Revue de presse juillet-août 2009

Le 1er septembre 2009  - Ecrit par  L’équipe Actualités Voir les commentaires

BU : Le monde de la recherche

La période estivale est, pour les chercheurs, la période privilégiée de migration : les universitaires du monde entier profitent de l’absence des étudiants pour organiser et participer à des conférences, ou tout simplement rendre visite à des collègues pour travailler et collaborer.
Deux conférences ont retenu l’attention des médias du oueb francophone cet été.

Tout d’abord, Abidjan.net annonçait la tenue du 7ème Congrès panafricain de Mathématique qui s’est déroulé du du 2 au 8 août à la fondation Félix Houphouët Boigny à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire). Dans son édition du 6 août, le même journal publie une interview de Saliou Touré, Président de la Société Mathématique de Côte d’Ivoire et récemment élu à la tête de l’Union Mathématique Africaine, dans laquelle il constate que « les jeunes scientifiques formés en Côte d’Ivoire, sont les meilleurs lorsqu’ils se retrouvent dans des universités étrangères. Les conditions de vie et de travail qu’ils trouvent là-bas sont les meilleures ».

Dans un registre plus confidentiel, Le Bien Public du 27 juillet consacre un article à la dernière édition des rencontres mathématiques de Glanon : « Le rideau est tombé ». Le petit village de Glanon dans le Val de Saône accueille depuis treize ans ces rencontres principalement destinées aux jeunes chercheurs pour une série de conférences et de séances de travail dans le domaine de la physique mathématique.
« Les participants avaient l’habitude d’être logés chez l’habitant ce qui permettait de nouer des liens inhabituels entre les habitants d’un village et des chercheurs dans les domaines les plus pointus des mathématiques. Or, après 13 années, le recours au bénévolat devient de plus en plus difficile [...].
De ce fait, il est très probable que cette édition ait été la dernière à Glanon, mais on évoque la possibilité d’une délocalisation, peut-être au Portugal ».

Dans l’actualité de la recherche en mathématiques, Cédric Villani, 35 ans, professeur de mathématiques à l’École Normale Supérieure de Lyon fraîchement nommé directeur de l’Institut Henri Poincaré, s’est justement vu décerner le Prix Henri Poincaré par l’International Association of Mathematical Physics. Dans un communiqué le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche adresse « ses plus vives félicitations » au lauréat et précise que « Cédric Villani est le troisième français à recevoir cette distinction. Il s’inscrit dans la lignée d’autres grands mathématiciens français tels que Maxim Kontsevich et David Ruelle, eux-mêmes récompensés par ce prix en 1997 et en 2006 ».

ZO : Diffusion des mathématiques

Arts et Maths

« Le cœur du tournesol obéit à une mathématique parfaite », c’est ce que nous apprenait ArcInfo le 8 août dernier (dans un lien malheureusement payant) à l’occasion d’une présentation de l’artiste vaudois Jean-Yves Piffard, spécialisé dans le landart, c’est-à-dire l’art dans la nature. Il a réalisé dans le jardin botanique de Neuchâtel (Suisse) une installation de sept cent cinquante petits pots bleus posés à même le sol mettant en évidence « un étrange phénomène mathématique » : « Le nombre des spires de fleurs [...] qui s’enchevêtrent au cœur d’un tournesol, correspondent toujours à un nombre de la suite de Fibonacci » (suite dont on a déjà entendu parler sur IdM).

Sur Evène.fr on trouve un article, intitulé « Mathémusique : De Pythagore à Yaron Herman », qui s’intéresse d’abord au canevas mathématique avec lequel le pianiste israélien Yaron Herman construit ses improvisations. Mais ceci ne constitue qu’un prétexte pour parler d’un sujet plus vaste : le rapport des mathématiques et de la musique. Au programme, symbolisme des sons, géométrie musicale, Pythagore, Schoenberg, pour finir sur une note de philosophie : « On aimerait donc voir Yaron Herman, passionné de philosophie, explorer la voie indiquée au IVe siècle avant J.-C. par Aristoxène de Tarente, qui affirmait déjà, contre les mystiques pythagoriciens, que n’importe quel bruit pouvait donner naissance à de la musique. » Signalons que ce sujet des liens entre mathématiques et musique a souvent suscité l’intérêt et continue de le faire : on trouvera ici un texte sur la théorie mathématique de la musique selon Euler, et le point de vue d’un musicien sur ce sujet.

Les mathématiques dans notre quotidien

Outre l’art, les mathématiques sont aussi présentes dans d’autres aspects de la vie de tous les jours. Le Soleil du 12 juillet nous montre qu’« il y a beaucoup, beaucoup plus de maths dans notre quotidien qu’on le croit » à travers un exemple, celui de la carte bleue, et une question, comment fait-elle pour savoir si l’on a fait une erreur en tapant son code ? La réponse tient dans l’algorithme de Luhn.

Toujours à propos de ces mathématiques qui investissent notre quotidien, La Voix du Nord nous apprend que « Depuis l’an 2000, la Cité des géométries expérimente sur le territoire du val de Sambre des laboratoires de mathématiques dans les établissements scolaires du primaire et du secondaire. [...] Les élèves expérimentent, manipulent et appréhendent les principes mathématiques, abordés au travers de questions pratiques, puisées dans leur quotidien. »

Des « performances mathématiques » à l’honneur

Un mathématicien de 36 ans a attiré l’attention du grand public après avoir « cassé » le code secret de la Maison-Blanche, comme le rapporte Le Mague du 3 juillet. En décembre 1801, un professeur de mathématiques à l’Université de Pennsylvanie, Robert Patterson, envoie à son ami et néanmoins Président des Etats-Unis, Thomas Jefferson, un message crypté. Ce message a résisté aux tentatives de décodages de nombreux cryptologues pendant plus de 200 ans. Il a finalement été cassé par Lawren Smithline en 2007, qui a récemment publié la solution dans American Scientist.

Signalons à ce propos que le NouvelObs du 6 août s’interroge : « Qui est Alan Turing ? » Une brève biographie s’intéresse aux travaux du « père fondateur des sciences de l’informatique » sur la cryptographie, la machine de Turing, et l’intelligence artificielle jusqu’en 1950, puis sur la morphogénèse à partir de 1952.

L’autre performance mathématique de l’été est un « Nouveau record pour le pavage de l’espace avec des tétraèdres », dont Futura-Sciences se fait l’écho le 18 août. « Quelle est la meilleure façon de stocker des oranges dans des paniers de manière à ce qu’il y en ait le plus possible dans un volume donné ? » Ce problème, qui a des répercutions en physique du solide, est bien plus difficile qu’il n’y paraît. Une équipe de chimistes de Princeton a considéré le même problème en remplaçant les sphères par des tétraèdres. Ils sont parvenus à trouver un empilement plus dense que tous ceux connus précédemment. L’article souligne que « leur nouvelle méthode ouvre de larges perspectives dans de nombreux domaines. Des agglomérats d’atomes ou de molécules prennent naturellement des formes de solides platoniciens et archimédiens à très basses températures, ou dans le cas de molécules complexes subissant différents changements de phase ».

MEU : Les mathématiques dans l’actualité

Les mathématiques et la crise financière

Comme c’est le cas depuis des mois, les médias continuent de se faire l’écho du rôle des mathématiques dans la crise financière, et on voit se dessiner deux opinions opposées. D’un côté, comme Thierry de Montbrial, directeur général de l’Institut français des relations internationales, interviewé dans La Tribune du 5 août, on reconnaît que « l’informatique et la mathématique financière ont été logiquement les moteurs du développement des marchés mais les choses ont commencé à déraper lorsque les financiers ont commencé à prendre les modèles mathématiques pour la réalité ». A l’opposé certains voient, comme expliqué par Le Soleil du 16 août, un mariage douteux entre les maths et la finance, et considèrent que ce sont les outils mathématiques eux-même qui posent problème : « les outils qui ont mené au désastre ont été créés par des mathématiciens qui ne comprenaient pas la réalité des produits financiers, et utilisés par des courtiers qui ne connaissaient pas les limites de ces équations complexes ».

Plus original, Le Monde du 25 juillet et Le Parisien du 24 août nous content les parcours de deux mathématiciens financiers affranchis : « Courbes et planches » dessine le portrait d’un enseignant-chercheur en mathématiques financières devenu directeur d’un centre de recherche théâtrale, tandis que « Mes bonus ? Quatre millions de dollars en six ans » décrit l’ascension rapide d’un jeune docteur en mathématiques devenu trader, aujourd’hui pré-retraité de 40 ans.

Les mathématiques et la pandémie grippale

La pandémie grippale est un autre sujet d’actualité dans lequel les mathématiques se sont invitées. La modélisation mathématique des phénomènes épidémiologiques n’est certes pas une nouveauté [1]. Il est cependant plus rare de voir des journaux « grand public » en rendre compte, comme l’ont fait Le Point, Sciences² et Le Monde le 21 août dernier. On peut lire par exemple que selon un modèle mathématique mis au point par des chercheurs américains, « vacciner en priorité les enfants scolarisés et leurs parents est le moyen le plus efficace de limiter la contagion de la grippe saisonnière et H1N1 tout en requérant moins de vaccins », une approche qui « prend le contre-pied de la stratégie actuelle des autorités sanitaires aux États-Unis ».

BU-GA : Les universités dans la presse

Ces mois d’été ont été l’occasion pour la presse de dresser un bilan de la situation des universités et du CNRS après une année de réformes et de contestations.

Dans Sciences², la parole est d’abord donnée à Valérie Pécresse, à travers un extrait de son discours du 29 juin : « Les universitaires doivent retrouver dans notre pays la légitimité sociale et la place symbolique que 25 ans d’abandon de l’Université [...] ont sapées dans l’indifférence générale ». Selon elle les réformes en cours sont un moyen d’améliorer cette situation. Le bilan de la Conférence des Présidents d’Universités (CPU) est plus mitigé, l’effort budgétaire du gouvernement est constaté mais la CPU regrette que peu de moyens aient été attribués directement aux établissements. Sur le site Betapolitique, une analyse plus générale de l’évolution de la recherche fait état d’une logique qui « relève non plus d’une association, mais d’une primauté de la technique sur la science ».

Elie Cohen, membre du Conseil d’analyse économique et directeur de recherche au CNRS, a présenté, lors de la séance du 6 juillet de l’Académie des sciences morales et politiques, une analyse des « réformes Pécresse » et de la crise qui a secoué le monde universitaire. D’après lui, « en tâchant d’imposer sa réforme, le gouvernement a ralenti, voire paralysé des évolutions à l’œuvre de longue date. Il a discrédité l’autonomie ». Il ajoute que « la réforme Pécresse est fondée sur le renforcement des pouvoirs du Président à l’égard de ses collègues et sur l’ancrage territorial [ ... ] loin de cimenter la communauté universitaire, une présidence forte détache le président de la chaîne des pouvoirs académiques ».

Le mouvement Sauvons l’Université vient de publier un rapport sur la crise qui a secoué les universités cette année. Il en ressort que « les acteurs même de ce mouvement ont du mal à en cerner les contours, les véritables raisons et donc les perspectives possibles », car « la profondeur de la colère, de la crise de confiance vis à vis du monde politique [ ... ], du sentiment de « déclassement » [ ... ] des universitaires » a abouti à un mouvement beaucoup plus long que ce qui était envisagé au départ. Alors que le cabinet de Valérie Pécresse n’y voient qu’une « défense stricte du « statut » des enseignant-chercheurs », le rapport de SLU montre « que ce n’est pas la modulation de service en soi qui a mis les universitaires dans la rue mais le croisement de ce principe avec les chiffres (nombre d’enseignants chercheurs, nombre d’heures de cours en croissance) et donc leur conviction que la modulation serait à la hausse pour la plupart d’entre eux sans aucun rapport avec l’intensité de leurs recherches ».

L’annonce par Valérie Pécresse du passage à l’autonomie de 33 universités en 2010 a suscité une réaction de la CPU, relayée par Sciences². Dans une lettre adressée à Bernard Belloc, conseiller de Nicolas Sarkozy, les 18 présidents des universités passées à l’autonomie en 2009 dénoncent « la situation paradoxale [des universités] d’être à la fois dotées de libertés et mises sous tutelle, tant l’autonomie accordée par la LRU est associée au renforcement d’un contrôle rigoureux et surtout a priori ». Ils proposent également de modifier la LRU, par exemple en permettant la « participation des personnalités extérieures à l’élection du président » et la création d’un « sénat ou conseil universitaire, composé de représentants de toutes les catégories de personnels, de tous les secteurs disciplinaires ».

Le mois de juin et le début du mois de juillet 2009 ont vu la publication du contrat entre le CNRS et l’Etat, du plan stratégique à l’horizon 2020 et d’une lettre de C. Brechignac et A. Migus aux personnels CNRS. D’après l’article de Sciences², « la recherche publique se transforme [ ... ] limitant le degré de liberté des scientifiques au profit soit de la recherche finalisée, soit d’un interventionisme accru du politique dans la recherche de base ». Malgré tout, « on est très loin de la mise à mort de l’organisme », notamment grâce à la « réaffirmation que les UMR et donc la double tutelle scientifique - locale par l’université et nationale par le CNRS - demeurent la clef de voute du système ». Les débats ne sont pas terminés, et l’évaluation (des personnels, des unités) reste en particulier un sujet de débat important.

Enfin, Les Echos du 23 juillet revient sur les limites et les biais de l’évaluation par la bibliométrie. Michèle Leduc (Présidente de la Société Française de Physique), Stéphane Jaffard (président de la Société Mathématique de France) et Jean-Claude Bernier (vice président de la Société Française de Chimie) signent un article dénonçant les effets pervers de la bibliométrie en prenant l’exemple des universités australiennes : « Dans les années 1990, l’adoption de critères quantitatifs [...] a mis en évidence les effets pervers de ces méthodes : le nombre de publications a explosé et la qualité de la recherche australienne a chuté, passant au dernier rang des pays de l’OCDE ».

BU-BU : Parutions

Sous le titre Marie-Antoinette, reine de... la cryptographie, le numéro d’août de la revue Pour la Science s’intéresse à un aspect méconnu de l’histoire de la cryptologie, la correspondance de Marie-Antoinette. La reine de France était férue de cryptographie et ne l’utilisait pas
seulement pour transmettre des messages diplomatiques ou politiques. « Pour communiquer avec ses confidents, notamment avec le comte Axel de Fersen, la reine de France, Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, cryptait ses missives. Une nouvelle analyse de sa méthode
révèle sa façon de procéder et ses sentiments pour le comte ». Dans un encart, les auteurs rappellent que la cryptologie, principalement mise en oeuvre dans le passé par les diplomates et les militaires, a depuis quelques décennies envahi de nombreux secteurs civils liés aux communications et que le domaine « fourmille encore de problèmes ouverts ».

Dans ce même numéro, la rubrique Logique et calcul profite de l’été pour revisiter le cube Soma et
donner en passant un éclairage historique sur la date de naissance de ce casse-tête popularisé par Martin Gardner à la fin des années 50. « Dès l’âge de quatre ans, on peut exercer son agilité mentale et son imagination avec ce jeu d’assemblage. Et les énigmes les plus avancées intéressent les mathématiciens ».

Toujours dans Pour la Science, mais dans le numéro de septembre cette fois, on trouvera à la rubrique Mathématiques un article consacré à la conjecture de Birch et
Swinnerton-Dyer
, l’un des sept problèmes mathématiques proposé en 2000 par l’Institut Clay, qui concerne le nombre de solutions entières de certaines équations algébriques. Dans la rubrique Logique et calcul, Jean-Paul Delahaye nous invite à réflechir sur quelques énigmes de La plaisante logique des chapeaux. « Il existe une grande variété d’énigmes portant sur des chapeaux dont il faut découvrir les couleurs. Certaines inventées récemment sont merveilleuses d’ingéniosité ».

Les cahiers de Science et Vie d’août-septembre proposent un dossier de 114 pages intitulé Origines des nombres et du calcul qui retrace l’épopée des chiffres
et des nombres de la préhistoire à nos jours à travers une vingtaine d’articles complétés par une iconographie riche et de nombreux encarts. Regroupés en trois parties (Origines des nombres et du calcul, Méthodes de calcul et Aujourd’hui) ces articles abordent à chaque fois un large spectre de la question allant de l’histoire des sciences aux sciences de la communication en passant par les neurosciences.

Enfin, les actualités mathématiques du numéro de septembre de la revue La Recherche sont entièrement consacrées à la théorie des portefeuilles boursiers.

BU-ZO : Mathématiques Shadoks

Afin de conclure cette Revue de Presse estivale sur une note aussi amusante que pédagogique, et en attendant qu’Images des Mathématiques nous livre un article sur le calcul dans d’autres bases que décimale (les calculs binaire et hexadécimal, ou en bases 2 et 16, sont particulièrement utiles en informatique), nous invitons le lecteur à apprendre à compter en base 4 avec les Shadoks [2]

Bonne fin d’été à toutes et à tous !!!

Post-scriptum :

L’image de la revue de presse : « Au cœur du tournesol », photo tirée du site de Jean-Yves Piffard avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Notes

[1Voir par exemple cet article sur IdM ainsi que la discussion qui le suit, ou encore ce communiqué de presse du CNRS datant de 2007 sur la grippe aviaire.

[2Nous certifions la justesse des mathématiques jusqu’à 2 min 40.

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Pour citer cet article :

L’équipe Actualités — «Revue de presse juillet-août 2009» — Images des Mathématiques, CNRS, 2009

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