Revue de presse janvier 2021

Le 1er février 2021  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires (4)

Pandémie toujours, bien sûr ! Les universités sont vides ou presque, au désespoir des étudiant⋅es – et le mot est à prendre littéralement. Chez leurs aîné⋅es, une communauté élargie de chercheur⋅es spécialistes de modélisation est peut-être en train d’émerger, notamment à travers le réseau Modcov19. Leurs modèles et leur robustesse par rapport aux décisions politiques, les statistiques pouvant confiner au « trop-plein de chiffres », les questions relatives aux vaccins sont largement évoqués dans la presse. Et comme les mois précédents, l’actualité mathématique ne s’y limite pas.

Recherche

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David Hilbert
Voulait-il parler de fonctions continues ou de fonctions algébriques ?

Quanta Magazine (en) met en avant le travail de recherche de trois mathématiciens : Benson Farb, Jesse Wolfson et Mark Kisin. Ceux-ci ont décidé de secouer le treizième problème de Hilbert, qui selon les sources est considéré comme clos ou pas. Le voici (âmes sensibles s’abstenir) : montrer l’impossibilité pour l’équation générale du septième degré $x^7+ax^3+bx^2+cx+1=0$ d’exprimer la solution en fonction de $a$, $b$ et $c$ comme composée d’un nombre fini de fonctions algébriques de deux variables. Et si on le voit parfois comme résolu, c’est parce que Vladimir Arnold a réfuté une variante de cette conjecture en 1957, avec son directeur Andreï Kolmogorov. Or Farb est récemment tombé sur des écrits d’Arnold dans lesquels ce dernier présente le treizième problème de Hilbert comme toujours ouvert, bien qu’il n’ait jamais vraiment arrêté d’essayer de le résoudre. La différence, c’est qu’Arnold avait considéré des fonctions continues et pas simplement algébriques. Il a bien travaillé avec Goro Shimura sur ces fonctions algébriques plus tard, mais sans réussir à prouver ou à réfuter le problème. Les trois chercheurs non plus n’ont toujours pas réussi à mettre le doigt dessus, mais pour un collègue cité par le journal, « ils ont vraiment réussi à extraire une version plus intéressante de cette question. Ils sensibilisent la communauté mathématique à de nombreuses questions naturelles et intéressantes. »

L’autre nouvelle du mois est moins récente. Québec Sciences revient sur la conjecture de Duffin-Schaeffer, énoncée en 1941 et démontrée par Dimitris Koukoulopoulos et James Maynard. Leurs travaux avaient été mis en ligne sous forme de prépublication en juillet 2019, ils ont été publiés dans le prestigieux journal Annals of Mathematics en juillet 2020. On en avait parlé ici même en septembre 2019.

Vie de la recherche

Anticipant sur la rubrique Covid, mentionnons une excellente « enquête sur ces modélisateurs qui anticipent la pandémie » dans Le Monde (accès restreint). On y découvre une petite communauté « habituellement discrète » qui se retrouve d’un coup « en première ligne », obligée d’adapter des outils à la hâte pour faire face à l’urgence de la pandémie, sommée de faire des prédictions quand ce n’est pas son rôle (la différence entre une projection fournie par un modèle et une prédiction tient à l’effet et l’efficacité des actions lancées par le politique), amenée à communiquer ses résultats plus largement et moins techniquement qu’à son habitude. Des réseaux se forment très rapidement, pour coordonner les travaux et intégrer les offres de services de « chercheurs dont l’épidémiologie n’était pas le cœur de métier, mais très compétents », avec des approches différentes, dont certaines originales et pertinentes. L’article tente de tirer quelques leçons de « ces premiers mois au front pour cette communauté suractive ». Elles incluent des regrets – pas de recueil de données massives, difficultés d’intégrer des non-spécialistes faute de temps – et il n’est pas clair que le « deuxième cercle » s’agrège de façon durable pour créer une communauté plus large, comme aux États-Unis. « Le réseau Modcov19 est en tout cas pérennisé pour quatre ans, prêt à mieux répondre aux besoins. »

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Joe Biden signe des décrets pour faire avancer la science

Deux outils fort utiles à la communauté de la recherche française en maths ont été lancés ce mois-ci. D’une part, le portail HAL-ANR. Quelques explications : HAL (nommé en l’honneur de l’ordinateur de 2001, l’Odyssée de l’espace) est le grand portail francophone de dépôt d’articles scientifiques en accès libre, et l’ANR est l’Agence nationale de la recherche, qui constitue une des principales sources de financements sur projet pour la recherche publique en France. Le nouveau portail combinant ces deux entités est destiné à « faciliter l’accès à l’ensemble des publications scientifiques issues des projets financés par l’ANR ». D’autre part, une fédération baptisée du doux nom de MARGAUx (Fédération mathématique de recherche en région Nouvelle-Aquitaine) réunit plusieurs laboratoires de mathématiques de Nouvelle-Aquitaine et se veut la « vitrine de toutes les activités de recherche menées en mathématiques au niveau régional, des plus fondamentales aux plus appliquées » en structurant la recherche au niveau régional et en proposant des actions de diffusion scientifique.

Côté international, on peut se réjouir aux côtés de SciencePost de la décision du nouveau président des États-Unis Joe Biden d’insuffler une nouvelle dynamique à la recherche scientifique états-unienne, après quatre ans de jachère sous Donald Trump. Cette volonté est notamment matérialisée par la nomination du biologiste et mathématicien Eric Lander au titre de conseiller scientifique et par l’établissement d’une ambitieuse feuille de route.

Applications

Intelligence artificielle

Comme souvent, on a beaucoup parlé d’intelligence artificielle et de médecine ce mois-ci. Mais pas seulement ! Le Journal du Net publie deux chroniques sur les enjeux de l’IA. La première concerne deux challenges auxquels fait face cette technologie : d’une part, la menace de « sabotage » de l’apprentissage ; d’autre part, les problèmes éthiques liés aux biais de cette technologie construite et entraînée par des humains mais parfois présentée comme impartiale. La seconde se penche sur son impact environnemental. Cette question apparaît également dans 20 minutes et dans The Conversation (dans le cadre de leur partenariat), où la consommation d’énergie de la phase d’apprentissage du programme de language GPT-3 est pointée du doigt. Le chroniqueur du Journal du Net plaide alors que ces phases d’apprentissages peuvent ne pas être un problème si l’on recycle la technologie et que l’on utilise des modèles de logiciels libres par exemple ; et que l’utilisation de l’IA par les entreprises peut les aider à atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et de conclure qu’« à ce titre, l’intelligence artificielle doit être utilisée dans des projets à fort impact positif ».

Alors qu’en France on vient de lancer le Plan Quantique pour favoriser la création d’ordinateurs éponymes, on trouve un article dans Quanta Magazine (en) sur la résolution d’équations (différentielles non linéaires) par des algorithmes quantiques. Deux équipes ont fait des avancées récentes. L’une propose d’utiliser la linéarisation de Carleman, une technique des années 1930 plus ou moins tombée dans l’oubli, pour transformer une EDO non linéaire en un système infini d’EDO linéaires. L’autre propose une transformation pour faire passer un problème non-linéaire en condensat de Bose-Einstein. L’un des auteurs de la seconde étude, modeste, explique la difficulté du problème : « c’est comme apprendre à une voiture à voler ». Aucune des deux études n’est pour l’instant efficace sur des problèmes très compliqués, mais comme le précise une chercheuse : « Des chercheurs analyseront et raffineront probablement chaque méthode – avant même que le matériel nécessaire pour les mettre en œuvre ne devienne réalité. »

On retrouve dans Le Journal du CNRS tout un dossier sur l’intelligence artificielle au défi du langage, à l’occasion de la journée de conférences pour tout public organisée le 12 janvier par le groupe de recherche Traitement automatique des langues [1]. On y trouve des articles traitant de la détection de l’humour et des émotions, de la traque de harcèlement, ou des images truquées ou encore du diagnostic de la schizophrénie... Et à propos de diagnostic, un article de The Conversation rédigé par deux neuroscientifiques revient sur la modélisation du cerveau, et explique qu’à l’aide de modèles multi-échelles et non pas simplement de réseaux de neurones, ils voudraient réussir à mieux comprendre les crises d’épilepsie. En attendant, les auteurs reconnaissent qu’aujourd’hui on sait de nombreuses choses sur « la manière dont notre cerveau accomplit les nombreuses tâches qui lui incombent, de la vision au contrôle des mouvements, en passant par la mémorisation ». Le contrôle des mouvements, c’est justement le sujet d’un article de Sciences et Avenir-La Recherche. Même si aujourd’hui on a déjà réussi à rendre à certaines personnes de la mobilité, comme l’homme dont la photo illustre l’article, les commandes motrices varient beaucoup d’une personne à une autre, et « 10 à 30 % des utilisateurs n’arrivent pas à contrôler des interfaces cerveau-ordinateur ». Mais la technologie ne règle pas tout, comme le dit un chercheur de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière : « Nous nous sommes ainsi rendu compte qu’améliorer les algorithmes ne suffisait pas. Il faut aussi étudier le comportement humain. Si le patient ne parvient pas à contrôler son activité cérébrale, l’algorithme interprétera mal sa commande. »
Le Nothobranchius
À Toulouse, une équipe de biologistes, physiologistes, chimistes, informaticiens et mathématiciens vient de se mettre en place et de former le laboratoire RESTORE, et c’est à lire dans La Dépêche. L’article cite le directeur, Philippe Valet : « Nous pensons que, pour maintenir les fonctions qui se dégradent avec l’âge, il faut gérer ensemble trois éléments : le stroma (l’architecture cellulaire), l’inflammation des tissus et le métabolisme (la capacité des cellules à fournir de l’énergie). En reprenant les trois premières lettres, nous résumons ce trio en “carte SIM”. Pour préciser et faire évoluer cette carte nous avons besoin de l’Intelligence artificielle et d’une connexion entre toutes les spécialités, les formations et les expériences ». Le tout à l’aide d’un petit poisson qu’ils sont les seuls à étudier en France.

Divers

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Caméras sur la place de Tiananmen

Slate reprend un article de CNN, à propos du petit nombre de noms de famille en Chine. Et évoque Galton-Watson pour expliquer que malgré les 23.000 noms de famille recensés au cours de l’histoire, 86 % de la population se partage aujourd’hui une centaine de noms. L’article précise aussi que l’encadrement par le numérique du quotidien, bien qu’il n’explique pas tout, a des conséquences.

Après avoir proposé une nouvelle forme de pistes d’athlétisme pour battre les records de temps, la chercheuse Amandine Aftalion a travaillé sur les courses hippiques et les tracés d’hippodromes. C’est à lire dans la rubrique Brevets et licences de La lettre innovation du CNRS.

Et pour finir, les cercles de fées, qui avaient illustré la revue de septembre dernier, font encore parler d’eux. Ils sont à retrouver dans le Sciences et Avenir-La Recherche du mois de janvier.

Pandémie

La campagne de vaccination

Le 25 décembre, les mesures prises pour la surveillance et le traitement des effets secondaires des vaccins faisaient l’objet d’un article détaillé dans Marianne.

La campagne ayant débuté le 27 décembre dans les EHPAD, la comparaison avec l’Allemagne amenait dès les 4 et 5 janvier de nombreuses critiques ; les autorités de santé eurent à préciser la stratégie adoptée, jugée alors trop lente (Sciences et Avenir et Ouest France). Le ministre de la Santé promettait une « courbe exponentielle » pour les jours à venir (et donc un rattrapage de nos voisins) dans un entretien sur France Inter. En même temps, le tirage au sort des 35 citoyens chargés de suivre cette campagne avait lieu le 4 janvier. France TV Info détaille les modalités du choix des participants et la mission du collectif.

À propos des prévisions de populations vaccinées, Marianne met en cause les difficultés des autorités avec la division (on a aussi vu il y a quelques années un ministre de l’Éducation, présentant lors d’une émission télévisée les apprentissages fondamentaux à l’école primaire, dont la règle de trois de la proportionnalité, incapable de résoudre un problème très élémentaire ; et peu de temps après, pour s’excuser avoir déclaré que c’était « bêtement mathématique »).

Sur France Culture, Guillaume Erner reçoit André Grimaldi, professeur émérite au CHU Pitié-Salpêtrière, Sorbonne Université, rejoint en deuxième partie d’émission par Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’École des hautes études en santé publique et spécialiste en prévention des maladies infectieuses, pour un entretien de quarante minutes sur les difficultés du début de campagne et les obstacles et difficultés rencontrés : stockage du vaccin à très basse température, lourdeurs administratives, souvenir de la campagne H1N1, hostilité « française » aux vaccins...

Pandémie et vaccin : la communication en cause

Le 12 janvier, le CNRS livre les conclusions d’un atelier de retour d’expérience sur la communication et propose des pistes pour améliorer la situation : « entre fake news, mouvements anti-vaccins et hésitation vaccinale, nous voyons bien que la communication sur le sujet est compliquée. Elle doit être claire, objective et compréhensible pour le citoyen. »

Plusieurs institutions apportent leur pierre.

L’Académie des sciences donne trois interventions portant respectivement sur « vaccin, science et médecine », « vaccin et histoire », « vaccin et fabrication ».

Le Collège de France propose 12 vidéos sur You Tube couvrant tous les aspects de la pandémie.

Étienne Ghys, dans Le Monde.fr, décline l’efficacité vaccinale en plusieurs points :

  • clinique (mesurée par les derniers tests avant utilisation),
  • réelle (dépendant du nombre de personnes infectées et de la durée d’immunité),
  • indirecte (diminution du risque pour les non-vaccinés) et
  • globale (diminution du risque moyen dans la population).
    Il termine par un appel à se faire vacciner.

Un long article de France Culture.fr fait le point sur les questions que le grand public peut se poser à propos des vaccins et de la vaccination, types de vaccins, fabrication, stratégies vaccinales, variants (anglais, sud-africain, brésilien), et variants en général.

On trouvera des détails à propos des risques des vaccins à ARN par exemple sur les sites de Heidi News, et de France Inter.

Souvent Covid varie…

et quelquefois augmente en dangerosité. Le précédent lien sur France Culture présente les principaux variants connus. Le 6 janvier, Radio Canada explique ce que sont ces nouveaux variants. Le Monde montre, chiffres à l’appui, pourquoi un virus plus contagieux peut occasionner plus de décès qu’un virus moins contagieux et très létal.

Pour la Science détaille les résultats d’une étude préliminaire sur les mutations possibles du génome et leurs effets immunologiques avec des sérums de patients guéris.

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Les mutations les plus fréquentes dans la zone de fixation du RBD au récepteur ACE2.

Le même Pour la Science s’intéresse à la sensibilité des variants anglais et sud-africains aux vaccins actuels, en étant plutôt optimiste – le 11 janvier.

On les traque de diverses façons : selon Sciences et Avenir (accès partiellement restreint), le réseau Obépine de surveillance des eaux usées traque les nouveaux variants. D’après France Bleu, le laboratoire Bioscope de l’université de Corse va traquer les variants dans les tests positifs de la région parisienne, en ciblant une partie du matériel génétique.

Face aux variants, L’Express revient sur l’utilité du séquençage.

Maths, modèles et statistiques


Une histoire de la modélisation des épidémies en France racontée principalement par les modélisateurs eux-mêmes, avec leurs difficultés, leurs espoirs, leurs visions des possibilités est à lire dans Le Monde (accès restreint).

Stéphane Dhersin, le directeur adjoint scientifique de l’INSMI revient dessus dans une courte intervention sur France TV Info : la difficulté principale est de tenir compte des mesures prises et du comportement des gens. Il discute également sur le variant britannique dans Science et Avenir.

Si on n’agit pas sur une épidémie, les modèles sont en revanche robustes. La Croix explique l’instabilité des chiffres de contamination des deux dernières semaines de décembre par les fortes variations du nombre de testés, dont la cause principale est due aux fêtes (forte affluence avant les fêtes, suivie de fermetures des lieux de test et des laboratoires).

Les statistiques des hospitalisations et réanimations sont également plus robustes. The Conversation élucide, avec des exemples numériques et des schémas, les concepts de marge d’erreur et d’intervalle de confiance en fonction de la taille des échantillons.

On retrouve une grande vedette mathématique des informations sur la pandémie, l’exponentielle, sur le site de Heidi.news où un test est présenté. Le conseil est d’utiliser le temps de doublement (comme dans les grains de blé sur l’échiquier).

Mais les statistiques peuvent aussi être l’objet de mauvaises interprétations. Le Monde fait une mise au point sur un article de France Soir : les personnes asymptomatiques, bien que porteuses d’une charge virale moindre que les autres personnes contaminées, restent néanmoins contagieuses.

CovidTracker et son créateur Guillaume Rozier « font le buzz » dans les médias de presse. Sur l’histoire du site, on peut consulter La Montagne, ou bien, pour les abonnés, Le Monde (accès restreint) ou encore Libération (accès restreint). On peut également réécouter une interview du 15 janvier donnée sur Europe 1.

Varia

Ailleurs dans le monde

On peut trouver une mine de statistiques, de graphiques animés, de multiples choix sur l’avancement de la vaccination dans le monde sur Our World in Data et sur le site de l’université Johns Hopkins. Marianne revient sur la situation en Chine à travers le point de vue d’un médecin français de Wuhan.

Divers France

Merck abandonne la course aux vaccins, et l’Institut Pasteur suit en abandonnant le vaccin développé en commun. Il poursuit néanmoins les essais pour ses deux autres vaccins. Le Parisien et Le Monde (accès restreint) expliquent la raison principale de cet abandon : les essais in vivo n’ont pas tenu sur l’homme les promesses des essais in vitro et sur l’animal.

Le Figaro (accès restreint) en profite (après l’échec de Sanofi) pour critiquer l’échec de la recherche française, de même que France Inter

Une nouvelle piste thérapeutique : utiliser des leurres biologiques vésiculaires, ce qui est le sujet de recherches menées en commun par l’Institut Curie, l’INSERM, le CNRS et l’Institut Pasteur. On peut en trouver les détails dans ce document du CNRS.

Une solution pour les masques jetables ? Ils pourraient être un gisement de polymères transformables en granulés, puis en meubles de jardin en plastique ou en palettes de transport. Le problème principal est la collecte en quantité suffisante et le transport, indique Le Monde (accès restreint).

Le gouvernement envisage, signale Le Monde (accès restreint), de modifier l’application TousAntiCovid pour flasher des QR codes dans des lieux ouverts au public, afin de mieux identifier les clusters pouvant s’y former, et y répondre automatiquement.

Enfin pouvoir retrouver goût et odorat après l’infection ! Un kit de formation crée par l’Institut des sciences de la vigne et du vin de bordeaux est mis à disposition du public, nous indique France 3. Que l’intitulé du concepteur ne donne pas de faux espoirs, la dégustation n’est pas prévue…

Enfin, Le Monde (accès restreint) revient sur les dilemmes du gouvernement sur les mesures à prendre face à la montée lente de la pandémie, qui peut s’envoler rapidement, cela d’autant plus que le deuxième reconfinement avait été assez mal accueilli. Le journal insiste, études à l’appui, sur les questions de temps : plus les mesures sont prises tôt, plus elles sont efficaces.

Enseignement

Être privé du contact direct avec ses condisciples et ses enseignants. Avoir pour tout lien avec l’extérieur un écran d’ordinateur, une caméra et un casque audio (quand on est équipé et que le matériel veut bien fonctionner...). Ne pas savoir de quoi demain sera fait. Cela devenait intenable pour les étudiants. Le monde éducatif était unanime à alerter sur le stress grandissant, sur la détresse psychologique palpable, sur les décrochages et les abandons, et à réclamer une réouverture immédiate des campus.

Universités fermées

Emmanuel Macron avait fini par admettre (voir notre revue de presse de décembre) que le confinement complet des étudiants, en vigueur depuis octobre, devait cesser. Mais ce n’était que du bout des lèvres. Le gouvernement a certes autorisé le retour en présentiel à partir du 4 janvier, mais par groupes de 10 maximum, uniquement en TD, et pour les personnes « en situation de grande vulnérabilité ». La ministre Frédérique Vidal est intervenue sur France Culture pour confirmer cette très légère évolution. L’annonce était relayée fin décembre dans L’Obs et dans Libération, dont l’article était particulièrement sévère pour le pouvoir. De son côté, France Bleu avait agrémenté l’information d’une vidéo de l’universitaire Paul Clavier détournant la célèbre Chanson pour l’Auvergnat. Décidément, Georges Brassens est une source d’inspiration en ces temps de covid, puisque ses Amoureux des bancs publics avaient inspiré en mars dernier une équipe de la radio-télévision suisse qui en avait tiré un hymne aux manifestations à huis clos.

Le timide entrebâillement des campus n’a guère convaincu. Début janvier, Libération parle de « vrai-faux retour des étudiants dans les universités », tandis que Le Monde (accès restreint) constate que « la perspective de les voir revenir suivre leurs cours dans les établissements s’éloigne chaque jour un peu plus ».

L’incompréhension est accrue par le fait que des sessions de partiels ont pu se tenir dans les locaux universitaires alors que, dans les mêmes amphis, les cours demeuraient interdits. C’est ce qu’a constaté Le Parisien à l’université de Cergy-Pontoise, où les décisions du gouvernement se sont traduites, selon Le Monde (accès restreint) par une « timide reprise en présentiel pour une centaine d’étudiants » à la rentrée de janvier. Toujours dans Le Monde (accès restreint), le président de cette université fait part de son inquiétude sur les conséquences d’une « année blanche du recrutement des diplômés », estimant qu’elle créerait une « génération sacrifiée ». Le même journal (accès restreint) décrit « une rentrée de janvier confuse », émaillée d’incidents divers, et voit s’installer « un sentiment d’épuisement ». Et dans son éditorial du 9 janvier intitulé « Covid-19 : des universités en souffrance », Le Monde évoque « les valses-hésitations et les changements réguliers de protocole sanitaire [qui] épuisent les enseignants comme les étudiants » et dénonce « un manque de vision politique et d’ambition pour les universités ».

Drames passés et à craindre

Une chose est sûre, la détresse des étudiants inquiète de plus en plus. D’autant qu’elle peut conduire à des drames, comme à Lyon 3, où un étudiant a tenté de se suicider en se jetant par la fenêtre. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes relate l’événement et rapporte les propos du président de l’université, Éric Carpano : « Un drame humain se joue que nous ne devons pas occulter. Ceci nous questionne sur notre rôle et notre responsabilité collective : nous devons réagir ! » Il évoque « une urgence nationale qui implique une action de très grande ampleur » et annonce « un plan d’action solidaire déjà en préparation centré sur la lutte contre la précarité étudiante ». Dans une interview à France Info, Éric Carpano, estimant que la crise du Covid-19 a remis en cause « le lien social qui fondait l’université », appelle à une « prise de conscience nationale » face à la détresse des étudiants. Revenant sur France Info quelques jours plus tard, le président de Lyon 3 met en garde : « Il ne faudrait pas que l’angoisse des étudiants finisse par se transformer en colère. »

Enfin, un « communiqué des universités et des écoles d’enseignement supérieur de Lyon – Saint-Étienne, à la suite des événements dramatiques survenus au sein de la communauté universitaire » a été diffusé à propos de ce drame.

Une situation qui ne s’améliore pas et se tend

Le Huffington Post parle du « cri de détresse des étudiants en distanciel » et des « étudiants fantômes ». France Culture consacrait le 4 janvier son émission Le temps du débat au décrochage des jeunes. Libération (accès restreint), parlant de « visio d’horreur », décrit toutes les difficultés que rencontrent les universitaires avec les cours en ligne. L’Obs donne la parole à une étudiante de Strasbourg qui fait part de son profond mal-être et indique que les mesures très limitées prises par le gouvernement ne contribuent pas à l’atténuer.

À ces inquiétudes persistantes, les autorités ont répondu à la mi-janvier par un nouvel assouplissement dont la portée reste bien modeste. Les Échos ne s’y trompent pas, parlant d’un « geste mesuré [d’E. Macron] en direction des étudiants ». Libération a noté « quelques aides pour le soutien psychologique des étudiants », « mais aucune nouvelle annonce sur la reprise des cours ». Le Monde (accès restreint) rapporte des propos du président de la République estimant « que les étudiants avaient autant le droit que les salariés de revenir travailler en présentiel une fois par semaine » mais s’empresse d’ajouter que cela entraînera « un casse-tête organisationnel ».

La contestation de la gestion de la crise par le pouvoir dans les universités s’est traduite par des manifestations d’étudiants. Libération a suivi à Lyon celle des « étudiants fantômes » qui ont défilé pour alerter sur la précarité et l’isolement, alors qu’une minorité d’entre eux (étudiants de première année) s’apprêtaient à revenir dans les amphis le 25 janvier. Le hashtag etudiantsfantom a concrétisé ce mouvement de contestation, qui a fleuri un peu partout. À Poitiers, une centaine d’étudiants, réclamant le retour en amphi, a défilé sous le regard de La Nouvelle République. À Rouen, France Bleu a assisté à un rassemblement de 300 étudiants demandant la réouverture de l’université. À Montpellier, actu.fr indique que c’est le président de l’université qui exige le retour des étudiants. Au Mans, ils étaient une cinquantaine, selon Ouest-France, à demander le retour en cours. À Brest, Ouest-France a compté 600 étudiants, enseignants et autres personnels de l’université de Bretagne-Occidentale descendus dans la rue pour exiger la réouverture immédiate des universités.

Non loin de là, à Lorient, c’est à une contestation d’un autre genre qu’ont assisté Le Monde (accès restreint) et Le Parisien. Une enseignante de l’université de Bretagne-Sud a organisé à l’intention de trente-cinq étudiants de troisième année un « cours sauvage en présentiel ». Initiative réprouvée par la présidence de l’université. Convoquée par sa hiérarchie, l’enseignante a précisé qu’elle n’avait pas subi de sanction. Et des étudiants ont fait part de leur satisfaction d’avoir eu ce contact direct, autrement plus appréciable que celui des cours à distance.

« Des universités sacrifiées face à des prépas protégées » : sous ce titre, une tribune du Monde (accès restreint) revient à propos de la Covid sur cette spécificité française : la criante différence de traitement entre les étudiants des classes préparatoires – dont tous les cours sont maintenus – et ceux des universités – .

À l’occasion de la parution de son livre De la démocratie en Pandémie ; Santé, recherche, éducation (Gallimard), la philosophe Barbara Stiegler était l’invitée de France Culture. Signataire fin novembre d’un appel « Pour la réouverture immédiate des universités », elle y a notamment évoqué ce sujet. Omniprésent dans les médias, le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, à qui il arrive de changer d’avis, livre ses dernières préconisations à France Info et au Point. On y apprend notamment qu’il plaide pour une réouverture partielle des universités en février, en demi-jauge ou en quart de jauge, « pour la santé des étudiants ».

Libération (accès restreint) apporte de l’eau au moulin de ceux qui contestent le passage des examens à distance, en révélant « cinq nouvelles techniques de triche ».

L’Est Républicain nous apprend que l’université de Franche-Comté a lancé une campagne massive de tests de dépistage de la Covid auprès de 27.000 étudiants.

Le baccalauréat va évidemment subir de plein fouet les effets de la crise sanitaire. Marianne décrit le casse-tête que cela va représenter pour cette première édition du « nouveau bac » et les différentes innovations qui l’accompagnent : épreuves de spécialité, contrôle continu, grand oral… D’ores et déjà, Jean-Michel Blanquer a annoncé l’annulation des épreuves de spécialité, initialement prévues en mars. L’Étudiant donne cette information et précise qu’elles seront remplacées par du contrôle continu. Par ailleurs, le ministre de l’Éducation nationale a indiqué au Journal du Dimanche (accès restreint) qu’il souhaitait garder les écoles ouvertes en cas de reconfinement.

Pendant la crise sanitaire, la vie continue...

En bref et en vrac :

  • La présidente de l’université de Bretagne-Sud, Virginie Dupont, prend la tête de la Conférence des présidents d’université. La nouvelle est, comme il se doit, dans Ouest-France.
  • L’université d’Orléans, faute de président élu, est désormais gérée officiellement par un administrateur provisoire. Des précisions sur France Bleu.
  • Brexit : le Royaume-Uni abandonne le programme d’échanges universitaires Erasmus. Nouvelle donnée par Radio France Internationale.
  • Mathématiques : « Guider le peuple plutôt que l’instruire, le choix de Voltaire ratifié ! » Article de Marianne.
  • La presse ne dit pas un mot sur les Olympiades nationales de mathématiques mais il en est question sur le site du ministère.
  • De nouveaux cursus enrichis pour devenir professeur des écoles : c’est à lire dans Le Monde (accès restreint).
  • Pourquoi l’égalité entre les sexes n’efface-t-elle pas les ségrégations dans les filières scientifiques ? Réponse dans The Conversation.
  • « Aider les plus faibles, encourager les plus forts ». Sciences et Avenir observe la façon dont l’Allemagne réagit aux résultats de l’enquête TIMSS 2019 (voir notre revue de presse de décembre).
  • Dans les grandes écoles, la diversité sociale n’a pas progressé en dix ans. Voir Le Monde (accès restreint).
  • Maths : comment transformer ses connaissances en compétences ? Réponse dans Studyrama.
  • « Il faut arrêter de tout changer tous les quatre matins ! » L’analyse de Sébastien Planchenault, président de l’APMEP sur l’étude Timss est à lire dans Le Café pédagogique.
  • Une nouvelle « prépa » en maths et informatique lancée dans vingt-six lycées. Proposée pour la première fois sur Parcoursup, la classe préparatoire « mathématiques, physique, ingénierie et informatique » (MP2I) souhaite attirer des lycéens passionnés d’informatique. Des profils recherchés par les écoles d’ingénieurs. Plus d’informations dans Le Monde (accès restreint).
  • Frédérique Vidal : « Le doctorat doit être une période d’épanouissement. » Voir Les Échos.

Terminons en signalant un article qui ose établir un lien entre la gestion française de la crise sanitaire (et en particulier des vaccinations) et les piètres résultats de notre pays dans les enquêtes internationales sur les performances en mathématiques. Dans la rubrique « médiologie » de Marianne, Jean-Yves Chevalier, professeur de mathématiques, publie un texte très percutant : « Éloge de la division ». Il y pose une question subversive : « Un pays presque dernier en vaccination, dernier en mathématiques. Et s’il y avait un rapport ? » Ses collègues lui sauront gré de leur avoir donné par la même occasion d’excellents thèmes d’exercices pour leurs élèves.

Diffusion

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Le jeu d’awalé

Il semble de plus en plus incertain que les Jeux olympiques puissent avoir lieu cet été ; mais les Olympiades de mathématiques, elles, battent leur plein. À Brest, Le Télégramme relate la remise des prix aux lauréat⋅es de l’édition de mars 2020, quelque peu retardée en raison de la crise sanitaire. De l’autre côté de la Méditerranée, Le Courrier de l’Atlas félicite les gagnant⋅es de l’Olympiade arabe des mathématiques, qui a vu s’affronter dix pays. L’Arabie Saoudite, le Maroc et la Tunisie se classer respectivement en première, deuxième et troisième position. Bien qu’il ne soit pas olympique, signalons aussi le championnat d’awalé qui se tiendra dans le cadre de la dixième Semaine des mathématiques à venir au mois de mars, et les séances d’entraînement assidues dans une école de Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret) décrites par La République du Centre.

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Les échecs, jeu populaire et photogénique

À propos de jeux de plateau, Radio-Canada se penche sur l’un des plus nobles et mathématiques d’entre eux : les échecs, bien sûr. En particulier, l’article nous emmène en Norvège, où la popularité et les exploits record du champion Magnus Carlsen semblent avoir généré un enthousiasme immense de la population pour l’échiquier. On y apprend également, extraits de documentaires d’archives à l’appui, que la pratique du jeu d’échecs constitue un bon exercice pour améliorer les capacités de raisonnement et de logique, à tel point que plusieurs pays ont inscrit l’apprentissage des échecs à leurs programmes scolaires. Apprendre les mathématiques en jouant est en effet une belle idée, qui est à la base des plateformes d’apprentissage en ligne mises en place par l’entreprise canadienne Prodigy Education, raconte Courrier International, qui loue le succès fulgurant de cette firme, fondée en 2012 et qui compte désormais cent millions d’utilisateurs.

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L’Institut Henri Poincaré

Enfin une bonne nouvelle : la Maison Poincaré, rebaptisée Musée des mathématiques par TimeOut, va ouvrir ses portes en face de l’actuel Institut Henri Poincaré à Paris en septembre prochain. Une sortie du week-end réjouissante, quand elles seront de nouveau possibles !

En attendant, restez chez vous et instruisez-vous : par exemple en suivant le cours de combinatoire que vient de lancer le Collège de France, repéré par La Croix ; ou bien en regardant la rediffusion des conférences grand public données lors de la journée TAL (Traitement automatique des langues) le 12 janvier dernier, qui propose un alléchant programme explorant les thèmes de la traduction automatique, du diagnostic médical ou de la détection de l’ironie par des algorithmes. D’ailleurs, à l’image d’un ami de l’auteur de ces lignes, peut-être n’êtes vous toujours pas bien sûr⋅e de la différence entre un algorithme et un logarithme ? Dans ce cas, continuez la saine lecture des articles sur l’intelligence artificielle publiés par le site Vie publique, avec cette fois-ci un tour d’horizon du concept d’algorithme en six questions.

Après tout ça, on mérite bien un peu de détente : le quotidien belge DH Les Sports+ nous en propose à point nommé avec un court article consacré au livre de vulgarisation Very Math Trip d’Emmanuel Houdart, inspiré de son one-man-show éponyme, et qui vient de décrocher le premier prix Tangente, comme rapporté le premier janvier.

JPEGNotre formidable site [2] signale le lancement d’un non moins formidable site par la Société mathématique européenne, baptisé Pop Math, qui tâche de répertorier l’ensemble des événements de diffusion des mathématiques en Europe, en ligne ou dans la vraie vie. À vos agendas !

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Une spirale de Fibonacci ?

Pour d’autres distractions bienvenues, allez faire un tour du côté de ce « cabinet de curiosités mathématiques » sur le site du Palais de la Découverte. Vous y trouverez une foule d’objets mathématiques à découvrir ou redécouvrir, comme par exemple la célèbre suite de Fibonacci, à laquelle National Geographic consacre également une courte vidéo qui cède quelque peu à l’aspect sensationnel au détriment de la rigueur scientifique.

Et pour le plaisir des yeux, on conseille d’explorer le site Peinture & Mathématiques de Sylvie Donmoyer, où vous pourrez vous amuser à retrouver les objets du cabinet de curiosités du Palais de la Découverte...

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La fascinante géométrie hexagonale des nids d’abeille

Concluons avec deux contenus à destination des plus jeunes : une superbe liste de plus de deux cents livres en lien avec les mathématiques, classés par âge, sur le blog de « mathématiques vivantes » AlgoRythmes ; et une explication pédagogique et mathématique de la forme parfaitement hexagonale des alvéoles dans les nids d’abeille sur The Conversation.

On comprend ainsi que l’on peut « instruire en distraisant, treize ans et demi maximum ».

Honneurs

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Anne-Laure Dalibard

Anne-Laure Dalibard est lauréate du prix Audin 2020, avec François Delarue, Mohammed Hichem Mortad et Ali Moussaoui. Le Monde lui consacre un portrait intitulé « dérivée volontaire dans un océan d’équations ». Ce titre fait référence à sa spécialité, l’étude multi-échelles en océanographie et en mécanique des fluides. On y voit que les mathématiques sont un sport collectif, surtout au féminin. Il y est question de temps de réflexion personnelle et de travail en équipe, comme par exemple avec Laure Saint-Raymond, qui a joué le rôle de modèle pour elle. Bien qu’elle indique n’avoir jamais souffert d’être une femme dans ce milieu essentiellement masculin, la sororité apparaît nécessaire pour y faire sa trace lorsque l’on est une femme.

Le CNRS met en avant ses chercheuses et chercheurs. Vous pourrez retrouver des entretiens avec trois nouvelles recrues : Alexandre Afgoustidis, Anthony Genevois, Geneviève Robin. Leurs recherches vont de la géométrie des groupes à l’application des mathématiques à l’écologie et la médecine.

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Irène Waldspurger

D’autre part, Irène Waldspurger, chargée de recherches depuis 2017, reçoit la médaille de bronze du CNRS pour ses travaux en traitement du signal et en optimisation convexe. Dans un entretien sur le site du CNRS, elle mêle résultats théoriques et algorithmes appliqués. Une question traitée dans ses travaux est la reconstruction de signal (électrique, acoustique ou autre) à partir d’un nombre fini de mesures. Les transformations de Fourier et transformations en ondelettes lui sont des outils essentiels.

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Adam Ouorou

Le podcast « L’oreille mathématique », réalisé par la Maison des mathématiques de l’IHP, continue de dresser le portrait audio des chercheuses et chercheurs en mathématiques et physique théorique. Dans le dernier épisode, l’invité est Adam Ouorou. Après des études au Bénin, il arrive à l’automne en France pour suivre un DEA à Grenoble. C’est plus son nouveau cadre de vie que les mathématiques qui le déroute. Quelques années après, il est désormais directeur d’un programme de recherche au sein d’Orange Labs. Son domaine est la recherche opérationnelle.

BBC News Afrique met en avant le parcours de Hilda Geiringer, femme juive et autrichienne qui devient la première femme professeure de mathématiques appliquées en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale. En 1939, elle fuit l’Allemagne nazie pour les États-Unis mais passe six ans en Turquie et doit lutter de nombreuses années pour obtenir un poste aux États-Unis, sans jamais retrouver un poste de professeure.

L’émission « Remède à la mélancolie » sur France Inter invite Mickaël Launay le dernier dimanche de janvier. Si l’on a souvent entendu le youtuber et auteur de livres sur les mathématiques dans des émissions scientifiques, cela semble être une première dans une émission classée « culture ». Il y partage son univers mathématique et non mathématique : Paul Lévy, l’escalier du diable, l’infini, M. C. Escher, les découvertes intimes… À réécouter en podcast.

La presse est peu diserte et l’impétrant se veut discret mais sachez-le : Régis Goiffon vient d’être décoré de l’ordre des Palmes académiques. Les lecteurices les plus fidèles savent qu’il contribue à la revue de presse, où il écrit entre autres la rubrique des parutions, depuis 2008 ! Un article du Progrès un peu daté montre une des autres facettes de son activité inépuisable de diffusion de la culture mathématique à l’Institut Camille Jordan mais il intervient dans d’autres institutions – MMI, IREM de Lyon, APMEP, CFEM, CIJM... si bien que l’on a souvent entendu : « Qui est ce monsieur avec la lavallière à côté de Régis Goiffon ? » [3].

Parutions

Livres

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Une mathématicienne cinéphile !

« L’année 2021 verra-t-elle rouvrir les cinémas ? C’est probable, la question, évidemment, c’est quand… » s’interrogeait Antoine Guillot sur France Culture, avec des milliers de cinéphiles. La pandémie met donc en attente les « Rencontres CinéMaths », animées par la mathématicienne Olga Paris-Romaskevich, tout comme bien d’autres rendez-vous culturels en suspens.

Si vous pensez que les liens entre les mathématiques et la toile sont rares voire ténus, le livre Les maths font leur cinéma : De Will Hunting à Imitation Game de Jérôme Cottanceau (Dunod, janvier 2021) vous montrera que c’est loin d’être le cas. Jérome Cottenceau, alias El Jj enseigne les mathématiques, écrit des livres (Le Choix du meilleur urinoir, Belin, 2016), tient l’excellent blog Choux romanesco, vache qui rit et intégrales curvilignes, tourne des vidéos... Bref, il gagne à être connu. Il a sélectionné quatorze films où les mathématiques occupent une place importante, voire « dont l’intrigue traite de mathématiques et où même les personnages sont des concepts mathématiques ». RFI invite « El Jj » avec l’acteur et mathématicien Randal Douc. L’auteur espère que « le cinéphile qui est en vous se révélera féru de maths (ou l’inverse) ».

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Un buste de Pythagore

C’est à un tout autre voyage que nous invite Pierre Brémaud, avec Pythagore en Inde (Cassini, septembre 2020). Une rencontre avec le mathématicien le plus connu du grand public, grâce surtout à « son théorème ». Si connu qu’il soit, de très nombreuses zones d’ombre restent à éclaircir sur son histoire. Au fur et à mesure des progrès des recherches en histoire des sciences on découvre des gammes pythagoriciennes connues en Inde plusieurs siècles avant Pythagore, des tablettes gravées plus d’un millénaire avant sa naissance et dans lesquelles des scribes montraient une indiscutable connaissance de son fameux théorème. Qui était-il ? Quelle fut sa réelle contribution, les raisons de sa popularité ? L’ouvrage fait le point sur ce que l’histoire, l’archéologie et la philologie ont à dire sur ce personnage légendaire. Un essai qui déroule l’histoire du pythagorisme et des controverses qui l’accompagnent, une plongée dans l’Antiquité bien documentée mais d’accès facile.

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La tour de Babel

« Chacun de nous, pour peu qu’il utilise un ordinateur, un téléphone portable ou communique avec un standard automatisé, met en action, en général sans le savoir, des outils de traitement automatique des langues. » Marcel Cori, en décortique les mécanismes dans Le traitement automatique des langues en question : Des machines qui comprennent le français ? (Cassini, janvier 2021) et les rend accessible à tous. Il permet de découvrir et mieux comprendre une aventure commencée il y a soixante-dix ans avec la traduction automatique de textes techniques. « La connaissance des problèmes posés par le traitement automatique des langues permet d’avoir une meilleure compréhension de la capacité de langage des êtres humains et, par là même, de l’intelligence humaine. »

Revues

Nous avions fait état de la sortie du premier numéro du trimestriel La Recherche, un « magazine-livre ». Le second, titré L’origine du vivant, qui couvre la période de février à avril, vient d’arriver en kiosque et en librairie. Dans la rubrique informatique, La nouvelle technologie de protection, un article écrit par un doctorant de l’ENS et de l’INRIA, Théo Ryffel, qui travaille sur le développement d’algorithmes d’intelligence artificielle respectueux de la vie privée. On connaît bien les enjeux de la confidentialité des données sensibles, mais la protection des données ne peut pas être une finalité au risque de bloquer tout progrès scientifique. Les pistes qu’il explore, « issues de la cryptographie et du monde de la sécurité », sont prometteuses.

Du côté des mensuels, le dernier numéro de Pour la Science affiche en première de couverture Les pouvoirs de régénération du cerveau avec un dossier qui décrypte le pouvoir de réparation et d’adaptation du cerveau. Jean-Paul Delahaye attise notre curiosité avec ce titre : Les premiers seront-ils les derniers ?. Il nous parle du paradoxe des votes et du dilemme du prisonnier bien connus des amateurs de jeux de stratégie.

Pour finir

Breaking News annonce qu’une formule mathématique gouverne la cuisson parfaite de l’œuf :\[t= m K \log\left(R_{\mathrm{j}/\mathrm{b}} \frac{T_{\text{œuf}}-T_{\text{eau}}}{T-T_{\text{eau}}}\right),\] où $t$ est le temps de cuisson, $m$ la masse de l’œuf, $K$ la conductivité thermique d’un œuf, $R_{\mathrm{j}/\mathrm{b}}$le ratio jaune / blanc (peut-être), $T_{\text{œuf}}$ la température de l’œuf, $T_{\text{eau}}$ la température de l’eau, $T$ la température entre le jaune et le blanc de l’œuf. Comme toute formule parachutée sans explication, justification ou démonstration, elle n’est pas du tout convaincante (et d’autant moins qu’elle n’est pas homogène !)...

Revenons une dernière fois au cinéma. Cinéséries annonce la préparation d’un long-métrage sur le Rubik’s Cube par Ashok Amritraj (en) et Andrew Glassman (en). Notez bien que si ce casse-tête inventé en 1974 connaît un fort regain depuis quelques années, il sert dans les séries Suits et Scorpion comme marqueur des personnages les plus geeks – tous sont sympathiques dans la seconde, Harold l’est plutôt moins dans la première...

Et enfin, un petit jeu inspiré par Les maths font leur cinéma : de quel film est extrait le dialogue suivant ?

— You’ve got to give me some answers.

— “Yes.” “No.” “To get to the other side.” “1.77245…”

— I don’t want to know what the square root of $\pi$ is.

— (surprised) You knew that ?

Post-scriptum :

L’équipe de la revue de presse recrute ! Si vous voulez participer, contactez le responsable et les secrétaires de rédaction d’IdM.

Article édité par Jérôme Germoni

Notes

[1On peut regarder toutes les conférences de cette journée ici.

[2Spoiler : c’est le mois de l’auto-congratulation !

[3Ah ! On l’avait bien dit que c’était le mois de l’auto-congratulation ! Mais pour une occasion pareille, comment résister ?

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse janvier 2021» — Images des Mathématiques, CNRS, 2021

Crédits image :

Image à la une - Photo de Damien Gayet : stade de Petrozavodsk (Carélie). Droits réservés.
img_23645 - Waugsberg (talk · contribs), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
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img_23648 - Photo by Jon Tyson on Unsplash
img_23649 - Dbd75, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
img_23650 - Daderot, CC0, via Wikimedia Commons
Le Nothobranchius - page Wikipedia du Nothobranchius
David Hilbert - Source : Wikimedia Commons
Caméras sur la place de Tiananmen - Source : Wikimedia Commons
Une mathématicienne cinéphile ! - Photo Bertrand Paris-Romaskevich
Un buste de Pythagore - Auteur inconnu ; Wikipédia
La tour de Babel - Pieter Brueghel l’Ancien ; Wikipédia
Anne-Laure Dalibard - Source : CNRS
Adam Ouorou - Maison des mathématiques
Irène Waldspurger - Source : CNRS

Commentaire sur l'article

  • Revue de presse janvier 2021

    le 1er février à 18:46, par B !gre

    En quoi le portail HAL-ANR est-il « fort utile à la communauté de la recherche française en maths » ? Il me semble surtout pratique pour l’ANR pour qu’elle puisse compter bien proprement le nombre de publis qu’elle peut revendiquer... Peut-être ai-je raté l’ironie dans la phrase ?

    Répondre à ce message
    • Revue de presse janvier 2021

      le 1er février à 23:58, par Jérôme Germoni

      Il arrive que l’écrit dépasse la pensée...

      Répondre à ce message
  • Revue de presse janvier 2021

    le 1er février à 22:39, par Diego

    Twilight ! Merci à Jérôme pour son super bouquin - et pour toute son œuvre !

    Répondre à ce message

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