Revue de presse février 2013

1er mars 2013  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (3)

Que d’eau, que d’eau, diront certains ! Ah oui mais pas seulement : des mots, des flots de mots même, des nombres, de très grands nombres même, des jeux, toutes sortes de jeux, et des métaphores alors, pour le moins surprenantes. Tout ceci vous attend dans cette nouvelle revue de presse, sans parler de la question de l’existence de Dieu (si si) et de divers personnages fascinants. Prêt ? Plongez !

Plein les yeux

Septième art tout d’abord. Point de trêve dans le feuilleton hollywoodien du biopic consacré à Turing (dont nous parlions ici et ). Selon la chaîne NT1.tv, exit Leonardo DiCaprio... Ainsi, « le destin a voulu que cela soit le cinéaste Morten Tyldum qui concrétise ce projet, avec à ses côtés l’acteur britannique Benedict Cumberbatch. C’est un juste retour des choses pour le scénariste [...] qui va enfin pouvoir redonner vie à Alan Turing. » Des chercheurs de l’ETH Zurich et de Cornell University sont quant à eux déjà passés par la case oscar. Dans un billet pour Le Monde, Cédric Villani nous rappelle en effet qu’en janvier dernier, le cinéma américain leur a décerné un « oscar scientifique » pour « avoir développé un logiciel de “turbulence par ondelettes” qui crée des images de fluides, flammes ou fumées réalistes, sur un mouvement d’ensemble prescrit ». Une véritable victoire des mathématiques sur la « mer violette » chère à Homère. Si inquiétante et imprévisible, elle semble aujourd’hui domptée par les modèles mathématiques des fluides qui « résolus par des algorithmes modernes [...] remplacent avantageusement au cinéma les anciens effets spéciaux numériques », pour devenir « pleinement, selon le mot de Léo Ferré, une “mathématique bleue” ! »

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Un tas de mots

Littérature ensuite. La numérisation massive d’ouvrages littéraires permet aujourd’hui de se livrer à de drôles de statistiques. Sur le blog Science étonnante on nous explique ainsi, preuves à l’appui, pourquoi Moby Dick est un roman exceptionnel ! Zack Booth Simpson, présenté comme un chercheur/artiste, a eu l’idée suivante afin de « quantifier précisément la richesse de vocabulaire d’une œuvre ». Il s’est « servi des livres numérisés du Projet Gutenberg et a compté pour chacun d’eux le nombre total de mots, et le nombre de mots différents, c’est-à-dire la taille de son vocabulaire. En excluant les dictionnaires, le plus riche s’avère être Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, publié par l’historien Edward Gibbon à la fin du XVIIIe siècle, avec 43 113 mots de vocabulaire différents ! » Évidemment, le résultat est un peu biaisé car « le livre de Gibbon comporte 6 volumes et plus d’un million et demi de mots ! » D’où l’idée d’introduire « la densité de vocabulaire » (on divise simplement le nombre de mots différents par le nombre total de mots de l’ouvrage). Résultat : Moby Dick ressort comme le texte ayant la plus grande densité de vocabulaire : « avec 17 227 mots différents pour un total de 211 763, cela signifie que Melville introduit un nouveau mot quasiment à chaque ligne ! » C’est d’ailleurs la lecture de Moby Dick qui aurait donné l’envie à Zack Booth Simpson de se lancer dans cette analyse. Le linguiste Matthew Jockers a même poussé les choses plus loin en dressant une carte de l’univers des livres. « En partant d’une base de données de 3600 livres numérisés, il a pour chaque livre calculé près de 500 caractéristiques différentes [...] L’ensemble de ces caractéristiques définissent des coordonnées pour les livres, et on peut alors calculer la distance entre 2 livres dans cet immense espace. » Le résultat est assez surprenant : par exemple, « les livres d’hommes ont tendance a être bien séparés de ceux des femmes sur la carte » tandis que les livres de Melville forment un petit ilot isolé. La recherche de mots anormalement fréquents ou rares peut également se révéler instructive : si le mot « harponner » revient évidemment très souvent dans Moby Dick, la liste des mots particulièrement rares dans la Bible sont « girl, boy, school, success, condition, listen, princess » et « said, love, why, heart, mother, poor, felt » dans le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels. Le blogueur conclut enfin par une petite introduction à la curieuse loi de Zipf, dont nous parlions récemment ici (voir aussi le billet d’un autre blogueur et mathématicien célèbre Terence Tao et l’article de Wikipedia).

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Marin Mersenne

Curtis Cooper, chercheur américain, n’a sans doute jamais harponné le moindre cétacé, mais c’est pourtant sans répit qu’il traque d’autres géants... mathématiques. Sa dernière victime, le nombre 257 885 161-1, est le plus grand nombre premier connu à l’heure actuelle. ll s’agit également du 48ème nombre premier de Mersenne, autrement dénommé M48. Comme le rappellent Eljj et Slate.fr, il existe un test efficace de primalité (le test de Lucas-Lehmer) pour les nombres de Mersenne, ce qui explique que « les dix nombres premiers les plus grands sont tous des nombres de Mersenne ». « Pourquoi il faut s’enthousiasmer du nouveau record du plus grand nombre premier » titre Slate.fr, qui essaie à sa manière de nous convaincre que « la fascination mathématique pour les nombres premiers vient de la façon dont ils révèlent la structure cachée du monde ». Bref, les nombres premiers c’est trop bien... Plus sérieusement, M48 est un nombre vraiment gigantesque qui possède plus de « 17 millions de chiffres » (décimaux), souligne Metro, et dont l’impression occuperait pas moins de « 4 000 pages au format A4 ». Pragmatique, Eljj vous en déconseille l’impression : « cela serait profondément stupide (imprimer autant de pages coûterait au bas mot 500€ en encre, sans compter le prix de l’imprimante et du papier) ». Question gros sous, Metro nous apprend que le « GIMPS [Great Internet Mersenne Prime Search] a ainsi versé au chercheur une prime de 3 000 dollars (cela rembourse au moins l’impression). Le premier à découvrir un nombre premier à plus de 100 millions de chiffres empochera quant à lui une somme de 150 000 dollars offerte par l’Electronic Frontier Foundation. À un milliard de chiffres, la somme sera de 250 000 dollars. » Et de conclure « À vos calculettes. »

Séduire

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Combien de ballons ?

Rendre les mathématiques belles, cela commence à l’école. Le quotidien Sud-Ouest nous rapporte qu’un « défi mathématique a lieu tous les vendredis » à l’école de Sainte-Livrade-sur-Lot. À Cognac, une initiative originale est décrite dans La Charente Libre : un professeur de mathématiques a « pris le basket comme support car la discipline se prête bien aux nombres relatifs et aux pourcentages ». En partenariat avec un club local, les élèves étudient « les écarts de points entre l’équipe de Cognac et son adversaire » et calculent le « taux de réussite de chaque joueur lors d’exercices de tirs ». De son côté, l’association Math-en-Jeans a les honneurs du magazine La Vie : et oui, « les maths peuvent aussi être étudiées de manière joyeuse et ludique », et « pas besoin d’être un crack en mathématiques » pour participer aux ateliers proposés par les chercheurs. Les élèves peuvent ainsi « prendre confiance en eux et de trouver de nouvelles sources de motivation ». Nicolas Van Lancker, secrétaire de l’association, déclare notamment dans l’émission Carnets de campagne sur France Inter qu’il s’agit de « proposer aux élèves de faire de la recherche à leur rythme », puis de présenter leurs résultats, au bout d’une année, « dans un amphithéâtre » devant « des centaines de personnes ».

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Aéronautique pour pas trop cher

Pour petits et grands, il y a aussi des expositions. L’Express de Madagascar rend compte d’une exposition de jeux mathématiques par l’association des étudiants en mathématiques de l’université d’Antananarivo. Avec « des outils rudimentaires, des restes de bois d’œuvre et du papier », ils ont notamment présenté le « problème des tours d’Hanoï » et expliqué que l’origami a des applications dans le « domaine de l’aéronautique, la chimie et les mathématiques ». En France, le quotidien Le Bien Public nous parle d’une exposition qui s’est tenue à Is-sur-Tille, près de Dijon. On a pu y admirer les « ombis » (« Objets mathématiques bien identifiés ») « réalisés par des élèves de troisième », et en particulier les « cinq polyèdres réguliers convexes que Platon utilisait pour symboliser les quatre éléments et l’univers ». Les sites Grand Rouen et Tendance Ouest s’intéressent à une exposition interactive « Mathématiques à portée de mains », qui « permettra aux visiteurs de découvrir ou redécouvrir les mathématiques en s’amusant » et où chacun « pourra tenter par exemple de reconnaître une fonction mathématique par le toucher, jouer aux probabilités avec le dé musical de Mozart, découvrir un kaléidoscope gigantesque ».

Les mathématiques sont aussi le thème choisi pour l’événement annuel La Science se livre dans les Hauts-de-Seine, avec de nombreuses activités prévues. Le site NeuillyJournal.com présente le programme dans cette ville, avec des « séances de jeux mathématiques », un spectacle sur les monologues du célèbre Chat de Philippe Geluck, où les « les syllogismes et les impasses logiques » sont « mis en scène et raconté[s] par une comédienne ». Sur ce site Pierre Pansu nous raconte la soirée d’inauguration. Le Parisien décrit les activités à Boulogne-Billancourt, qui comprennent une exposition « Cryptographie et codage », où l’on pourra trouver « une drôle de méthode pour envoyer un message secret », un peu tirée par les cheveux. La Nouvelle République offre un entretien avec Dominique Souder, secrétaire de la Fédération française de jeux mathématiques, qui propose des « ateliers de mathémagie » et qui explique qu’il existe « plein d’astuces pour paraître plus savant qu’on n’est ». Dans un registre plus théâtral, Sciences-et-Avenir publie un article sur la compagnie L’île logique qui présente deux spectacles de « Clowneries mathématiques » à Colombes et à Rueil. Cédric Aubouy, fondateur de la compagnie, explique que « le clown, lui, ose tout » (y compris « compter zéro pomme ») et que le mélange entre mathématiques et théâtre est parfois « perturbant à la fois pour le milieu culturel et pour le milieu éducatif ».

Des mathématiciens célèbres participent aussi à l’entreprise de séduction. Le 15 février dernier, la télévision sénégalaise a reçu celui que l’on ne présente plus, Cédric Villani, pour un long entretien dans l’émission « Le Grand Rendez Vous ». Parmi les propos tenus, on peut noter le fait que « tous les mathématiciens se trompent » et l’affirmation de la puissance des mathématiques, car « on peut gagner une guerre sur un problème mathématique », littéralement. Pour sa part, la toute nouvelle lettre « Mathématiques Appliquées Divulguées et Didactiques » de la SMAI reprend des propos du mathématicien américain Terence Tao, lui aussi médaille Fields. À la question « Faut-il être un génie pour faire des maths ? », sa réponse est non : pour lui les « résultats et [l]es idées spectaculaires, profondes et remarquables » sont « arrachés aux années, aux décennies ou même aux siècles de travail régulier et d’avancées de beaucoup de grands mathématiciens ».

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L’œuvre d’un génie du XVIIIème

Se rappeler

Divers hommages sont rendus ce mois-ci sur la toile et les ondes, à commencer par cette riche discussion radiophonique avec les mathématiciens Martin Andler et Yann Brenier sur France Culture, autour de la vie du génie Leonhard Euler, dans le cadre du cycle de conférences « un texte, un mathématicien » en partenariat avec la Société Mathématique de France et la Bibliothèque Nationale de France. Outre la preuve de l’existence de Dieu (bien différente de celle de Gödel !) et l’abondance des contributions d’Euler aux fondements des mathématiques modernes, on y apprendra en particulier comment en 1748, le roi Frédéric II de Prusse lui confie la conception des jets d’eau de son palais de Sans-Souci, le conduisant à donner une « base mathématique toujours valable aujourd’hui à la Mécanique des fluides ». Un exemple de « triomphe des mathématiques à la compréhension d’un phénomène ».

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Henri IV
© Philippe Froesch

À propos d’application des mathématiques, en voici une à caractère tant visuel qu’historique : « Le “roi sans tête” a un visage », s’exclame Le Républicain Lorrain. En effet, Philippe Froesch, infographiste, « vient de ressusciter le visage » d’Henri IV numériquement, en se basant sur « la tête momifiée du monarque retrouvée en 2008 » (voir son site).
Les élèves de terminale S du lycée Mitterrand à Moissac ont pu en voir d’autres en assistant à la conférence sur « la
géométrie non euclidienne » de Marc Perret, enseignant-chercheur à l’Institut de mathématiques de Toulouse. Selon La Dépêche, par un enchaînement allant de la géométrie plane à la précision de nos GPS actuels en passant par la géométrie de la sphère et la relativité générale d’Einstein, « Marc Perret a conquis les élèves et leurs professeurs en prouvant, s’il le fallait encore, que les
mathématiques étaient une science moderne et passionnante ».

Dans La Dépêche on a également des nouvelles de l’association Fermat Science, dont les activités autour du thème « Voyage en mathématiques », avec pour vocation d’« apprendre à aimer les maths », ont connu un vif succès en 2012
auprès des collèges de Midi-Pyrénées. L’assemblée générale a établi le programme pour l’année 2013, au cours de laquelle les plus curieux (ou motivés ?) pourront entre autres visualiser des « vidéos mettant en scène des chercheurs contemporains de diverses universités ». À propos de vidéo, en voilà une qui fera sans aucun doute pâlir de jalousie IAM, MC Solaar et BOOBA à la fois : on peut le découvrir sur le site euronews.com, le nouveau rappeur des maths s’appelle Johann Beurich, c’est un « génie allemand des mathématiques » et les plus observateurs verront qu’il a même son fan-club ! L’information est tombée, relayée par les blogs Obamath et du
Coyote, on sait maintenant que l’équation « Maths + rap = cool » a au moins une solution... Ja oder Yo ?

Revenons aux hommages, avec cet article de La Dépêche mentionnant la conférence d’Émile Mottay (tiens, encore à Moissac ?!), dans le cadre des
lectures-conférences mensuelles organisées par l’association « Lire sous ogives », sur « la vie d’Omar Khayyam, poète, philosophe, mathématicien et astronome perse des XIe et XIIe », qui, à défaut de prouver l’existence de Dieu, « opposait la force de la raison à la passion de la foi ». Quant au Nouvel Observateur, il nous livre une interview de la mathématicienne Michèle Audin de l’IRMA à Strasbourg, à propos de son livre « Une vie brève », rendant hommage à la vie de son père Maurice Audin (voir ici et ). À ce sujet, BFMTV signale qu’un arrêté en date du 1er février est paru au Journal officiel, qui « institue une “dérogation générale pour la consultation d’archives publiques relatives à la disparition de Maurice Audin.” »

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C’est LA réponse de l’ordinateur
(selon le Guide du Voyageur Galactique)

Autre grand nom, qui nous ramène sur les traces d’Euler et dont nous reparlerons bientôt, Lagrange est à l’honneur sur le blog Mediapart. Sous le titre énigmatique « Lagrange au secours de la cosmologie moderne », Jean-Paul Baquiast nous fait part de « ce qui pourrait être un véritable pavé dans la mare », mais peut-être aussi « un flop vite oublié »,
lancé par le physicien américain Ken Wharton. Ce dernier
nous « met en garde » contre le fait de considérer l’univers comme un « ordinateur géant », et défend les modèles mathématiques remontant à Fermat, puis Lagrange et Maupertuis, permettant de représenter l’univers d’une manière objective, via le « principe de moindre action ». Il proposerait même « un nouveau modèle mathématique qui selon lui, pourrait être développé et produire
des résultats vérifiables expérimentalement ». Affaire à suivre, donc.

Ainsi va le monde

« Quand les maths permettent de prédire les bouleversements du monde ». C’est en tous cas ce que nous promet Atlantico. « De simples principes mathématiques pourraient expliquer les bouleversements qui définissent aussi bien le changement climatique, les crises financières mais aussi l’effondrement des stocks de poissons. » Il est question, dans un certain désordre, de systèmes « stables et linéaires », de « ralentissement critique », de « pulsations qui se synchronisent » : on retrouvera une plus grande précision dans l’article original (en anglais) du biologiste théorique George Sugihara.

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Amour et amortissement Landau

Autres concepts mathématiques, « le désordre, le mélange, la relaxation voilà des phénomènes fondamentaux qui régissent le monde, qui sont derrières certaines choses très familières qui nous entourent, et pourtant, qui sont encore pleines de mystères ». Vous reconnaîtrez l’auteur de cette évocation dans une séquence d’universcience.tv, filmée sur le pont de l’Archevêché, où les cadenas sont prétextes à parler de physique des plasmas. Ce sont encore des mathématiciens aux prises avec la nature que vous entendrez dans l’émission La Tête au Carré, Les vagues par les mathématiques : écoutez, et vous saurez tout (ou presque) sur les tsunamis, mascarets, vagues internes, vagues scélérates, roll waves… et autres ondes qui traversent nos océans et nos côtes.

Espoir du côté des maths toujours, avec ces deux jeunes docteurs es mathématiques haïtiens mis en valeur dans le Haïti press network : « les deux anciens bénéficiaires de bourse d’études se disent prêts à mettre davantage leur savoir au service du pays. Leur objectif primordial consiste non seulement à relever le niveau de l’enseignement des mathématiques dans le système, mais aussi ils comptent résoudre certains problèmes sociaux comme le choléra et le transport public à travers des modèles mathématiques. » 2013, Année des mathématiques de la planète terre donc. Mais « voilà une bien étrange manifestation ! » lance Saïd Koutani sur son blog, dans un billet aux thèmes pour le moins mélangés, « Cheval roumain, vache schizophrène et mathématiques des corps sans organes ! », que l’on vous laisse découvrir…

Parutions

La dernière livraison du mensuel « Pour la science », qui consacre sa première de couverture aux « fractales lisses », nous propose plusieurs articles où les mathématiques sont largement présentes. Pour commencer l’éditorial nous invite à réfléchir sur les liens entre les mathématiques, les arts, la magie … Les passerelles avec le monde des arts sont nombreuses et anciennes. Souvent les magiciens ont appuyé leurs tours sur des connaissances mathématiques. Et si les « enjeux des mathématiciens et ceux des magiciens sont à l’évidence différents … certaines stratégies semblent les rapprocher ».

Des cartes bien mélangées :
La rubrique mensuelle « Logique et calcul » fait justement le point sur un sujet passionnant (et qui est loin d’être épuisé), le mélange des cartes d’un jeu. Comment arriver à un désordre suffisant qui ne favorise aucune distribution et aucun joueur ? « Depuis plus d’un siècle que l’on cherche à comprendre comment il faut s’y prendre pour mélanger et distribuer les cartes avant de faire une partie de bridge, de poker ou de belote, on a percé quelques mystères et élaboré de beaux résultats. Mais soyons certains que d’autres pépites sont restées cachées et attendent que l’oeil puissant du théoricien les découvre » affirme Jean-Paul Delahaye.

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L’intérieur d’un tore plat.
Une version haute définition de cette image vous est offerte en avant première ici

A la une : Les fractales lisses, défis à l’impossible. Depuis l’annonce en avril des première image d’un tore plat en 3D (classé par La Recherche dans « Les 10 plus belles découvertes de l’année »), les articles sur le sujet se multiplient (voir sur ce site : Gnash, un tore plat ! ou Rothorn, un tore plat !). Celui qui vient d’être publié dans le numéro de mars du mensuel « Pour la science » est co-signé par trois des chercheurs de l’équipe Hévéa à laquelle on doit ces images : Vincent Borrelli Francis Lazarus et Boris Thibert. Le lecteur pourra ici comprendre la méthode mathématique qui permet de construire un tore plat, un domaine en pleine expansion. « Les fractales lisses, chaînon manquant entre les fractales et les surfaces ordinaires, vont probablement surgir dans d’autres questions mathématiques. Ces structures joueront-elles également un rôle en physique, en chimie ou dans les sciences du vivant ? Il est fort probable que certaines des structures fractales déjà observées dans le monde physique sont en réalité des fractales C1... et que l’on en découvrira d’autres. »

Les coniques selon Dürer : C’est la version française d’un article publié par Daniel Silver dans l’American Scientist. Après avoir brossé une biographie complète du grand artiste, l’auteur s’intéresse à ses « Instructions pour la mesure à la règle et au compas » (publiées en 1525 et 1538) dans lesquelles Dürer développe de nombreuses questions de géométrie. Mais l’artiste « croyait à tord que l’ellipse était plus large à la base du cône qu’en son sommet » et, par exemple, l’ellipse de la cloche du tableau « Mélancolia » était un ovale. Une autre erreur de Dürer dans la construction du foyer d’une parabole serait liée à une lecture incorrecte de Johannes Werner. Cependant cet article souligne surtout le fait qu’Albrecht Dürer a ouvert « un passage à double sens entre les mathématiques et l’art ».

La courbe antisecousse : Il s’agit de la clothoïde ou spirale de Cornu qui est très utilisée dans les ponts et chaussées lors des raccordements de trajectoires rectilignes et circulaires. Cet article de la rubrique « Idées de physique » nous montre comment cette courbe intervient dans la construction des bretelles d’autoroutes, dans la géométrie des voies des TGV, dans la construction des montagnes russes ou des sabots des pylônes de téléphériques pour assurer la sécurité et le confort des véhicules.

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Autant pour la droite que pour la gauche
Les points blancs et noirs correspondent à des solutions rationnelles.

L’estimation du nombre de points rationnels sur des surfaces : Chaque mois l’actualité mathématique du magazine « La Recherche » rencontre un mathématicien. En mars, c’est la théorie des nombres qui est à l’honneur avec une interview de Régis de la Bretèche. Avec Tim Browning et Emmanuel Peyre, ils ont démontré il y a quelques mois une conjecture de Yuri Manin pour les surfaces de Châtelet.

Les mathématiques du vivant. Le mathématicien Ian Stewart, auteur de nombreux livres de vulgarisation aussi bien que d’articles de recherche et de romans de science-fiction, publie un nouvel ouvrage sur les mathématiques et leur révolution dans le domaine de la biologie. D’après la présentation de l’éditeur reprise par le coyote, Stewart décrit « les passerelles qui existent entre la théorie des graphes et la classification des êtres vivants, la géométrie en dimension quatre et la forme des virus, la théorie des noeuds et la structure des brins d’ADN, la théorie des jeux et les stratégies de reproduction, la théorie du chaos et la dynamique des populations, les automates cellulaires et la définition de la vie »… Beau programme !

Pour finir

Amateurs de crêpes et d’énigmes mathématiques, voici quelque chose pour vous : eljjdx détaille un algorithme qui semble avoir rendu célèbre un certain … Bill Gates. Si vous préférez les gadgets, gardez celui-ci dans un coin de votre tête :
des crayons à l’effigie de Perelman, repérés par le coyote, quoi de plus tendance ?

Post-scriptum :

Le portrait d’Henri IV, reconstitué numériquement par Philippe Froesch, est reproduit avec son aimable autorisation.

L’image de l’intérieur du tore plat a été aimablement fournie par l’équipe Hévéa.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2013» — Images des Mathématiques, CNRS, 2013

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse février 2013

    le 1er mars 2013 à 17:28, par amic

    Petite coquille, dans le texte de Villani, il s’agit des « anciens effets spéciaux analogiques » et non pas numériques.

    Répondre à ce message
  • Revue de presse février 2013

    le 1er mars 2013 à 23:47, par Vincent Beck

    Encore une belle revue de presse, merci !
    Je tiens cependant à préciser qu’à la belote, il ne faut surtout pas mélanger ! :-)

    Répondre à ce message
  • Revue de presse février 2013

    le 7 mars 2013 à 12:06, par projetmbc

    Bonjour,
    j’ai une petite suggestion à faire.

    Il pourrait être plus pratique de bien faire apparaître visuellement des titres pour chaque groupe de rubriques afin que chacun puissent piocher rapidement ce qui l’intéresse.

    Répondre à ce message

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