Revue de presse juillet 2018

Le 1er juillet 2018  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

Maurice Audin, Yvonne Choquet Bruhat et François Vigneron sont quelques-unes des personnalités évoquées dans cette revue de presse. Il y est aussi question de miss maths, de maths dans le ciel et d’abeilles qui connaissent le zéro.

Histoire

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Les dernières semaines ont vu resurgir au premier plan l’Affaire Audin. Un appel à Emmanuel Macron demande une nouvelle fois que la lumière soit faite sur le destin tragique du mathématicien Maurice Audin, arrêté à Alger en 1957 par des militaires français et qui n’est jamais réapparu. Cédric Villani explique dans l’Obs pourquoi il s’est engagé personnellement avec force sur cette question. Sans surprise, c’est le journal l’Humanité qui s’est placé à la tête de ce combat en publiant la lettre ouverte au Président de la République. « La reconnaissance des sévices subis par Maurice Audin, puis de son assassinat par l’armée française serait [un] acte fort [et que] le moment est venu », y lit-on. Dans un autre article, le même journal revient sur l’« enquête « impossible » » qui a été entravée par tous les moyens possibles depuis soixante ans.

Comme le rappelle l’historienne Sylvie Thénault « La responsabilité de l’État est engagée quelle que soit l’hypothèse : décès sous la torture, étranglement par le lieutenant Charbonnier ou exécution par un commando de l’équipe d’Aussaresses. Il faut rappeler que ces militaires agissaient dans le cadre des pouvoirs spéciaux qui autorisaient les militaires à exercer les pouvoirs de police ». L’Humanité s’étonne d’une certaine frilosité d’Emmanuel Macron qui lui avait déclaré le 13 février qu’il ne serait pas responsable de sa part de reconnaître un crime d’État, n’ayant pas été en capacité d’établir la vérité. Or, « cette idée selon laquelle il faudrait encore enquêter, avant de reconnaître la responsabilité de l’État, nous la réfutons totalement au nom de la famille », explique l’avocate de la famille Audin, « cette parole officielle sur la torture et la responsabilité de l’État n’a pas besoin d’attendre plus longtemps. Le temps est venu ». Le journal mentionne que dès 1957, « l’historien Pierre Vidal-Naquet a démonté point par point les mensonges de l’armée » mais que les procédures judiciaires engagées par Josette Audin ont été closes au pénal par un non-lieu en 1962, après une opportune loi d’amnistie. Dans les années 2000, la journaliste Nathalie Funès publie dans le Nouvel Observateur les archives du colonel Godard, qui assure que Maurice Audin a été exécuté par un commando « assisté du commandant Aussaresses ». D’autres documents pourraient exister : la veuve du général Massu, contactée par l’Humanité, assure par exemple détenir « au chaud » les archives de son mari, mais déclare : « ll est hors de question que je les rende publiques, même l’armée m’a demandé et j’ai refusé ». Quant aux autorités algériennes, elles n’ont jamais donné suite aux requêtes de la famille Audin d’engager des fouilles où pourrait se trouver le corps. Le plus jeune fils de Maurice Audin, Pierre, mentionne cependant qu’il serait étonnant de connaître les détails après si longtemps. Et d’ajouter « L’enjeu, aujourd’hui, c’est que l’État français reconnaisse enfin sa responsabilité. » Un puissant portrait de Josette Audin rappelle le contexte de l’engagement du couple en Algérie. « On était conscient des risques qu’on prenait, explique Josette Audin, mais nous étions révoltés par le colonialisme. On ne supportait pas de voir des gosses algériens cirer les chaussures dans les rues, au lieu d’aller à l’école. Au marché, si le vendeur était arabe, tout le monde le tutoyait. Nous ne l’acceptions pas. » Et une interview de l’historienne Malika Rahal explique combien torture et disparitions forcées étaient « au cœur de la stratégie contre-insurrectionnelle de l’armée française ».

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Josette Audin

La presse a aussi évoqué des époques plus reculées et des destins moins tragiques. Ainsi France-Culture consacre un numéro de Questions d’Islam aux sciences arabo-musulmanes en invitant l’historien des mathématiques Ahmed Djebbar à « présenter sans apologie mièvre aucune les caractéristiques de la science et son émergence en contextes islamiques ». Une autre émission compte « passer en revue tous les facteurs qui ont concouru à la stagnation puis à la décadence et au dépérissement de la science en contextes islamiques ». Sur un autre continent, le site housseniawriting s’intéresse au code Quipus des Incas « un système de communication complexe et polyvalent en 3 dimensions mélangeant les mathématiques, la narration et même la comptabilité ». De façon intéressante, on nous apprend que « pour les Incas, les taxes étaient une obligation permanente et évaluée à différents moments de l’année ». Il reste à découvrir s’ils avaient aussi inventé les paradis fiscaux.

À l’École Polytechnique où est inauguré le Mus’X, une exposition est consacrée au mathématicien Gaspard Monge à l’occasion du bicentenaire de sa mort. Le Parisien rappelle que Monge, à la demande de la Convention, conçut « le plan d’enseignement et d’organisation de l’École centrale des travaux publics (premier nom de l’X). Il y enseigne une vingtaine d’années les mathématiques, qu’il conçoit comme devant être profitables à la société. »

Le Télégramme quant à lui, a choisi de ramener notre attention sur un mathématicien né à Saint-Malo en 1920, Paul Germain, « dont les travaux de recherche ont porté sur la mécanique des fluides et l’aérodynamique supersonique et les ondes de choc » et dont l’article rappelle qu’il fut un « savant profondément humain ».

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Yvonne Choquet-Bruhat

Une femme est aussi à l’honneur. La Tête au Carré a consacré une émission à la mathématicienne Yvonne Choquet-Bruhat qui déclarait joliment « Dès que ma raison s’est éveillée, j’ai désiré comprendre quelque chose de cet univers étrange où nous vivons, et de ce qu’y font les êtres humains, moi en particulier. » L’émission rappelait qu’Yvonne Choquet-Bruhat fut « la première femme élue à l’Académie des sciences et que ses recherches couvrent un domaine très large de la connaissance, allant de la première preuve mathématique de l’existence de solutions de la théorie relativiste de la gravitation d’Einstein à l’étude de la conversion d’ondes électromagnétiques en ondes gravitationnelles (ou l’inverse) au voisinage d’un trou noir. » Assistante de Jean Leray à l’Institute for Advanced Study, elle eut d’ailleurs l’occasion de rencontrer Albert Einstein...

Femmes toujours, deux articles reviennent ce mois sur la question de la parité. Dans Libération, on interroge une fois encore la question du genre mais sous l’angle original de la vérité scientifique. Certes, dit l’article « 2 + 2 = 4 » est vrai que l’on soit un homme ou une femme mais cette conception de la vérité est trop simplificatrice. En effet, « la situation sociale dans laquelle on se trouve affecte ce que l’on connaît et la façon dont on le connaît ». Comme la sphère publique en général et la production de connaissance en particulier ont été le domaine réservé des hommes, la science reflète ce privilège masculin. Ce n’est donc pas par nature que « les femmes préfèrent l’aspirateur au microscope ». D’ailleurs insiste l’article, qui ne fait pas dans la nuance, « en raison de leurs points de vue de dominants, il y a des phénomènes que les hommes ne voient pas » : par exemple, « le travail domestique est quasiment totalement absent des analyses économiques jusque dans les années 60 ». Les femmes sont chaque jour plus nombreuses à faire vaciller les barrières. Radio-Canada consacre d’ailleurs une émission à des femmes scientifiques qui encouragent des jeunes filles à suivre leurs traces. En effet, Sarah Wells, biologiste à Dalhousie expose avoir remarqué que certaines jeunes filles décident très tôt d’arrêter les mathématiques. Par ailleurs, la vie de famille pèse toujours sur les évolutions de carrière. Et pourtant, les pères, qui souhaitent de plus en plus souvent bénéficier de congés de paternité, seraient aussi bénéficiaires d’une évolution de la situation.

Honneurs

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Miss maths et miss sciences

Au Sénégal, Xalima évoque « les prix « Miss mathématiques » décernés aux élèves de la classe de 4e et « Miss sciences » pour les élèves de seconde » et
leurs lauréates cette année. Souhaitons que ceci ne soit que le début pour ces deux adolescentes visiblement très motivées !
Au Maroc, L’Observateur nous parle d’une campagne éducative conçue par Microsoft pour « motiver les écolières et les étudiantes universitaires à explorer les carrières dans le domaine des STEM (Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) ».

Côté animation scientifique, le site de la SMF nous parle des prix D’Alembert et Jacqueline-Ferrand, attribués cette année respectivement au youtubeur Mickaël Launay - déjà évoqué de nombreuses fois chez nous - et au projet M@ths en-vie. Ce dernier, porté par Carole Cortay et Christophe Gilger vise, d’après leurs propres mots, à « ancrer les mathématiques au réel afin d’améliorer la compréhension en résolution de problèmes » et à « développer la perception des élèves sur les objets mathématiques qui nous entourent ». Sont également mentionnés deux coups de coeur du jury : Les Mathématiques du Ciel, projet lancé par 3 doctorants lyonnais - Marie Lhuissier, Olga Romashkevich et Valentin Seigneur et Mathissime, exposition maths tout public mise en place à Bordeaux et devenue
itinérante. Mention spéciale également pour le travail pédagogique innovant au premier cycle de François Vigneron, maître de conférences à Paris-Est.

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François Vigneron

Côté recherche, le site du CNRS nous parle du Prix Fermat. Celui-ci est remis cette année à deux spécialistes des équations aux dérivées partielles ayant des parcours très internationaux. Le Franco-Tunisien Nader Masmoudi travaille à New York ; il est récompensé pour « ses travaux de profondeur et de créativité en analyse des équations aux dérivées partielles non-linéaires et plus particulièrement pour ses contributions récentes à la résolution de problèmes de stabilité hydrodynamique ». Quant à Simon Brendle, Allemand basé à Vancouver, il est récompensé pour « ses nombreux résultats en analyse géométrique faisant intervenir des équations aux dérivées partielles de type elliptique, parabolique et hyperbolique ».
A noter que « le jury a également décerné le Prix Fermat Junior [...] Les lauréats 2017 sont Corentin Lunet (ENS Lyon), Hugo Fages (École Polytechnique), Quentin Rembert (Telecom SudParis) et Charlie Hérent (ENS Rennes) ». Il s’agit d’un prix réservé aux étudiants de niveau licence.

Recherche et alentours

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Sait compter

Commençons par évoquer un sujet qui fâche : les questions économiques autour de l’édition des revues scientifiques. Les Échos
font le tour de la question, non sans oublier de souligner le comportement contradictoire des chercheurs. « On se presse pour publier dans les revues d’Elsevier ou de Springer Nature afin de bénéficier de la reconnaissance qu’apportent leurs titres » tout en dénonçant les « contrats jugés léonins » de ces éditeurs… vaste sujet dont on n’a pas fini d’entendre parler !

Dans un autre registre, Web Time Medias nous parle d’une conférence autour des mathématiques du cerveau à Juan les Pins, qui couvrent un champ bien vaste : « sans souci d’exhaustivité, l’analyse fonctionnelle, la théorie des systèmes dynamiques, celle des bifurcations, les statistiques et la théorie des probabilités, la géométrie, la théorie de l’information et l’analyse numérique ».
Restons dans le domaine du vivant et évoquons une chose inattendue :
d’après le site du CNRS, « les abeilles comprennent le concept du zéro ! » Une lecture plus
détaillée permet de voir qu’il s’agit plutôt d’une expérience permettant de voir qu’elles réalisent « que le zéro est inférieur à 5, 4, 3, 2 ou 1 », ce qui n’est déjà pas si mal...
Finissons par une vidéo et une chaîne sur YouTube. La première consiste en des extraits d’entretien avec Claire Voisin - grande mathématicienne française qu’il n’est plus nécessaire de présenter ! Elle va droit au but en donnant son avis sans détour sur les mathématiques et leur enseignement : cela vaut le détour !

La seconde évoque le Congrès International des Mathématiciens de Rio de Janeiro, évènement imminent. Rappelons notamment que c’est pendant ce congrès quadriannuel que sont attribuées les médailles Fields.

Enseignement

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La salve de réformes dans l’Éducation nationale continue ! Après les prescriptions sur l’enseignement primaire, le nouveau baccalauréat et la réforme du lycée, après Parcoursup et l’agitation qu’il a suscitée, voici la réforme de la formation des enseignants qui pointe à l’horizon. Mais avant de traiter de ces sujets éminemment politiques, faisons le tour des autres sujets qui ont intéressé la presse ce mois-ci.

Juin : la saison des examens

Comme chaque année, plusieurs sites proposent sujets et corrigés du bac. L’épreuve de mathématiques du bac S est traitée sur le site Réussir ma vie ainsi que sur celui du Point, qui a fait un emprunt à Studyrama. Studyrama propose en fait l’ensemble des épreuves, tout comme L’Étudiant, Digischool ou encore Le Figaro. Pour proposer sujets et corrigés, il faut attendre que les épreuves se soient déroulées. Pour meubler cette attente, Le Parisien Étudiant a innové en se livrant à des pronostics sur les sujets de maths du brevet, quelques jours avant les épreuves. Pour ne pas être en reste, LCI a fait la même chose pour le bac. Nous n’avons pas pris la peine d’aller confronter ces prévisions aux sujets effectivement posés. À quand les paris en ligne... ?

C’est aussi la saison des protestations et pétitions à propos de sujets d’examens ou concours jugés trop difficiles, lesquelles deviennent monnaie courante. Deux exemples nous viennent d’Afrique du Nord. En Tunisie, l’épreuve de mathématiques du concours de fin de « l’enseignement de base » (classe de neuvième) a soulevé une « vague d’indignation », comme le rapporte Business News. De son côté, le site TSA (Tout sur l’Algérie fait état d’« avis divergents » à propos des sujets de mathématiques du baccalauréat algérien. La France n’est pas en reste : le sujet de mathématiques du bac S a provoqué une pétition dénonçant sa difficulté excessive, et une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux. De nombreux médias s’en sont fait l’écho, comme BFMTV, Ouest-France, France-Info, 20 minutes, Nice-Matin ou Le Huffington Post (qui publie un entretien avec l’initiateur de la pétition). De son côté, L’Étudiant publie une réaction du ministère de l’Éducation nationale, qui indique que « le sujet de mathématiques du bac S est parfaitement en phase avec les programmes », mais cherche ensuite à rassurer les candidats mécontents en leur rappelant que « le barème, établi après l’épreuve à partir de copies d’élèves, permet une harmonisation nationale comme c’est le cas à chaque fois ».

Si la presse est prompte à relayer le bruissement des réseaux sociaux, et à donner de l’écho à une pétition lorsqu’elle prend de l’ampleur (pas loin de 100000 signatures pour celle-ci au moment de la parution de cette revue de presse), on n’y trouve guère d’analyse tentant d’expliquer le phénomène. On aurait aimé avoir des points de vue sur les raisons profondes de ces réactions d’élèves (appuyées par certains de leurs professeurs). Plusieurs enseignants y voient, eux, une conséquence directe d’une politique délibérée, qui s’est progressivement imposée depuis une ou deux décennies. Pour assurer le succès au baccalauréat d’un nombre toujours plus grand de jeunes, on aurait sacrifié l’exigence de qualité. Cela se serait traduit par des épreuves de plus en plus stéréotypées, dont l’année de terminale ne serait plus qu’une répétition continuelle. Les élèves (et beaucoup de leurs professeurs !) se seraient fondus une fois pour toutes dans ce moule, et tout ce qui dévierait, ne serait-ce que très légèrement, de ce scénario prédéfini serait vécu comme une rupture de ce contrat implicite. Ce point de vue est sûrement jugé excessif par beaucoup de protagonistes. C’est justement pourquoi des débats à ce sujet auraient eu plus d’intérêt que la simple relation des faits.

Grandes écoles d’ingénieurs : science ou management ?

Cela fait de nombreuses années que les grandes écoles d’ingénieurs (en tout cas la plupart d’entre elles, y compris parmi les plus prestigieuses) privilégient l’entrepreneuriat, la gestion, le management, les start-up, au détriment d’une formation scientifique digne de ce nom. L’enseignement qu’elles dispensent se rapproche ainsi de celui des grandes écoles de commerce. Vingt-deux scientifiques s’en émeuvent dans une tribune du Monde. Réaction salutaire, bien que tardive. Aura-t-elle un impact ?

Mieux aimer les maths, mieux réussir dans cette matière

L’Est Républicain rend compte du livre « Réussir en maths à l’école, c’est possible » (Hatier), dont l’auteur, Roland Charnay, est un spécialiste reconnu de l’enseignement des mathématiques à l’école primaire. En plus de développer le goût pour les mathématiques de nombreux élèves, le concours Kangourou permet parfois à notre discipline d’attirer l’attention des médias : Le Télégramme a ainsi consacré un article aux bons résultats obtenus par des élèves d’un collège d’Hennebont (Morbihan). L’association Fermat Science œuvre pour promouvoir la culture mathématique et populariser notre discipline, notamment auprès des jeunes. Le Dépêche indique que, grâce notamment au soutien de la Région Occitanie, elle a pu diffuser dans la région une malle de jeux mathématiques : « Les Apprentis géomètres ». Elle est notamment utilisable dans les classes Ulis (unités localisées pour l’inclusion scolaire) ou dans les établissements médico-éducatifs.

A l’étranger

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« Construire un pipeline destiné à augmenter le nombre d’élèves du primaire et du secondaire qui se prédestinent à des études supérieures dans les mathématiques et les sciences de l’ingénieur », tel est l’objectif de « Afrimath », rapporté par le site sénégalais SeneNews. Une « immersion [...] dans le monde des mathématiques » est proposée cet été à Dakar à de jeunes Africains de 12 à 14 ans, sélectionnés sur dossier et pouvant bénéficier de bourses. Topologie, théorie des graphes, algèbre linéaire, théorie des nombres : voilà qui paraît bien ambitieux pour des élèves de cet âge ! Les initiateurs d’Afrimath proposent aussi aux professeurs de « partager les bonnes pratiques en pédagogie avec leurs collègues à travers le monde » lors du DFME (acronyme anglais du Forum de Dakar sur les Mathématiques et l’Éducation).

« Les mathématiques, apprentissage et jouissance » : c’est le titre d’un projet élaboré par la dernière promotion de professeurs des « établissements moyens » d’Algérie et par leurs formateurs. Y sont mis notamment en avant le recours à la technologie et l’usage des objets et leur manipulation.

Parcoursup

Un blog du Monde donne la parole au chef du projet Parcoursup au ministère et au concepteur des algorithmes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que leur présentation optimiste des choses n’est pas tout à fait corroborée par la réalité vécue sur le terrain par les personnes concernées... Ainsi, Le Parisien fait état des propos de professeurs de terminale du lycée Maupassant à Colombe qui parlent de « coup de massue pour les élèves ».

Dans une tribune du Monde, sous le titre « Parcoursup : un système opaque, injuste et discriminant », des représentants de l’Éducation nationale, des parents d’élèves et de la jeunesse dénonçaient Parcoursup, « dont les ratés démontrent que le véritable problème est le manque de place à l’université ». Près de quinze jours après les premiers résultats, un tiers des candidats n’avaient toujours pas d’affectation pour la rentrée prochaine, et Mediapart indiquait que « à deux semaines du baccalauréat, les professeurs principaux [de terminale] deviennent les réceptacles de la colère et de l’inquiétude ». Au même moment, le site Educpros (de L’Étudiant) faisait un bilan analogue des premières affectations et notait les effets de surprise provoqués dans plusieurs universités.

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Parmi les formes de protestation envisagées, France 3 Hauts de France a relevé le port d’un brassard noir par les candidats pendant les épreuves du bac. Il s’agit d’une initiative d’un collectif de lycéens, d’étudiants et d’enseignants qui a pris pour nom « parcoursupercherie ». France Culture a consacré une émission à Parcoursup. Julien Gossa, maître de conférences à l’Université de Strasbourg, y explique comment Parcoursup marque l’entrée des universités dans un marché concurrentiel des filières. Une conséquence de la nouvelle procédure, expliquée par Le Monde, est la réorganisation des études de médecine en Île de France, où plusieurs facultés vont expérimenter la fin du redoublement de la première année. Dans Marianne, des enseignants proposent des améliorations du système pour l’année prochaine.

Habituellement peu enclin à la contestation, Terra Nova critique la lenteur de Parcoursup et le stress qu’il engendre chez les élèves et étudiants. Rapportée par Le Monde, la note publiée par ce « think tank » préconise un retour à des listes ordonnées de vœux d’affectation. Un laboratoire de Sciences-Po consacre un projet de recherche, intitulé ACCESSUP, aux politiques d’accès à l’enseignement supérieur. Dirigée par Agnès Van Zanten, sociologue, directrice de recherche CNRS, cette étude, qui explique notamment comment se construisent les inégalités dans l’orientation post bac des lycéens, est détaillée sur le site du café pédagogique. Concluons le chapitre Parcoursup en indiquant une étude de l’INSEE, reprise par Le Monde et par Developpez.com, qui établit que, pour la réussite en licence, le passé scolaire joue plus que l’origine sociale.

Formation des enseignants et gestion des personnels de l’Éducation nationale

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La Cour des comptes a adressés aux ministres en charge de l’éducation (Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal) un référé assez sévère concernant la mise en place des ÉSPÉ (Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation). La haute juridiction a ensuite publié la réponse des deux ministres. Le contenu du référé a été analysé par le café pédagogique. On y lit que la Cour des comptes juge peu efficace et trop coûteuse la formation en ÉSPÉ, qu’elle demande dans l’immédiat une « rationalisation » de la carte des formations et qu’elle recommande une formation des enseignants à la bivalence. Rappelons que la généralisation de la bivalence, actuellement en vigueur uniquement pour les professeurs de lycées professionnels, est une idée agitée depuis quelques années dans les couloirs ministériels, mais qui n’avait jamais encore été formellement préconisée. Il faut souligner ce commentaire très important du référé : « l’allongement de la durée des études pour se présenter au concours de recrutement, puis la création du master MEEF et la rénovation des concours n’ont pas, paradoxalement, garanti une élévation du niveau de compétences disciplinaires, ni une professionnalisation nettement accrue » des enseignants. La Cour s’appuie pour cela sur les taux de réussite aux concours dans les académies ou les disciplines déficitaires. Le Monde a relevé pour sa part ce constat de la Cour des comptes : les futurs enseignants sont « insuffisamment formés soit en français soit en mathématiques ». La réponse des deux ministres au référé de la Cour des comptes donne des indications sur ce que sera leur politique en matière de formation des enseignants. C’est ce que notent Les Échos et Le café pédagogique, qui ont retenu en particulier le retour des concours de recrutement en fin de L3, qui romprait donc avec une des principales dispositions de la « mastérisation ».

Peut-on y déceler, comme le fait le café pédagogique, l’amorce d’une remise en cause du principe même des concours de recrutement, qui deviendraient inutiles ? Dans un autre rapport, la même Cour des comptes pointe « le recours croissant aux personnels contractuels dans l’Éducation nationale », qui a pour conséquence « un chiffrage difficile et une gestion complexe et de plus en plus rigide ». Elle ajoute : « Face à cet enjeu devenu significatif, le ministère de l’Éducation nationale doit se doter d’une vision pluriannuelle et d’une doctrine d’emploi. »

C’est encore à la Cour des comptes qu’on doit le rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. Et c’est encore le café pédagogique qui l’a épluché, notant que la Cour recommande 70000 suppressions de postes pour alléger la dépense publique, l’Éducation nationale devant pour sa part en supporter la moitié. Les innovations qui se dessinent en matière de formation, de recrutement et de gestion des enseignants vont dans le sens de ce qu’on appelle le « New Public Management » (NPM).

Une très intéressante étude du ministère de l’Éducation nationale, conduite par la DEPP (Direction de l’Évaluation, de la Prospective et de la Performance), analyse la situation dans trois pays (Angleterre, Suède et Pays-Bas) où le NPM est appliqué et où l’on dispose de données pertinentes. Comme le souligne le café pédagogique, les auteurs de l’étude concluent que cette politique, où l’usager devient un client et le fonctionnaire un contractuel, crée en réalité une pénurie d’enseignants, entraîne une baisse de leur niveau et n’améliore pas les résultats ! La DEPP a par ailleurs publié une note d’information sur « les personnels du ministère de l’Éducation nationale en 2016 », note analysée par le café pédagogique, qui y pointe la croissance exponentielle des personnels contractuels. La formation continue des enseignants du primaire fait l’objet d’un rapport d’évaluation remis au ministre par les inspections générales.

Enfin, Jean-Michel Blanquer en prend pour son grade sur mediapart, dans le blog du syndicaliste (FSU) et inspecteur de l’Éducation nationale Paul Devin qui, à un peu plus d’un mois d’intervalle, se livre à deux charges sévères contre la politique du ministre de l’Éducation nationale. Après avoir dénoncé fin avril une « idéologie simplificatrice », un « discours populiste » et une « politique autoritariste », Devin, dans un texte paru début juin, critique les idées exposées par le ministre dans son dernier ouvrage (Construisons ensemble l’École de la confiance, Éditions Odile Jacob). Le syndicaliste conteste l’« apparent bon sens » du propos, qui serait selon lui « porté par une rhétorique argumentative qui ne supporte pas la contradiction ». Il ajoute : « la politique de Jean-Michel Blanquer ne connaît guère le doute : à en croire ses affirmations, elle n’est rien moins que l’incarnation des idéaux du vrai, du bien et du beau ». Et plus loin : « Cette aspiration à la vérité rejette toute opposition dans le domaine de l’irraisonnable ».

Parutions

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Pseudosphère à la MMI

L’Institut Henri Poincaré possède une exceptionnelle collection d’objets mathématiques dont près d’une centaine sont exposés en permanence à la bibliothèque. Certains sont des oeuvres uniques qui ont su séduire des artistes ou des photographes célèbres comme Man Ray. Il réalise (entre 1934 et 1936) une série de photos des modèles de l’IHP et peint à partir de celles-ci vingt-deux tableaux regroupés sous le titre générique d’Équations shakespeariennes. La plus grande partie était présentée à Washington en 2015 dans l’exposition Man Ray – Les équations humaines.
Un bel ouvrage, « Objets mathématiques », permet d’appréhender toute la richesse de la collection hébergée à l’Institut Henri Poincaré. « Au-delà de leurs évidentes vertus pédagogiques de représentations d’équations, ces créations donnent à voir le lien intime entre arts et mathématiques » écrit Nicolas Mathey dans L’Humanité.

« Près de la moitié des nombres rencontrés dans la vie quotidienne commencent soit par un 1, soit par un 2, alors que moins d’un sur vingt commence par un 9 ». Vous pouvez retrouver ici l’article d’Elise Janvresse ou dans Brèves de maths celui de Gilles Stoltz, Quels nombres l’homme produit-il ?. Déroutante, étonnante, contre-intuitive, la loi de Benford a suscité depuis sa découverte (d’abord par Simon Newcomb, puis par Frank Benford) un nombre impressionnant de publications scientifiques que l’on peut retrouver sur le site The Benford Online Bibliography. Elle est utilisée notamment pour déceler des fraudes dans des données économiques ou comptables, détecter des irrégularités dans les résultats de scrutins ou des données contrefaites dans des articles scientifiques... Dans le dernier numéro de Pour la Science, Jean-Paul Delahaye propose une explication pour la loi de Benford. Cette explication se « fonde sur une première loi [...] que nous appellerons loi d’étalement uniforme de la partie fractionnaire ». Cette loi indique que les nombres d’une série dont on enlève la partie entière se répartissent à peu près dans l’intervalle [0, 1]. Cet article prolonge celui que l’auteur avait publié fin 2006 dans la même revue.

La Recherche nous propose pour juillet-août un numéro double titré « Chaos et systèmes complexes ». L’été est propice aux jeux mathématiques qui outre leurs aspects ludiques ont un rôle éducatif nous dit très justement Jean-Paul Delahaye dans une interview de Marie-Laure Théodule. Roger Mansuy en profite pour nous proposer dans sa chronique, La taille maximale du désordre, un petit défi de coloriage, mais pas seulement. C’est aussi une occasion de faire une promenade mathématique et de parler de la théorie de Ramsey. Est-ce qu’il existe à Paris deux personnes qui ont le même nombre de cheveux sur la tête ? L’auteur le montre et prouve que « la démonstration fonctionne dès que vous avez une ville de plus de 200 001 habitants ». Il préfère cependant proposer pour la suite un problème de coloriage plus attractif que de compter les cheveux des Parisiens et de terminer par un petit problème soumis au lecteur. Vous pourrez envoyer votre solution au journal et peut-être gagner un an d’abonnement au magazine ...

Les revues de mathématiques pour les jeunes (comme Tangente ou Accromath) sont rares, les journaux de lycées ou de collèges très rares, mais que dire de ceux qui sont consacrés aux mathématiques ? Mathématiquement vôtre qui a sorti treize numéros entre 2010 et 2013 reste toujours une exception. Pourtant de temps à autre des clubs de mathématiques se lancent dans l’aventure. Des élèves passionnés du collège Saint-Vincent sont même passés sur le stand de la SMF au dernier salon pour parler de la sortie du premier numéro de leur journal. Nous souhaitons bon vent à cette nouvelle entreprise !

En janvier 2017 nous vous annoncions dans les actualités l’émergence du projet « Trajectoires, le podcast de la culture mathématique » animé par FibreTigre. Depuis c’est quatorze émissions qui sont disponibles. En juin les réalisateurs recevaient Vincent Borrelli qui a raconté le contenu de son ouvrage co-écrit avec Jean Luc Rullière, En cheminant avec Kakeya.

Article édité par Louis Dupaigne

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juillet 2018» — Images des Mathématiques, CNRS, 2018

Crédits image :

Image à la une - Robby Craft https://www.instagram.com/gridpaper/
Sait compter - Wikimedia Commons
Yvonne Choquet-Bruhat - Académie des sciences
Josette Audin - Lahcene Abib
Pseudosphère à la MMI - Régis Goiffon (Maison des Mathématiques et de l’Informatique Lyon)

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