Revue de presse décembre 2019

Le 1er janvier 2020  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Pour reprendre le titre d’un livre de Maurice Milgram paru récemment, « les paradoxes n’existent pas ». N’est-il pas singulier, pourtant, que l’année où paraissent 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques sur le site du ministère, l’année qui devient « l’année des mathématiques » mise en place entre autres par ministère et le CNRS, les mathématiques disparaissent du tronc commun à partir de la première ? Comme prédit, cela conduit de nombreux.ses élèves à en être écœuré⋅e⋅s pour les avoir choisies comme spécialité, alors qu’il et elles en auraient fait volontiers à un niveau moindre, ce qui leur aurait été très utile pour la suite de leurs études. La réforme du lycée est donc à nouveau au cœur de la revue de presse, même si fort heureusement elle ne prend pas toute la place.

Gageons, espérons du moins, que tous ces paradoxes so 2019 seront levés en 2020, année pour laquelle l’équipe de la revue de presse vous adresse ses meilleurs vœux !

Recherche

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Faut-il changer de façon de voter ?

Alors que les élections municipales approchent, le Journal du CNRS interviewe un chercheur, Rida Laraki, qui présente un système de vote qui serait plus équitable et moins biaisé que notre traditionnel scrutin majoritaire à deux tours. L’entretien commence par un exposé des faiblesses du scrutin à deux tours, parmi lesquelles le fameux « vote utile » se trouve en bonne place : il est en effet courant de voter pour un·e candidat·e par « stratégie » et non en raison d’une réelle préférence. Il se poursuit en introduisant le système dit du « jugement majoritaire » qui se base sur une appréciation indépendante de chaque candidat·e par les électeur·trice·s. Le mode de calcul du vainqueur de l’élection est tel que la notion de vote utile n’a plus lieu d’être.

Le site Ajib relaie une découverte faite par un chercheur de l’université de Californie à San Diego dans le domaine de la mécanique des fluides : des cas où les équations d’Euler, qui décrivent le comportement d’un fluide sous certaines hypothèses d’approximation, « échouent », c’est-à-dire que leurs solutions explosent (deviennent infinies) en temps fini. Ces cas étaient prédits par la théorie mais n’avaient pas été jusqu’alors illustrés de façon explicite.

Échos de la recherche à l’étranger : l’Agence d’information d’Afrique centrale (ADIAC) relate la soutenance de thèse de deux jeunes mathématiciennes à l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville. Toutefois, l’article omet d’indiquer si chacune d’elles aura maintenant un poste d’enseignement et de recherche.

Un podcast pour terminer : la Conversation scientifique du 21 décembre sur France Culture, où Étienne Klein interviewe le mathématicien Mickaël Launay (lauréat du prix D’Alembert 2018) sur le thème de « la mathématique et ses vertiges ». On s’y interroge sur la capacité des mathématiques à tantôt éclairer, tantôt remettre en cause notre compréhension du monde, en se promenant à travers des anecdotes d’histoire des mathématiques, des paradoxes, et des considérations philosophiques sur l’abstraction ou encore sur le concept de logarithme.

Vie de la recherche

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Une équipe de recherche selon Antoine Petit

Le 26 novembre dernier, Antoine Petit, le directeur du CNRS, amateur de propos polémiques, déclare au sujet de la future loi de programmation de la recherche prévue pour l’année prochaine : « Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale, une loi qui mobilise les énergies. » Ce serait un euphémisme de dire que ces paroles n’ont guère été appréciées par la communauté scientifique, y compris dans les rangs du CNRS. Une réponse cinglante sous forme d’une lettre ouverte a été signée par de nombreux·ses président·e·s de sections et de conseils scientifiques des instituts du CNRS. Elle est notamment relayée sur le blog $\{$Sciences2$\}$ du journaliste Sylvestre Huet, qui y ajoute ses commentaires quant à cette analogie pour le moins fumeuse entre monde de la recherche et théorie de l’évolution. La lettre s’ajoute à une tribune signée par un nombre croissant de personnalités de la recherche et publiée dans Le Monde, qui dénonce un recours dangereux au « darwinisme social ».

Le 18 décembre, Antoine Petit réagit à ce tollé en publiant à son tour une tribune dans Le Monde, en justifiant ses termes provocateurs et se défendant de prôner le darwinisme social dont l’accusent ses détracteurs.

Il n’y a pas de mauvaise publicité, dit-on. Faut-il voir dans cette polémique qui enfle une stratégie de communication bien huilée de la part du directeur du CNRS ? C’est en tout cas ce que pense le chercheur François-Xavier Fauvelle dans une autre tribune du Monde, datée du 26 décembre. Il y rappelle également combien le discours actuel réclamant à tort et à travers plus de « compétitivité » dans le monde de la recherche française nuit à son bon fonctionnement et rend invisibles, à dessein, les véritables problèmes qui le gangrènent. On peut regretter que l’accès aux trois tribunes du Monde sus-citées soit réservé aux abonné·e·s.

Justement, l’accès libre et gratuit aux publications de recherche est un sujet de premier plan et qui évolue rapidement depuis quelques années. Le modèle des grandes maisons d’édition scientifique qui font payer une fortune aux laboratoires de recherche pour accéder aux articles publiés dans leurs revues est perçu de plus en plus dépassé. Un accord signé entre la plus grande de ces maisons d’édition, Elsevier, et un consortium d’universités et laboratoires français, semble avancer dans la bonne direction, en diminuant le coût d’abonnement aux revues, celui requis pour qu’une publication soit en accès libre, et en garantissant la liberté de l’accès un an après la publication d’un article. Le magazine Science (en) relève cependant que ces mesures ont été jugées trop timorées par les défenseurs du libre accès, comme en témoignent les communiqués de la Société mathématique de France (SMF) et de la Société française de physique. Pendant ce temps, l’institut allemand FIZ Karlsruhe annonce la mise en accès libre en 2020 de sa grande base de données de publications mathématiques zbMATH, qui contient 3,7 millions de références.

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a prononcé un discours le 23 décembre relayé par Actualité-news, dans lequel il accuse les pays occidentaux de « limiter la science, hier et aujourd’hui, à l’Occident, et [d’]ignorer les savants musulmans », ajoutant que ce « ne peut être que le fruit de l’ignorance, s’il n’est pas question d’oubli intentionnel. » Cette déclaration est à mettre en parallèle avec les agissements de la Turquie à l’égard de la science, à commencer par l’emprisonnement en mai dernier du mathématicien Tuna Altinel, dont nous avons parlé de nombreuses fois dans ces lignes, et les poursuites contre le mouvement des Universitaires pour la paix.

Pour finir, la SMF annonce la tenue le 16 janvier prochain de la journée Sciences et médias à Paris, qui sera consacrée à la place des femmes scientifiques et mathématiciennes dans les médias, en abordant notamment les questions de la féminisation du vocabulaire et des bonnes pratiques à adopter du côté des laboratoires comme de celui des médias. Espérons pouvoir en reparler le 1er février ! Au-delà de nos frontières, ici Lomé signale la création officielle de l’Ordre national des ingénieurs du Togo (ENIT), qui avait été fondé en septembre 2018 et dont l’officialisation constitue une belle avancée pour les scientifiques togolais·es.

Applications

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Un individu se rendant à son travail à vélo

La grève à la RATP paralyse la capitale depuis le début du mois. Pour éviter l’attente et la cohue, certain·e·s se tournent vers le vélo, mais d’autres y rechignent, arguant que la météo de décembre, trop pluvieuse, ne s’y prête pas. Mauvaise excuse, répond Libération, étude statistique à l’appui. L’article présente avec de jolis graphiques le nombre moyen de fois où l’on se fait mouiller par une averse pendant son trajet quotidien à vélo, en fonction de la durée du trajet et de la ville française où l’on se trouve. Le résultat est sans appel : cela arrive bien plus rarement qu’on ne le croirait, même à Brest !

Une autre application insolite des statistiques a été relevée par Science & Vie : une étude américaine a déterminé que la durée de règne des 69 empereurs de la Rome antique (nombre d’entre eux sont morts de façon violente) suivait une loi dite de Weibull, qui sert également à décrire la durée de vie d’une machine ou d’un composant électronique. Tout comme un appareil électronique, un empereur romain avait ainsi de fortes chances de « défaillir » au début de sa vie, avant d’entrer dans une période où sa mort est peu (moins) probable, suivie par une nouvelle augmentation de sa probabilité de mourir, due à son « usure naturelle ».

Plus poétique à présent : Sciences & Avenir décrit comment des modèles mathématiques aident à comprendre les belles structures géométriques que développent les plantes, comme par exemple l’agencement des graines d’un tournesol ou des ramifications d’un chou.

Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle fait couler tous les mois beaucoup d’encre (virtuelle) dans les médias en ligne. Dans le mouvement déjà constaté le mois dernier, il est amusant de constater une opposition chaque jour un peu plus forte entre enthousiasme débordant et scepticisme glacial à son égard.

Commençons ainsi par les adorateurs de l’IA : Dominique Sciamma, directeur de l’école de design Strate, développe sur le site Orange Digital Society Forum une réflexion métaphysique pas parfaitement limpide sur la transition sociétale que va engendrer l’intelligence artificielle, et prévoit carrément que l’IA « forte » (comprendre celle qui sera en quelque sorte douée de conscience) a pour but de « “tuer” Dieu définitivement ».

En attendant d’atteindre cet objectif, pourquoi ne pas simplement utiliser l’IA pour résoudre des problèmes mathématiques ? Breaking News, site d’une qualité éditoriale discutable, vante les mérites d’une nouvelle application pour smartphone qui scanne des énoncés mathématiques manuscrits ou imprimés et les résout automatiquement, en fournissant les étapes de calcul. Nous l’avons testée : c’est amusant, mais n’espérez pas non plus qu’elle puisse faire tous vos devoirs. Un nouvel algorithme développé par Facebook fait un peu mieux, selon Trust my Science : il est capable, en utilisant la technique du traitement naturel du langage, de calculer des intégrales ou de résoudre des équations différentielles plus rapidement que des logiciels de calcul formel, avec un faible pourcentage d’erreur. La nouveauté réside donc ici non pas dans la puissance de calcul mais dans le traitement par apprentissage des mathématiques symboliques, comme le détaille l’émission La Méthode scientifique sur France Culture (en fin d’émission).

Passons au détracteur du mois : le consultant Vincent Bérenger, qui déclare dans une virulente tribune dans Le Monde (réservée aux abonné·e·s) que l’engouement actuel pour l’intelligence artificielle n’est qu’un vaste écran de fumée qui cache une absence de progrès notables depuis des années, voire des décennies. Les succès de l’IA que la presse relaie abondamment ne reposeraient que sur des algorithmes hyperspécialisés, non généralisables et conçus de façon purement empirique. L’auteur de la tribune regrette ainsi le manque d’une véritable théorie de l’intelligence, sans laquelle la discipline est condamnée à piétiner.

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Mieux veut bien réfléchir avant de rendre les voitures autonomes

Quoi que l’on en pense, l’IA s’immisce bel et bien dans notre quotidien et soulève comme chacun·e sait (surtout vous, fidèles lecteur·ice·s) des questions de nature sociale et éthique. Afin d’y répondre comme il se doit, un comité national pilote éthique du numérique vient d’être créé, signalent Rude Baguette et Numerama. Il comporte 27 membres et se destine à étudier les interactions futures entre IA et société, en se concentrant d’abord sur les chatbot, les voitures autonomes et les algorithmes de diagnostic médical. Le journal d’Auvergne-Rhône-Alpes La Tribune se réjouit en outre que trois des membres de ce comité soient originaires de la région sus-mentionnée. Pour apporter du grain à moudre à ce comité, Atlantico propose les bonnes feuilles d’un livre publié par la physicienne Catherine Bréchignac et l’historien Arnaud Benedetti, qui questionne sous forme d’un dialogue la notion d’intelligence artificielle, à commencer par la portée sémantique de ces deux mots désormais associés de façon si banale.

Concluons par ce fait divers curieux et un brin sordide, rapporté par Slate : le créateur d’une cryptomonnaie baptisée QuadrigaCX, décédé des suites d’une maladie, a emporté dans la tombe les clés privées (autrement dit, les mots de passe) qui permettraient aux malheureux possesseurs de QuadrigaCX de récupérer leur argent — un total de 190 millions de dollars seraient ainsi inaccessibles. Certains de ces possesseurs pensent que le créateur du QuadrigaCX aurait feint sa mort pour une version moderne de Prends l’oseille et tire-toi : c’est pourquoi ils réclament l’exhumation de son corps !

À l’honneur

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Françoise Bavard reçoit la Légion d’honneur

L’association MATHs.en.JEANS est à l’honneur en ce mois de décembre avec la remise de la Légion d’honneur à son ancienne présidente Françoise Bavard. Elle en a été la présidente pendant trois années qui ont fait suite à un engagement bien plus long. L’association, qui fait découvrir les joies de la recherche en mathématiques à des collégiens et des lycéens suivis par une chercheuse ou un chercheur, a grandi et s’est internationalisée. C’est d’ailleurs au Brésil que le grand chancelier de la Légion d’honneur a pris la décision de lui remettre cette récompense, après avoir entendu un discours de Françoise Bavard, comme le rapportent Sud Ouest et le Courrier de Gironde.

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Journée internationale des mathématiques

Depuis quelques années le 14 mars est devenu le jour de $\pi$ (ou « Pi Day » en anglais puisque cela se note 3.14) et c’est l’occasion d’animations autour des mathématiques comme peut l’être la tournée de pi, « un spectacle musical totalement irrationnel en l’honneur des mathématiques ». Ce 26 novembre, l’Unesco a fait du 14 mars la journée internationale des mathématiques avec dans l’idée de fédérer de manière mondiale des initiatives autour de la diffusion des mathématiques. Chaque année un thème spécifique est mis en avant : en 2020, « les mathématiques sont partout ».

Enseignement

PISA

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Jusqu’à où la tour de Pise peut-elle pencher ?

Les médias ont manifestement un penchant pour les enquêtes PISA, qui évaluent tous les trois ans les performances scolaires des jeunes de quinze ans dans les pays de l’OCDE. Celles-ci se suivent et, pour la France, se ressemblent ! Celle de 2018, dont les résultats viennent d’être publiés (L’internaute), maintient notre pays à un niveau tout juste moyen, avec des signaux très négatifs, comme le creusement des écarts entre les meilleurs et les moins bons, et l’influence grandissante du milieu social sur la réussite des élèves.

Peut-il y avoir en France un « choc PISA 2018 » ? L’historien de l’éducation Claude Lelièvre, qui pose la question dans son blog de Mediapart, ne le pense pas. Son argumentation, uniquement fondée sur la comparaison avec les enquêtes antérieures, n’est pas très convaincante. Il part du principe, discutable, que « la trilogie des enseignements qui suscitent des passions en France » serait constituée de la lecture, l’orthographe et l’histoire. Il mentionne aussi les mathématiques, mais à un degré moindre. Il ne dit pas si un tel « choc PISA » serait souhaitable et ne propose d’ailleurs aucune piste pour en provoquer un. S’il conclut ironiquement « Vive les comparaisons internationales ! », son propos ne comporte aucune critique de ce genre d’enquêtes.

Peu avant la publication de cette nouvelle enquête PISA, Le Monde (accès restreint) « s’est penché sur la galaxie d’évaluations qui rythment la scolarité ». L’article pointe une propension à « céder à une forme de “déclinisme” » et souligne la part de responsabilité des médias. Une dizaine d’enquêtes sont analysées, aux différentes étapes de la scolarité. Cependant, les méthodes utilisées et les populations considérées diffèrent, ce qui rend hasardeuses les interprétations des résultats. Le Monde retient tout de même que la France se situe à « un niveau général moyen », mais souligne « un très grand écart entre les meilleurs et les moins bons », en mettant l’accent « sur le poids croissant des inégalités sociales et scolaires ».
La Croix (accès restreint) se demande « comment tirer un meilleur profit des évaluations scolaires ». Le journal explique que le ministre de l’Éducation nationale « croit dur comme fer aux évaluations » et indique que « le Conseil scientifique de l’éducation nationale s’est penché sur cette question » à la mi-décembre.

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Étienne Ghys, lui, ne veut pas céder au déclinisme ! Dans une chronique du Monde (accès restreint), le mathématicien, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, commence par exprimer des réserves sur la pertinence des enquêtes PISA : « [comment] comparer des choses qui ne sont pas comparables ? Quel sens peut-on donner à des scores attribués à des pays si différents culturellement et économiquement ? » Il ne veut pas « nier l’intérêt de ce genre d’enquêtes internationales », mais nous invite à « ne pas y voir que les aspects négatifs ». Il présente ensuite « un bel exemple de réalisation concrète, dans le collège Henri-Becquerel, à Avoine, en Indre-et-Loire » : il s’agit de la création d’un atelier de mathématiques où une trentaine de collégiens produisent une chaîne YouTube intitulée « Scienticfiz ». Étienne Ghys voudrait que la presse se fasse davantage l’écho de telles initiatives enthousiasmantes, et ne se contente pas de rapporter des informations aussi attristantes que ce « fait divers désolant » : une collégienne de treize ans a été interpellée, placée en garde à vue et mise en examen pour avoir agressé son prof. de maths avec un cutter ; elle a déclaré qu’elle ne lui en voulait pas personnellement, mais qu’elle avait « une haine pour les mathématiques ». Évidemment l’information a aussitôt été en bonne place dans de nombreux médias, par exemple dans L’Indépendant, Le Midi Libre ou France Bleu Indre-et-Loire. Notons qu’un passage de la chronique d’Étienne Ghys a de quoi laisser perplexe. Il y cite une question posée lors d’un test PISA il y a quelques années : « Hélène a été à vélo jusqu’à la rivière. Elle a roulé 4 km en 9 minutes. Elle est revenue chez elle par une autre route qui ne fait que 3 km, et cela ne lui a pris que 6 minutes. Quelle a été sa vitesse moyenne pendant cette promenade aller-retour ? » Il note ensuite que les jeunes Français ont beaucoup plus de difficulté que les jeunes Shanghaïens à résoudre ce problème. Il ajoute enfin, et c’est là qu’on a vraiment du mal à le suivre : « Que faut-il en conclure, à part le fait que les vélos sont beaucoup plus nombreux en Chine ? » Le lien entre ces deux faits ne saute pas aux yeux. Les meilleures performances des jeunes Chinois ne s’expliquent-elles pas simplement par un entraînement nettement plus intense à la résolution de problèmes de ce genre ?

PISA concerne 79 pays et dans la plupart d’entre eux, la presse commente bien sûr les résultats. Le Canada figure parmi les dix premiers du classement. Radio Canada ne se prive pas de signaler que les élèves canadiens sont « parmi les meilleurs du monde en mathématiques et en sciences », mais reste assez discret sur le fait que, dans les trois domaines considérés (compréhension de l’écrit, mathématiques, sciences), le score canadien est en baisse par rapport aux enquêtes antérieures. Du côté de l’Espagne, El País (es) déplore des résultats en baisse, « les moins bons en sciences depuis le début des enquêtes en 2000 ». La Belgique semble faire un peu mieux que la France, mais il faut croire qu’elle le doit aux performances des Flamands. En effet, Le Soir, qui s’est intéressé uniquement aux résultats concernant la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), en fait un bilan plus décevant. La FWB ne devancerait que le Luxembourg parmi les pays voisins. Et si les résultats de la Belgique sont en baisse par rapport aux enquêtes antérieures, la FWB se distinguerait par une certaine stabilité. Cependant, le même journal (mais en accès restreint) propose de « regarder Pisa avec les lunettes de l’optimiste ». Quant au Maroc, il figurait pour la première fois dans l’enquête PISA et ses résultats ne sont pas brillants. Le site Bladi n’hésite pas à titrer « Le Maroc, dernier de la classe », tout en indiquant que le pays est classé 75e sur les 79 pays observés.
Est-ce la perspective du classement PISA qui a incité des profs de math. britanniques à se rendre à Shanghai pour « apprendre des stratégies pédagogiques » ? Les sites chinois french.people.cn et xinhuanet.com, qui reproduisent le même article consacré à cette visite, ne répondent pas à la question !

Le ministre, la réforme du lycée et des élèves sans prof. de math.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a droit à deux pleines pages dans Le Monde (accès réservé). Il n’y est pratiquement pas question de sa politique éducative, et encore moins de l’hostilité croissante qu’elle suscite chez les enseignants. Il s’agit plutôt d’un panégyrique décrivant la mue du « technicien » en « politique », ses ambitions, son investissement au sein du parti macronien, sa stratégie de communication, ses positions sur la laïcité et le voile, et enfin le bel avenir qui lui serait promis...

Cet article ne manquera pas de mettre du baume au cœur du ministre alors qu’il doit faire face à une actualité tourmentée. Comme l’explique Le Parisien, la réforme annoncée des retraites touche de plein fouet les enseignants, dont la mobilisation a été particulièrement forte dès la première manifestation de protestation, le 5 décembre. Le même journal (accès restreint), avait fait la veille à l’intention des parents d’élèves des prévisions sur les fermetures de classes ou d’écoles consécutives à la grève.

Autre sujet toujours brûlant : la réforme du lycée et le sort qu’elle réserve aux mathématiques. Inaugurée cette année, la spécialité mathématiques en classe de première ne convainc décidément pas grand monde. Le lycée parisien Henri IV n’est pas réputé pour être un établissement particulièrement difficile... Mais même là, ça ne passe pas ! Camille, une des trois élèves de première dont Libération a décidé de suivre le parcours tout au long de l’année scolaire, confie au journal les difficultés qu’elle rencontre en mathématiques dans cet établissement où deux heures supplémentaires ont pourtant été ajoutées à l’emploi du temps pour cette spécialité, qui occupe donc six heures hebdomadaires. L’an dernier, Camille arrivait, non sans mal, à avoir 12 de moyenne en math. Elle en est aujourd’hui à 4${,}$3... et se demande « ce que ce doit être dans les autres lycées avec seulement quatre heures ». Les échos qu’elle reçoit de ses camarades vont d’ailleurs tous dans le même sens. Camille dit avoir choisi cette spécialité sous l’influence de ses parents et de peur de voir des portes se fermer pour ses études ultérieures. Elle n’avait guère le choix : « Soit on prend beaucoup de maths, soit on ne prend rien. » Cette situation était inévitable avec la réforme telle qu’elle a été conçue. Les précédentes revues de presse s’en sont abondamment fait l’écho. L’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP) a publié fin novembre un communiqué où elle interpelle le ministre sur ce constat alarmant. L’APMEP s’est par ailleurs associée à l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES) pour réclamer « une refonte de la formation des élèves en mathématiques et une meilleure articulation de celle-ci avec les sciences économiques et sociales ». Signalons aussi la page Facebook consacrée à une pétition qui proclame : « Non à la sélection par les maths. Elles ne doivent être ni une option ni un produit de luxe. » À noter que cette page recommandait l’émission de Guillaume Erner sur France Culture « La question du jour », qui devait être le 16 décembre « Les mathématiques au lycée sont-elles devenues plus difficiles ? », mais la diffusion a été annulée en raison de la grève à Radio France.

Le sujet des mathématiques en première est si sensible que le ministère a demandé au Centre national d’enseignement à distance (CNED) de créer, à l’intention des lycéens de première qui suivent l’enseignement de spécialité mathématiques, MaSpéMaths, « un service numérique gratuit de révision ». Le forum les-mathématiques.net est un lieu de discussion où interviennent de nombreux prof. de math. L’expression peut y être virulente. C’est le cas dans ce fil de discussion ouvert le mois dernier et consacré aux documents d’accompagnement des programmes publiés par le ministère. Ce passage, où un collègue oppose la réalité qu’il vit dans ses classes aux déclarations du ministre, ne manque pas d’intérêt.

Les math. avec le prof., c’est dur, mais que dire des math. sans professeur ? C’est ce que vivent depuis septembre les élèves de plusieurs filières professionnelles (bac pro ou première) du lycée de la Matheysine (nom prédestiné...) à La Mure, dans l’Isère. Le Dauphiné rapporte que les élèves ont organisé un blocage de l’établissement pour faire pression sur le rectorat afin qu’un professeur soit enfin nommé, comme le réclament en vain depuis septembre l’administration et les enseignants du lycée. Le journal note que l’absence de professeur pénalise tout particulièrement les élèves de première, qui doivent passer dès ce mois de janvier des épreuves comptant pour le nouveau bac 2021.

Nous en avions parlé dans la revue de presse de juin, la réforme du lycée aura nécessairement des prolongements pour les classes préparatoires. Le Figaro Étudiant explique comment les prépas s’y... préparent ! en modifiant les programmes et en fusionnant des filières.

Pédagogie

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Problème de mathématiques concret roboratif

Depuis près de quarante ans (en gros depuis l’abandon des « maths modernes »), l’enseignement des mathématiques au niveau scolaire applique aveuglément l’idée (pour ne pas dire la religion) suivante : les notions mathématiques sont d’autant plus facilement acquises par les élèves qu’elles ont été présentées dans un « habillage concret ». Il suffit de parcourir n’importe quel manuel de l’école du collège ou du lycée pour faire ce constat. Très bonne nouvelle : une étude récente de l’université de Genève, à laquelle ont participé des chercheurs suisses et français, ose contredire cette croyance. Comme l’expliquent les sites Techno-Science.net et Le Journal du Geek, des tests effectués dans des classes françaises de CP et CE1 ont montré que les « simulations mentales » (utilisation de billes ou de fleurs, de francs suisses ou d’euros...) n’étaient pas la panacée, et que l’abstraction arithmétique pouvait donner des résultats bien meilleurs, et que l’amélioration est d’autant plus nette que les problèmes à résoudre sont plus complexes ! À quand une expérimentation à grande échelle ?

À première vue, c’est une idée différente qui est exposée dans cet article du site Info chrétienne sous le titre « Raisonnement mathématique : tout se joue dans la petite enfance ». Mais en réalité ces deux points de vue se rejoignent sur une constatation essentielle : les mathématiques sont avant toute chose la science du raisonnement !

Enseignement, informatique et IA

Naturellement, ce genre de discussion sur la pédagogie ne saurait faire l’impasse sur les sujets désormais incontournables que sont l’informatique et l’intelligence artificielle. Le café pédagogique donne la parole à Bruno Nibas, professeur des écoles, maître formateur, directeur d’école d’application, qui a participé à l’édition de la série d’ouvrages du primaire Maths avec Léonie, qui intègre « les apports de la méthode de Singapour et de l’intelligence artificielle au cycle 2 ».

Quant à la mise en place de cours d’informatique dès l’école élémentaire (prévue par les programmes depuis 2016), elle se heurte à de réelles difficultés, pointées par Le Figaro (accès restreint). Peu importe, pour le président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC), qui se veut politiquement indépendant, mais que l’on situe souvent plutôt à droite. Il déclare en effet, toujours dans Le Figaro (accès restreint) : « Avant de coder, les élèves ont besoin d’apprendre les fondamentaux » et que « nous avons autre chose à faire » qu’apprendre la programmation à l’école primaire. Il s’oppose ainsi aux recommandations de Cédric Villani présentées dans L’Obs en 2016.

Des jeux vidéos qui permettent de « lutter contre la phobie des maths » ? Ce n’est pas nouveau, mais Presse-citron nous présente « une application qui donne envie de faire des maths », après nous avoir expliqué que « les scientifiques ont même pu déterminer l’origine physique » de la phobie des maths, qui est un organe du cerveau... À vous de juger !

Ceci et cela, ici et ailleurs

Alors que la plateforme Parcoursup d’accès à l’enseignement supérieur vient d’ouvrir pour la prochaine rentrée, Le Monde (accès restreint) nous explique que « la fin de la première année commune aux études de santé met les universités sous tension ».

Dans notre revue de presse de juin, nous évoquions les candidats au bac qui avaient rédigé leur copie de mathématiques en langue bretonne. La question revient sur le tapis, avec celle, plus générale, des langues régionales. Elle fait l’objet d’un article dans Ouest-France au titre inquiet : « La survie en jeu pour les langues régionales ».

Le site news-24 fait état d’une enquête de l’organisation caritative britannique National Numeracy. Cinq questions à choix multiples, portant sur des pourcentages ou sur la comparaison d’offres promotionnelles, ont été posées à un échantillon de 2000 adultes (de 16 à 75 ans). Les résultats, consignés dans ce rapport sont considérés comme très inquiétants. L’enquête a aussi évalué le coût de l’innumérisme pour l’économie, et il est bien plus élevé que ne le croient la plupart des gens...

Parité encore

La question de la parité en sciences est toujours présente. La radio-télévision ivoirienne a annoncé que « les meilleures étudiantes en technologie et mathématiques des universités publiques de Côte d’Ivoire [allaient être] bientôt distinguées ». « Pourquoi y a-t-il moins de filles en études scientifiques ? » se demande Le Télégramme (accès restreint), qui annonce une conférence sur le sujet de la sociologue Sophie Orange.

Culture mathématique

C’est un peu l’hibernation pour la médiation scientifique en cette fin d’année. Cependant, l’ouest, le grand ouest et le très grand ouest se distinguent. Ainsi, Ouest France propose un papier dans sa rubrique « Question de science » sur la cryptographie et, dans un autre article, rappelle que la Maison des mathématiques de l’ouest relance son club de maths au Lieu Unique. Le même journal relate le « Rendez-vous des jeunes mathématiciennes » qui a eu lieu à l’ENS de Ker-Lann qu’une trentaine de lycéennes de première et terminale ont pu suivre pendant trois jours. Ces jeunes élèves, encore trop peu nombreuses à s’engager dans des études scientifiques, ont pu se confronter aux perspectives offertes par les mathématiques lors d’ateliers, de conférences ou de speed-meetings.

Un peu moins à l’ouest, on entend encore parler de Fermat Sciences car la commune de Beaumont-de-Lomagne vient de signer un prêt avec la banque des territoires pour la rénovation de la maison natale de Pierre de Fermat.

Beaucoup plus à l’ouest, les Québécois signent eux aussi des partenariats, qui avec Ubisoft, comme le dit École branchée, qui a développé un jeu avec les mêmes objectifs, qui avec Toyota, comme l’annonce Newswire, pour sensibiliser les jeunes aux sciences, technologies, ingénierie et mathématiques. La fondation Toyota s’est contentée d’un don de 150000 $ mais elle n’a pas développé un nouveau concept-car.

Pour finir, bien que ce ne soit plus de saison, Hervé Lehning vous propose dans sa chronique de Futura Sciences un vieux problème de Paul Halmos sur le poids d’un concombre.

Parutions

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Des algues microscopiques

Le passage à une nouvelle année est propice aux rétrospectives. L’Express propose ainsi son palmarès des faits scientifiques marquants en 2019, tout comme La Recherche qui sort fin décembre un numéro spécial sur le sujet. À côté de l’observation d’un trou noir, de sauts quantiques, de l’Homo luzonensis, du déclin de la biodiversité, de la mission InSight, le seul événement mathématique retenu par la revue est le premier prix Abel décerné à une femme, Karen Uhlenbeck. (Dans le même exercice, Le Monde évoque aussi les ordinateurs quantiques.) C’est donc plutôt la chronique mathématique qui aiguisera le plus la curiosité des lecteurs dans le numéro de janvier. Savez-vous planter les algues à la mode mathématique ? demande Roger Mansuy, qui revient sur la récente conférence de Nina Aguillon, « Roue à aubes, mélange d’algues et mathématiques » au Musée des arts et métiers dans le cadre de la semaine européenne du développement durable.

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Les chemins de la toile

Plus loin en arrière, il y a cinquante ans, c’était le premier pas de l’homme sur la lune mais aussi le premier message de l’histoire d’Internet. En 2019, son « universalité est menacée par les entreprises qui essaient de capturer les internautes, par les États qui traquent ces mêmes internautes, par des cybercriminalités de toutes natures. Pourrons-nous continuer longtemps à utiliser Internet ? » s’interroge Serge Abiteboul dans sa chronique numérique titrée « Un bond de géant pour l’humanité ». (Rappelons en passant que Serge Abiteboul est l’un des créateurs du blog binaire).

Surprise ! Tangente a préparé un numéro exceptionnel « Bonne année 2020 » pour Noël et le jour de l’an. Exceptionnel parce qu’un incident technique chez l’imprimeur a obligé la revue de passer (pour ce numéro seulement) à un format un peu plus petit mais avec un nombre de pages supérieur au nombre habituel ! Dans ce numéro deux gros dossiers sont présentés : « Divisibilité » et « Autoréférence ». Ils sont évidemment accompagnés de bien d’autres choses !

Vous y trouverez, par exemple, le palmarès des trophées Tangente 2019. Le jury a attribué le Prix Tangente à Mathematikos d’Antoine Houlou-Garcia, paru aux éditions des Belles Lettres : « Le jury a apprécié le choix des exemples, le souci pédagogique de l’ouvrage – en particulier les commentaires qui remettent chaque extrait dans son contexte – ainsi que les repères chronologiques. » L’accent mis sur l’histoire des mathématiques dans les programmes scolaires n’est peut-être pas étranger à ce choix. Une mention a été accordée à l’ouvrage de l’Espagnole Clara Grima (es) (vous pouvez relire le portrait de cette « blogueuse hyperactive fan de maths » dans Libération). Son livre Je fais des maths en laçant mes chaussures, paru aux éditions Les Arènes, est officiellement recommandé. Les autres livres finalistes étaient Oscillations de Joseph Fourier, Généalogie des mathématiques et Vivre avec la main d’un homme mort... Quant au prix Bernard-Novelli 2019-2020, qui récompense depuis plusieurs années des jeunes, collégiens ou lycéens, ayant programmé seuls ou en groupe un jeu mathématique, « la date limite d’inscription a été repoussée au 31 décembre 2019, tant pour les établissements scolaires que les candidatures individuelles ou de groupes ».

N’oublions pas le projet Accromath qui poursuit sa route depuis 2006. Publiée essentiellement en ligne, la revue semestrielle du Centre de recherches mathématiques de Montréal n’a pas d’équivalent. Même si le public ciblé est clairement les étudiants de cégep, la revue intéresse un public beaucoup plus large de jeunes et de moins jeunes. Le numéro été-automne 2019 s’articule autour du thème des algorithmes avec des articles qui traitent de l’histoire, de la factorisation des grands nombres, de cryptographie, de l’émergence des logarithmes et des algorithmes génétiques. La rubrique des paradoxes, animée par Jean-Paul Delahaye, et une section de problèmes complètent le numéro.

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Newton à Cambridge

« La mathématique ouvre plus d’une fenêtre sur plus d’un monde » affirme en sous-titre le magazine Quadrature dont le dernier numéro, celui du premier trimestre 2020, de paraître. Nous y trouvons le second volet, annoncé dans le numéro précédent, de l’article de Patrick David (enseignant et coordonnateur des programmes à l’ENSEA.) « Le système de chiffrage AES ». Le chiffrement AES, pour Advanced Encryption Standard, est l’algorithme de chiffrement le plus utilisé et le plus sûr disponible aujourd’hui. L’article présente ce système et sa programmation en langage Python en s’appuyant sur les outils définis dans le précédent article (« Construction du corps fini à 256 éléments en Python » publié dans le numéro 114). Ce premier numéro de la nouvelle année nous offre en outre (avec les traditionnels vœux de la rédaction) une belle variété d’articles originaux sur l’histoire des mathématiques, un compte rendu de la sixième conférence internationale sur l’histoire de l’enseignement mathématique, l’incommensurabilité dans les polygones réguliers, la régularisation de la convergence d’une suite vers un point fixe, quelques aspects sur une généralisation des suites de Fibonacci... Pour finir, Roger Mansuy nous rappelle dans sa rubrique numismatique titrée « Outre-Manche » que « même si Albion est perfide », nous lui devons quelques grands mathématiciens. Son article se développe à partir de trois médailles, une peu connue d’Isaac Newton, une seconde d’Augustus De Morgan qui fut le premier président de la London Mathematical Society, et une troisième de James Joseph Sylvester, le successeur de De Morgan à la LMS. Ajoutons que pour les férus de « problèmes plaisants et délectables », Pierre Bornsztein alimente « le coin des problèmes » qui propose des « énoncés brefs et attractifs, dans le style des compétitions mathématiques, mais de difficulté plus ou moins grande, et sans contrainte de niveau ».

Côté livres

Libération nous offre un long entretien avec Maurice Milgram, informaticien français, à l’occasion de la sortie de son livre Les paradoxes n’existent pas (Le Pommier). Le titre intrigue : « Une théière bleue confirme bien que tous les corbeaux sont noirs ». C’est le paradoxe de Hempel : « en logique, dire que tous les corbeaux sont noirs et dire que tout ce qui n’est pas noir n’est pas un corbeau sont deux propositions strictement équivalentes. » Pourtant, on sent bien que l’on n’apprend pas grand-chose sur les corbeaux en regardant une théière ou le ciel bleus. « Sous [la] plume [de Maurice Milgram], les paradoxes perdent [...] leur statut de bizarrerie récursive pour devenir des expériences de pensée destinées à mettre en lumière ce qui différencie le raisonnement, très humain, de la logique, plus mécanique. »

Une blogueuse vante dans 20 minutes Reflets des jours mauves, de Gérald Tenenbaum, un « roman qui [réunit] » « les maths et la poésie ».

Art

On trouve ce mois-ci un nombre conséquent d’expositions d’art contemporain avec une forte teneur géométrique dans la presse au sens large. Il sera sans doute malcommode pour la plupart d’entre nous d’aller au Collins Park de Miami pour voir l’exposition d’artistes argentins annoncée par Breaking News. On y verrait pourtant l’œuvre Invisible de l’artiste conceptuelle Marie Orensanz (en), « pionni[ère] des expériences associant l’art à la philosophie, aux mathématiques et à la géométrie », ou des cubes colorés de Graciela Hasper montrés par Mone Knows.

Il n’est pas forcément plus facile d’aller à l’Institut français de Rabat pour voir l’exposition Moon Phases du Marocain Saad Tazi – annoncée aussi par VH magazine, Femmes du Maroc, Grazia Maroc et L’Œil de la photographie (accès restreint) : des paysages terrestres et des prises de vue de la lune se partagent ses photos circulaires selon les phases de celle-ci. De toute façon, l’exposition est close depuis le 20 décembre.

Courez en revanche à Villeneuve d’Ascq avant le 5 janvier pour l’exposition « Formes géométriques en fiction » au LaM, annoncée sur Art critique. Si vous êtes outre-Atlantique, vous avez cinq jours également pour aller au musée d’art de Joliette, comme l’indique La Presse, où « l’art [est] en amour avec la science ». Toujours au Québec, L’Express présente Yves Gaucher, « grand maître de la géométrie en peinture », qui « joue avec des représentations géométriques variées et des effets de couleur : des carrés d’une seule couleur, parfois sur une pointe, des juxtapositions de rectangles de différentes couleurs, des associations de formes géométriques diverses et de couleurs contrastées, et d’autres associations ou oppositions. »

Dans les arts du théâtre, La Tribune de Lyon évoque le passage dans sa ville de la tournée de La Machine de Turing, pièce évoquée maintes fois ici, ainsi que Ouest-France pour son passage près de Rennes.

Pour (en) finir (avec les fêtes)

À l’heure de défaire le sapin, on voudra peut-être découvrir les versions monumentales proposées par architectes et designers recensées par Le Figaro.

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Comment passer le disque bleu sans le plier dans le trou carré de la feuille blanche ?

Quoi qu’il en soit, il est assurément trop tard pour proposer pendant le réveillon le tour de Tadashi Tokieda filmé par Brady Haran pour Numberphile et découvert début décembre par le site Oh Chouette !. Il est pourtant très amusant : il consiste à faire passer un disque de papier sans le plier dans un trou carré dont la diagonale est plus petite que le diamètre du disque ! Ce tour fait partie d’une série de vidéos dans lesquelles l’idée est d’exploiter la troisième dimension (l’espace !) pour résoudre des problèmes de géométrie plane.

Post-scriptum :

À l’heure du bouclage, le site de Tangente ne fonctionne pas. Nous espérons que cela se résoudra aussi vite que possible.

Cette revue de presse est la dernière à laquelle participe Clément Moreau, que le reste de l’équipe remercie vivement pour ses contributions, et que l’on espère retrouver très bientôt pour beaucoup d’autres d’articles !

Article édité par Jérôme Germoni

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse décembre 2019» — Images des Mathématiques, CNRS, 2020

Crédits image :

Image à la une - Rick Powell : Graciela Hasper, Gramática del Color, at Mamba sur Flickr. Graciela Hasper est l’une des artistes argentines exposée à Miami (cf. rubrique « Art »).
Comment passer le disque bleu sans le plier dans le trou carré de la feuille blanche ? - Bricolage lyonnais
Des algues microscopiques - Wikipédia
Newton à Cambridge - Wikipédia
Françoise Bavard reçoit la Légion d’honneur - Françoise Bavard, droits réservés
Journée internationale des mathématiques - idm314.org
img_21315 - Max Bender sur Unsplash
img_21316 - Element5 Digital sur Unsplash
img_21317 - André François MacKenzie sur Unsplash
img_21318 - Alexander Popov sur Unsplash
img_21319 - Wikimedia Commons
Jusqu’à où la tour de Pise peut-elle pencher ? - Saffron Blaze, Wikimedia commons, licence CC BY-SA 3.0
Problème de mathématiques concret roboratif - Source : Techno-Science
img_21338 - Source : Gallica via Wikimedia Commons

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