressant au ministre de l’Éducation nationale qui s’était notamment exprimé sur le sujet sur France Info. Les sociétés savantes se joignent également aux protestations. Déjà cité dans notre revue de presse précédente pour un article du mois de novembre, le Huffington Post Maghreb revient sur le sujet en faisant état des «universités françaises [qui] appellent au retrait du projet de loi». Enfin France Culture nous rappelle opportunément quelques-uns de «ces illustres étrangers qui ont étudié en France».

Diffusion

Concours

JPEGC’est la saison des concours et championnats de maths en cette fin d’année (une des saisons...). Canal 9 a suivi les quarts de finale du célèbre Championnat des jeux mathématiques et logiques dans le canton du Valais, en Suisse, et espère voir des élèves se hisser jusqu’à la finale à Paris en juillet prochain. Le blog Algorythmes détaille les résultats des élèves de sixième de l’autrice à la Course aux nombres, un concours de calcul mental proposé par plusieurs académies. Le Courrier du Vietnam vante la pléthore de médailles (32, dont 9 médailles d’or!) rapportée par son équipe nationale du Championnat du monde de mathématiques par équipe (WMTC 2018). Enfin, plusieurs médias marocains se réjouissent de la participation du Maroc aux premières Olympiades arabes de mathématiques, du 25 au 29 novembre dernier. On peut lire dans Libération Maroc et HibaPress que 13 pays ont participé à cette première édition, destinée à renforcer le niveau scientifique des élèves et favoriser la communication scientifique au sein du monde arabe. Trois élèves marocains en sont revenus avec une médaille autour du cou, selon Bladi et Ajib.

Diffusion des mathématiques

Comme tous les mois, on observe de belles initiatives de diffusion aux quatre coins de la France, et ailleurs dans le monde! À Châteaulin, dans le Finistère, le mathématicien Dominique Bakry a parlé d’intelligence artificielle, de probabilités et de solides platoniciens à des élèves de terminale, rapporte Le Télégramme. À Assas, dans l’Hérault, Le Midi Libre signale une conférence d’Alphonse Cacciaguerra sur les maths dans l’Égypte ancienne. À Fleurance, dans le Gers, La Dépêche salue les efforts de l’association de cours particuliers Pythagore. Et à Yutz en Moselle, c’est Monica Neagoy, «rock star des maths» selon le Républicain Lorrain, qui parlait de pédagogie mathématique devant une assemblée de professeur⋅e⋅s des écoles, et en profite pour déboulonner quelques idées reçues dans une courte interview. Améliorer la pédagogie de l’enseignement des sciences, c’est aussi l’objectif de ces deux grands projets: le projet de vulgarisation des sciences et technologies de l’information des arts et mathématiques, lancé dans 450 établissements ivoiriens ce mois-ci et décrit par Abidjan.net ; et le projet d’apprentissage des mathématiques par le jeu, établi entre le Canada, le Maroc, et nouvellement le Sénégal, comme le relate ce court article de LIbération Maroc.

Sorties

Plus que quelques jours pour aller voir la rétrospective Bernar Venet, cet artiste pour qui les mathématiques sont une importante source d’inspiration, au Musée d’art contemporain de Lyon. Nous avions signalé son ouverture sur Images des maths: l’exposition Géométries Sud à la Fondation Cartier dure jusqu’au 24 février. Elle réunit 220 pièces de toutes les époques, explore la place des formes géométriques dans l’art latino-américain à travers les âges, et fait l’objet de revues flatteuses dans L’Express et le Journal des Arts. En Suisse, La Côte signale une exposition mêlant «musique, mathématiques et littérature» par l’artiste Jean-Claude Bessel à Préverenges.

À lire, à écouter, à regarder

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Une surface de Kummer ou Le Roi Lear ?

L’Institut Henri-Poincaré (IHP) produit en ce moment un film sur l’artiste surréaliste Man Ray, qui prit avant la Deuxième Guerre mondiale les modèles mathématiques en plâtre possédés par l’IHP comme modèles d’une série de photographies artistiques; ayant retrouvé les photographies après la guerre, il en fit des peintures intitulées d’après des tragédies de Shakespeare. Une campagne de financement participatif est en cours, et une bande-annonce est disponible sur le site Carenews.

Matapli, la revue de la SMAI, n’est pas à proprement parler une publication pour le grand public, mais propose ce mois-ci un article accessible à tou.te.s, qui retrace la genèse du site Florilège de la popularisation des mathématiques, formidable mine de ressources au nom évocateur.

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Un numéro récent

Cela fait du bruit dans la presse ce mois-ci: le groupe de presse Mondadori, qui détient entre autres le magazine Science et Vie, est entré en négociations pour vendre sa filiale française au groupe Reworld, ce qui suscite de vives inquiétudes à la rédaction de Science et Vie, et plus largement dans la communauté scientifique française. Une tribune comportant plus de 300 signataires est parue dans Le Monde, pour réclamer une attention toute particulière envers la protection de la liberté éditoriale de ce monument de la diffusion scientifique, si la vente devait avoir lieu. Cet appel est relayé par Stratégies et Libération, qui donne de plus quelques précisions sur le fondement des appréhensions des journalistes de S&V dans cet article: la stratégie de Reworld serait entièrement tournée vers la publication plus ou moins bien masquée de contenus sponsorisés ou publicitaires, au mépris de la démarche journalistique. On imagine aisément le mal qu’une telle vision des choses pourrait faire à un magazine scientifique...

Côté podcasts, on vous propose une courte chronique de Cerveau en argot reprise par The Conversation, qui traite de l’apparition du concept de nombre chez l’être humain: ses racines seraient présentes dès le plus jeune âge, soutient notamment Stanislas Dehaene. Dans cette veine neuroscientifique, l’Institut des sciences biologiques du CNRS offre un entretien avec Jérôme Prado, «chercheur à l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod, à Bron», qui s’intéresse «au développement du raisonnement et des compétences mathématiques chez l’enfant». Plus précisément, son équipe «[essaie] de comprendre les raisons pour lesquelles certains enfants ont des difficultés profondes pour appréhender les mathématiques (la dyscalculie) et avons montré que ces enfants peuvent avoir des difficultés de raisonnement spatial.»

Enfin, il faut bien le signaler car ce n’est pas tous les jours qu’une chanson de rap parle de maths: Till Lindemann, chanteur du groupe allemand Rammstein, sort une chanson intitulée «Mathematik», nous informe Ouï FM. Hélas, elle n’est pas à la gloire de la discipline, loin de là: le chanteur met en doute, dans un langage fleuri, l’utilité d’apprendre l’algèbre et la géométrie à l’école... Faut-il lui suggérer de faire un tour sur Images des maths?

À l’honneur

L’année 2018, dédiée au 250 ans de la naissance de Joseph Fourier, touche à sa fin et le magazine en ligne Interstices, dédié aux sciences du numérique, consacre tout un dossier aux applications des idées de Fourier. En cinq articles, le magazine explique la transformation de Fourier ainsi que ces applications les plus récentes en musique, imagerie et plus généralement traitement du signal. Les articles sont richement illustrés avec des animations et des vidéos.
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« Le légendaire Donald Knuth » (si !)

Le New York Times dresse un portrait du légendaire Donald Knuth, désormais âgé de 80 ans et comparé physiquement à maître Yoda. Ce portrait permet d’apprendre ce qui a contribué à la légende de l’auteur du livre «The art of computer programming» qui est la bible incontestable de l’algorithmique et aussi le créateur du logiciel TeX (dont LaTeX découle) qui est désormais le système utilisé de manière hégémonique pour l’écriture d’article scientifique comportant des formules mathématiques. Ce beau portrait se conclut avec une mise en garde de la part de Knuth. Il ne faudrait pas que l’on se jette dans une utilisation aveuglée des algorithmes et rejoint en cela les idées développées par Cathy O’Neil dans son livre «Algorithmes. La bombe à retardement.» dont la traduction est sortie le mois dernier et auquel le Temps consacre un article.

Le récent médaillé Fields Alessio Figalli vient de recevoir un doctorat honoris causa de l’Université de Côte d’Azur et le site WebTimesMedia s’en fait l’écho. Les liens entre Alessio Figalli et le laboratoire Jean Dieudonné de Nice se sont créés lors de son passage en tant que chargé de recherches au CNRS où il a en particulier soutenu son habilitation à diriger des recherches et a collaboré pour l’écriture de treize articles avec Ludovic Rifford, professeur à l’Université de Côte d’Azur.

Comme chaque fin d’année, les médailles du CNRS viennent d’être remises et cette année Grégory Miermont a reçu la médaille d’argent pour ces travaux en probabilités et Anne-Laure Dalibard a reçu la médaille de bronze pour ses travaux en mécanique des fluides. Le Journal du CNRS détaille leurs travaux. Notons que le CNRS a créé un prix de «Cristal collectif» qui récompense des équipes d’ingénieurs et de techniciens pour leur projet collectif innovant ou technique remarquable. Le projet NUMDAM, qui se veut être la bibliothèque scientifique numérique de référence en France et promeut les revues libres, a reçu un cristal collectif.

Parutions

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Connaissez-vous les «superpermutations»? Dans le numéro de janvier de La Recherche, Roger Mansuy vous propose de relever le défi combinatoire de la superpermutation. En partant des sept premiers chiffres de notre numération décimale et en permutant ces chiffres, vous pourriez écrire $5040$ nombres de 7 chiffres différents ce qui ferait $35\,280$ caractères. Gregory Mark Egan, un auteur australien de science-fiction (très «discret», aucune photo de lui ne transpire sur internet) spécialisé en hard science-fiction, diplômé en mathématiques de la University of Western Australia et programmeur informatique, a réussi à écrire successivement toutes ces permutations en utilisant seulement $5\,908$ caractères. Il s’est appuyé sur le travail publié par Aaron Williams et a présenté le résultat dans ce curieux fichier. La question de savoir s’il est possible de faire mieux est posée. Roger Mansuy nous explique qu’un anonyme a posté sur un forum de 4chan une «preuve» que le nombre minimal serait $7!+(7−1)!+(7−2)!+7−3=5\,884$ (voir The Haruhi Problem). «La taille minimale n’est connue que pour les permutations de moins de cinq éléments.» Finalement, Roger Mansuy vous propose soit un «défi facile»: retrouver une superpermutation de longueur $9$ pour $n=3$, soit un «plus difficile»: tenter de battre le record de superpermutation pour $n=8$, qui est de $46\,205$ caractères. Amusez-vous bien.

Bien sûr vous pouvez préférer les «énigmes logiques et mathématiques» proposées par Pierre Berloquin (les solutions du numéro de janvier seront publiées dans celui de février) ou... les problèmes du calendrier mathématique.

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Onze cubes pour une valise

Restons encore dans les mathématiques ludiques et sur des problèmes qui attirent non seulement des amateurs de récréations mathématiques, mais aussi des chercheurs de métier. Si vous connaissez l’exposition «Pourquoi les mathématiques ?», vous avez dû être confronté⋅e au problème de ranger 11 cubes de 10 cm de côté dans une valise carrée de 39 cm de côté. Eh bien dans le numéro de janvier de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye nous propose dans sa rubrique mensuelle logique et calcul de réfléchir à des problèmes de ce genre: ranger au mieux des formes géométriques identiques dans le plus petit espace possible. Pour commencer il se propose de ranger des carrés dans un carré, un problème qui a intéressé Paul Erdős et Ronald Graham, qui ont publié en 1975 un article sur cette question (”On packing squares with equal squares”) dans le Journal of Combinatorial Theory. Pour d’autres formes géométriques, Jean-Paul Delahaye renvoie au site très riche d’Erich Friedman qui «énumère une multitude d’autres résultats au sujet des rangements de formes géométriques dans une forme géométrique» (Erich’s Packing Center). Pour les rangements géométriques optimaux dans le plan ou l’espace tout entier il existe de nombreux théorèmes ou conjectures «aux résultats souvent simples à énoncer, mais dont les démonstrations sont si délicates et difficiles que certaines ne sont maîtrisées que depuis peu ou sont même encore recherchées». Jean-Paul Delahaye en donne cinq exemples, avec dans chaque cas l’état actuel des avancées: trois théorèmes célèbres (le théorème de Thue, le théorème des nids d’abeilles et le théorème de Kepler-Hales), la conjecture de rangement d’Ulam et le problème de Kelvin.

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Des films de savon qui inspirent les architectes !

Lord Kelvin s’était demandé (en 1887) «comment découper l’espace en bulles de même volume et en ne laissant aucun espace entre elles de telle façon que la surface de chaque bulle soit minimale (c’est l’analogue dans l’espace du problème du nid d’abeilles)». Il avait conjecturé qu’un pavage par des octaèdres tronqués (14 faces: 8 hexagones, légèrement incurvés pour satisfaire aux conditions de Plateau, et 6 carrés) était la solution optimale pour le pavage de l’espace.

Mais en 1993, Denis Weaire et Robert Phelan ont découvert grâce à des simulations informatiques une structure «répondant au problème, meilleure que celle de Kelvin de 0,3 %». L’architecte Tristram Carfrae s’en est inspiré pour concevoir la piscine olympique de Pékin.

Nous avions parlé le mois dernier de la sortie de la BD d’Emmanuel Marie et Emmanuel Cerisier (l’illustrateur), Les oscillations de Joseph Fourier. Les dernières pages donnent une idée de l’ampleur et de l’importance de ses travaux. Dans notre monde connecté Fourier est partout...
L’article de Patrick Flandrin, Stéphane Jaffard et Jean-Michel Morel, L’analyse de Fourier, pilier du numérique, paru dans Pour la Science, souligne bien que «les raffinements successifs de l’analyse de Fourier, notamment avec les représentations par ondelettes, sont au cœur des technologies numériques d’aujourd’hui». Traitement du signal, compression d’image, ingénierie biomédicale, détection d’ondes gravitationnelles... les méthodes et outils de Fourier trouvent régulièrement de nouvelles applications. Un article passionnant qui permet en quelques pages de mieux comprendre par exemple la «boite noire» des logiciels de traitement d’image sans être obligé de se plonger dans des ouvrages de spécialistes. Pour en savoir un peu plus la bibliographie de l’article cite, entre autres, l’ouvrage de Barbara Burke Hubbard Ondes et ondelettes, La saga d’un outil mathématique (1995).

Nous (ré)apprenons dans la revue Tangente que le livre de Jordan Ellenberg, L’art de ne pas dire n’importe quoi, édité chez Cassini, a obtenu le prix Tangente du livre 2018. Le prix Tangente des lycéens a été attribué à Mickaël Launay pour son Grand roman des maths.

Ne terminons pas sans parler de Histoires extraordinaires des mathématiques et de l’informatique en BD de Nesim Fintz, le directeur de l’EISTI (École internationale des sciences du traitement de l’information), et dessiné par Han-Mi Kim, qui se présente comme peintre et dessinatrice à Cergy. Le Parisien] présente cette BD: «Les “Histoires extraordinaires des mathématiques et de l’informatique” sont racontées en images et mises en scène sur le ton de l’humour avec des personnages parfois caricaturés et souvent attachants.» Le journal précise que «les explications scientifiques de cette BD restent très précises et donc difficilement accessibles pour un jeune public» mais devraient réjouir les scientifiques de tous âges.

Parité pour finir

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Timbre à l’effigie d’Émilie du Châtelet (janvier 2019)

Voici une prédiction du Forum économique mondial rapportée par la chaîne marocaine 2M: «Au rythme actuel, les données suggèrent qu’il faudra 108 ans pour combler l’écart global entre les deux sexes et 202 ans pour parvenir à la parité parfaite dans le marché de travail», «l’écart hommes-femmes [étant] mesuré selon quatre critères: les opportunités économiques, autonomisation politique, niveau d’instruction, et la santé». Cette projection un peu trop précise a surtout valeur d’alerte, vu que les données semblent porter sur des périodes courtes et fluctuer beaucoup.

L’élection de Muguette Fabris au titre de Miss France 1963 que nous rappelle Paris Match était-elle un bon signe? Sans doute moins que le timbre à l’effigie d’Émilie du Châtelet que La Poste va émettre le 21 janvier prochain, ce que nous rapporte Quadrature: mathématicienne du XVIIIe siècle, elle est en particulier connue pour sa traduction française des Principia mathematica d’Isaac Newton et a ainsi participé à la propagation du calcul infinitésimal.

Post-scriptum :

(*) Oui, c’est la deuxième «revue de presse de décembre 2018». L’équipe a en effet décidé d’intituler désormais la revue de presse d’après le mois des événements qu’elle décrit plutôt que d’après le mois de parution.

Article édité par Jérôme Germoni

Notas

[1Les enthousiastes – avertis et anglophones – de la combinatoire des mots pourront consulter le livre Combinatorics on Words: Christoffel Words and Repetitions in Words de Jean Berstel, Aaron Lauve, Christophe Reutenauer et Franco Saliola.

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  • Revue de presse décembre 2018 (*)

    le 1ro de enero à 12:00, par FDesnoyer

    Bonne et heureuse année 2019 à toute l’équipe et longue vie à votre site exceptionnel!

    Petites précisions de la part d’un stylo rouge indigné (lycée Stéphane Hessel oblige!), l’optimisme du président de l’UPS relève de la naïveté: la série S-SI (ancienne série E) qui produit 90% d’ingénieurs dans les 5 ans qui suivent le bac et amenée à disparaître, en effet, lorsqu’il faudra choisir 2 matières pour l’année de Terminale, quelle logique pousserait les élèves à choisir autre chose de Maths & Physique pour envisager une prépa? Quel bien cela peut-il amener aux classes préparatoires? (peut-être aux ECS, et encore)

    En outre, la culture mathématique va, nécessairement, s’étioler en facilitant l’abandon de notre discipline qui est souvent exigente et demande un investissement intellectuel (surtout au vu des programmes encensés par le président de l’UPS) - je passe outre leur écriture aussi tardive qu’aberrante.

    De plus, quelle est la logique de demander strictement la même chose à TOUS les élèves quel que puisse être leur projet? quand on voit le niveau réel des élèves en classe (y compris chez les jeunes scientifiques), tout ceci semble très idéalisé mais sans aucune expérience du terrain.

    Je concluerai en regrettant la mise en concurrence des lycées, dénoncée y compris dans les lycées les plus «privilégiés» tant par les enseignants que par les lycéens. Je reprendrai les mots issus de la belle lettre des enseignants de mon établissement qui s’indignent de la mise en concurrence car «ce n’est pas la compétition de l’individu contre tous qui va sortir l’Humanité de l’impasse dans laquelle les puissants la fourvoient».

    Cette réforme est une abomination et réformer à moyens constants voire en baisse ne peut pas mener à des consensus sereins.

    Encore tous mes voeux pour 2019 et bon courage pour maintenir la vie de votre site, je le répète, exceptionnel!

    F. Desnoyer

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