Revue de presse janvier 2010

Le 1er février 2010  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (3)

L’astronomie nous offre ce mois-ci une étoile peu commune : l’héroïne d’un péplum grand public est une mathématicienne martyre de l’intolérance religieuse. La revue de presse vous parlera également d’une victime plus connue du grand public, Galilée, ainsi que d’un groupe mystérieux prenant ses racines dans les tréfonds des mathématiques. Mais des sujets moins nobles seront aussi abordés, comme les carottes râpées et les tours de magie.

Hypatie

Une fois n’est pas coutume, les médias font la part belle ce mois-ci non seulement à une femme philosophe, mais qui plus est mathématicienne : Hypatie d’Alexandrie, à l’honneur pour le film du réalisateur hispano-chilien Alejandro Amenabar « Agora » avec Rachel Weisz (photo ci-dessous) dans le rôle principal.

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Rachel Weisz
Source : Wikipedia, Snarki1

Un article dans Première fait l’éloge du film, qui relate un épisode de la vie d’Hypatie, martyre du fondamentalisme religieux... chrétien. Le film rapporte en particulier la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie suite au conflit entre païens et chrétiens (conformément à l’une des thèses des historiens).

La voix du Nord met en lumière les travaux scientifiques d’Hypatie : « c’est dans ce contexte de violence et de déraison qu’Hypatie s’efforce de poursuivre ses travaux sur l’astronomie, le système solaire et les lois qui régissent le déplacement de la Terre. »

Enfin, sur le site de La Dépêche, le réalisateur confie dans une interview filmée sa volonté, plutôt rare dans le domaine du grand spectacle, de « rendre hommage aux astronomes et aux gens qui propagent cette science. » Il explique par ailleurs les raisons qui l’ont poussé à choisir Hypatie parmi les autres astronomes ainsi que les causes de sa mise à mort :
« premièrement elle n’était pas baptisée, et deuxièmement [...] elle était une femme d’influence ».

L’actualité des mathématiques

La modélisation mathématique des phénomènes naturels fait l’objet d’un article fort intéressant de la revue de documentation pédagogique DocSciences, repris par le site d’information scientifique Intersciences. Évaluer l’impact du réchauffement climatique ou de la pollution sur un écosystème est un problème d’une actualité brûlante, dont l’étude passe par l’élaboration de modèles mathématiques sophistiqués et le recours à une puissance de calcul toujours plus importante. Les principes sous-jacents à toute modélisation sont pourtant facilement compréhensibles et ce texte les expose avec une grande clarté, sans faire l’impasse sur la question essentielle de l’adéquation entre un phénomène naturel et sa représentation mathématique. D’ailleurs, la prise en charge des espèces animales ou végétales par les mathématiques ne s’arrête pas à leur mort : Les Echos consacrent ainsi une brève à une entreprise ayant développé « une centaine de modèles mathématiques précis pour chaque catégorie de produits, par exemple les carottes râpées ».

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Le groupe E8
Son système de racines

La classification des groupes de matrices par S. Lie, W. Killing et E. Cartan à la fin du XIXe siècle constitue un pilier des mathématiques contemporaines. Les physiciens n’y sont pas restés longtemps insensibles et, dès les années 1920, la formalisation de la mécanique quantique fait jouer à ces objets un rôle fondamental dans la description des particules élémentaires. Certains de ces groupes, qualifiés d’« exceptionnels », sont plus difficiles d’accès que les autres. Le plus complexe d’entre eux, baptisé E8, a récemment fait l’objet d’un regain d’intérêt en théorie des cordes. Un article (guère moins complexe...) de Futura-Sciences évoque le rôle que ce même groupe pourrait jouer en physique du solide, où il permettrait de rendre compte de phénomènes de transition de phase quantique.

Futura-Sciences relate également une expérience récente conduite par des physiciens de Bristol ayant abouti à la réalisation de vortex optiques ou « nœuds d’obscurité », c’est-à-dire des figures d’interférence destructive du champ électromagnétique en forme de nœuds. C’est l’occasion de rappeler que l’un des inspirateurs de la théorie mathématique des nœuds n’est autre que le physicien W. Thompson, alias Lord Kelvin, qui suggéra d’envisager les atomes comme des nœuds d’éther dont la forme rendrait compte des propriétés.

Nous terminerons cette rubrique sur une note rassurante avec La Dépêche. Le quotidien du sud-ouest nous informe qu’un informaticien britannique de haute volée, Ross Anderson, vient de mettre au jour une faille dans la sécurité des cartes bancaires : il est parvenu à « fausser le dialogue entre une carte et un terminal de paiement, en faisant croire à ce dernier que le porteur de la carte a bien tapé le code secret à 4 chiffres ». Aucune carte bancaire (volée...) n’y résiste !

Mathématiciens à l’honneur dans la presse

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Galilée montrant son invention
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Manuscrit de Galilée

20minutes.fr consacre un article historique en deux parties, sobrement intitulé « Galileo Galilei », à la vie et l’œuvre de Galilée. L’accent est mis sur la révolution scientifique et conceptuelle qui s’opère à cette époque. La première partie se concentre sur le procès de Galilée et les controverses qui l’ont accompagné, quand la seconde met en évidence le caractère novateur de sa pratique scientifique. A lire absolument !

Le Point annonce « un prodige en mathématiques de 14 ans admis à Cambridge », dans un article largement résumé par son titre... ou presque ! On apprend qu’« il sera le plus jeune étudiant de l’université depuis William Pitt le Jeune qui avait le même âge à son entrée en 1773. Ce dernier a été deux fois Premier ministre (1783-1801 et 1804-1806) du Royaume-Uni ». On apprend également que le jeune prodige compte s’attaquer (rien que ça) « à l’hypothèse de Riemann, théorie sur la répartition des nombres premiers qui déconcerte les plus grands mathématiciens depuis 150 ans ».

Parutions

Dans l’actualité, en « dernière minute », le magazine Pour la Science reprend l’information publiée dans un communiqué de l’INRIA indiquant qu’une clé de chiffrement « RSA 768 bits » a été « cassée » par une équipe internationale de mathématiciens, de cryptographes et de spécialistes en informatique (dont des chercheurs de l’INRIA). Le site de la revue souligne la recommandation de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) de ne pas utiliser de clefs de taille inférieure à 2 048 bits au-delà de 2010.

Dans le même numéro Jean-Paul Delahaye s’intéresse dans sa rubrique « logique et calcul » aux raisonnements de physique utilisés pour résoudre des problèmes : « Quand la physique démontre des théorèmes mathématiques ».

Trois dimensions pour une fractale : La Recherche interroge dans son numéro de février 2010 Jean-François Colonna, spécialiste de modélisation mathématiques et d’imagerie, au sujet de la quête de l’ensemble de Mandelbrot en trois dimensions et des résultats récents présentés par des mathématiciens amateurs. « C’est l’image la plus intéressante que j’ai vue ces dernières années ». L’interview s’accompagne d’une chronologie et d’une rapide explication sur la manière de dessiner un ensemble de Mandelbrot.

Connaissez-vous le théorème de la pizza ? Deux chercheurs américains ont planché onze ans... sur le problème du partage équitable d’une pizza ! Le magazine Courrier International présente la version française d’un article sorti le 11 décembre 2009 dans le magazine New Scientist, « The perfect way to slice a pizza ». « Le théorème de la pizza répond à la question suivante : lequel des deux convives aura la plus grande quantité de pizza quand aucune ligne de coupe ne passe par le centre, sachant que les convives A et B prennent chacun à son tour une part de pizza contiguë à celle qui vient d’être prise, que toutes les lignes de coupe se croisent en un même point et que les angles entre deux traits de coupe sont tous égaux ».

Mathémagiques !

Sur le site Calédosphère de Nouvelle Calédonie, un rédacteur rapporte un petit tour de carte absolument sidérant. Une vidéo jointe au texte décrit le tour dans tous ses détails et de façon très claire (en anglais, mais heureusement très compréhensible). Désemparée, la voix de la vidéo en appelle aux mathématiciens pour comprendre les ressorts mathématiques de ce tour. Saurez-vous relever le défi ?

Post-scriptum :

A la Une de cette revue de presse, Hypatia de Charles W. Mitchell (1895).

Article édité par Vincent Borrelli

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse janvier 2010» — Images des Mathématiques, CNRS, 2010

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse janvier 2010

    le 3 février 2010 à 08:42, par Gouanelle

    Bonjour,

    Je me suis permis d’envoyer un courrier à votre lien « Nous contacter », au sujet du tour de cartes « Mathémagiques ». Un peu long certes, mais j’ai voulu expliquer les opérations une à une.
    Avec mes excuses Claude Gouanelle

    Répondre à ce message
  • Revue de presse janvier 2010

    le 4 février 2010 à 09:03, par Gouanelle

    Bonsoir,

    Je voulais simplement expliquer la réussite du tour de cartes calédonnien.
    Lorsque l’empilement des cartes est terminé, les trois AS occupent un rang pair : 9 cartes, un AS, 15 cartes, un AS, 15 cartes, un AS et 10 cartes. Après chacune des autres manoeuvres, il en sera ainsi. Les cartes retournées occupent toujours les rangs impairs : 1ère, 3ème, 5ème, etc. A la fin, après les quatre opérations, il ne reste plus que les trois AS. L’on obtient successivement en comptant depuis le haut du paquet, et en remarquant qu’à chaque partage des cartes retournées/ cachées, il y a permutation, le haut devenant le bas (la 2ème devient la dernière, ...) :

    • 9-4=5cartes, AS, 15 cartes, AS,15 cartes, AS, 10+4=14 cartes ;
    • 1er partage : 7 cartes, AS, 7 cartes, AS, 7 cartes, AS, 2 cartes ;
    • 2ème partage : 1 carte, AS, 3 cartes, AS, 3 cartes, AS, 3 cartes ;
    • 3ème partage : 1 carte, AS, 1 carte , AS, 1 carte, AS, 0 carte ;
    • 4ème partage : AS, AS, AS.

    Mathématiquement, l’on pourrait se contenter de ne s’occuper que des intervalles séparant les trois AS et remarquer que le nombre de cartes est le quotient dans la division par 2 : 15, 7, 3, 1, 0, et évoquer les congruences...

    Excusez-moi de vous avoir importuné, avec ces remarques, mais je n’ai pas osé les envoyer directement au demandeur : mon Anglais me semble insuffisant. Merci Claude Gouanelle

    Répondre à ce message
    • Revue de presse janvier 2010

      le 4 février 2010 à 19:57, par Damien Calaque

      Bonsoir,

      merci pour votre réponse. Ne vous excusez pas ! Vous n’importunez personne :-)

      Amicalement,

      Damien

      Répondre à ce message

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