Revue de presse février 2017

Le 1er février 2017  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Big Data et Deep Learning font les titres de la presse francophone ce mois encore. Mathématiciennes célèbres, Claire Voisin et Maryam Mirzakhani en tête, rallyes et expositions, ou encore chemins auto-évitants, sont quelques-uns des thèmes également abordés dans cette revue de presse.

Applications

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Simulation numérique d’un voilier

Des modèles, encore des modèles

Le journal du CNRS publie un entretien avec Frédéric Alexandre, chercheur au laBRI à Bordeaux qui compare modélisation et simulation. Pour décrire des objets ou des phénomènes physiques, vaut-il mieux utiliser un modèle reposant sur une théorie qui tente d’expliquer ou bien vaut-il mieux analyser un corpus d’exemples pour en tirer des prédictions ? « Prédire n’est pas expliquer » disait René Thom. L’essor des Big data et l’augmentation de la puissance de calculs des ordinateurs poussent pourtant à la simulation au détriment de l’analyse.

Exemple ? Le journal de l’éco présente Numtech, une société créée par deux docteurs clermontois pour cartographier la qualité de l’air et faire des prévisions de pics de pollution. La possibilité d’avoir dans quelques années des capteurs dans les téléphones portables va augmenter les données disponibles, poussant l’entreprise à aller vers la simulation et le big data.

Le blog sciences du Monde décrit un modèle cette fois-ci. Issu de la théorie du chaos, il a été développé par Sylvain Mangiarotti pour l’appliquer à l’épidémiologie. Controversé, son modèle permet pourtant de mettre en évidence des liens originaux entre humains et rongeurs dans les épidémies de peste en Inde au début du XXe siècle. L’application de son modèle (parcimonieux donc facile à implémenter) à la récente épidémie d’Ebola semble également prometteuse.

Et si vous doutiez encore des interactions des mathématiques avec l’industrie, lisez interstices, la revue de culture scientifique d’Inria, qui donne trois exemples très concrets.

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Melanie Gonick/MIT

En bref, les modèles mathématiques peuvent aussi servir à expliquer les mystérieux cercles de fées selon francetvinfo, à inventer le plus solide et le plus léger des matériaux selon trustmyscience, à concevoir un corset virtuel pour traiter la scoliose, selon techno-science et, en utilisant des « équations historiques ! », prédire un effondrement « social » dans les années 2020, selon les prédictions de Peter Turchin, spécialiste en cliodynamique, développés sur le site atlantico.

Un peu plus théorique

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Image produite par un système d’apprentissage profond à partir du dessin d’un circuit imprimé. VIERRA/SHUTTERSTOCK/DEEP DREAM GENERATOR

Dans un long mais très clair article, le site du Monde explique comment les réseaux de neurones, vieille idée datant du milieu du vingtième siècle et un temps abandonnée, sont maintenant à l’origine des plus grands progrès en intelligence artificielle. Grâce aux progrès de la numérisation (permettant de fournir des exemples pour paramétrer les synapses) des processeurs (pour effectuer les opérations simples à la base de leur fonctionnement) et des modèles de réseaux eux-mêmes, l’apprentissage profond (nouveau nom des réseaux de neurones) dame le pion de toutes les techniques concurrentes en reconnaissance d’images, traduction automatique, ou jeu de go. L’ultime défi de ces méthodes, dont le fonctionnement semble largement incompris, reste l’apprentissage non supervisé, c’est-à-dire sans l’aide de l’extérieur.

Le blog de Sylvestre Huet décrit une expérience menée par des biologistes et mathématiciens visant à valider une nouvelle théorie de l’évolution des espèces. À l’opposé du modèle déterministe génétique, dominant, cette théorie développée par Jean-Jacques Kupiec repose sur une expression aléatoire des gènes, menant d’abord à une variabilité très grande, réduite ensuite très fortement par des phénomènes sélectifs naturels.

À noter une école mathématique qui s’est tenue à Ouagadougou en novembre 2016, selon le site burkinabé lefaso organisée par l’université Ouaga 2 et le CIMPA, autour de l’interaction entre la cryptographie et la géométrie algébrique. Ces deux domaines sont aussi à la base de protocoles cryptographiques de moins en moins exigeants en ressources de calcul, qui pourraient être embarqués sur des objets connectés, selon sciences et avenir. Sur le même site (et ici) deux courts entretiens avec l’astrophysicien Mario Livio à propos de deux questions classiques : « Dieu est-il mathématicien ? » et « les mathématiques sont-elles des inventions ou des découvertes ? ».

Un peu moins fondamental

Le site bibamagazine nous dévoile une méthode « révolutionnaire », présentée par Alex Bellos, pour couper un gâteau rond. Révolutionnaire… mais ancienne, publiée par Francis Galton, le célèbre statisticien (entre autres) en 1906.
Un chemin optimal pour visiter tous les pubs anglais, c’est ce que proposent deux chercheurs de l’université de Waterloo, selon le site easyvoyage, revisitant ainsi le problème du voyageur de commerce ; 45000 km, à consommer avec modération !

Recherche / Histoire

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Deux articles ont pour sujet l’histoire du zéro : le site de Sciences et avenir évoque l’exposition d’une stèle khmère du septième siècle qui serait la plus ancienne représentation du zéro ; dans Libération, Gerald Tenenbaum insiste sur l’importance du concept du zéro dans la pensée humaine, plus encore que le concept d’infini.

Est-il difficile de décider si deux graphes sont les mêmes ? Laslo Babai a démontré que ce problème de l’isomorphisme des graphes peut être résolu avec un algorithme quasi-polynomial, relate Pour la Science.

Sur le site pseudo-sciences, Jean-Paul Delahaye raconte l’histoire des « simplificateurs de pi », qui prétendent avoir une formule simple, souvent algébrique, donnant la vraie valeur de pi. Le développement des revues scientifiques payantes pour les auteurs et sans processus de contrôle augmente la publicité offerte à ce genre de publication. Et pour une réponse sérieuse à la question « qui donna la première approximation de pi ? » écoutez cette chronique de Franceinfo.

Culture et diffusion

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Une œuvre de l’artiste québécois Etienne Saint-Amant

Un rallye des mathématiques débutait en région Centre-Val de Loire le 20 janvier, selon Le Journal du Centre. En marge de ce rallye, l’artiste québécois Etienne Saint-Amant exposait des œuvres, qu’il aurait conçues à l’aide de formules mathématiques, comme le relate EstriePlus.com. Mais quelles formules ? Mystère...

Vous avez jusqu’au 16 février pour aller voir l’exposition Expérimaths à la maison Pierre de Fermat, « une invitation au « Voyage en mathématique » autour de panneaux d’exposition, de manipulations et de vidéos », nous apprend La Dépêche. Toujours à Beaumont de Lomagne, à partir du 20 février, ce sera au tour de Visiomaths de nous offrir un voyage en mathématiques. Les Londoniens ne sont pas en reste grâce à l’ouverture d’une nouvelle salle consacrée aux mathématiques dans le musée des sciences de la ville, qu’a appréciée Le Monde.
À Lyon, le Petit Bulletin présente la MMI (Maison des Mathématiques et de l’Informatique). Ce lieu promeut la culture mathématique. « Le projet MMI était, au départ, exclusivement destiné aux scolaires (...) Trois ans (...) plus tard, la maison s’ouvre au grand public le mercredi et le samedi. » Son équipe souhaite faire comprendre à tous que la mathématique existe en dehors de l’école et souhaite la rendre accessible. Avec la magie par exemple : « le public a droit à des tours de cartes, du calcul mental délirant, du mentalisme bluffant ou encore de la prédiction de l’avenir... tout y passe. »

Tour de magie inédit jusque dans la MMI : avoir douze doigts au lieu de dix ! Cela semble une idée folle. Et pourtant... Si l’Homme avait douze doigts au lieu de dix, les progrès mathématiques auraient été beaucoup plus rapides comme nous le dit Sciences et Avenir. En effet, douze a le bon goût d’être un nombre abondant (la somme de ses diviseurs est plus grande que son double) tandis que dix ne l’est pas. D’ailleurs, « la base 12 était courante : douze pouces pour un pied, douze deniers pour un sou, etc. Notre manière de dénombrer les œufs, les huîtres ou encore les escargots par douzaines en porte la trace. » Soixante serait encore plus intéressant que douze. Néanmoins, on risquerait de s’emmêler les pinceaux avec soixante chiffres...

Dix doigts, douze doigts ou même trois cent soixante doigts sont-ils suffisants pour comprendre la topologie algébrique, léguée par Henri Poincaré ? Grâce au site Analysis Situs, il est peut-être désormais possible d’apprendre celle-ci sans trop souffrir.

Dans un registre tout aussi ludique, au Vietnam, des jeunes conçoivent des logiciels éducatifs . « Hoàng Hô Nam s’est demandé un jour pourquoi beaucoup de jeunes adorant jouer aux jeux vidéo sont généralement des élèves paresseux, et comment faire pour qu’ils préfèrent apprendre plutôt que de jouer » selon Vietnam+. Le logiciel qu’il a conçu pour faire apprendre les mathématiques est fondé sur la résolution de petits jeux et sur la compétition.

C’est un projet similaire que porte Mickaël Launay. Souvent mentionné dans ces colonnes, le youtubeur à succès s’est tourné vers la diffusion scientifique après son doctorat de mathématiques appliquées. Sur sa chaîne, on le voit notamment expliquer en quel sens la somme de tous les entiers vaut -1/12. Avec la sortie de son livre « Le Grand Roman des maths », trois articles lui sont consacrés ce mois-ci : Sud Ouest (pour une explication globale de son travail), Atlantico (pour les bonnes feuilles) et La Croix (pour le synopsis).

Société

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Algorithmes : un jeu d’enfant

Il semble fini le temps où des astrologues publiaient dès janvier leurs prédictions pour l’année à venir. Désormais, les regards se tournent vers des algorithmes puissants, annonciateurs de l’intelligence artificielle et qui sauraient, à la lumière de leurs résultats tout de notre destinée, individuelle ou collective.
En ces temps de retour du religieux, prenons le temps de les désacraliser.

Plusieurs débats en ce sens ont eu lieu ces dernières semaines et ont été rapportés dans la presse. Selon le Figaro, la CNIL organise un cycle de débats autour d’un axe principal : l’impact des algorithmes sur notre vie quotidienne. Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique, reprise par Les Echos, Sciences et Avenir et ZDNET, annonce son plan pour les grands travaux sur l’intelligence artificielle. Frédéric Charles, directeur Stratégie chez Suez Smart Solutions, y voit « une démarche pleine de sens, tant la France a d’atouts sur ce sujet (mathématiques, ingénieurs, recherche...), mais [...] tardive à moins de quatre mois » des élections. Même son de cloche pour La Tribune, pour qui « les meilleurs codeurs au monde sont français », selon le classement (français) CodinGame.
Dans EpochTimes, Cédric Villani affirme que “pour la première fois dans notre histoire, des enjeux majeurs se jouent sur des questions mathématiques”. Une nouvelle ère s’ouvrirait à nous : le temps des algorithmes. C’est d’ailleurs le titre du nouveau livre de Serge Abiteboul et Gilles Dowek recensé par Maxime Amblard, maître de conférences en traitement automatique des langues, pour Interstices.

À cet enthousiasme sans nuance, un blog hébergé par Mediapart répond avec inquiétude : les sciences humaines et sociales seraient-elles en voie de discrédit face à la domination du chiffre sur nos esprits ? Et Capital titre : « algorithmes, faut-il plus les contrôler ? »

Une réponse simple vient peut-être du Matin d’Algérie : pour comprendre ce que sont les algorithmes et leurs limites, il faut « mettre le paquet dans l’enseignement des sciences et des lumières, telle est la solution contre l’obscurantisme ».

Honneurs : mathématiciens d’hier

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le mathématicien béninois Mahouton Norbert Hounkonnou

Dans sa chronique courte mais très complète pour les Echos, Michel Broué revient sur les grandes mathématiciennes d’hier et d’aujourd’hui. Outre Claire Voisin, dernière lauréate de la médaille d’or du CNRS et Maryam Mirzakhani, médaille Fields 2014, il cite Hypatie d’Alexandrie, Sophie Germain, Sofia Kovalevskaïa et Emmy Noether et rappelle le sexisme qu’elles ont eu à subir : ainsi, pour S.Kovalevskaïa, « l’entrée à l’université de Berlin lui avait été refusée parce qu’elle était femme ».

Le Point propose, quant à lui, un grand dossier sur le mathématicien, physicien et philosophe Blaise Pascal. La Nouvelle République s’intéresse au mathématicien et ingénieur Antoine Yvon-Villarceau. Pierre Morali, l’auteur d’un livre sur ce savant, raconte sa découverte fortuite : « en recherchant l’histoire de la maison que j’habite depuis 2005 [...] j’ai découvert son nom comme l’occupant dans les années 1880 ». Dans Epoch Times on trouve un nouveau portrait du mythique mathématicien indien Râmânujan. On souligne notamment l’importance de ses carnets, dont le contenu a « joué un grand rôle dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la physique des particules, la physique statistique, l’informatique, la cryptographie et la technologie spatiale ». Il aurait déclaré que l’inspiration lui venait « à chaque fois qu’il s’endormait, [...] visité en rêve par la déesse indienne Namagiri. »

Il y a aussi le chimiste, mathématicien, oulipiste, résistant - et lyonnais !- François Le Lionnais. RFI lui consacre une émission, déjà mentionnée dans une brève de votre site préféré. Finalement, La Recherche rend un dernier hommage à Claude Shannon - évoqué de nombreuses fois dans la revue de presse. Roger Mansuy y donne de manière synthétique les grandes idées de la théorie de l’information. À ce propos, mentionnons l’exposition sur Shannon au Musée des Arts et Métiers à Paris dont parle Sciences et Avenir.

Et d’aujourd’hui

Un article de Burkina Online présente le mathématicien béninois Mahouton Norbert Hounkonnou, « récépiendaire du prix C.N.R. Rao de l’académie mondiale des sciences, récompensant les scientifiques des pays les moins avancés dont les recherches ont un fort impact hors de leurs domaines ». D’autre part, le journal Le Soleil met à l’honneur les deux étudiants sénégalais admis cette année à l’École Polytechnique. En Suisse, on évoque ce mois-ci dans Sciences et Avenir le nouveau directeur de l’EPFL de Lausanne, Martin Vetterli, spécialiste du traitement du signal dont le « cheval de bataille [est d’]accélérer la diffusion gratuite des résultats de la recherche ».
En France, Claire Voisin fait l’objet d’une longue émission sur France Culture, alors qu’Artur Avila et Cédric Villani donnent un entretien croisé dans Le Journal du CNRS. Il y est question de mathématiques brésiliennes, mais aussi de style : Cédric Villani et ses nombreuses digressions et Arthur Avila, plus terre-à-terre. D’autre part, on trouve sur HAL un film sur les 50 ans d’un des deux laboratoires de mathématiques Grenoblois, l’Institut Fourier. Finalement, La Montagne revient sur Tony Yue Yu, récépiendaire du prix Blaise Pascal de la meilleure thèse, déjà évoqué le mois précédent (avec d’ailleurs des excuses de notre part : si le prix est clermontois, Tony Yue Yu a fait sa thèse à Paris 7 !).

Enseignement

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Le château de Ladoucette (93) où œuvre l’association Science Ouverte

La Croix rappelle utilement le rôle important que peuvent jouer les parents en stimulant l’activité arithmétique de leurs jeunes enfants. Le journal cite Michel Fayol, professeur de psychologie, qui préconise la multiplication (le terme s’impose, surtout dans La Croix...) des activités de dénombrement dès le plus jeune âge, déplorant que « la vie courante [fournisse] de moins en moins d’occasions de manipuler des entités arithmétiques de base », point de vue qui nous paraît discutable. C’est aussi l’occasion d’évoquer des jeux cultes comme les Mille Bornes, le jeu de l’oie ou le Monopoly, et d’inviter les enfants à exécuter des recettes de cuisine. C’était une belle occasion de dire que ces recettes sont communément données comme première illustration de la notion d’algorithme par les promoteurs de l’enseignement de l’informatique dès le collège ou même à l’école. Dommage que l’article n’en parle pas. Autre regret : la présentation qui est faite ne risque-t-elle pas de renforcer l’idée, courante mais erronée, selon laquelle les mathématiques, c’est le calcul ? Il aurait été utile de préciser que Les activités évoquées fournissent aussi de nombreuses situations propices à la mise en œuvre du raisonnement. Lequel est, au moins autant que le calcul, le cœur des mathématiques.

Le raisonnement, c’est précisément ce qu’essaie de développer l’association Science Ouverte, qui agit dans les territoires socialement défavorisés pour ouvrir la science aux jeunes, lutter contre leur sentiment d’enfermement culturel et social et susciter des vocations scientifiques. Elle reçoit pour cela le soutien de la fondation EDF, selon Carenews.

La tâche est d’autant plus grande que nos élèves n’entretiennent pas un rapport particulièrement serein avec leur école. À la question « Les mathématiques vous intéressent-elles ? », 65 % des élèves français répondent oui. C’est 12 points de plus que la moyenne des autres pays. Mais 43 % se disent angoissés à l’idée de faire des mathématiques, contre seulement 30 % pour les autres écoliers de l’OCDE.
C’est ce qu’on apprend au détour d’une enquête de La Dépêche consacrée à des professeurs adeptes de la relaxation en salle de classe. Certes, mais on peut aussi penser que les raisons du stress de nos élèves (et de leurs professeurs !) sont structurelles et que sociologie et politique éducative pourraient être convoquées au moins autant que la sophrologie...

Que les jeunes se sentent mieux dans leur école et y aient accès à la culture, à la connaissance et à une formation efficace, tel est l’objectif d’associations de plus en plus nombreuses et variées. C’est louable. C’est aussi le signe que notre institution scolaire est en mauvaise santé. Un autre symptôme, que certains pourront juger plus sévèrement, est la prolifération de « start-ups » dédiées à l’assistance scolaire. Après « Déclic et des trucs », mentionnée par digischool, France Bleu met en avant une initiative analogue dans le Limousin, « Digitalearn ».
« L’éducation nationale voit [cela] d’un très bon œil. » Mais n’est-ce pas là une de ses propres missions ? Et si tout est fait pour favoriser l’accès du plus grand nombre à ces multiples initiatives privées, celles-ci ne sont pas gratuites...

Interrogé sur robots et intelligence artificielle par Le Monde, Cédric Villani
les remet à leur juste place et préfère insister sur « un savoir-faire dans lequel l’imagination, l’intelligence, la fibre artistique jouent un rôle important ». Faisant un constat d’échec pour les tentatives de robotisation de l’enseignement (cours en ligne et autres MOOC), Villani rappelle opportunément que « finalement, ce qui compte ce n’est pas le médium, la technologie, mais la relation humaine entre l’enseignant et l’élève ou l’étudiant. Cela demeurera ; j’y crois profondément. » Aux voyages virtuels, il semble nettement préférer la découverte bien réelle de nouveaux horizons et de nouveaux projets, ce à quoi il invite les jeunes avec enthousiasme.

S’il y a une source de stress qui est bien connue, c’est la note. Des professeurs d’un collège du Morbihan font depuis 2014 une expérimentation que France 3 considère comme particulièrement innovante. Il s’agit en fait tout simplement de l’instauration de l’« évaluation par compétences », idée chère aux responsables du système éducatif, et dont la généralisation est en cours, assortie d’appréciations qui se substituent aux notes habituelles. Il y a bien longtemps qu’existent, à côté de la note chiffrée traditionnelle, des systèmes de lettres (A à E, par exemple). N’est-il pas un peu tôt pour proclamer la supériorité de TBM (très bonne maîtrise), MS (maîtrise satisfaisante), MF (maîtrise fragile) ou MI (maîtrise insuffisante) sur les systèmes antérieurs ? Est-on sûr que cela fera disparaître le stress ? Les enseignants de Riantec et les journalistes qui rapportent leur expérimentation n’en doutent pas. On peut leur rappeler que, après l’apparition des A, B, C, D, E, on n’a pas tardé à voir fleurir des A- et autres C+, signe que l’échelle de 0 à 20 n’allait pas si facilement s’avouer vaincue ! Attendons peut-être d’avoir un peu de recul pour juger ce nouveau système, et surtout ne mélangeons pas deux problèmes distincts : la méthode de notation utilisée et ce qu’elle est censée évaluer (savoir ou compétences).

Il y a bien des choses à reprocher à Fidel Castro, mais ceux qui ne voyaient en lui qu’un grand criminel (et qui se sont bruyamment manifestés récemment à l’occasion de sa disparition) seraient bien inspirés de consulter, sur le site tunisien leaders.com, la contribution de Mohamed Larbi Bouguerra. Si son admiration pour le lider maximo est sans nuance, son rappel de ce que la révolution cubaine a accompli en matière d’alphabétisation et d’éducation populaire est salutaire. Car le problème est hélas toujours d’actualité dans de nombreux pays. Et tant mieux si l’exemple cubain inspire Mohamed Larbi Bouguerra, qui, après avoir cité Villani, conclut par cet appel : « La Tunisie a grand besoin de tuer la barbarie sous toutes ses formes et d’extirper l’ignorance et ses grossièretés comme le fanatisme et la haine. Là est la clé de tous ses maux ! »

Le blog du « groupe Jean-Pierre Vernant » propose une analyse des programmes, dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), de cinq des candidats déclarés aux prochaines élections présidentielles : Messieurs Macron, Fillon, Hamon, Jadot et Mélenchon. Publiée avant la primaire de la gauche, l’étude portait aussi sur les propositions de trois des candidats éliminés depuis (Valls, Peillon et Montebourg). Cette analyse n’est pas neutre. Le groupe Jean-Pierre Vernant se présente comme « proche de la gauche de gouvernement ». Il défend une vision de l’ESR à l’opposé de celle qui est à l’œuvre en France et dans la plupart des grands pays industrialisés. Le lecteur trouvera en tout cas dans ces pages des éléments d’information utiles, même s’il ne partage pas les opinions des auteurs ou des candidats. On retient ainsi du programme de Monsieur Montebourg un soutien aux mathématiques et aux sciences, en insistant sur la formation des professeurs des écoles dans ces domaines. Mentionnons aussi la parution toute fraîche d’un livre blanc pour l’université et la recherche, qui préconise d’investir 10 milliards d’euros en dix ans. « Une feuille de route ambitieuse (...) qui arrive cependant en toute fin de mandat » commente Le Monde.

Certains le déplorent, d’autres s’en félicitent, ce n’est pas vraiment dans la culture française de traiter les activités intellectuelles comme un sport, et encore moins comme un sport de haut niveau. Il n’est donc pas étonnant que nos « équipes » de jeunes, tout en se comportant souvent honorablement, ne brillent pas particulièrement dans les nombreuses compétitions internationales dédiées aux sciences, et en particulier aux mathématiques (olympiades et autres). Dans ce domaine, d’autres n’ont pas nos scrupules et soumettent leurs meilleurs élèves à un entraînement intensif digne des meilleurs athlètes. Ce n’est pas un hasard si Chinois, Coréens ou Russes monopolisent les places sur les podiums. L’Institut Kolmogorov de Moscou, mentionné par Le courrier de Russie, sans équivalent en France, n’est pas un cas unique dans le monde. On y pratique une sélection féroce, mais ses dirigeants refusent la qualification d’élitiste, soulignant que leur système, ouvert à tous, donne à des jeunes d’origine modeste l’occasion de montrer et de développer leurs talents. Et accessoirement d’accumuler les trophées !

Les écoles d’ingénieurs constatent une baisse du niveau en mathématiques de leurs élèves, le déplorent mais s’y adaptent, selon Le Monde.
Celles-ci oublient la part de responsabilité qui leur incombe dans la baisse des exigences en mathématiques au lycée et en classes préparatoires. Le responsable pédagogique d’un IUT n’hésite pas à dire à propos des élèves : « Le centre de gravité de leurs compétences a été déplacé. Dans les années 1990, la terminale S préparait les lycéens pour en faire des bêtes à concours, pas des ingénieurs. Une école doit prendre en compte dans son cursus l’organisation de l’entreprise, les composantes humaines, relationnelles, le marketing… C’est un fonctionnement complexe, dont la partie scientifique n’est qu’une composante. »
En effet, la gestion d’entreprise et le marketing occupent de plus en plus un espace jadis dédié aux apprentissages scientifiques, et notamment aux mathématiques, y compris dans les grandes écoles...

La baisse de niveau en mathématiques est enfin soulignée par Les Échos, qui insistent sur les conséquences fâcheuses de cet état de fait pour l’économie française.

Parutions

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Vive les maths !

Ces piètres résultats en mathématiques des jeunes Français dans les dernières études internationales (nous en avons déjà parlé en décembre et janvier) continuent à faire couler de l’encre et à susciter des questions ! Ce sont les mensuels qui ont pris la relève des quotidiens en proposant des articles ou des dossiers plus étoffés. Après le temps de la surprise, le temps des questions. « Notre recherche mathématique est considérée aujourd’hui comme l’une des meilleures au monde » dit Cédric Villani. Mais comment expliquer les faibles performances des écoliers français dans les enquêtes Tims ou Pisa ? Que faut-il faire pour redresser la situation ?

En première de couverture du numéro de février de Sciences et Avenir une photo de Cédric Villani et un titre fracassant : Pourquoi il faut faire des maths. Comment elles structurent le cerveau. Pas moins de 14 pages pour aborder des questions que beaucoup de gens se posent. Un dossier qui tente d’aller à l’encontre de vieilles idées reçues (et convenues) du style « plus personne n’utilise les maths au-delà de la classe de 4e » : « Le problème, c’est que c’est faux. Oui, les maths, ça sert. 2,4 millions d’emplois en dépendent en France, et ce chiffre ne fait qu’augmenter » écrit Dominique Leglu dans l’éditorial. Un dossier qui tente d’éclairer le rôle crucial que les mathématiques jouent dans de multiples domaines avec des articles rédigés par des spécialistes : « Les maths sont partout : santé, écologie scientifique, musique, cinéma … ». Un dossier qui donne également la parole à des acteurs de l’enseignement des mathématiques. Enfin une dernière partie, « Comment se former en maths et pour quel emploi » cible plus particulièrement les jeunes avec des « zooms » sur différents métiers et les formations associées. Un complément ou un prolongement en quelque sorte de brochures comme « l’explosion des mathématiques » ou « Zoom sur les métiers des maths ».

Maths à l’école : comment relever le niveau ? s’interroge Science et Vie dans la rubrique Science et société sans oublier de poser la question du nombre d’enfants en échec scolaire. Une mise en parallèle de sept pratiques pédagogiques qui marchent dans sept pays différents est analysée. L’article souligne par ailleurs que quelles que soient les mesures que l’on pourrait prendre, les changements positifs ne peuvent s’inscrire que dans la durée.

Je le vois, je le démontre, mais est-ce que je le comprends ? On entend souvent dire que les mathématiques étonnent et fascinent ou qu’elles sont « magiques ». Dans son rendez-vous mensuel de la revue Pour la Science, Jean-Paul Delahaye nous propose huit petites énigmes simples (et leurs solutions) « qui vous sembleront inattendues, absurdes ou invraisemblables. Elles nous font toutes découvrir une propriété assez simple qui réalise une sorte d’exploit a priori impossible, ou qui nous place devant une affirmation très éloignée de tout ce qu’on pouvait imaginer ». Ces récréations mathématiques ont été imaginées par des mathématiciens comme Elwyn Berlekamp et Joe Buhler, Dattatreya Kaprekar, Thomas Cover … Nous vous laissons le soin de les découvrir et de vous amuser !

Dans sa chronique mathématique mensuelle Roger Mansuy nous entraine sur les chemins auto-évitants, un thème traité en novembre dernier par Hugo Duminil-Copin lors de de son exposé au séminaire Mathematic Parc.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse février 2017» — Images des Mathématiques, CNRS, 2017

Crédits image :

Image à la une - Matth Shlian. Tous droits réservés.
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img_16627 - VIERRA/SHUTTERSTOCK/DEEP DREAM GENERATOR
Une œuvre de l’artiste québécois Etienne Saint-Amant - (c) Etienne Saint-Amant
Vive les maths ! - Photo Eric Le Roux, Université Claude Bernard Lyon1
Simulation numérique d’un voilier - © LMF/CNRS PHOTOTHEQUE

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