Revue de presse février 2011

1er mars 2011  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (1)

Trois ans ! Cela fait désormais trois ans que Ibni Oumar Mahamat Saleh, mathématicien et homme politique tchadien a disparu dans des circonstances troubles et tragiques. Cette revue de presse se fait l’écho des journaux qui n’ont pas oublié et qui exigent toujours que la lumière soit faite sur cette sombre affaire.
Moins dramatique, elle revient aussi sur quelques grands noms du passé mis à l’honneur : Joseph Fourier, Emile Borel et Lewis Carroll.
Enfin, pour les amateurs de polémiques, elle vous fera découvrir les controverses du mois. Bonne lecture !

Ibni Oumar Mahamat Saleh

Il y a trois ans, l’opposant politique tchadien et professeur de mathématiques à l’université de N’Djamena Ibni Oumar Mahamat Saleh était enlevé à son domicile. Rue89 rappelle que Ibni Saleh a été arrêté par les forces de sécurité tchadiennes, que le gouvernement tchadien n’a toujours pas fait la lumière sur cette disparition, et publie une lettre « signée par ses fils, par la communauté mathématique et statistique de France à laquelle il a appartenu, par des parlementaires français et des organisations de défense des droits humains ». Les auteurs de la lettre critiquent ouvertement la France, en rappelant que « [le Tchad] n’a pas donné suite aux demandes de la Commission et la France n’y a pas trouvé à redire. Cela arrangeait sûrement beaucoup de monde, l’enquête risquait de mettre en lumière trop de vérités gênantes. »

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Affiche du prix Ibni Oumar Mahamat Saleh 2010

Cette lettre est signalée dans le blog de Libération Posts Afrique. L’auteur du billet rappelle que « l’an dernier, les parlementaires français avaient obtenu le vote solennel et à l’unanimité d’une résolution de l’Assemblée nationale demandant que toute la lumière soit faite sur le sort réservé à Ibni, un mathématicien qui avait fait ses études en France et qui était très respecté dans son pays. »

Mathématiciens d’hier et d’aujourd’hui

« Même le feu est régi par les nombres ». Ne manquez surtout pas cette passionnante émission du 8 février de Continent Science téléchargeable pendant quelques temps sur le site de France Culture. Jean-Pierre Demailly est l’invité de l’émission à l’occasion de sa conférence à la BNF : « La découverte de Fourier : Même le feu est régi par les nombres ». On y apprendra des anecdotes incroyables sur la vie du mathématicien :
il a été promu professeur de mathématiques à l’Ecole Militaire d’Auxerre à 16 ans ! Puis, il a été à deux doigts d’être guillotiné mais heureusement pour lui, Robespierre se fait assassiner avant... Il devient un peu après une sorte de diplomate en Egypte... Quand Napoléon lui demande le secret de sa réussite diplomatique, il répond « C’est parce que je suis très gentil ».

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Bonaparte devant le Sphinx par Jean-Léon Gérôme (1868)

Lors d’une inspection dans les mines, Fourier remarque que plus on descend, plus la température monte. L’équation de la chaleur, une de ses plus belles découvertes, n’est plus très loin. Demailly rappelle que Fourier ne cherchait pas à comprendre la physique de la chaleur, mais plutôt à trouver une équation qui rendît compte des faits. Par ailleurs il remarque que ces travaux de Fourier sont de façon très étonnante à la base de théorèmes contemporains et très profonds dans un domaine complètement autre et très abstrait, l’algèbre et l’arithmétique. Enfin, on apprendra que le secret de la réussite incroyable du format de compression des images JPEG, c’est une transformée... de Fourier, et que Fourier avait déjà expliqué le phénomène de l’effet de serre. Pour clore ce vibrant appel à écouter cette excellente émission, une citation d’Arago lors de l’élection de Fourier à l’Académie des Sciences, élection repoussée par Napoléon III pour pour des raisons politiques : « Heureusement dans ce pays l’absurdité ne dure pas trop longtemps ».

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Saint Affrique, la ville natale d’Emile Borel

Sur le journal en ligne Mediapart, le mathématicien Laurent Mazliak dresse un court portrait d’Emile Borel (1871-1956), « intellectuel militant sans relâche pour mettre les découvertes scientifiques et technologiques au service de la vie sociale, et, en bon probabiliste, défenseur du hasard et de la nécessaire liberté des chercheurs. » La partie la plus intéressante de cette mini biographie concerne l’application du calcul des probabilités à l’émergence des génies de la science, le tout fondant une politique de la recherche ! Selon Borel, « il est donc nécessaire de donner à beaucoup les moyens de travail pour que dans ce plus grand nombre se trouve celui qui est prédestiné et dont la découverte payera au centuple et bien au delà toute la dépense faite pour tous ».

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Alice au pays des merveilles
Illustration d’Arthur Rackham

Le Nouvel Observateur consacre son éphéméride du jeudi 27 janvier à Lewis Carroll, né le même jour en 1832. Dans cette très brève biographie, on apprendra que Charles Lutwidge Dogson était son vrai nom, qu’il était un « mathématicien et logicien de génie [...] timide et réservé », et qu’il « préférait de loin la compagnie des enfants à celle des adultes ». Une fréquentation qui fut funeste à l’une de ses passions, la photographie : « [son] sujet favori était les petites filles. Un art qu’il dut abandonner pour que sa réputation (il était diacre) n’en souffre pas. »

Six mois après la consécration de Cédric Villani au Congrès International des Mathématiciens à Hyderabad, le mathématicien, interrogé par une journaliste du site Vousnousils, nous livre quelques nouvelles réflexions. Ces six mois sont l’occasion d’un petit bilan : « depuis que j’ai obtenu la médaille, j’ai rencontré absolument tout le monde, des éboueurs au pré­sident de la République. » A la classique question de la vocation de mathématicien, Villani répond : « mes professeurs de troisième et de seconde, entre autres, ont aussi joué un rôle impor­tant : ils n’hésitaient pas à aller hors des sen­tiers bat­tus et à présenter les choses de façon élégante et ludique. » Interrogé au sujet de l’appel La France a besoin de scientifiques
qu’il a signé et qui dénonce la réforme actuelle du lycée, on notera cette phrase, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde :« je ne suis pas choqué par exemple par le fait qu’il n’y ait plus d’histoire-géographie en terminale S. »
Pour conclure, un encouragement qui laissera sans doute quelques lecteurs perplexes : « Restons donc posi­tifs et je conseille à tous de faire des mathé­ma­tiques : elles donnent les clefs du monde. »

Echec et maths ?

Suite aux résultats médiocres des élèves français à la dernière étude PISA, le ministre de l’Education nationale a annoncé un plan
visant à améliorer l’apprentissage des mathématiques et des sciences, de l’école au lycée. Il en présente les principales mesures dans un entretien au JDD. À l’école primaire, le ministre dit vouloir « s’attaquer à l’« innumérisme », c’est-à-dire l’incapacité à réaliser les calculs de la vie courante [...] Je préconise quinze à vingt minutes de calcul mental par jour. Pour les sciences, j’encourage le déploiement d’un enseignement basé sur l’expérimentation et l’investigation ». Au collège, où « l’on note une véritable désaffection pour les sciences, [...] il s’agit de mettre en place un décloisonnement des approches de la science », avec « un seul enseignant pour les sciences physiques, la chimie, les SVT et la technologie » ; dès la rentrée prochaine, plusieurs établissements pilote devront « avoir un projet pédagogique scientifique mené avec le monde associatif et les entreprises ». Au lycée, enfin, l’accent sera mis sur la présentation des professions à « composantes scientifique et technologique » et sur la lutte « contre la désaffection des filles pour ces métiers ».

Les Echos relaie les premières réactions à ces annonces, et elles sont plutôt fraîches : l’Union des professeurs de spéciales (UPS) regrette que le ministre ne soit pas revenu sur les horaires d’enseignement des disciplines scientifiques au lycée, tandis que plusieurs syndicats d’enseignants n’y voient guère qu’une façon de « détourner l’attention des 16.000 suppressions de postes pour la rentrée 2011. »

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Echec et maths ?

Pour l’Est républicain, « le niveau en mathématiques des élèves français est catastrophique ». Opposant la reconnaissance officielle de l’excellence française dans la recherche mathématique, à la fin de l’été, et les résultats de nombreuses études sur l’enseignement des mathématiques, l’article présente l’initiative d’un professeur de Moselle : un site gratuit, mettant à disposition cours et exercices corrigés, ainsi qu’un forum. Pour nombre d’élèves en difficulté, « la bouée de sauvetage est vite saisie ».

En novembre dernier, une pétition pour la suppression des notes à l’école élémentaire connut un succès certain et fut l’occasion de relancer le débat sur les méthodes d’évaluation dans l’enseignement. On pourra lire une attaque en règle des méthodes actuelles sur un blog de Mediapart ; en se demandant s’il existe un « vaccin contre la maladie des notes », l’auteur rappelle que plusieurs expériences ont mis en évidence l’incertitude des systèmes de notation. Pour une étude fouillée et plus nuancée, on pourra se reporter au dossier que La Croix a consacré à ce sujet. Après avoir rappelé qu’une loi de 2005 a instauré un début d’évaluation des compétences, le journal offre le point de vue d’un journaliste américain : « Partout dans le monde, l’école est plutôt conservatrice. Mais ici, le débat est à 100% idéologique [...] On n’a toujours pas compris en France que l’épanouissement était un facteur de réussite. »

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Ecoliers sud-cooréens

Et que dire de la Corée du Sud ? Arrivé en tête du dernier classement PISA pour la culture mathématique, ce pays a développé « le système éducatif le plus exigeant du monde », pour La Croix. Le prix à payer est élevé, en témoigne ce dicton que rapporte l’article : « Si tu dors plus de quatre heures la nuit, tu ne pourras pas entrer à l’université. »

Autre débat récurrent : la « fuite des cerveaux ». Capital propose un entretien avec l’auteur d’une étude sur l’expatriation des chercheurs français aux Etats-Unis pour le compte de l’Institut Montaigne. Alors que le phénomène « s’est fortement accéléré depuis le milieu des années 1990, [...] il n’existe pas de données statistiques sur la diaspora universitaire française. Paradoxalement, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en sait plus sur les chercheurs étrangers présents en France que sur nos ressortissants expatriés ! ». Si « la France ne subit pas une fuite des cerveaux au sens strict, celle qui peut affecter un pays en développement dont toute l’élite part, [...] l’expatriation représente un coût économique certain ». En même temps, « il faut se féliciter que la France prenne part à la mondialisation scientifique. Les chercheurs sont souvent le moteur des coopérations entre institutions universitaires ou scientifiques. » Les principales raisons mises en avant par les chercheurs expatriés : l’attrait salarial, la qualité des conditions de travail, la présence d’une « masse critique » de collègues de très haut niveau et la bonne intégration des scientifiques dans la société.

Parutions

Mesurer les chercheurs : L’évaluation des chercheurs a souvent été discutée ces dernières années. Et dans ce domaine les indicateurs sont à la mode. La rubrique mensuelle Logique et calcul du numéro de mars du magazine Pour la Science apporte un éclairage sur les outils d’évaluation développés pour tenter d’évaluer l’impact d’un chercheur et leurs faiblesses : « La folie évaluatrice dans le monde de la recherche scientifique a provoqué une multiplication des méthodes. » L’auteur analyse les points faibles de ces différentes méthodes d’évaluation et s’intéresse assez longuement aux mathématiciens. En conclusion Jean Paul Delahaye insiste « sur la méfiance qu’on doit éprouver à l’égard de l’indice h » en citant deux cas extrêmes : Grigori Perelman, considéré comme l’un des dix plus grands mathématiciens vivants, a un indice h de zéro sur la base de GoogleScholar ... et Ike Antare, un scientifique inventé de toute pièces par Cyril Labbé, un chercheur grenoblois, a un indice h de 95 qui le place en tête de la recherche mondiale !

Un théorème pour des empilements de
cubes
 : Ce mois-ci Pour la Science nous propose un article publié en ligne
relatif à la démonstration de la conjecture de George Andrews et David Robbins
formulée dans les années 80. Elle a été démontrée récement par Christoph
Koutschan, Manuel Kauers et Doron Zeilberger. Cette conjecture, devenue
théorème, porte sur les partitions planes totalement
symétriques
.

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Bertrand Russell

Comme s’il cherchait à répondre à Pour la Science, l’éditorial de La Recherche revient sur le fameux indice h et s’intéresse à une toute nouvelle façon de mesurer la notoriété des chercheurs : le milliDarwin. Il s’agit simplement de compter « la fréquence avec laquelle les noms de scientifiques [...] apparaissent dans les livres [...] et de les classer en milliDarwin : soit un millième de la fréquence moyenne annuelle d’apparition du nom de Charles Darwin dans les livres. » Devinez qui arrive en tête ? Darwin ? Einstein ? Que nenni ! Il s’agit du philosophe logicien et mathématicien Bertrand Russell.

La rubrique Actualités mathématiques présente une interview de Robin Rydler statisticien, qui en collaboration avec Geoff Nicholls, vient de développer « des modèles statistiques spécifiques aux langues et [estime] l’âge de la plupart des embranchement de l’arbre des langues indo-européennes. » Les deux chercheurs ont établi « que l’âge de la racine de l’ancêtre commun à toutes les langues [indo-européennes] était compris entre 7100 et 9800 ans avant aujourd’hui, avec une probabilité de 95%. »

Mathematic Park

Le T-Rex était il un prédateur ou un charognard ? Futura-Science nous apprend que, selon les récents travaux de trois chercheurs anglais, le « T-rex aurait bien été un chasseur. »
A partir d’un modèle proie-prédateur à base d’équations allométriques les chercheurs ont montré que la pression imposée par les autres prédateurs de la fin du Crétacé n’aurait pas permis aux T-Rex de survivre en n’étant que charognards.

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Tyrannosaurus Rex
Illustration de Ryanz720

Inutile donc pour le moment de remettre en cause Jurassic Park ! Une occasion de plus, en revanche, pour redécouvrir le film et Ian Malcolm, son mathématicien spécialisé dans la théorie du chaos...

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse février 2011

    le 1er mars 2011 à 10:25, par Gouanelle

    Bonjour,
    L’évaluation : problème français pour les scolaires ; international pour les chercheurs ?
    Il sera toujours plus facile d’évaluer les policiers au nombre de contraventions , que les professeurs et les chercheurs chez qui les critères ne peuvent être matériels ou quantifiés : le nombre de publications ou de citations a montré ses faiblesses.
    Le quotidien « Le Monde » du vendredi 04/02/2011 a publié une double page (14 et 15) sur le sujet : Peut-on évaluer la Recherche ? h-index et le cas Ike Antkare y sont analysés ; Philippe Even et Sébastien Balibar y expriment leurs divergences...
    Un modèle mathématique fiable fait défaut. À vous chercheurs d’en créer un, impartial et imbiaisable ?

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