Revue de presse janvier 2018

Revue de presse janvier 2018

Le 1er janvier 2018  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (2)

L’équipe de la revue de presse vous adresse ses meilleurs vœux pour l’année 2018 !

Recherche et Applications

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Outil de détection de la démence

Commençons par un petit voyage autour du monde. Le quotidien sénégalais Le Soleil nous parle ce mois-ci d’une école de
recherche CIMPA (Centre International de Maths Pures et appliquées) à Zinguinchor sur le thème de la géométrie complexe. Ce n’est pas la première fois que cet organisme
chargé de la diffusion des mathématiques au-delà des pôles traditionnels est à l’honneur : il est rappelé que l’objectif est de
« contribuer à l’essor des mathématiques en Afrique, en permettant aux jeunes chercheurs d’échanger et de partager leurs
expériences avec la communauté mathématique internationale ». Pour le programme, c’est ici.
Restons en Afrique mais allons maintenant en Algérie. Le site APS parle d’un colloque à Adrar traitant de
diverses utilisations des mathématiques. Celles-ci vont du « traitement informatisé de la langue arabe »
(et ses variantes régionales) à la bien plus théorique « théorie du point fixe ». En Asie, le site du CNRS nous parle de la fondation de Relax, unité mixte de recherche franco-indienne
sur un modèle désormais bien établi, des chaires analogues ayant été créées en Italie, au Brésil, en Russie... Les thématiques
de cette unité relèvent de l’informatique au sens large : « théorique (algorithmique, logique, combinatoire, modèles du calcul,
complexité, etc., en plus des méthodes formelles) et [...] applications directes comme la vérification, les systèmes
distribués ou la science des données ».
Finissons notre tour du monde en Amérique du Nord : le Journal de Montréal nous parle d’une application
qui « permet de prédire si un individu risque de développer une maladie cognitive bien avant que ne le révèle un simple
questionnaire » : un travail issu d’une « interaction entre un gang de médecins qui voulaient innover,
qui pensent en dehors de la boîte (sic !), et les mathématiques pures », explique le Dr Patrick Bernier.
Rentrons maintenant en France - et plus précisément à Poitiers - mais restons dans le domaine des applications
médicales. La Nouvelle République
nous parle d’une collaboration entre milieu hospitalier et mathématiques universitaires très institutionnalisée. En effet, le
« laboratoire de recherche DACTIM-MIS (Mathématiques Images Santé) a été formalisé à la suite d’une collaboration
entamée courant 2013 entre médecins et mathématiciens ». Plus concrètement, « l’objectif de ces recherches est de pouvoir
extraire et classifier un très grand nombre d’informations pour créer des algorithmes d’apprentissage profond ».

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Conus textile

Un article paru dans Slate évoque le rapport entre la nature et les algorithmes. Il a le mérite d’offrir un large panorama du sujet, allant de
l’origine historique du terme algorithme inventé par le mathématicien ouzbéko-irakien Al-Khwarizmi aux automates cellulaires
et à la définition du vivant. De son côté, Le Monde parle d’une idée ambitieuse dans le domaine de
l’apprentissage automatique : « éduquer en même temps plusieurs programmes sur différents thèmes, leur faire passer des examens,
puis garder les meilleurs pour l’étape suivante [...] et ainsi de suite ». L’objectif est très ambitieux :
« ces expériences modélisent la façon dont un réseau de neurones peut continuer à apprendre en n’oubliant rien sur de
longues périodes, ce qui est une des problématiques de tous les domaines de l’intelligence artificielle ».

La Tribune nous parle de problèmes issus du traitement des données, qui relèvent de domaines (très)
inattendus des mathématiques a priori (très) pures. C’est ainsi que, par exemple, « la topologie permet aux chercheurs
observant un ensemble de données d’identifier des zones comportant des similitudes, même si certains détails sous-jacents
peuvent en apparence être différents »
. Mentionnons enfin un sujet plus insolite : Radio Canada
nous parle du lien entre émotions et accords utilisés dans les chansons. On apprend notamment que « le vocabulaire négatif
se combinait avec des accords mineurs, et les termes positifs, avec des accords majeurs [...] dans tous les pays occidentaux »
,
mais ce n’est pas forcément le cas en Asie ! Cependant, il est clair qu’il s’agit d’un sujet très délicat d’un point de vue
méthodologique : une source de biais évidente est par exemple que les chercheurs « n’ont considéré que les paroles en anglais »…

Honneurs

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S’intéressa aux ondes de choc

Au chapitre des honneurs rendus aux mathématiques ce mois-ci dans la presse, le passé le dispute au présent et au futur. Quatre personnages du passé voient en effet leur vie faire l’objet d’un article. D’abord Blaise Pascal, déjà amplement évoqué ici, est mentionné par le site maxisciences.

Ensuite, André-Marie Ampère (1775-1836) dont le même site maxisciences nous rappelle la grande œuvre pour établir les lois de l’électricité et de l’électromagnétisme. Vient alors le tour d’un savant beaucoup moins connu, d’autant qu’il est mort très jeune, Pierre-Henri Hugoniot (1851-1887), natif de Montbéliard où selon l’Est Républicain, une rue à son nom vient d’être inaugurée. Hugoniot, peu avant sa mort, apporta quelques contributions décisives à la mécanique des fluides et des ondes de choc que Duhem et Hadamard allaient prolonger dans leurs travaux fondamentaux sur les équations aux dérivées partielles. Enfin, à l’occasion de la diffusion du récent film « Imitation Game » sur France 3, le site Bulles de Culture revient sur la vie tumultueuse d’Alan Turing (1912-1954) qui, après avoir participé au déchiffrement de la machine Enigma pendant la Deuxième Guerre mondiale, mit en place les structures de la théorie informatique avant de se suicider pour ne pas subir le traitement inhumain par lequel on prétendait le « guérir » de son homosexualité.

Au présent, c’est aussi par un film, celui-ci documentaire, qu’est évoqué dans Programme-tv le cas étonnant de Stephen Hawking, physicien né en 1942 et victime depuis des années d’une terrible maladie dégénérative qui le laisse entièrement paralysé et qui malgré tout est l’auteur d’une œuvre de physique de l’univers fascinante que ce film émouvant expose avec simplicité et profondeur.

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mathématicien tunisien lauréat du prix Fermat 2017

Et c’est l’avenir qui est en marche à travers les prix obtenus récemment par différents jeunes mathématiciens. Tout d’abord, le Tunisien Nader Masmoudi a remporté le prix Fermat 2017 des mathématiques pour ses travaux en analyse des équations aux dérivées partielles non-linéaires. Le site de la SMF mentionne que ces travaux ont permis « la résolution rigoureuse et complète de problèmes de stabilité hydrodynamique soulevés dès la fin du 19e siècle par les pères fondateurs de la mécanique des fluides moderne ». En outre, Nader est un habitué des trophées. Comme l’explique le site kapitalis.com, il avait représenté la Tunisie aux Olympiades de mathématiques en 1991 et 1992 et obtenu respectivement les médailles de bronze et d’argent. Le prix Nexans a lui été attribué à un spécialiste de la théorie des codes, Alberto Ravagnani, docteur en mathématiques de l’Université de Neuchâtel. Le site arcinfo.ch rappelle que la thèse de Ravagnani en 2016 avait déjà été couronnée par le Prix Léon Du Pasquier et Louis Perrier alors que son travail actuel « se concentre sur la théorie des codes, qui est une discipline au carrefour entre les mathématiques, l’informatique et l’ingénierie électronique » dont on apprend avec soulagement qu’elle est utilisée « pour faire fonctionner les appareils électroniques comme les ordinateurs, les disques durs ou les téléphones mobiles ».

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Jonathan Mboyo Esole, lauréat Next Einstein Fellow 2017

Enfin, le natif de Kinshasa, Jonathan Mboyo Esole vient d’obtenir le prix Next Einstein pour ses travaux sur la théorie des cordes. Le site lepoint.fr rappelle le parcours très international du mathématicien, né en 1977, et passé par la Belgique, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et les États-Unis où il s’est installé après avoir obtenu un poste à la Northeastern University à Boston. Séduit par la situation américaine, il déclare que « la ville de Boston est un rêve pour un scientifique, car elle abrite plusieurs institutions de haut niveau : Harvard, Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston University, Boston College, Northeastern University, etc. Sans être obligé de prendre l’avion, on peut rencontrer des sommités mondiales dans plusieurs domaines ici à Boston ». L’article ne dit pas ce qu’il pense de Trump. Ajoutons à tout cela qu’un prix vient d’être créé en Haïti pour honorer la mémoire de Pierre Marie Michel Paquiot, professeur et ancien recteur (1998-2007) de l’Université d’État d’Haïti (UEH), décédé le mercredi 23 novembre 2016, à Cuba. Selon le site vantbeinfo , le professeur de philosophie Francklin Benjamin considère que ce concours vise à « encourager [auprès des jeunes] une culture de la science et de la philosophie des sciences », car le professeur Pierre Marie Michel Paquiot avait cette capacité de « voyager entre la philosophie et les mathématiques ».

Pour terminer, notons que l’avenir appartient parfois au passé. Comme le raconte le site dailygeekshow.com un retraité allemand est parvenu à résoudre une conjecture de corrélation gaussienne “qui résistait aux plus grands esprits de la discipline depuis plus de 50 ans”. “M. Royen, raconte le site, n’est certes pas un mathématicien de profession, mais il n’est pas non plus le premier venu dans cette discipline. Il a en effet effectué toute sa carrière dans l’industrie pharmaceutique. Son travail : améliorer les formules statistiques afin de donner du sens aux essais médicamenteux.” Mais surtout, le plus piquant est que “la solution lui serait venue spontanément alors qu’il se lavait les dents”. Voilà qui doit inciter les organismes de tutelle à prendre très au sérieux les problèmes d’hygiène dans les locaux publics.

Société

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Vulgarisation

Un article très bien écrit, sur le site The Conversation va contre les idées reçues que les scientifiques ont de la vulgarisation : les jeunes ne veulent plus faire de sciences (les chiffres disent le contraire), vulgariser c’est bien expliquer (le fond c’est bien mais les études montrent que c’est la forme la plus importante... malheureusement), la vulgarisation prend du temps (ah non, ça, ce n’est pas une idée reçue, nous pouvons en témoigner à la revue de presse).

Intelligence artificielle

Le site de Sciences et Avenir annonce la volonté du député Cédric Villani, chargé de mission sur l’intelligence artificielle (IA) auprès du Premier Ministre, de lancer une consultation publique sur le sujet. La possibilité est donnée à chaque citoyen de s’exprimer jusqu’au 6 janvier sur quelques pistes de réflexion (7 thèmes) choisies après l’audition de nombreux experts.

Parmi ces thèmes : établir un cadre éthique de confiance pour l’IA. C’est la problématique que souhaitent mettre en exergue des ONG, dont le Future of Life Institut, en alarmant sur le rôle des drones tueurs. Un fausse vidéo, visible sur le site du Monde met en scène ces drones capables de prendre seuls la décision de tuer. La vidéo est fausse mais les technologies existent bien, elles.

Parité

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Dans une chronique de la rubrique sciences du Monde, Etienne Ghys s’interroge sur l’origine de la parité dans l’espèce humaine. Les raisons sont multiples mais E. Ghys donne un argument, à la fois génétique et statistique, séduisant même s’il est assez simpliste.

Du côté politique de la parité, Le Monde présente les travaux de Londa Schiebinger portant sur les liens entre genre et science. La conclusion de ses travaux pourrait être résumée ainsi : les hommes font de la science en ne tenant compte que des hommes. Pour illustrer ce fait, elle prend l’exemple des symptômes d’une crise cardiaque, différents chez l’homme et chez la femme. Comme les symptômes les plus connus et les plus diffusés sont les masculins, les femmes arrivent toujours plus tard aux urgences. La chercheuse a également mené une étude très complète montrant que les articles en biologie et médecine dont les auteurs comportent des femmes tiennent bien mieux compte des caractéristiques de la physiologie féminine. D’autres choses encore à découvrir dans cet article passionnant, notamment l’agnotologie

Diffusion

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Une énigme avec la croix de Malte

Les ateliers scientimagiques d’Antoine Vedel ont rassemblé une trentaine d’élèves à Vienne, selon La nouvelle république. La magie reste l’un des meilleurs moyens de vulgarisation des mathématiques en impliquant la géométrie (illusions d’optique), l’algèbre (compter les cartes), les probabilités.

Le Républicain Lorrain fait la promotion de la méthode de Singapour, que nous évoquions déjà le mois dernier, à travers Monica Neagoy, qui participe à l’écriture de manuels sur le sujet. La méthode de Singapour, c’est tout simplement aller du concret vers l’abstrait, une méthode que connaissent bien les enseignants qui doivent enseigner les maths à l’Université à des publics non mathématiciens. Monica Neagoy insiste sur l’importance de former les futurs enseignants (qui viennent majoritairement de filières littéraires) à cette méthode. Mais est-ce bien là la solution à la crise de l’enseignement des mathématiques en France ?

Que faire pendant les vacances ?

Pendant ces vacances festives, dans la rubrique jeux de La Recherche, Pierre Berloquin soumet aux lecteurs huit énigmes ou curiosités pour se changer les idées, avec de la logique, un peu de calcul ... et avec les solutions ... dans le prochain numéro !

Toujours dans l’optique d’utiliser intelligemment votre temps libre, vous pouvez retrouver sur le site d’Audimath une sélection de vidéos d’exposés mathématiques traitant de thèmes généraux (maths et musique, maths et jeux) ou bien d’applications des mathématiques (modélisation du mouvement de foule, le son).

Pour finir, si vous avez manqué le Forum des jeunes mathématiciennes qui a eu lieu cette année à Nancy, il faudra attendre le prochain. Si vous avez manqué la « rencontre diffractante » à l’ENSTA Paris Tech, exposition mêlant art et mathématiques, vous avez jusqu’au 9 février, selon Le Parisien.

Enseignement

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Une espèce en voie de disparition ?

Le père Noël nous a déçus : il n’y avait dans sa hotte aucun professeur de mathématiques ! Et il est à craindre que la pénurie dans ce domaine, pointée par l’Est Républicain pour l’académie de Besançon et par La Dépêche pour celle de Toulouse, soit encore au rendez-vous à la rentrée du 8 janvier. Ce déficit persistant n’a pas empêché le ministère de l’Éducation nationale de procéder à une forte réduction du nombre de postes offerts aux différents concours de recrutement d’enseignants du second degré. Les chiffres de la session 2018 ont été publiés au Journal Officiel, comme le signale le site vousnousils, qui renvoie au site officiel du ministère. Ce lien conduit à la page du CAPES, qui ne donne aucun moyen d’aller à celle de l’agrégation. D’une façon générale, la navigation sur le site « Devenir enseignant » est un véritable parcours du combattant ! Il contient pourtant des données très utiles, notamment les statistiques sur les sessions antérieures, par exemple celle de 2017 pour le CAPES et l’agrégation, mais les pages correspondantes sont introuvables pour qui ne connaît pas leur adresse. On trouvera en revanche des informations détaillées sur le site Vocation Enseignant, qui permet notamment d’accéder aux nombres d’inscrits aux futurs concours.
On pourra dire que la baisse du nombre de postes en mathématiques ne changera pas grand-chose à la situation et que le ministère (qui avance bien sûr cet argument, comme le rapporte vousnousils) n’a fait que se rendre à l’évidence : en 2017, un quart des postes au CAPES externe et un tiers des postes à l’agrégation externe n’ont pas été pourvus, faute de candidats acceptables. À ces deux concours, il y a pour 2018 un peu plus de postes qu’il n’y a eu d’admis en 2017 (mais ce n’est pas le cas dans d’autres disciplines). De plus (et c’est très inquiétant), le nombre d’inscrits diminue pour 2018, très légèrement pour le CAPES (moins de 1%), un peu plus pour l’agrégation (5% environ). Notons enfin que, si la baisse du nombre d’inscrits est générale pour les concours de l’enseignement public (seul le troisième concours du CAPES fait exception, avec une progression de 19%), tous les concours de l’enseignement privé attireront davantage de candidats. Il n’en reste pas moins que la baisse du nombre de postes est un mauvais signe envoyé aux futurs candidats, comme le suggère Le Monde, avec sa prudence habituelle, et que Le café pédagogique a de bonnes raisons d’estimer que la situation de pénurie va se prolonger durablement.
Du côté des syndicats, on proteste vigoureusement, comme à Sud-Éducation ou au SUNDEP (syndicat d’enseignants du privé), plus modérément, comme au SNES ou pas du tout, comme à l’UNSA.

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Le concours de cryptographie Alkindi

Pour faire naître les vocations, mieux vaut commencer tôt. Les initiatives en tout genre continuent de fleurir. Il y a les nombreuses compétitions, comme Alkindi que Paris-Normandie a vu à l’œuvre dans un collège de Mont-Saint-Aignan. Non loin d’écoles primaires où l’on se pose des questions sur la pédagogie beaucoup plus classique prônée par le ministre Jean-Michel Blanquer avec la dictée quotidienne. Il y a l’utilisation des technologies de pointe : le smartphone, que l’on cherche d’un côté à bannir de la classe, y devient parfois outil pédagogique. C’est le cas au collège Olympe-de-Gouges, à Ingwiller, dans le Bas-Rhin, où Le Bien Public a observé cette application de la méthode BYOD (« Bring Your Own Device », l’acronyme équivalent en français étant AVEC, pour « Apportez Votre Equipement personnel de Communication »), dont la pratique fait l’objet de recommandations de la CNIL. Le journaliste du Bien Public fait preuve de beaucoup d’optimisme quant aux vertus de cette innovation... Il y a les sites de soutien scolaire, maintes fois évoqués ici. Celui qui a retenu notre attention ce mois-ci, Mathématiques-web, semble ambitieux ; il propose des cours et des exercices avec solutions pour tous les niveaux de la sixième à la terminale. Comme toujours, le problème est de faire la part entre les pages dont les professeurs (et a fortiori les élèves) pourraient tirer profit et celles qu’il vaudrait mieux laisser de côté. En voyant une rubrique intitulée « mathenpoche », on pense évidemment au site bien connu de Sésamath, mais notre exploration des deux sites ne nous a pas permis d’établir de lien entre eux. Les auteurs du site Mathématiques-web ne disent pas vraiment qui ils sont. À y regarder de plus près, on s’aperçoit que certains documents proposés sont eux-mêmes téléchargés depuis un autre site de même nature. Il convient donc d’être très prudent, et de ne surtout pas laisser des élèves livrés à eux-mêmes sur de tels sites. Les sites de qualité, comme celui de Sophie Guichard et ses 4500 vidéos ciselées, relevé par Le Café pédagogique, manquent cruellement de visibilité.

Innover, développer la créativité de l’élève en se servant des outils les plus modernes : tels sont les objectifs affichés de nombreux programmes éducatifs de par le monde. Tous revendiquent l’« excellence ». Le modèle d’éducation du réseau des écoles technologiques et scientifiques israéliennes, qui applique le programme STEM dont nous parlions dans la revue de presse de novembre dernier, va être adopté, nous dit The Times of Israel, par la plus grande ville des Philippines, Davao. Au Canada, les Créacamps sont des stages de formation continue pour enseignants de tous niveaux, axés sur le développement de la créativité. Le site École branchée s’est penché sur celui qui vient d’avoir lieu à Montréal et où était mise en avant la pratique du problème ouvert en mathématiques. Nos amis canadiens considéreraient-ils l’échec scolaire comme une maladie ? Toujours est-il que Estrieplus.com nous annonce que l’université de Sherbrooke « déploiera une clinique mobile qui apportera un soutien orthopédagogique dans 48 écoles primaires de l’Estrie » ! L’information est également donnée par le site CISION. Radio Canada International, quant à elle, annonce une conférence nationale visant « un plan d’action pour propulser l’apprentissage des sciences au Canada pour les 50 prochaines années ».
Au Sénégal, Michel Seck, un jeune doctorant au Département de Mathématiques et d’Informatique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a développé, nous dit Le Soleil, un logiciel appelé Simula, destiné à supplanter Géogebra en Afrique, car ce dernier « ne prend pas en compte les réalités et les préoccupations des pays africains ». L’article ne dit malheureusement pas quelles sont les spécificités de cet outil, qui ne semble pas être encore accessible en ligne.

Revenons en France, avec deux grandes réformes à la une de l’actualité éducative. Pour la procédure Parcoursup (qui remplace APB - Admission Post-Bac), que nous évoquions le mois dernier, on connaît maintenant les « attendus » de chaque filière, qui, pour beaucoup d’observateurs, serviront à une sélection qui n’ose pas dire son nom. L’étudiant en donne les détails, notamment pour l’accès aux licences de mathématiques, d’informatique ou de MIASS. On y trouvera aussi le calendrier de la procédure pour cette année, ainsi qu’un entretien avec la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal. Plusieurs autres sites, dont Le Monde et Les Échos donnent aussi des détails. Parmi les protestations contre ce nouveau système, citons une pétition de sociologues, rapportée par L’Humanité et par vousnousils, l’article de Sud-Éducation et celui du Café Pédagogique.

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La réforme du bac se prépare

Autre sujet brûlant : la réforme du baccalauréat. Début décembre, Sud-Ouest annonçait « ce qui se prépare ». La « commission Mathiot » (du nom de Pierre Mathiot, ancien président de Sciences-Po Lille), qui doit remettre ses propositions au ministre de l’Éducation nationale en février, poursuit ses consultations auprès de nombreux acteurs du système éducatif : syndicats d’enseignants, fédérations de parents d’élèves, associations de professeurs, sociétés savantes, etc. Pour notre discipline, l’APMEP (Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public) et la SMF (Société Mathématique de France) ont été auditionnées, et une contribution écrite a été envoyée à la commission par l’association Femmes et Mathématiques. Parallèlement, le ministère organise une consultation en ligne des lycéens.

Quant à la mission Villani-Torossian, qui doit remettre en février au ministre des propositions sur l’enseignement des mathématiques, et dont nous parlions en décembre, elle a également procédé à de nombreuses consultations. La CFEM (« Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques », qui fédère la plupart des composantes de la communauté éducative en mathématiques, a publié un dossier regroupant diverses contributions au débat. La SMF a fait de même sur son site.
Notons pour terminer que, sous le titre provocateur « Comment les petits français sont devenus nuls en maths », le site de France Culture propose deux entretiens croisés avec Jean-Pierre Demailly et Étienne Ghys, où sont abordés des sujets qui alimentent chaque mois notre rubrique enseignement.

Parutions

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Pigeonhole principle

Débutons cette rubrique par un article de vulgarisation passionnant, comme tous les articles de Jean-Paul Delahaye. Il explique dans Pour La Science le principe des tiroirs, en retrace l’histoire et donne des exemples d’applications de ce principe très simple : si vous avez 10 tiroirs et 11 paires de chaussettes à ranger, au moins un tiroir contiendra au moins deux paires de chaussettes.
Qui a inventé le principe des tiroirs ? Souvent appelé principe de Dirichlet (ou pigeonhole principle), il est déjà présent dans un livre écrit en latin par Jean Leurechon deux siècles avant que Dirichlet ne l’introduise en théorie des nombres.
L’article nous propose une agréable excursion à travers ce qui s’est révélé être un levier de raisonnement d’une déconcertante efficacité. On pourrait douter qu’une vérité totalement évidente puisse être utile. En s’appuyant sur des exemples variés, Jean-Paul Delahaye nous montre que l’on peut obtenir des résultats puissants et intéressants. Il termine en explorant des versions infinies du principe des tiroirs et un axiome proposé par Terence Tao qui exprime ce principe dans un langage logique élémentaire. Une dernière preuve que ces principes ne sont pas uniquement des banalités vient d’être proposée par Yakir Aharonov, de l’université de Tel-Aviv, et des collègues. Leur article paru en 2016 dans la revue de l’Académie des sciences des États-Unis affirme établir que la forme la plus élémentaire du principe des tiroirs, « Si trois objets sont placés dans deux tiroirs, alors l’un des tiroirs contient deux objets », est fausse en mécanique quantique.

Rappelons que Jean-Paul Delahaye a écrit de nombreux ouvrages (parus aux éditions Belin) tous aussi attrayants les uns que les autres. Le dernier, Les mathématiciens se plient au jeu, est sorti en août et nous propose une vingtaine d’enquêtes ludiques autour des jeux de cartes, des échecs, des origamis mathématiques, des jeux paradoxaux ...

Chaque année La Recherche sort en janvier un numéro spécial sous le titre : Les 10 découvertes de l’année. Et, depuis 2004, le prix La Recherche récompense les meilleurs travaux scientifiques francophones de l’année, dans 12 domaines (archéologie, astrophysique, biologie, chimie, environnement, mathématiques, santé, neurosciences, physique, sciences de l’Information, technologies et un prix coup de cœur). La cérémonie officielle (la quatorzième) se déroulera le 31 janvier à l’Université Paris-Dauphine dans le cadre du Think Education & Recherche. Nous retrouvons dans les dossiers de ce numéro la rubrique mathématique de Roger Mansuy titrée L’impossible découpage électoral. Depuis la révolution, la France a connu douze principaux découpages en circonscriptions électorales les derniers en date ayant eu lieu en 1986 et 2012. Aux États-Unis, le Congrès s’autorise tous les dix ans un grand plan de redécoupage afin de tenir compte de l’évolution démographique. Comment faire pour garantir un découpage le plus honnête possible et éviter de favoriser le parti majoritaire ou désavantager une minorité ? Pas simple ! L’article résume les travaux de Boris Alexeev et Dustin G. Mixon qui ont publié en octobre dernier un article sur cette question délicate, An impossibility theorem for gerrymandering.

Pour terminer Science et vie revient dans son numéro de janvier sur le problème des trois corps : le problème des trois corps a des centaines de solutions (on en est à 1223). Grâce à un nouvel algorithme (clean numerical simulation, CNS) et au supercalculateur Tianhe-II, des chercheurs chinois ont trouvé des centaines de configurations initiales entre trois corps conduisant le système à retrouver (au bout d’un temps qui peut être long) cette configuration, et donc à répéter indéfiniment le même cycle sans collision.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse janvier 2018» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

Crédits image :

Image à la une - Réseau de neurones (de rat). Wikimedia
mathématicien tunisien lauréat du prix Fermat 2017 - IHES
Jonathan Mboyo Esole, lauréat Next Einstein Fellow 2017 - Institute for Advance Studies
Une énigme avec la croix de Malte - Photo : © Ecole polytechnique / J. Barande (La Recherche)
Pigeonhole principle - Wikipédia
Une espèce en voie de disparition ? - Adrien Douady. Wikimedia
Le concours de cryptographie Alkindi - Alkindi
La réforme du bac se prépare - Ministère de l’Education nationale
img_17837 - Héloïse Chochois, en collaboration avec Julien Bobroff et Frédéric Bouquet de l’équipe « La Physique Autrement » du LPS (Université Paris-Sud et CNRS).
Conus textile - Richard Ling Wikimedia
Outil de détection de la démence - Patrick Bernier et Christian Gourdeau

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse janvier 2018

    le 3 janvier à 14:52, par B !gre

    Remarque : le lien vers La Tribune (rubrique Recherche et Applications) est cassé, mais facile à réparer !

    Répondre à ce message
    • Revue de presse janvier 2018

      le 3 janvier à 16:02, par Maï Huong Pham-Sauvageot

      Merci pour votre vigilance et votre intérêt pour Images des Maths !
      En principe, le lien devrait se faire à présent.

      Secretariat de rédaction de IdM

      Répondre à ce message

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