Revue de presse février 2015

1er février 2015  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

En ce triste mois de janvier, nous pensons à ceux qui sont tombés sous les balles des extrémistes, qu’ils soient journalistes, agent d’entretien, policiers ou Juifs. Face à la barbarie, les divisions et l’individualisme croissant de notre époque, la rédaction de la revue de presse se rappelle que les mathématiques, sujet singulier et expérience plurielle, se doivent plus que jamais de rimer avec soif de connaissance, amour de la transmission et engagement.

Hommages, mémoire

Selon Le Midi Libre, Stéphane Charbonnier, dit Charb, « avait appris à dessiner pendant les cours de maths et bon an, mal an finit par être un peu moins nul en dessin qu’en maths ». Il aura réalisé, gratuitement, des milliers de dessins pour la presse de la jeunesse Mon Quotidien, des enseignants Les Cahiers Pédagogiques et des amateurs de mathématique, comme en témoignent les blogs des Amis de Quadrature et du CRDP de Versailles.

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Statue d’Alan Turing

Une autre victime de l’intolérance dont on parle beaucoup ce mois-ci est le Britannique Alan Turing, à l’occasion de la sortie du biopic « Imitation game ». Ce mathématicien est connu pour avoir cassé le code nazi Enigma pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pour avoir été homosexuel - ce qui l’a condamné à la castration chimique et l’a amené au suicide. Dans sa critique, Cinechronicle remarque notamment le « choix du casting pour les personnages secondaires » et précise que le film « pointe [...] du doigt l’inflexibilité, l’homophobie et la misogynie de la société britannique de l’époque ». Extrait : « Parfois les personnes dont on n’attend rien donnent des choses auxquelles nul ne s’attend » affirme le personnage d’Alan Turing au sujet d’une secrétaire se présentant pour un test d’aptitude.
Si le film tient le haut de l’affiche, il ne faut pas oublier le livre éponyme dont il a été adapté. A ce sujet, un article sur le blog informatique Binaire hébergé par Le Monde revient sur quelques points cruciaux peu connus du grand public, négligés dans le livre et, par conséquent, dans le film. Tout d’abord, l’apport de Turing en biologie : « Les recherches de Turing en biologie théorique ont occupé toutes les dernières années de sa vie entre 1950 et 1954 une fois qu’il eut définitivement abandonné toute recherche fondamentale en informatique ». Il donne également de nombreuses précisions utiles sur le « jeu de l’imitation » introduit par Turing. Ce concept a donné son nom au livre et peut être résumé par l’aphorisme suivant : « jamais un surcroît de programmation n’abolira le non-programmé, comme le prouve la théorie de la programmation ».
L’Express s’intéresse surtout à la vie privée de Turing et relève l’importance du « premier grand amour, platonique, avec Christopher Morcom » d’un homme qui « n’a jamais été en harmonie avec son corps ».

Le Monde et RTL évoquent une nouveauté littéraire de ce début d’année, la biographie romancée du célèbre mathématicien Évariste Galois (1811-1832), écrit par l’auteur de 27 ans François-Henri Désérable. Il est question d’un génie, « garçon [...] très tôt épris de liberté », qui mourut lors d’un duel.

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Ibn Al-Haytham, aussi connu sous le nom d’Alhazen

En ces temps où les populations arabes sont souvent stigmatisées, mentionnons le mathématicien et physicien irako-égyptien du XIème siècle Ibn Al Haytham mis à l’honneur par L’Humanité.

Signalons aussi une enquête très pointue de Médiapart, en trois parties, sur Alexandre Grothendieck, suite à sa disparition le mois dernier : partie 1, partie 2, partie 3.

Les mathématiques autour de nous

Au premier jour du deuxième mois de l’année 2015, il est temps d’examiner les propriétés de ce nombre, 2015. C’est ce que fait El Jjdx, professeur de mathématiques en lycée dans son blog qui explique que selon l’OEIS (encyclopédie en ligne des suites entières), 2015 a 170 propriétés intéressantes. C’est par exemple le nombre de graphes de diamètre 5 avec 18 sommets...

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Piero della Francesca, Retable Montefeltro, détail

La mise en évidence des liens entre mathématiques et arts est encore très présente ce mois-ci : entre peinture et géométrie avec Piero della Francesca, humaniste de la Renaissance, qui porte l’art de la perspective à des sommets, d’après le blog lunettesrouges hébergé par Le Monde ; ou avec Farah Atassi (lire Ouest France qui annonce son exposition), artiste contemporaine dont le style emprunte beaucoup à la géométrie ; entre sculpture et formes mathématiques avec John Edmark dont le Huffington Post décrit l’art cinétique qui crée des illusions de mouvements impressionnantes.

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emplacement idéal pour votre box wifi

Modélisation, applications.

Savez-vous où placer votre box wifi pour obtenir les meilleures performances ? Sur Presse Citron Jason Cole donne la réponse à l’aide d’un modèle de propagation des ondes électromagnétiques fondé sur l’équation d’Helmholtz. Vous pensez que la solution est « au centre de l’appartement » ? C’est plus compliqué que cela et Jason Cole a développé une application sous Android pour aider aux calculs.

Pensez-vous être imbattable au poker ? Selon Radio Canada Michael Bowling et son équipe ont développé un algorithme qui permet à un ordinateur de gagner à coup sûr au Texas Hold’em, une forme de poker. Cet algorithme, Cepheus, pourrait avoir des applications au contrôle des aéroports ou de la garde côtière.

Le crash d’Ariane V aurait-il pu être évité ? Avec CoqHoTT (Coq for Homotopy Type Theory), peut-être. Zdnet présente ce logiciel permettant l’écriture et la vérification de preuves mathématiques, qui pourrait aider un ordinateur à détecter correctement les informations qu’on lui transmet. Développé par l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), CoqHoTT intègre une découverte récente de Vladimir Voevodsky, lauréat de la médaille Fields en 2002, qui lie la théorie de l’homotopie à la théorie des types.

Pouvez-vous prédire l’avenir ? On pourrait presque croire à une réponse positive en lisant focusur.fr à propos de Kira Radinsky qui a créé la start-up « Sales predict » bâtie sur un algorithme capable par exemple de prédire un grand nombre de risques épidémiques... encore le Big Data. A noter également l’émission de France Inter, La tête au carré sur le même sujet.

L’analyse statistique des données joue aussi un rôle de plus en plus grand dans le sport, comme l’explique un article de Télérama. Le logiciel Slam Tracker peut prédire sur quel secteur clé un match de tennis se jouera. Les algorithmes prédictifs, qui se nourrissent de données obtenues sur le terrain, sont très employés au football et au rugby, même s’ils ne remplaceront jamais les entraîneurs. Voir aussi la revue de presse du mois dernier.

En lien avec la santé, un article du Monde pose la question de l’efficacité des modèles mathématiques d’épidémies, en regard de leur perception politique. Paradoxalement, même si les prédictions à long terme des modèles sont souvent fausses, ils sont très utilisés par les décideurs car ils peuvent mettre en évidence les mécanismes clés de propagation des épidémies.

D’autre part, Avner Bar-Hen explique dans son blog repris par Sciences et Avenir et sur Images des Mathématiques en quoi la présentation des résultats de l’étude parue dans Science et fortement médiatisée sur la relation entre le cancer et le hasard, a été biaisée. Cette étude traite en effet de la part de la variation du taux de cancer due au hasard, et pas du taux lui-même.

Qu’est-ce que la complexité ? Sur Rue89, Rémi Sussan décrit des systèmes définis par des règles très simples, qui peuvent avoir une très grande complexité, comme les systèmes multiagents, les automates cellulaires, ou une fourmilière, et qui peuvent être programmés à l’aide d’un langage adapté, Netlogo. Dans un article d’agoravox, « alain-desert » se pose la question de la complexité dans les marchés financiers. Peut-elle être expliquée par un modèle déterministe ou bien par un modèle chaotique ? Un peu des deux !

Signalons également sur intellego, un article concernant le futur musée des mathématiques (c’est pour 2018) et dans La Dépêche, un autre qui présente l’association Fermat Sciences à Beaumont, deux sujets déjà évoqués dans ces colonnes.

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le triangle de Penrose

En vrac, terminons par le thamographe (à voir sur le site hellokids), outil tout-en-un qui permet de dessiner les figures géométriques classiques et par deux nouvelles plus légères : Le Monde nous apprend que le triangle de Penrose sert de motif dans une collection de prêt-à-porter et Le Grand Journal se demande quelle est la probabilité que François Hollande soit victime d’un pigeon...

Personnalités

Citons brièvement deux entretiens avec Cédric Villani : dans Le Figaro il décrit l’actualité mathématique de l’année, de Grothendieck à la forme faible de la conjecture des nombres premiers jumeaux. Pour le blog L’Eléphant, il évoque des thématiques plus institutionnelles, du classement de Shanghaï au faible nombre de femmes en mathématiques. Citons finalement le MOOC francophone - cours en ligne ouvert à tous - sur le sujet des équations différentielles lancé par Villani et le mathématicien sénégalais Diarra Seck dont parle ce mois-ci Le Point.

Enseignement

La réforme de l’enseignement des mathématiques à l’école et au collège reste un thème très présent dans les médias, en particulier l’accent mis sur le numérique.

Dans ce contexte Etienne Ghys a réagi aux annonces de Mme Vallaud-Belkacem dans Le Monde. Dans Le Parisien le président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP), Bernard Egger, évoque l’usage des nouvelles technologies pour rendre la géométrie plus attrayante. Dans l’air de temps LudoMag présente la plateforme d’apprentissage SCOLA, soutenue par l’Etat par le biais des Investissements d’Avenir, et qui associe des jeux sérieux (serious games), un système d’information, un module d’évaluation et des classes virtuelles permettant les échanges entre élèves ou entre élèves et enseignants. Ouvert à toutes les disciplines, le premier jeu sérieux développé par SCOLA porte sur les mathématiques.

Toujours à propos du ministère de l’Education Nationale, Le Télégramme parle du lancement d’une campagne télévisée et sur le web, complètement inédite, dans le but de faire naître les vocations de professeur (en particulier de mathématiques) chez les étudiants.

Parmi les nouvelles étonnantes concernant les difficultés d’apprentissage en mathématiques nous vous signalons aussi un article du Journal de Montréal sur des cours pour des parents dépassés par les devoirs des mathématiques de leurs enfants et un autre de Atlantico sur l’intuition et ses conséquences, parfois négatives, sur notre capacité de raisonnement.

Parutions

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Des origamis mathématiques à Exposcience 2013

On sait que la frontière entre les mathématiques et les mathématiques récréatives est parfois ténue. L’art de l’origami séduit depuis toujours, et pas seulement les enfants ! Dans le numéro de février du mensuel « Pour la Science » Jean-Paul Delahaye nous rappelle dans son article « Les mathématiques de l’origami » que des mathématiciens s’y sont aussi récemment intéressés. Il détaille, pour notre plus grand plaisir, de nombreux aspects des mathématiques cachés dans les origamis. Des aspects géométriques mais aussi « des liens étroits avec l’algèbre, la théorie des nombres ou l’algorithmique ». Bref une vraie richesse. En six pages l’auteur nous présente quelques théorèmes qui « constituent les bases d’une discipline qui s’étend et semble d’ailleurs devoir jouer un rôle aussi bien en biologie (où le repliement des protéines est un problème central) que dans le domaine des technologies nouvelles où la conception de structures reconfigurables, éventuellement microscopiques, demande une compréhension toujours plus fine des opérations d’articulation et de pliage ».

Pour poursuivre dans le registre des mathématiques amusantes, La Recherche nous apprend qu’un mathématicien français, Thierry Bousch, a mis au point une formule indiquant le nombre de coups minimal pour résoudre une variante à quatre tiges (due à Henry Ernest Dudeney) du jeu des tours de Hanoï imaginé en 1883 par le mathématicien français Édouard Lucas.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2015» — Images des Mathématiques, CNRS, 2015

Crédits image :

Image à la une - Dessin de Charb, extrait de Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux, 2005
Statue d’Alan Turing - Wikicommons
Ibn Al-Haytham, aussi connu sous le nom d’Alhazen - Wikicommons
emplacement idéal pour votre box wifi - presse citron
Piero della Francesca, Retable Montefeltro, détail - Actes Sud
le triangle de Penrose - SSPL via Getty Images
Des origamis mathématiques à Exposcience 2013 - Création graphique Chahira Yahiaoui.

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse février 2015

    le 1er février 2015 à 09:52, par Christine Huyghe

    Bravo pour cette revue de presse, très bien documentée comme d’habitude. Une pensée particulière pour la personne qui a déniché le dessin de Charb en couverture : bel hommage des matheux au dessinateur.

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  • Revue de presse février 2015

    le 3 février 2015 à 18:49, par Karen Brandin

    Pour un hommage pudique en mots et en images, je me permets de renvoyer au dernier numéro de Tangente qui publie quelques dessins de Charb lorsqu’à 20 ans, ce dernier illustrait à l’occasion quelques articles du magazine.

    En cette période d’inscriptions post-bac, on appréciera en particulier ce dialogue (de sourds) qui n’a pas pris une ride entre un père et son fils :

    Le fils : « ça y est papa, j’ai trouvé ! Je serai vétérinaire. »

    Le père : Alors là, tu as intérêt à bosser les maths à fond.

    Le fils ; Euh ... Prof de gym alors ?

    Le père : Bosse les maths, il faut que tu aies le bac C !

    Le fils : Euh .. Avocat ? Dessinateur industriel ... Euh ...

    Le père : Les maths, toujours les maths et tu y arriveras.

    Le fils : Alors pourqoi pas « mathématicien » ?

    Le père : T’es fou ?!! ça ne sert à rien !!!

    Rien ne se perd vraiment, rien ne se crée vraiment et rien ne se transforme ... finalement.

    Je signale une trouvaille sur laquelle je n’ai aucun recul puisqu’elle date de ce matin ; il s’agit d’un roman de Juan José Saer intitulé « GLOSE » dont voici un résumé possible :

    Un matin de printemps, deux amis, L’Adolescent et le Mathématicien marchent dans la rue ; le premier raconte au second une soirée d’anniversaire, à laquelle aucun des deux n’a assisté, mais dont le récit lui a été fait par un invité rencontré la veille. Au cours de la promenade, ils croisent une autre connaissance, Le Journaliste, qui donne sa propre version des faits. De ce prétexte extrêmement simple, l’Argentin Juan José Saer tire (1937-2005) la plus fascinante des narrations. Et une mise en doute généralisée de tout ce que nous croyons vivre et percevoir. Expérience unique : le lecteur voit le roman s’inventer librement sous ses yeux, comme s’il l’écrivait lui-même. Il voit la conscience des personnages hésiter et leur mémoire se leurrer, comme s’il s’agissait des siennes, tandis que s’accumulent, touche après touche, non-dits, angoisses et illusions mises à mal. Ce roman inclassable, formidablement construit, m’en a davantage appris sur ce que nous sommes que vingt volumes de philosophie. C’est un livre que j’essaye de faire lire à tout le monde. Tous ceux qui ont suivi mon conseil sont sortis de cette lecture aussi euphoriques que moi. Et incrédules : comment expliquer que Glose, ce roman parfait [...] ne soit pas déjà un classique ?" Jean-Hubert Gaillot, auteur de la postface.

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